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vendredi 4 mai 2012

Ce jour-là, le 6 avril 1964, Ernest Boka est mort.


Ernest Boka est un homme politique ivoirien, décédé le 6 avril 1964 dans des conditions tragiques non clarifiées.

Diplômé en droit latin, docteur en Droit et avocat, il a été Chef de cabinet du gouverneur général de Côte d'Ivoire en 1957, ministre de l'Éducation nationale en 1958, ministre de la Fonction publique en 1959. En 1960, il a été nommé président de la Cour suprême de la Côte d'Ivoire. Ernest Boka a été chef de la délégation ivoirienne à l'ONU en 1960.

C’est sans doute eu égard à ces distinctions, entre autres raisons, que le président Henri Konan Bédié lui a érigé un mausolée dans son village natal de Grand-Morié, à une quinzaine de kilomètres d'Agboville.
En hommage à sa mémoire, nous invitons nos lecteurs à méditer deux témoignages qui éclairent les circonstances réelles de sa mort et la lourde responsabilité de ceux qui ont tué ou qui ont fait tuer Ernest Boka. Les deux documents qui suivent font la démonstration que, après l'avoir tué, on a lâchement calomnié Ernest Boka.

Vaine tentative de salir à jamais la mémoire d'un homme libre, droit et fier !

Au moment où d'aucuns, qui se réclament disciples de Félix Houphouët, affirment qu'ils veulent en finir avec l'impunité, souvenons-nous et rappelons-leur que le meurtre d'Ernest Boka dans la prison illégale d'Assabou (Yamoussoukro) est resté impuni jusqu'à ce jour.

 
Marcel Amondji
 
Document n° 1
L’enterrement d’Ernest Boka

«... Le corps était déjà dans le cercueil placé dans une voiture avec des inspecteurs de police et des gendarmes qui devaient l'accompagner à son village natal, Grand-Morié, dans la Sous-préfecture d'Agboville. La famille est donc partie avec le corps, le 8 avril. Ils ont pris la route de N'Douci-Agboville. Ils se sont arrêtés à Agboville, car on devait renforcer la garde de gendarmes. Ils sont arrivés à Grand-Morié, dans la nuit du 8 au 9 avril. Les inspecteurs ont dit qu'ils avaient reçu des ordres, qu'il fallait enterrer Boka immédiatement, dans la nuit, sans ouvrir le cercueil. Les parents ont argué des coutumes qui exigent que l'on voie le corps avant de l'enterrer, ainsi que les rites de l'exposition du corps, de sa toilette, etc. (…).
 Les gendarmes s'y sont opposés formellement, mais les parents n'ont pas cédé. Ils ont donc ouvert le cercueil. Ils ont sorti Boka qui présentait des écoulements sanglants des narines, de la bouche, des oreilles, le nez très enflé, et, chose curieuse, pour un soi-disant suicidé par pendaison, la langue ne sortait pas de la bouche. Boka avait également un enfoncement des os du crâne vers la nuque, le dos complètement écorché, la clavicule gauche cassée, des fractures au membre supérieur gauche, les dents cassées, les côtes fracturées. Son sexe était œdématié (très enflé), des suites de violences. Il présentait aussi des fractures aux membres inférieurs. Seuls les pieds paraissaient solides, alors que les autres membres paraissaient de caoutchouc. On a d'ailleurs trouvé son corps nu dans le cercueil avec un simple tricot de peau et un drap de lit. D’où, la famille a procédé à la toilette du corps. Ils ont bien voulu l'exposer, mais le sang coulait encore : on l'a donc remis dans le cercueil, et on l'a laissé dans sa maison natale jusqu'au 9 avril à 16 heures, puis on l'a enterré, entouré d'un peloton de miliciens, d'inspecteurs, et de gendarmes qui ont empêché les gens d'assister à l'enterrement, disant qu'ils avaient reçu cet ordre du Président de la république, M. Félix Houphouët-Boigny, et que seul son père pouvait l'enterrer.
 Mais, malgré ça, les gens qui étaient au village se sont rendus quand même à l'enterrement ». 

(Extrait d'un document de source confidentielle daté du 17 mai 1964).
 . 
 La question demeure : Pourquoi tant de précautions pour son enterrement et dans quelles conditions est décédé Ernest Boka ? Samba Diarra a répondu à cette interrogation préoccupante dans son livre « Les faux complots d'Houphouët-Boigny ». Ce sera notre document n° 2. A lire dans notre parution. 


mardi 6 mars 2012

Le 11 février 1990, Nelson Mandela a été libéré

C’est ce jour-là, le 11 février 1990, que Nelson Mandela a été libéré, et est sorti de prison.

En effet,  ce jour-là, le 11 février 1990, le plus célèbre prisonnier politique du XXème siècle, le futur président de l’ANC (Congrès national africain) et du pays, dont toute image avait été volontairement cachée par le régime de l’apartheid pendant 27 ans, a franchi les portes de la prison Victor Verster, près du Cap.
Ce jour-là, le 11 février 1990, est une journée historique dont le souvenir est ancré  dans la mémoire non seulement des Sud-Africains, mais de tous les Africains et de tous les êtres humains.
Le 11 février 1990, demeure et demeurera  une journée inscrite à jamais dans la mémoire collective de la nation arc-en-ciel et du monde enter.
Zenariah Barendse rappelle que, pendant les quelques semaines qui ont précédé ce jour de libération, «L’atmosphère bruissait de rumeurs, on ne parlait que de ça dans les réunions politiques comme dans les fêtes ». 
Chargé de couvrir l’événement pour l’agence Reuters, le photographe Graeme Williams se souvient, certes avec émotion, du matin du 11 février et raconte : «Nous sommes arrivés au lever du soleil. La foule était déjà compacte devant l’entrée du pénitencier. Il y avait des dizaines de photographes, mais aussi beaucoup d’ouvriers agricoles des environs, en habit de travail. Des policiers blancs formaient un cordon de sécurité, et trois hélicoptères tournaient en permanence au-dessus de nos têtes. Nous avions passé des heures à attendre sous le soleil. La tension était quasi insoutenable. Je devais à tout prix réussir cette photo. Une voiture est soudain apparue de l’autre côté de la grille, et Mandela en est sorti sous les éclairs des flashes. Enfin apparaissait cet homme qui, jusqu’alors, n’existait que dans nos têtes. Il a fait environ huit pas avant d’être poussé dans la voiture pour échapper à la foule ».
Votre navigateur ne gère peut-être pas l'affichage de cette image.
Huit pas seulement pour Mandela, mais un bond aussi important pour l’Afrique du Sud que celui de Neil Amstrong sur la Lune quelques 20 ans plus tôt. Un moment historique, saisi dans une photo désormais mythique représentant cet homme de 71 ans, digne et droit, franchissant l’enceinte de la prison, sa main gauche dans celle de sa femme Winnie et son poing droit levé  en signe de victoire.

Le convoi prend ensuite la direction du Cap. Williams Graeme se trouvait dans le cortège raconte : «Le long des routes, sur les ponts, une foule immense réunissant des Blancs et des Noirs était venue le saluer ».
Quelques heures plus tard, Nelson Mandela prononçait son premier discours au balcon de l’Hôtel de Ville du Cap devant plus de 50.000 personnes dont Zenariah. Voici son témoignage : «Dès que la libération a été annoncée à la télévision, j’ai accouru vers l’Hôtel de Ville avec mon bébé de 4 mois dans les bras ».
Peter Prince, lui, a conduit 24 heures depuis la ville namibienne de Walvis Bay pour écouter la première allocution de Mandela : «L’ambiance était extraordinaire. J’avais l’impression de fêter le même jour mon anniversaire et mon mariage ! Même si Mandela n’était qu’une petite silhouette sur le podium, je pouvais sentir sa présence ».
Le photographe de l’agence Reuters se rendra ensuite sur la place de l’Hôtel de Ville, où  des troubles ont éclaté à quelques centaines de mètres du podium entre des militants de l’ANC et la police : « Cette violence était très choquante, après l’euphorie du matin, mais elle était le reflet des années tourmentées qui allaient suivre avant les premières élections démocratiques de 1994. Au début, nous pensions que dès que Mandela serait sorti de prison, tout irait bien. Mais, les choses se sont avérées bien plus compliquées ».
Vingt ans plus tard, Mandela a été élevé au rang d’icône nationale, et il a toujours été l’objet de nombreuses marques et célébrations…

Clémence Petit-Perrot 

dimanche 20 novembre 2011

Le 16 octobre 1986 à Stockholm

Ce jour-là, le 16 octobre 1986, le prix Nobel de littérature de l'année 1986 a été décerné, pour la première fois, à un écrivain africain, Wolé Soyinka du Nigeria. 

Il a produit une œuvre littéraire riche et variée (...) Son éducation, ses origines et sa formation font de lui une exception dans le monde de la littérature. Né à Abeokuta au Nigeria le 13 juillet 1934, Akiwande Oluwole Soyinka (alias Wole Soyinka) a grandi dans les environs de la mission anglicane d’Aké. Ses parents (son père est responsable d’une école primaire et sa mère commercante) "chrétiens et occidentalisés" tenaient cependant à équilibrer l’environnement anglophone colonial dans lequel il évoluait par de fréquentes visites dans le village natal de son père, à Isara en pays Yoruba. Dans la bibliothèque familiale, Soyinka découvre la littérature et les écrivains anglais. Son œuvre sera plus tard doublement influencée, par la littérature européenne et par la culture Yoruba. Wole Soyinka puise sa source dans la culture, les mythes et les traditions culturelles du peuple Yoruba qui a des liens avec la culture des régions méditerranéennes. Par sa formation dans son pays d’origine et en Europe, il a également acquis une connaissance profonde de la culture européenne. Sa collection d’essais, "Myth, literature and the African World" ". 

Ses plus célèbres essais regroupés dans « Myth, Literature and the African world » et publiés en 1976 enrichissent et facilitent la compréhension de la littérature (...). Il y critique notamment le mouvement de la négritude ("un tigre ne crie pas sa tigritude, il agit"), compare sa façon d’envisager l’art et l’écriture, avec celle d’autres écrivains africains et européens. 

Dans son livre autobiographique, « Ake : the years of childhood » centré sur son enfance et publié en 1981, raconte la vie dans son village natal, son émerveillement d’enfant devant les mystères et les traditions Yoruba qui transparaîtront plus tard dans ses œuvres. Si l’on prend en considération l’implication directe et immense de Barack Obama dans les conflits ivoirien et libyen, on peut affirmer, sans risque de se tromper, que Wole Soyinka a trop tôt raison en ce qui concerne l’arrivée de Barack Obama à la Blanche, en affirmant : 
« Pour moi, dire que la victoire de Barack Obama représente une victoire pour l'homme noir n'est pas vrai. Il n'a pas été élu par les Afro-américains. Il a été élu par les Américains. Cependant, on ne peut pas ignorer que ce sera la première fois dans l'histoire des Etats-Unis que la Maison-Blanche sera occupée par un président noir et par une famille noire ». 
 Jean-René Bi Vannier

 

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