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mercredi 25 janvier 2012

Le christianisme est-il bon pour l'Afrique ?

Peut-être, cette question va vous étonner dans un premier temps ou susciter votre curiosité. Mais, nous croyons, toutefois, qu’elle peut aussi retenir votre attention.

A la vue de tous les événements politiques et sociaux qui secouent le continent Africain, il faut être sincère pour avouer qu’il n’y a pas de paix en Afrique, qu’il y a la pauvreté, la famine et une misère criante, sans oublier certains actes et caractères spirituels comme la sorcellerie, la haine et toutes sortes de méchanceté.

D’où viennent tous ces problèmes sur un continent où les gens prient nuit et jour ? Est-ce le résultat de la mauvaise pratique de la religion, eu égard à ce qu’on voit comme comportement antéchrist de certains bergers et fidèles ?...

Nombreux sont ceux qui veulent voir l’efficacité de la religion ou l’action de cette religion comme solution de paix à des moments troubles que connaît notre continent. Ils souhaitent voir le christianisme, tel qu’il est prêché, agir en religion puissante pour arrêter ou apaiser la misère des Africains, du moins, agir sur l’esprit et les réflexions de l’homme africain pour le persuader à mettre en pratique les recommandations bibliques et à aimer son prochain.

Comment expliquer la confusion qui règne dans un continent où les gens consacrent tout leur temps à prier ?

Que pouvons-nous aujourd’hui répondre à ceux et celles qui disent que, depuis 1491 jusqu’à ce jour, le christianisme n’a rien changé en Afrique et qu’il est une religion qui n’est ni adapté, ni destiné à l’Afrique.

Nous attendons vos analyses et vos réponses à cette question.

J.G Messo

Source: www.uncongo.centerblog.net

Paru dans Le Filament N°18

mercredi 18 janvier 2012

Et si la religion était un facteur de sous-développement !

Les Européens qui ont introduit la fête de Noël en Afrique ont repris le travail ce lundi 26 décembre 2011 pendant que nos parents Africains continuent de fêter la naissance de Jésus-Christ. Même la presse est au repos. Comment voulez-vous que l'Afrique se développe? Dans quelques mois les musulmans fêteront la naissance de Mohamed. L'Etat de côte d'Ivoire paye chaque année plus d'un milliard de nos francs pour les frais de séjour des candidats à la Mecque, alors que tout cet argent aurait pu servir par exemple à la création de milliers d'emplois pour la jeunesse ivoirienne. Je ne pense que l'homme blanc soit forcément le seul responsable de nos malheurs. C'est parce que nous refusons le développement que les Occidentaux se mêlent de nos affaires internes et font de nous de simples consommateurs et des sous-hommes. Réfléchissons-y ! Prions Dieu mais n’entretenons pas le fanatisme et la paresse. 

Gnazégbo Liadé

samedi 26 février 2011

l'eglise, l'argent et la gestion des dimes et des offrandes

Chers bien-aimés frères et chères bien-aimées sœurs en Christ,

Aujourd’hui, nous abordons un sujet sensible mais dont il est nécessaire que nous parlions : L’argent et la gestion des dîmes et offrandes dans l’Eglise.


Du rôle, de l’utilisation et de la place des dîmes et des offrandes dans les églises


Les dîmes et les offrandes sont, selon les Ecritures, une contribution à la gloire de Dieu, une marque de notre obéissance à Dieu, une preuve de notre amour pour sa personne, un soutien et une assistance que nous apportons à son œuvre, à ses serviteurs et aux nécessiteux de son peuple, parmi lesquels les veuves, les orphelins et l’étranger.

Mais, force est de reconnaître, aujourd’hui, que le rôle, l’utilisation et la place de ce symbole de piété sont quelque peu dévoyés.

Les progrès actuels en matière comptable et de gestion financière ne semblent pas retenir (ou pas toujours) l’attention de nos responsables et autorités ecclésiastiques qui naviguent à vue, qui gèrent ces fonds au jour le jour, sans planification et, surtout, sans transparence aucune, bien souvent.

Avant d’aborder cet aspect spécifique de la question, j’aimerais qu’on parle d’abord un peu de la fièvre d’avidité qui s’est emparée de nos églises, sur la question de l’argent.

Aujourd’hui, dans nos assemblées chrétiennes, l’argent a atteint une côte historique de survalorisation qui amène beaucoup de « leaders » chrétiens à prêcher l’argent, rien que l’argent, jusqu’à s’adonner à des pratiques fétichistes et occultes (à la recherche d’onction, de puissance et de soi-disant charismes) pour en avoir en abondance, au mépris de l’Evangile du Maître.

Dans de nombreuses églises, aujourd’hui, vous n’êtes dignes d’intérêt que quand vous avez une situation sociale confortable ou quand vous avez beaucoup d’argent. L’église et le ministère étant devenus du business. Un business fort juteux. Aujourd’hui, on ferme une église tout juste parce qu’elle ne rapporte rien et on en ouvre une autre, sous une nouvelle dénomination. En prenant bien le soin de se donner des titres pastoraux plus pompeux et plus ronflants, pour faire sensation : Bishop, Big Prophète, Apôtre des Nations, Prophète des Nations, Monseigneur (vous avez bien lu. Et ce sont des évangéliques !), Archi-Bishop, Evangéliste la veille et le lendemain matin Révérend Docteur. Tout cela sur quelle base ?

Ainsi, on voit naître des « églises de riches » où on ne prêche que la prospérité et que fréquentent des barons et des gourous de ce pays.

Pour montrer leur niveau de déviance, certains « leaders » vont jusqu’à faire faire les offrandes de leurs assemblées dans des filets (parce qu’ils ne comptabilisent que les billets de banque). Obligeant, ainsi, les pauvres à se complexer, à se cacher ou à s’exclure de la grâce de Dieu, en renonçant à la foi ou à la fréquentation des cultes.

Chers bien-aimés frères et chères bien-aimées sœurs en Christ, comment pouvez-vous expliquer de telles pratiques ? Ces églises sont-elles vraiment de Dieu ?

Pour se justifier, certains de ces hommes de DIEU se prévalent de l’argument selon lequel il faut amener les chrétiens à être libéraux, généreux et fidèles.

Est-ce la contrainte ou plutôt un bon enseignement, tiré des Saintes Ecritures qui rend le chrétien libéral et fidèle ?

Dans ce même élan, certaines communautés ont institué des cartes de paiement de la dîme, suivies et contrôlées avec minutie, pour aider les chrétiens à cultiver la fidélité en la matière.

Est-ce normal, selon vous ? Tout juste une interrogation. Y a-t-il des inconvénients ? D’un autre côté, cela comporte t-il des avantages pour le chrétien ?


Donner ou payer la Dime ?


Parlant de paiement, la dîme doit-elle se DONNER ou se PAYER (nuance)? Plus clairement, la dîme est-elle le paiement à Dieu d’un dû (tribut, impôt) ou un don de foi et d’amour ? Doit-elle être imposée ? A quoi s’expose un chrétien qui ne s’en acquitte pas ? A quoi doit s’attendre un chrétien qui y obéit ? Doit-on même parler de dîme, aujourd’hui, quand on sait que le Nouveau Testament n’en fait pas mention pour l’église ?

Si elle doit, malgré tout, être prescrite, sur quel montant la payer ou la donner: Le SALAIRE (ou le revenu) BRUT ou le MONTANT NET DU SALAIRE qui est le salaire débarrassé de toutes les retenues légales et des charges (contribution nationale, pension, assurance, remboursement prêts, impôts, mutuelle, épargne, etc.)?

Pour en venir maintenant à la gestion financière de ces dîmes et offrandes, nous observons beaucoup de dérives et d’abus qui m’amènent à me poser les questions suivantes : Un pasteur ou un leader doit-il oui ou non rendre compte de l’utilisation de l’argent des dîmes et offrandes à son église? Si oui, sous quelle forme et suivant quelle périodicité ? Si non, ne pensez-vous pas qu’un point régulier et transparent des dépenses de l’église peut davantage motiver les chrétiens à donner pour l’œuvre de Dieu?

L’offrande annuelle, récente trouvaille, telle que pratiquée, depuis quelques années, par certaines églises évangéliques est-elle une exigence biblique? Si oui, comment doit-elle être utilisée : Comme le 13ème salaire du pasteur ou comme un don à l’église et pour quel usage? Si non, pourquoi l’a-t-on instituée? Et pourquoi maintenant et pas avant? Est-ce acceptable que des hommes de Dieu puissent s’approprier l’argent du Seigneur à leur fin personnelle ou s’adonner à une gestion opaque de l’argent des dîmes et des offrandes? Quelle est la part qu’on y réserve finalement aux veuves, aux orphelins et aux nécessiteux du peuple de Dieu, comme le prescrit l’Ecriture Sainte ?

Un pasteur a-t-il le droit de disposer de l’argent de son église comme bon lui semble, sans le contrôle d’un comité de gestion ou des Anciens? Le cas échéant, doit-on le laisser faire? Si non, comment s’y prendre, sachant qu’il est le Serviteur de Dieu?

N’est-ce pas même préférable qu’il en laisse la gestion aux Diacres et aux Anciens et qu’il se consacre à la prière et à la prédication, comme l’ont fait les Apôtres (Actes 6 :2–4)?...



La gestion opaque serait-elle la chose la mieux partagée dans les Eglises de Dieu ?


Une grande église évangélique de la place ivoirienne a décidé, depuis quelques années, de réaliser de grandes œuvres sociales. Des cotisations ont été levées, à cet effet, dans tout le pays par le moyen de l’achat annuel et individuel de stickers. Des jeunes et des adultes. Des dizaines de milliers de personnes.

Après plus de deux années de mobilisation de fonds, les cotisations recueillies ne font toujours pas l’objet, jusqu’à ce jour, du moindre compte rendu.

Actuellement, elle sollicite à nouveau le peuple pour la faramineuse somme d’un milliard de francs CFA, en vue de l’achat d’un vaste terrain urbain, à Abidjan, pour lui permettre de concrétiser ses projets. Sans avoir fait, au préalable, le moindre point des premières cotisations. Ce qui, du reste, aurait pu avoir l’avantage de propulser en avant les contributions actuelles des fidèles, (heureusement ou malheureusement) en perte de vitesse. Mais, que non !

Suis-je fondé à m’en émouvoir ou est-ce normal que la gestion opaque soit la chose la mieux partagée dans les Eglises de Dieu, au nom (ou sous le prétexte) de la théocratie?

Votre participation à la discussion est attendue, en toute fraternité ! Nous nous honorerons tout particulièrement de celle de tous les serviteurs de Dieu du forum !

Un large éventail de points a été sciemment évoqué, le sujet étant vaste. Veuillez bien intervenir sur le ou les points qui auront retenu votre attention.

Soyez richement bénis, en Jésus-Christ, notre Seigneur !

DINDE Fernand AGBO

Source : Regards croisés

lundi 24 janvier 2011

Les chrétiens d’Afrique sont-ils de bons chrétiens ?


Legs de la traite négrière et de la colonisation, la chrétienté a imbibé les habitudes quotidiennes de bon nombre d’Africains. Généralement, sur le continent noir, ils sont nombreux ces dirigeants ou hommes politiques de premier rang qui aiment montrer qu’ils sont de « bons chrétiens » à l’occasion des grandes célébrations chrétiennes, comme Noël ou Pâques. Mais, ces fêtes symbolisent-elles vraiment pour les Africains, en particulier les dirigeants africains, une occasion de prendre date avec l’histoire ou de faire de sincères actes de contrition comme leurs compatriotes chrétiens pour le développement de leur continent ?

Qu’on se le dise et qu’on s’y accorde, les chrétiens africains de ce début de 21e siècle se montrent plus fervents croyants que les Occidentaux qui leur ont inculqué les valeurs et règles de base de cette religion chrétienne. Au point de se prévaloir de leur croyance en Dieu et très précisément en « son fils unique Jésus-Christ » pour mener des croisades meurtrières contre leurs frères qui ne regardent pas dans la même direction religieuse qu’eux.

Le Nigeria illustre parfaitement, de façon cyclique, cet engrenage des violences religieuses en Afrique occidentale. Un peu comme le Kenya en Afrique de l’Est. Les dimanches, en Afrique, l’on ne ressent pas de la même façon la ferveur chrétienne dans les chapelles, temples et églises comme on le voit en Occident.

Votre navigateur ne gère peut-être pas l'affichage de cette image. Alors que le prêtre ou le pasteur blanc et ses fidèles participent aux célébrations dominicales en gardant un œil sur leur montre, sur le continent noir, les mêmes acteurs chrétiens précités se vautrent dans le gaspillage du temps les dimanches. Homélies et prêches interminables, quêtes maigres, mais longues, chansons de louange kilométriques ; voilà autant de caractéristiques qui différencient les célébrations dominicales d’Afrique d’avec celles des Occidentaux. Autrement dit, si les ferventes prières pouvaient aider les Etats d’Afrique à se développer, les Africains seraient à des années-lumière des habitants des pays du Nord. Hélas, en Afrique, on oublie, ou du moins, on prend la peine d’oublier que l’« ora » s’accompagne du « labora » comme le recommande la Bible. Ce ci suggere, en d’autres termes, que un croyant en Jésus-Christ doit travailler au même rythme sinon plus qu’il prie!!!

C’est justement ce qu’ont compris les habitants du Nord qui se donnent de moins en moins la peine d’honorer le Commandement de Dieu qui veut que les chrétiens « respectent le jour du Seigneur ». La « crise de la foi en Occident » évoquée par la presse du Nord à plusieurs reprises est encore dans toutes les têtes !!!

Cet attachement particulier des Africains à la foi chrétienne s’est surtout fossilisé parce que les leaders d’opinion de leur continent s’efforcent quotidiennement de leur montrer de mauvais exemples. Ces Noirs de premier plan d’Afrique portent en effet le nom de grands saints, mais hélas ne se donnent presque pas la peine d’imiter les vertus de ces anges. A titre illustratif, Joseph Kony tue impunément « au nom de Dieu » en Ouganda; Saint Charles n’a pas suffi au président Taylor pour qu’il se préserve de massacrer ses compatriotes libériens et leurs frères sierra-léonais; Saint Faure n’a pas pu convaincre le président Gnassingbé Junior de ne pas fermer les yeux sur les humiliations macabres des Togolais en 2005 et les fraudes patentes du scrutin présidentiel du 4 mars 2010, etc.

Trop souvent, les chrétiens d’Afrique oublient, comme le rappelle Saint Augustin, que « Dieu qui nous a créés sans nous ne peut nous sauver sans nous » ! Et surtout qu’on « demandera plus à ceux qu’on a donné plus (…) Que celui qui veut devenir le plus grand d’entre vous apprenne à servir les autres », dixit le Christ. Un message christique qu’ont compris de toute vraisemblance les dirigeants du Nord, même s’ils sont loin d’être des Saints. Jacques Chirac fut un « ami personnel » du défunt général Etienne Eyadèma Gnassingbé, mais jamais, le chrétien Chirac n’a cherché à enfoncer sa terre natale dans le gouffre sur tous les plans comme son pair Étienne Gnassingbé s’est évertué à le faire quand le processus de démocratisation a été enclenché au Togo dans les années 90.

Ne plus chercher à être chrétien pour être chrétien en Afrique est aussi une voie idoine pour les habitants de ce continent pour prendre de nouvelles résolutions engageant véritablement le continent noir sur le sentier du développement. C’est la meilleure Pâque que les chrétiens Africains puissent célébrer en cette année du cinquantenaire des indépendances africaines…

Edem Ganyra

Source: L’Encre Noir
Illustration : Camille Millerand

Paru dans Le Filament N°12

lundi 4 octobre 2010

Les raisons socio-politiques de l'expansion des églises évangéliques en Afrique

Il s’observe ces deux dernières décennies un fourmillement sans précédent de nouveaux mouvements religieux d’inspiration protestante, tant en Afrique subsaharienne que dans les populations immigrées d’origine africaine en occident. Ce phénomène semble être attribué au besoin de voir le monde religieux intervenir rapidement dans la résolution des problèmes matériels, physiques et sociaux de l’homme.

Il semble être aussi une réponse, en particulier en occident, à la nécessité de l’affirmation d’une identité culturelle particulière. Celle-ci fonde et véhicule une vision du monde, autant qu’elle détermine la manière de penser, d’agir et de se comporter. Regardons de très près ce qui passe en Afrique. Partons d'exemples concrets. En République Démocratique du Congo (RDC), pour la seule ville de Kinshasa, le nombre des Églises dites de « Réveil » est estimé à plus de 8 000 pour une population évaluée à près de 7,5 millions d’habitants. Une enquête effectuée du 17 septembre au 8 octobre 2002 sur l’appartenance religieuse de la population de cette ville révèle que 27,8% de cette population, soit plus d’un quart, ont déclaré être membres d’une « église de réveil ». Les fidèles des Églises catholique et protestante représentaient, quant à eux, respectivement 34,2 et 25,1%. Pourtant, entre 1968 et 1970, 58,6 % de la population adulte s’étaient déclarés catholiques et 27,0% protestants. Les Églises de réveil étaient donc pratiquement inexistantes. En 1990, ces Églises comptaient 10% de fidèles pour atteindre 15% entre 1994 et 1996 et avoisiner les 30% depuis 1998. Dans une ville comme Lomé qui fait moins d'un million d'habitants, on compte plus de 400 églises dites du réveil. La question qui se pose alors est la suivante : Pourquoi cette situation? Autrement dit, quelles sont les raisons socio-politiques de cette émergence des églises évangéliques? Mais d' abord, que faut-il entendre par églises du réveil?


Que faut-il entendre par « Eglises du réveil »?

Comme leur nom l’indique, les « Églises de réveil » militent pour un réveil spirituel. Elles se présentent comme une alternative à l’hermétisme et à la torpeur des religions traditionnelles catholique, protestante et musulmane. Elles ont trouvé un terrain de prédilection un peu partout en Afrique, au début des années 1990, grâce à la proclamation de la démocratie qui reconnaît ipso facto la liberté d’association et de culte. Elles sont ainsi passées de groupes informels (cellules ou fraternités de prière) en organisations structurées.

Les Églises de réveil sont issues du courant évangélique (néo-pentecôtiste et charismatique) anglo-saxon dont l’Amérique constitue le berceau et la terre d’élection. Elles constituent donc des formes du protestantisme. Fondées sur la seule autorité de la Bible, en référence au principe protestant « sola bibilia », ou « sola scriptura », les Églises chrétiennes indépendantes proclament leur foi en Jésus-Christ considéré comme fils de Dieu. Cette foi est, selon elles, le fruit de la grâce divine. Les Églises de réveil croient au baptême par immersion comme résultat d’une décision personnelle responsable. Ainsi, le baptisé devient un « chrétien né de nouveau » par le baptême du Saint-Esprit, « c’est-à-dire une personne ayant quitté le monde, abandonné « la vie de péchés » pour mettre en pratique la Parole de Dieu (la Bible) ou, selon la formule consacrée, pour mener une vie de sanctification » (Jean-Pierre Missié). Comme toute autre communauté chrétienne, les Églises de réveil ont leurs structures hiérarchiques, leur liturgie et leurs recettes religieuses. Celles-ci sont formées essentiellement des cultes d’adoration et d’intercession, des études et enseignements bibliques, des veillées de prière, des témoignages (aveux publics des bienfaits de Dieu), des jeûnes, des cures d’âme et des séances de guérisons-miracles.

En ce qui concerne les cures d’âme, elles consistent en des entretiens directs avec le fidèle sur sa vie, son histoire, ses relations familiales et sociales, etc. Ces entretiens ont pour but ultime de situer l’origine du mal assaillant le fidèle. A travers cette relation d’aide et de confiance, le pasteur joue à la fois le rôle de psychologue et de conseiller spirituel.


Quelles sont les raisons socio-politiques de leur expansion en Afrique des églises du réveil ?

Trois éléments importants sont à prendre en compte en ce qui concerne le succès récolté par les Églises de réveil et leur expansion en Afrique.

D'abord, leur prétention de proposer des solutions rapides aux échecs et difficultés de la vie quotidienne de leurs adhérents meurtris par la déstructuration profonde du tissu économique et social, occasionnée notamment par la mal gouvernance de la part des dirigeants (corruption, pillage des ressources nationales, etc. ), les guerres et les conflits armés internes à ces pays. Les solutions proposées sont essentiellement l’évangile de prospérité matérielle et immatérielle (argent, travail aux pauvres, mariage aux célibataires en quête de partenaires, progéniture aux personnes stériles ou en difficulté de procréer etc.) et la distribution des guérisons-miracles. La réussite matérielle et immatérielle, perçue ici comme une bénédiction de Dieu, serait acquise après une séance de désenvoûtement, encore mieux de « délivrance » de tout lien satanique, source d’échec et de blocage.

Ensuite, certains leaders d’Églises de réveil puissantes entretiennent des relations privilégiées avec le monde politique et économique. S’ils ne sont pas partenaires ou représentants financiers des hommes politiques, ils bénéficient, d’une manière ou d’une autre, de leur assistance et de leur protection (argent, voiture, garde du corps, etc.). En retour, du fait de leur autorité et popularité, ils contribuent à asseoir ou à légitimer le pouvoir politique, par des passages bibliques érigés en postulats tels que : « Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu » (Rom. 13, 1), « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt. 22, 21)... Ainsi, ils participent, consciemment ou inconsciemment, à étouffer toute tentative de contestation sociale et, par ricochet, à entretenir et à accentuer la misère des populations. Leurs discours non engagés se révèlent donc être aux antipodes de leurs actes.

Venons-en au troisième et dernier élément. Une fois à l'étranger, tout individu est confronté à des systèmes culturels différents, parfois incompatibles. Cette différence culturelle « apparaît toujours, au premier abord, comme une menace ». Ainsi, se développe-t-il des stratégies d’auto-défense en vue de préserver une certaine identité culturelle. Celle-ci véhicule une vision du monde et détermine, consciemment ou inconsciemment, le comportement des individus. Ainsi, dans les pays occidentaux, la plupart des hommes et des femmes d'origine africaine qui adhèrent aux nouveaux mouvements religieux, le font pour des raisons essentiellement culturelles. On peut aussi noter la grande sécurité que ces églises apportent à ses membres et l'intégration sociale à travers la « communauté » que forment ces églises.



Comment fonctionnent ces églises ? Comment et pourquoi y adhère-t-on ?

C'est clair : il en faut un peu plus pour cerner les contours de la question des raisons socio-politiques de l'expansion des églises évangéliques. L’étude du phénomène de nouveaux mouvements religieux dont le foisonnement a été observé ces deux dernières décennies en Afrique et en occident, particulièrement parmi les populations immigrées d’origine africaine, autorise au moins deux réflexions : d'abord, le fonctionnement de ces mouvements repose sur la logique selon laquelle le bien (la santé, le mariage, la progéniture, la richesse matérielle etc.) et le mal (la stérilité, la maladie, la pauvreté, le chômage, le célibat forcé etc.) survenant dans la vie d’un individu ont une origine externe. Le mal viendrait des sorciers et de mauvais esprits tandis que le bien de Dieu et de bons génies

Ensuite, l’adhésion à un mouvement religieux d’origine africaine en occident est largement influencée par des motivations culturelles, à savoir le besoin de vivre sa culture et, de ce fait, d’être en cohérence avec les normes et valeurs sociales de son groupe culturel d’appartenance, normes et valeurs préalablement acquises par le processus de socialisation. Cette cohérence dans la manière de penser, d’agir et de se comporter confère à l’individu une sécurité psychologique, par rapport à lui-même et par rapport à ce groupe. Comme on le voit, il est impossible de dialoguer avec ces églises, si on ignore leurs raisons d'être et leur identité…

Jean-Paul SAGADOU, Religieux assomptionniste, Diplômé en théologie de l'Institut Catholique de Paris. Président-fondateur de l'Association Personnaliste des Amis de Mounier (APAM-Burkina), il accompagne aussi la réflexion de la Jeunesse Etudiante Catholique (J.E.C) du Burkina Faso ainsi que celle de la JEC de l'Afrique de l'Ouest francophone.

Paru dans la rubrique Religion du Filament N°8



mardi 27 avril 2010

La nouvelle génération des pasteurs africains : un nouveau mal pour l’Afrique ?

L’Afrique prise en otage depuis des siècles par l’Occident, connaît un autre tournant non salutaire dans son état de continent dit le plus pauvre de la terre. La religion qui a joué un rôle majeur dans la soumission du continent africain, fait un grand retour sur la scène. Cette fois-ci avec une autre couleur, celle des Africains eux-mêmes. Qu’en est-il exactement ? Dans ce qui va suivre, nous allons essentiellement parler de la situation des églises africaines en Occident ou chaque mois qui naît, fait voir le jour à au moins un nouveau pasteur africain.
Un bref rappel sur le rôle joué par la religion dans la soumission, voire dans la destruction de la société africaine.
Dans les écoles, en Afrique, l’on se souvient très bien de ce que les enseignants appellent les « 3M ». A travers ceci, les historiens décrivent à leurs élèves et étudiants la manière dont les Occidentaux ont procédé pour plonger l’Afrique là où elle est restée depuis des siècles, dans la misère totale. Missionnaires d’abord, les Occidentaux ont « pacifié » les Africains en leur faisant admettre que ce qu’ils adoraient chez eux était nuisible et démoniaque. Il fallait donc adopter une nouvelle religion. Une religion aux couleurs de l’Occident. Le démon de cette religion est noir comme l’africain lui-même. D’où, il fallait à celui-ci adopter la nouvelle religion pour être sauvé de l’enfer et pour recouvrer une âme qui lui permettra d’avoir accès au paradis du blanc. Cet état de choses aura eu, par-dessus tout, des conséquences désastreuses sur les Africains. Par exemple, sur la base de ces axiomes, des lois déshumanisantes ont été instituées en Occident, dont entre autres, « le Code Noir » de Louis XIV, le Roi-Soleil. Des théories ont été élaborées, présentant les hommes noirs comme des êtres inférieurs par nature aux Blancs : « Leur nature est semblable à celle des animaux, et ils n’atteignent pas au rang d’êtres humains ; parmi les choses existantes, ils sont inférieurs à l’homme, mais supérieurs au singe, car ils possèdent, dans une plus grande mesure que le singe, l’image et la ressemblance de l’homme ». Et, de ce fait, seul le baptême à l’occidentale les sauvera de leur infériorité. C’est d’ailleurs cela qui a servi de soubassement à la traite des noirs et qui justifie que les Africains ont été baptisés et instruits dans la foi chrétienne. C’est cela même l’origine et la raison fondamentale de la présence du christianisme en Afrique.
Notre enquête nous a conduits aux Etats-Unis d’Amérique et dans cinq pays européens : Allemagne, Italie, France, Belgique et Grande Bretagne. Là, il nous a été donné de constater qu’il n’est pas de mois qui passe sans l’ordonnance d’au moins un nouveau pasteur africain. Ainsi donc, les Africains venus « se chercher », comme dirait l’autre, ont découvert une nouvelle ruche pleine de miel : le métier de pasteur.

Ces nouveaux « sauveurs d’âme » qui, sans vergogne, s’autoproclament : Révérends, Prophètes, Evangélistes, Bishops, visionnaires, etc., poussent comme des champignons. Cependant, lorsque vous prenez un bout de temps pour écouter leurs prières, vous tombez de rire, car en majorité, ils ne savent même pas lire, ne comprennent pas la Bible qu’ils portent toujours sous les bras ; une décoration toute simple. Et, ce fait est identique dans tous ces pays où notre enquête de près de trois ans a été menée. Lorsque vous leur posez des questions, ils vous induisent dans la confusion totale, parce qu’ils n’ont rien à dire et cela parce qu’ils ne savent rien de ce qu’ils prétendent enseigner. Ils font preuve d’ignorance profonde et de manque d’arguments convaincants, à tel point que vous vous demandez sur quelle base les autres Africains les suivent, s’agglutinent autour d’eux à chaque occasion et les vénèrent... Sont-ils aveugles ? Ces nouveaux oiseaux-chantres de la parole sainte sont essentiellement intéressés par la dime représentant les dix pour cent (10%) des salaires de leurs clients qui voient en eux des intouchables envoyés par Dieu pour leur ouvrir le chemin du paradis. Ces pasteurs africains encouragent leurs frères et sœurs à s’adonner à n’importe quel boulot, pourvu qu’ils viennent ensuite verser la « dîme » qui leur permettra d’aller s’asseoir à la droite de Dieu.
Un autre fait est que, chaque dimanche, après leur culte, des candidats-clients s’alignent pour exposer leurs problèmes aux pasteurs. Pour eux, les pasteurs seuls ont les solutions à leurs problèmes et les miracles pour améliorer miraculeusement leurs sorts. Les pasteurs utilisent les confidences faites par leurs disciples comme sources de révélation, pour construire leurs prédications truffées bien souvent de mensonges grossiers qu’ils appellent maladroitement des « prophéties » ou « témoignages » que, à leurs dépens et naïvement, les fidèles applaudissent.
Il faut ajouter que ces échanges ou ces exposés, après ou en dehors des cultes, sont très souvent accompagnés de « gestes » (cadeaux, argent en espèce, services, etc.). Ces candidats-clients dont la plupart sont des désœuvrés, des illettrés ou demi-lettrés, des sans-papiers ou des malades, croient que la bénédiction ou la guérison est fonction de la quantité d’argent donné au pasteur, lequel est perçu comme un être supérieur qui communique avec Dieu : plus l’on donne, plus grande est la bénédiction ou la guérison offerte par Dieu qui veille au grain...

Dans leurs prières de dimanche ou à d’autres occasions où ils apparaissent, (funérailles, mariages, fêtes d’anniversaire, match de football, etc.), certains pasteurs profitent du micro et du podium pour faire leurs propagandes, sans se gêner, et sans se soucier de « pomper l’air » à l’assistance, par des discours fumeux, hors propos ou mal à propos.
Un autre fait à signaler est que, les pasteurs, en plus des subventions que leur donnent les états de leurs pays de résidence, ci-dessus mentionnés, sont nourris et blanchis par leurs « brebis » qui, à travers eux, cherchent le chemin du ciel pour avoir la vie éternelle après la mort. C’est le pasteur qui choisit la voiture voulue et les disciples s’exécutent, alors que, de leur côté, pour se rendre au boulot et à l’église, ces mêmes clients-disciples courent après le bus et le train.
Tous ces pasteurs ont les mêmes phrases magiques : « Dieu m’a touché » ; « Le Seigneur a posé sa main sur moi », etc. Le plus étonnant est que leur Dieu ne passe pas par une autre personne pour leur annoncer la bonne et grande nouvelle qui les propulse devant la scène des clients à escroquer. C’est toujours directement que leur Dieu leur parle ; c’est le direct, le face-à-face en somme. Leurs épouses deviennent des « mamans » et ne sont plus appelées par leurs noms et prénoms consignés dans leur état-civil. Certaines d’entre elles bénéficient des services ménagers de la part des femmes des diacres et doyens des églises. Car, la nouvelle « maman » doit veiller aux petits soins du pasteur, pour faire davantage d’enfants que l’église va supporter. C’est elle qui, très souvent, joue le rôle de trésorière-comptable-banque. Nous sommes dans une affaire familiale, un vrai business où rien ne doit échapper au couple « choisi » par Dieu pour dépouiller et appauvrir encore plus les Africains qui souffrent déjà trop en Occident. Certains pasteurs poussent le comble jusqu'à avoir des maîtresses. Ils couchent et font avorter les jeunes filles de leurs églises, bien souvent avec la complicité de certains membres de l’exécutif pastoral, lesquels ne sont pas sans reproches. Les divorces ne manquent pas ou bien la « maman » se tait pour ne pas « mouiller le pain de la famille » ou encore elle se débrouille aussi avec « son petit de l’église et de nuit » qui en public, joue au « commissionnaire ». Nous sommes dans une sorte d’opéra où madame a son petit musicien et monsieur sa petite «choriste», tous les deux propulsés ministres pour faciliter les rencontres. Qui pourrait, pour une concertation impérieuse, empêcher le président de la République de voir son ministre à huis clos et même à des heures indues? Personne ! Car, c’est souvent la nuit que les grandes et graves décisions sont prises pour faire avancer la nation. Le gâteau étant bien partagé, il n’y a pas d’histoire à la maison et la destruction de l’Afrique continue. Lorsque vous leur posez le problème de l’escroquerie et des autres abus dont ils sont les uns maîtres, les autres victimes, une seule réponse tombe dans vos oreilles : « seul Dieu a le dernier mot, les humains ne peuvent pas et ne doivent pas porter de jugement. La Bible dit : Qui es-tu pour juger les autres ? »…

Encore un autre fait, c’est que ces pasteurs ont des comportements plus mondains que ceux-là mêmes qu’ils traitent… d’« hommes et de femmes du monde ». Les églises deviennent des lieux de ragots, de dénigrements et de palabres infinis. Les querelles et divisions s’élargissent entre les pasteurs parce qu’untel a pris les clients d’untel autre. Certains trésoriers volent le trésor de l’église et, pour ne pas rendre de compte, ils créent leurs églises. Une couverture tout bonnement et c’est tout. On continue les prières sous la protection d’autres pasteurs, comme si de rien n’était. Personne, pas même les victimes, ne critique, ni ne crie au scandale, puisque Dieu est le seul juge suprême et va les juger au moment venu. Des enfants suivent les traces du père, premier pasteur de la famille. Ainsi va l’église fondée par le père, gagnant en ampleur, au grand dam de l’Afrique qui a besoin de ses enfants pour sortir la tête des eaux de la misère. Si le pasteur meurt, son épouse, dorénavant appelée « maman », continue l’œuvre et cela pour dire que ce n’est plus seulement la main de Dieu qui est la seule condition pour accéder au trône. Le rôle de pasteur est devenu un héritage, zut !...

Ces pasteurs nouveaux ont aussi une dérangeante particularité. Dans leur majorité, ils ont servi les dictatures les plus féroces que l’Afrique ait connues. Ils étaient les hommes et les femmes de main qui d’Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire), qui de Mobutu au (RDC, ex-Zaïre) ; qui d’Eyadema (Togo), qui de Kérékou (Bénin), qui d’Abacha (Nigeria), etc. Ils se réfugient donc aujourd’hui derrière le paravent de pasteur, sans doute pour échapper aux poursuites judiciaires, si ce n’est pour ne pas exercer d’activité professionnelle et vivre à la sueur du front des autres. Ils aveuglent même les parents des victimes et certaine de leurs victimes, avec leur « innocence comique » qui cache à peine leur tartufferie et leur criminalité. Leurs enfants qui deviennent souvent des pasteurs ont aussi la bouche bée sur les atrocités commises par leurs parents. En un mot, au lieu de se terrer, ils continuent d’assassiner l’Afrique, et cela, loin du continent. Ils oublient que la violence économique, le vol, l’escroquerie appellent la violence et la vengeance physique.

Nous disons que c’est un crime d’obnubiler la conscience d’une race avec des litanies dans le seul souci de l’exploiter et de l’exproprier, tout en sachant que, depuis des siècles, cette race se retrouve au bas de l’échelle du développement mondial. C’est aussi un crime de prétendre qu’on est muni d’un pouvoir saint capable de libérer de leurs maux ces nuées d’Africains désespérés. C’est encore un crime de voler le produit du dur labeur des pauvres femmes et hommes qui, en dépit de leur intelligence et de leurs diplômes, sont condamnés à faire les travaux de dixième degré pour survivre. C’est encore un crime d’exploiter ses semblables et ses proches en leur promettant les documents légaux pouvant leur permettre de résider en Occident, tout en sachant que l’église n’est pas le service de l’immigration et donc ne peut rien pour eux. C’est encore un crime d’user de sa position de pasteur, donc de prétendu « homme de Dieu » à qui l’on vient se confier, pour enceinter les innocentes filles qui viennent chercher le salut promis. C’est encore un crime, de la part des clients qui, même désemparés, s’offrent et offrent en victimes résignées leurs corps, ceux des membres de leurs familles, ainsi que leurs avoirs à des escrocs de tout acabit qui prolifèrent chaque jour.
Là-dessus, nous demandons aux états et autres institutions qui soutiennent financièrement ces églises d’instaurer un système de moratoire, de contrôle plus rigoureux, afin d’éviter les dérapages que nous venons de souligner. Dans le cas contraire, ces états eux-mêmes seront rendus coupables et condamnables pour complicité de vol et de viol, de fraude, voire de crime contre l’humanité ; car, ils se cachent derrière les églises pour détruire la race noire, autrement dit le continent africain.

Enfin, nous disons que c’est un crime de se faire entretenir par ses semblables, en utilisant le mensonge délibérément construit sous l’auspice du concept de pasteur. Le débat est ouvert. Exprimez-vous !

Sylvain de Bogou, Directeur de Rédaction, Le Filament.

Paru dans la rubrique Le débat du mois du Filament N°3

jeudi 22 avril 2010

Le christianisme nous a asservis

« C'est quoi la bible? Parole de Dieu ou un livre ordinaire d'histoire ?" Tel est l’intitulé d’un débat qui été lancé ou ouvert récemment dans un grand magazine africain. Ce débat, qu’on le veuille ou pas, nous donne l’opportunité de (re)poser la question du bien-fondé du christianisme en Afrique et, partant, de nous interroger sur les causes profondes de la stérilisation de l’Afrique.
D’abord et avant tout, on peut se demander pourquoi, dans cette Afrique moderne, nous en sommes encore à copier, à répéter les formes mortes, fossilisées, sclérosées des autres peuples, leur Histoire, leur mémoire, notamment celle du peuple juif ? Cette propension et cette obsession des Africains à perpétuer la mémoire juive, hélas ! tue la mémoire africaine, l’âme africaine, l'épopée de la grande douleur, la souffrance non seulement des Noirs d'Afrique, mais de ceux de la diaspora. Ce qui laisse penser que l'Afrique n’a pas de mémoire, pas d’âme, pas de foi. Sinon en quoi l’Histoire du peuple juif est-elle une réponse à nos multiples questions, en tant que Peuple ?

Chaque peuple a, dans son histoire, des messages et des messagers religieux. Ainsi, Bouddha, Mahomet, Jésus-Christ, les prophètes juifs (Moïse, Abraham, etc.) les textes Védiques, le Shintoïsme sont des messagers, des messages religieux destinés à des peuples précis, même si ces messages et ces messagers, par la suite, en s'exportant, sont devenus universels. Tout message s'inscrit donc dans les mythes fondateurs, les symboles d'une culture. Abandonner donc ses messages et ses messagers pour un peuple, c'est abandonner ses mythes, ses symboles, sa culture, en somme son âme.

L’Afrique a sa Foi, sa Religion. Une religion qui a pour berceau natal l'Afrique, une religion dont la tradition religieuse, le message religieux fait coïncider l'origine et l'apparition des peuples africains. Une religion qui explique la création de ces peuples, de leur art, de leur culture, de leur civilisation grâce aux mythes d'origine, cosmogoniques et religieux qui leur sont liés. Comme l'a écrit Barthélemy Comoé Krou, dans son livre « Conception de l'État et forme de démocratie », « C'est leur conception de la divinité qui les (les peuples) meut et détermine leur histoire. La conception de la divinité définit toutes les idées que les hommes, où qu'ils vivent, se font des autres réalités ; elle détermine les comportements collectifs, ainsi que les formes de l'organisation sociale et politique. Dans la mesure où la religion est simplement l'attitude que l'être humain adopte en face de la divinité telle qu'il se la représente, c'est l'histoire même de l'humanité qui est la véritable, authentique et permanente religion, le culte solennel, quotidien et perpétuel que chaque peuple rend aux dieux de sa conception. »

Comme on le voit, aucun peuple ne peut vivre sans contact naturel, spontané avec Dieu, sans relation avec Dieu, sans l’idée du Divin, sans le sentiment religieux. Ce qui montre clairement l'exceptionnelle importance de la religion dans la formation de l'identité profonde d'un peuple, son être intime, son âme. C'est donc du panthéon d'un peuple, de son projet religieux, ses messagers et ses messages que se déduit son projet de société, se déterminent, se forment l'ensemble des grandes valeurs intellectuelles, morales, éthiques, esthétiques, spirituelles fondatrices de sa civilisation, sa culture, son histoire, en dernière instance sa conscience. Installer donc un peuple au centre de sa religion, c’est l’installer à nouveau dans son propre génie créateur, dans le foyer ardent de sa propre forge. Quelle religion donc pour le projet de société de Libération de l’Afrique ? Quelle religion pour achever la décolonisation mentale, intellectuelle, religieuse, spirituelle des peuples africains ?

L’une des causes de la stérilisation de l’Afrique, me semble être la perte de notre identité spirituelle. L’aliénation spirituelle est la source, la racine des autres aliénations : culturelle, politique, économique. Libérer un peuple, c’est, d’abord et avant tout, le libérer spirituellement, lui restituer sa Foi, l’originalité de sa spiritualité. Installer un peuple au centre de son propre génie créateur, c’est l’installer à nouveau dans le foyer ardent de sa propre forge. La vraie décolonisation, c’est la décolonisation spirituelle et mentale. C’est ce qui va nous permettre de frissonner, de palpiter, d’entrer dans le monde des Hommes avec notre propre identité.

Les Africains n’ont nullement besoin d’aller chercher Dieu en Palestine. Car, depuis la nuit des temps, nous avons conscience de l’existence de Dieu. Nous n’avons pas attendu JESUS pour avoir une relation avec Dieu. Nous avons donc une Foi, une Foi Africaine, avec un Dieu unique, en-dessous duquel se trouvent des génies (des esprits). Les génies sont représentés par des statuettes qui ne sont que des intermédiaires. Des statuettes qui ne sont rien de plus que les statues qu’on retrouve dans les Eglises. Et, devant une pierre ou un arbre, ce n’est pas la pierre ou l’arbre qui est adoré : c’est l’esprit qui est présent en tant qu’intermédiaire du Dieu unique.

La Religion Africaine n’est pas païenne dans le sens où les Juifs attendaient le messie, puis il est arrivé. Nous les africains, nous n’attendons personne. Nous sommes ce que nous fûmes et nous serons ce que nous sommes. Mais, nos détracteurs s’en sont donné à cœur joie en assimilant notre Religion à la sorcellerie, etc. Des ethnologues occidentaux et même africains se sont évertués à comprendre la Religion Africaine « à la lumière » de la Bible. (Ce qui relève purement et simplement d’une absurdité qui interdit tout commentaire). Puis, par un amalgame curieux, ils en sont arrivés à cette conclusion : « Puisque meilleure est notre culture, donc meilleur est notre culte. Culte supérieur, meilleur culte, donc meilleur Dieu, vraie religion, vrai Dieu... ». Sans, bien entendu, jamais définir le critère scientifique de cette vraie religion, de ce vrai Dieu, et en omettant que tout culte est culturel, que tout message s'inscrit dans les mythes, les symboles de la culture d’un peuple.

Dieu est Dieu, mais chaque religion a sa façon de le concevoir, de l’adorer, de le nommer. La dénomination de Dieu n’est pas fortuite. Elle est partie intégrante de la doctrine et des rites de chaque religion. Ainsi, les juifs adorent Yahvé, les musulmans Allah, et les Africains Gnamien Kpli, Lago, Zambé, etc.

La christianisation et l’islamisation de l’Afrique sont, comme qui dirait, une « aventure ambiguë »… Avec ces religions dites révélées, nous sommes en situation coloniale. Nous sommes dominés, opprimés. Car, ces religions nous ont été imposées par les armes. Les formes prises par ces religions ont été l’oppression… Et puis, il y a une forme d’intégrisme et d’exclusivité chez Jésus, quand il dit : « Nul n’arrivera au Père s’il ne passe pas par moi ». Cette phrase est dangereuse parce qu’elle signifie que les autres, les adeptes de la Foi africaine, les Boudhistes, les hindous, les musulmans, etc., n’iront pas au « ciel ». Elle impose le christianisme comme religion unique et universelle. Ce qui n’est rien d’autre qu’une escroquerie morale. Il y a un Dieu unique, chaque culture produisant ses messagers.

La Foi Africaine, c’est un rapport de liberté sans condition avec Dieu. C’est une Religion de tolérance. Il n’y a jamais eu de guerre religieuse dans la FOI Africaine … Alors, selon quel critère la religion chrétienne décrète-t-elle, s’arroge-t-elle l’exorbitant droit de dire que son Dieu est le seul vrai et l’unique Dieu ? Pourquoi et de quel droit clamerait-elle que son rite d’adoration profere l’unique vraie religion ?...
En tout cas, comme l’écrit Jean Ziegler dans « La victoire vaincue », « les valeurs, les significations, les symboles qui constituaient les sociétés africaines ont d’abord été niés, limés, érodés, détruits par le bulldozer de la colonisation. On ne dira jamais assez : la conquête des continents d’outre-mer, la mise en esclavage des peuples d’Afrique, le pillage de leurs richesses n’ont été possibles que grâce à la mise en esclavage de leur esprit... La « conversion » des Noirs à la religion « chrétienne » a été tout, sauf l’œuvre de l’esprit saint ».

L’Afrique est en quête de modèles de sociétés, de modèles de développement. Elle veut retrouver sa nouvelle identité, son identité moderne. Certains intellectuels sont fascinés par le modèle Japonais à cause de sa puissance économique, industrielle, technologique et financière. Savent-ils que le Japon est resté animiste et a construit son modèle à partir de ce patrimoine animiste ? Et c’est sur cette racine animiste avec la déesse du Soleil Amaté-Rasuo-Mikami, la Déesse Nationale que sa Religion Nationale le SHINTO se fonde. Et, c’est sur elle qu’est bâtie sa puissance technologique, son rayonnement. Ceci nous démontre l'exceptionnelle importance de la religion dans la formation de l'identité profonde d'un peuple, son être intime, son âme.

Pour reconstruire l’Afrique, il est du devoir des Africains de connaître, faire connaître, reconnaître, réhabiliter, adapter, moderniser la Religion Africaine. Car, si Dieu a fait « l’Homme à son image », il ne faut oublier que les peuple créent leur « Dieu à leur image ». L’histoire des Juifs ne nous concerne pas. Ce n’est pas notre histoire. Le christianisme nous a asservis. Ce n’est donc pas avec lui que nous allons nous libérer de cet esclavage mental qui nous paralyse tant depuis des siècles.
Serge Grah
(Journaliste, Ambassadeur Universel pour la Paix)

Un article paru dans la rubrique sous l'art à palabre du Filament N°3



 

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