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lundi 26 mars 2012

Appel aux scientifiques africains

Nous les Africains, nous avons souvent tendance à exhiber nos titres. Partout où nous nous trouvons, nous sommes fiers de faire voir et de faire savoir qu’on est docteur en ceci ou en cela, ingénieur en x ou y. Et pourtant, nous n’avons rien produit, ni créé, ni inventé. Ceux qui prétendent être des docteurs en chimie ou en physique ne se sont jamais signalés par leurs découvertes. De même, les soi-disant ingénieurs en agronomie n’ont jamais rien trouvé, ne serait-ce que du simple composte, pour aider l’agriculture africaine.

De même, les prétendus docteurs en économie n’ont jamais tenu de conférence publique, ni écrit des livres, ni inventé des théories économiques. Bien au contraire, ils sont les fidèles élèves du FMI ou de la Banque mondiale pour faire appliquer des « plans d’ajustement structurels » aux dépens et au mépris des populations du tiers-monde. Le pire est que, à côté de ceux qui ont mérité d’avoir fait, effectivement, des études sérieuses dans les plus brillantes institutions occidentales, il y a des « faux monnayeurs » de titres ou des trafiquants de diplômes et autres mécréants qui, avec leurs mensonges et bouffonneries, nuisent à la réputation des Africains de la diaspora…

Pourquoi certains Africains s’attachent plus aux diplômes, aux titres qu’aux réalités de l’école de la vie ? Pourquoi certains Africains pensent-ils que le diplôme fait l’homme ? Pourquoi certains Africains refusent-ils de reconnaître leur ignorance ? Pourquoi certains Africains refusent-ils d’apprendre, de s’instruire, de lire, pour améliorer leur niveau social et intellectuel, pour se faire valoir et avoir des atouts pour mieux servir au développement de nos sociétés africaines ?... Beaucoup d’Africains se font passer pour des savants et pourtant l’Afrique souffre de tous les maux et accuse du retard au développement dans tous les domaines, notamment politique, économique, social, culturel, technologique, etc. Où sont-ils donc ces grands savants qui émettent des grandes théories dans les salons et qui, pourtant, n’ont jamais fait de découvertes ? Où sont-ils ?

Un autre fait est que nombreux sont les Africains qui se font passer pour des « intellectuels ». Et là, le mot intellectuel est galvaudé, torturé, en tous les langages. Et, il se trouve alors que, malheureusement, très peu de gens l’utilisent à sa juste valeur. On ne se rend pas compte qu’on est soi-même ridicule en prétendant être titulaire d’un diplôme qui n’est pas mérité ou qu’on n’a pas. Evitons de nous laisser éblouir par les apparences et les titres ronflants. Contempler un diplômé ne se situe point au niveau du diplôme.

Reconnaître qu’on est ignorant et qu’on a besoin de savoir, ce n’est pas un fléau. C’est plutôt faire preuve d’humilité, de grandeur d’âme qui peut nous inciter à nous enivrer de connaissances en vue de combler le vide que l’ignorance a creusé en nous.

Scientifiques africains, plutôt que de vous faire admirer dans des petits salons et dans des réunions insignifiantes, faites-vous valoir par des écrits susceptibles d’apporter des lumières aux peuples africains, de nous sortir du sous-développement, de nous permettre de mieux réfléchir aux moyens adéquats pour notre épanouissement, pour notre libération, pour la construction de la bâtisse d’une vraie collectivité africaine.

Thomas Oholli Niamké

Paru dans Le Filament N°20

jeudi 8 mars 2012

La dévaluation du franc CFA est le gilet de sauvetage d’une France en péril

Les conséquences liées à la perpétuation de la politique de dépendance des pays africains sont notoires. Manque de compétitivité, dépendance vis-à-vis de l’économie française, dépendance vis-à-vis de l’armée française sans oublier la politique d’ouverture en faveur des entreprises privées françaises. Il existe toutefois des différences plus subtiles.
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Les entreprises françaises en Afrique francophone, grâce à leur position protégée de monopole ou d’oligarchie, contribuent, de manière substantielle, au PNB de ces pays. Mieux encore, elles sont souvent les seuls gros contribuables. Dans nombre de ces pays, les entreprises françaises contribuent pour plus de 50% aux recettes fiscales nationales. Ce qui leur donne un statut particulier. Il n’est donc pas rare d’entendre les Français clamer que, sans leurs entreprises, les économies africaines tomberaient en ruines. Lorsqu’on considère qu’en outre, ces pays n’ont nullement accès à leurs réserves en devises, cette affirmation est sans aucun doute fondée. Cela ne signifie pour autant pas que des entreprises d’autres pays, tels que les Etats-Unis et la Chine, seraient incapables de contribuer autant, mais simplement que les Français deviennent frileux lorsqu’il s’agit d’ouvrir ce marché à la concurrence.

Cinquante ans après les indépendances, le France garde la mainmise sur la plupart des infrastructures et compte dans ses réserves en devises les fonds des 14 pays de la zone franc. Les sociétés de transport aérien, de télécommunications, d’eau et d’électricité, de même que les grandes banques sont françaises. Les accords de coopération signés après l’indépendance par le président Félix Houphouët-Boigny et le premier ministre français de l’époque, Michel Debré, restent aujourd’hui techniquement applicables. La France maintient son étau sur le commerce et la monnaie de la Côte-d’Ivoire, ce qui continue de réduire à néant des initiatives nationales pour l’indépendance. 

Cette position privilégiée de la France a été confirmée par un rapport des Nations Unies. « Les témoignages rassemblés nous ont également permis de constater qu’il existe un lien entre la loi de 1998 sur la pauvreté en milieu rural et la position dominante de la France et les intérêts français en Côte-d’Ivoire » [Traduction].
Les mêmes sources indiquent que les Français sont propriétaires de 45% de la terre en Côte-d’Ivoire. Pire encore, les bâtiments de la Présidence de la République et de l’Assemblée nationale de Côte-d’Ivoire font l’objet de contrats de bail avec la France […]

Pourquoi dévaluer le franc CFA?

La France est en faillite. Elle croule sous le poids d’une dette publique et bancaire énorme. C’est le pays de la zone euro le plus exposé  à la dette grecque et italienne, entre autres. Et la France s’est engagée dans un nouveau plan d’austérité. Sa cote de solvabilité  est sur le point de perdre son statut de triple A et les banques privées devront subir une importante décote de leur dette au sein de l’Europe. Les énormes dépenses engagées dans la guerre en Libye ont englouti la majeure partie de son budget annuel. Et si elle a tenu le coup jusqu’ici, c’est grâce au coussin que lui offre les dépôts de réserves effectués au Trésor français depuis 1960 par des pays africains. Beaucoup de ces réserves existent aussi bien sous forme d’actions au nom du Trésor français que d’obligations ayant compensé et garanti un nombre important d’emprunts d’Etat français.  

Les pays francophones d’Afrique se rendent de plus en plus compte qu’ils risquent de ne plus jamais rentrer en possession de leurs avoirs accumulés dans le Trésor français qui les a lourdement hypothéqués sous forme de contributions de la France à plusieurs plans de sauvetage de l’économie européenne. Wade du Sénégal a une fois encore demandé  des comptes. Et personne n’est prêt à lui en donner. Alassane Ouattara de Côte-d’Ivoire et Denis Sassou-Ngesso du Congo Brazzaville ont été persuadés de la nécessité de dévaluer le franc CFA et chargés d’en informer leurs pairs africains. De l’avis des économistes, une telle dévaluation permettrait de soulager la France d’environ 40% du poids de sa dette et de donner une nouvelle marge de manœuvre au Trésor français.  

Par contre, une telle mesure aura des effets dévastateurs sur l’Afrique. Les pays de l’Afrique francophone avaient souffert énormément lors de la dernière dévaluation, exception faite des présidents et de leur entourage. La dévaluation est avantageuse si l’on a des produits à exporter, car elle rend les exportations relativement moins coûteuses. Or, la plupart des pays francophones d’Afrique n’ont que les matières premières et le pétrole à exporter. Les produits manufacturés, les services et biens immatériels proviennent presque tous de la France ou transitent par elle.
Les denrées alimentaires sont importées hors de l’Afrique et leurs prix autant que les coûts de transport augmentent de jour en jour. Des signes d’inflation étaient déjà perceptibles en début d’année. Le taux d’inflation en Afrique de l’ouest a grimpé à  4,1% en janvier, alors qu’il était de 3,9% le mois précédent. Cette progression de l’inflation dans les huit pays de la zone UEMOA, qui utilisent le franc CFA rattaché à l’euro, était essentiellement due à l’augmentation des coûts des denrées alimentaires, des transports, du logement et des communications. Le taux d’inflation moyen est passé de 0,4% en 2009 à 1,4% en 2010 ; une augmentation justifiée par la hausse des prix du carburant et des denrées alimentaires […]
Malgré  cela et en dépit de la pauvreté qu’entraînera la dévaluation annoncée, peu de présidents africains sont prêts à renoncer au Pacte colonial et arrêter les énormes dégâts causés par le néo-colonialisme français dans la région. Si la France a dilapidé ses fonds et a trop embrassé dans la dette européenne et dans la destruction de la Libye, il n’appartient certainement pas aux Africains de payer la note de telles aberrations.
 
Dr Gary K. Busch

Traduit de l’anglais par Constantin D. Lebogo

dimanche 4 mars 2012

Avons-nous le sens de la responsabilité en Afrique ?

S’il y a bien une spécificité africaine dans la gestion de la chose publique, il semblerait que ce soit l’absence de responsabilité de la plupart des citoyens. Cet état d’esprit généralisé, qui finit par faire partie de nos habitudes les plus élémentaires, semble induit par les comportements et représentations de la gestion du pouvoir et du service public de nos dirigeants politiques, économiques et administratifs.

De fait, toutes les conduites et surtout l’état d’esprit des autres acteurs à responsabilités de nos démocraties en recherche de repères, sont calqués sur celles de leurs responsables hiérarchiques directs. Lorsqu’un chef de service, par exemple, n’est présent à son bureau qu’en début d’après midi pour repartir après 3 ou 4 heures passées à gérer les affaires de l’Etat, comment peut-il reprocher à ses collaborateurs de faire de même ? Avec le temps, les habitudes s’installent et deviennent la normalité à suivre et à appliquer.

Partout sur le continent, le constat est toujours le même, avec une certaine banalisation du sens de responsabilité, tant individuelle que collective. De manière totalement naturelle et normale, cet état d’esprit se retrouve à tous les niveaux de la société. Cela devient alors tout à fait ordinaire, voire même légitime, que les forces de l’ordre rackettent et volent les populations qu’elles sont sensées protéger. Dans les hôpitaux publics, vous êtes pauvres, votre espérance de vie se trouve alors fortement menacée. Et cela, sans rendre de comptes à personne. Vous êtes mort par manque de soins et de considération pour la vie humaine ; et après ? Qui va demander une enquête pour savoir les raisons de votre décès ? Ceux-là mêmes qui devraient le faire sont préoccupés par la construction de leurs palais et de ceux de leurs nombreuses maîtresses, ou comment faire pour être ministres afin d’être encore plus riche. Alors penser à ce pauvre qui est mort sans considération et sans soins, c’est trop demander.

Personne n’est responsable de rien et c’est tout à fait normal.

A l’école, dans les collèges jusqu’à l’université, l’absence de responsabilité de nos enseignants et des dirigeants de nos établissements est aussi flagrante. Les enseignants accusent les autorités publiques de ne pas assumer leurs responsabilités, en ne favorisant pas un environnement propice à de meilleures conditions, tant pour les élèves et étudiants que pour les professeurs. Là encore, c’est normal, il y a bien longtemps que nos responsables politiques et administratifs et même nos professeurs ne savent plus ce qui se passe dans nos écoles. Pour cause, leurs enfants n’y vont plus. Ils sont, soit dans les établissements français, américains ou autres, soit le plus souvent, ils sont à l’étranger. Là par contre, ils assument leurs responsabilités vis-à-vis de l’avenir des leurs progénitures. Les pauvres n’avaient pas à être pauvres, et ainsi va la vie en Afrique...

Dans la vie de tous les jours, ce sont souvent les gouvernants eux-mêmes qui empoisonnent leurs propres populations, en déversant des déchets toxiques à proximité des lieux d’habitation de ceux qu’ils sont sensés protéger. A leur tour, les populations transforment leurs lieux de résidences en décharges publiques. Puisque l’Etat donne l’exemple, pourquoi faire autrement ? Les caniveaux deviennent l’endroit où il faut déverser les ordures. Là encore, le sens des responsabilités fait défaut dans la préservation de la santé de toute la famille. A défaut, on les jette dans la rue, devant l’entrée de la maison, parfois même, on fait les fêtes au milieu des déchets. Dans les maquis et autres restaurants, c’est le même constat de désolation. Ça ne gêne personne, puisque personne n’est responsable de cet état de fait. Surtout pas nos dirigeants qui, pour ne pas les voir, circulent tous dans de très gros 4x4 aux vitres teintées.

Dans certains quartiers populaires, beaucoup de poteaux électriques en métal sont transformés en casseroles ou en autres choses à vendre. C’est normal, l’essentiel est que nos dirigeants soient éclairés dans leurs quartiers chics. Pis encore, pendant que les populations souffrent de famine, sont confrontées à un chômage endémique, à la pauvreté et autres, c’est encore le chef d’Etat, qui au lieu de leur venir en aide, leur distribue des armes pour aller se battre, s’entretuer, pour qu’il ne perde pas son pouvoir en dépit de sa défaite par les urnes.

Tout le monde veut être chef, commander, diriger, être vu, mais surtout avoir de très grosses rémunérations afin d’afficher encore plus son sentiment de réussite et de pouvoir. Mais, il n’y en a pas beaucoup qui veulent assumer leurs devoirs en donnant l’exemple par la rigueur, le travail et le sens des responsabilités. 

Macaire Dagry
Source : La voix du Golf

Paru dans le Filament N°19

mercredi 25 janvier 2012

Le christianisme est-il bon pour l'Afrique ?

Peut-être, cette question va vous étonner dans un premier temps ou susciter votre curiosité. Mais, nous croyons, toutefois, qu’elle peut aussi retenir votre attention.

A la vue de tous les événements politiques et sociaux qui secouent le continent Africain, il faut être sincère pour avouer qu’il n’y a pas de paix en Afrique, qu’il y a la pauvreté, la famine et une misère criante, sans oublier certains actes et caractères spirituels comme la sorcellerie, la haine et toutes sortes de méchanceté.

D’où viennent tous ces problèmes sur un continent où les gens prient nuit et jour ? Est-ce le résultat de la mauvaise pratique de la religion, eu égard à ce qu’on voit comme comportement antéchrist de certains bergers et fidèles ?...

Nombreux sont ceux qui veulent voir l’efficacité de la religion ou l’action de cette religion comme solution de paix à des moments troubles que connaît notre continent. Ils souhaitent voir le christianisme, tel qu’il est prêché, agir en religion puissante pour arrêter ou apaiser la misère des Africains, du moins, agir sur l’esprit et les réflexions de l’homme africain pour le persuader à mettre en pratique les recommandations bibliques et à aimer son prochain.

Comment expliquer la confusion qui règne dans un continent où les gens consacrent tout leur temps à prier ?

Que pouvons-nous aujourd’hui répondre à ceux et celles qui disent que, depuis 1491 jusqu’à ce jour, le christianisme n’a rien changé en Afrique et qu’il est une religion qui n’est ni adapté, ni destiné à l’Afrique.

Nous attendons vos analyses et vos réponses à cette question.

J.G Messo

Source: www.uncongo.centerblog.net

Paru dans Le Filament N°18

mercredi 18 janvier 2012

Et si la religion était un facteur de sous-développement !

Les Européens qui ont introduit la fête de Noël en Afrique ont repris le travail ce lundi 26 décembre 2011 pendant que nos parents Africains continuent de fêter la naissance de Jésus-Christ. Même la presse est au repos. Comment voulez-vous que l'Afrique se développe? Dans quelques mois les musulmans fêteront la naissance de Mohamed. L'Etat de côte d'Ivoire paye chaque année plus d'un milliard de nos francs pour les frais de séjour des candidats à la Mecque, alors que tout cet argent aurait pu servir par exemple à la création de milliers d'emplois pour la jeunesse ivoirienne. Je ne pense que l'homme blanc soit forcément le seul responsable de nos malheurs. C'est parce que nous refusons le développement que les Occidentaux se mêlent de nos affaires internes et font de nous de simples consommateurs et des sous-hommes. Réfléchissons-y ! Prions Dieu mais n’entretenons pas le fanatisme et la paresse. 

Gnazégbo Liadé

lundi 2 janvier 2012

La pornographie africaine : une marée noire qui s’étend sans que l’on réagisse.

Les filières de la pornographie africaine gagnent du terrain et ses tristes lettres de noblesse en Europe, et surtout en France. Spécialisées de plus en plus dans les pratiques extrêmes, zoophilie, scatologie, urologie, elles semblent ne plus avoir de limite.

En effet, piégées par des annonces juteuses de mariage sur des sites Internet, dans des tchats, ou par les pages « Correspondances » de certains magazines, de nombreuses jeunes filles africaines se retrouvent dans des réseaux de pornographie en Occident. Mais, souvent, le corps de ces jeunes femmes crédules, impuissantes, devient un jouet obligé d’accepter les pires scènes immondes donnant libre cours à la perversion de l’homme. Des scènes, avec des animaux, des excréments, des pointes acérées et autre cire de bougie qui reviennent à 4 500 euros l’heure (3 millions de FCFA). Jetées innocentes dans ce monde, certaines ne veulent plus en sortir. Par appât du gain facile. Des K7 dont elles sont les « héroïnes », ont leurs clientèles, leurs lieux de distribution et un marché qui prospère en douce. Cs K7 mettant des africaines en scène de la zoophilie ou autres pratiques sexuelles ont pris un essor considérable et sont prisées par une clientèle spécialisée. Les gérants des magasins de vente de films X racontent qu’il y a six ans environ, ils n’écoulaient que dix à quinze K7 par semaine, mais que ce nombre qui a considérablement augmenté. Propos confirmés par la présidente de AIDE Fédération, Amély-James Koh Bela, auteur du livre « Prostitution africaine en Occident, Vérités, mensonges, esclavage ». Elle parle de « boom de la zoophilie africaine… Lors de mes enquêtes, j’ai remarqué que, pour le seul mois de septembre dernier, il y avait dans un magasin parisien spécialisé, pas moins de douze K7 mettant en scène des Africaines avec des animaux de toutes sortes. Et de conclure, toute abattue : « Et dire que le marché est porteur ! ».

Et là où le bât blesse, c’est que comme le dit Philippe Auzenet, « personne ou presque ne réagit contre les dangers d’une telle marée noire qui s’étend sans faire de bruit ».

L’industrie pornographique est devenue omniprésente jusqu’à tout envahir (magazines, chaînes de télévision, sites internet, supports vidéo…) sans réaction politique proportionnée de la part de nos gouvernants.

L’industrie pornographique a notamment sa « vitrine légale » dans les kiosques ou les rayons des magasins. Avec des filières du vice plus souterraines, comme la drogue et la prostitution (pornographie classique, zoophilie, homophilie, pédophilie, homosexualité, etc.), cette industrie entretient aussi un commerce très juteux qui spécule sur le péché et la perversité sexuelle sans peur de s’attaquer aux plus jeunes, de les appâter et de les exploiter ignoblement. Quelques statistiques déjà anciennes ont été données dans l’émission de télévision « Le sexe dans tous ses états » du 18 février 2010 sur « TF1 » : 266 sites pornos s’ouvrent chaque jour dans le monde ; 80 % des ados ont déjà visionné des films pornos (dont un enfant de 10 ans sur trois) ; 372 millions de pages pornographiques sont vues chaque jour dans le monde ; 750 000 pédophiles sont connectés en permanence sur internet auquel ont accès trois foyers sur quatre, 74 % des 11-18 ans y passant trois heures par jour…

jeudi 24 novembre 2011

Savez-vous combien nous sommes en Afrique ?

 La population africaine a franchi le cap du milliard d’âmes au cours du dernier trimestre 2009, si l’on sent tient aux dires des démographes les plus avisés de la planète. Presque dans l’anonymat le plus complet. Une donne avec laquelle devront dorénavant composer les théoriciens du développement de l’Afrique, ainsi que ses habitants. 

La sinistrose qui s’est emparée de la mentalité des Africains, depuis plusieurs décennies, du fait de l’immobilisme des politiques de développement de leurs terres natales respectives, amènera à coup sûr beaucoup d’Africains à pousser des jurons à la lecture de l’information selon laquelle « la population d’Afrique a franchi le cap symbolique du milliard d’âmes en 2009 ». D’autant plus que la majorité de ce milliard “d’hommes noirs” croupit dans la misère et n’est pas près de sortir de l’auberge. Cette majorité pauvre du plus vieux continent du monde constitue d’ailleurs une portion non négligeable du milliard d’êtres humains qui ont faim sur la planète, à l’heure actuelle ; un autre cap symbolique et inique qui a été franchi en cette année 2009. 

En réalité, le milliard d’habitants est un atout considérable sur lequel doit commencer à jouer les gouvernants africains pour davantage prendre date avec le développement de leur continent dans une, deux, trois, quatre ou cinq décennies et, implicitement, réduire le fossé de développement qui sépare l’Afrique de l’Asie (moins le Japon, la Chine et les dragons asiatiques) et de l’Amérique latine, tous trois catégorisés sur la liste des zones du monde où la pauvreté sévit le plus, autrement dit, « le Sud », pour reprendre des propos des experts du développement sur la Terre. 

En matière de démographie mondiale, une donne essentielle plaide en faveur du continent noir : sur les cinq continents que renferme la Terre, l’Afrique est le seul dont non seulement la majeure partie de ses habitants est jeune, mais aussi la seule zone géographique dont la population n’est pas vieillissante. Contrairement au monde occidental. 

Imaginez, par exemple, l’Afrique (avec son milliard d’habitants) placée dans le contexte du développement des Etats-Unis d’Amérique (qui ne disposent que de 300 millions d’hommes) ! Une raison massue pour ne pas transformer ce gisement humain en Afrique en une continuelle bombe à retardement qui, lorsqu’elle va exploser avec plus de violence, va d’une part éclabousser ceux qui l’ont confectionnée, et d’autre part sa principale composante : la jeunesse africaine ! Mais ne donne pas à la jeunesse de son pays une place particulière parmi les priorités nationales, tout dirigeant qui veut. Un débat qui repose implicitement la question de la légitimité des hommes et femmes à la conduite des affaires publiques sur le continent le plus pauvre de la planète... 

Hélas ! Ils sont encore nombreux en Afrique, ces politiques aux commandes des Etats qui méritent le surnom « d’aventuriers en politique », tant leurs faits et gestes dénotent qu’ils ont abordé la sphère politique sans aucune idéologie. Mais, ce bilan triste de l’Afrique doit être pour nous une incitation à mieux penser notre pierre à apporter à son édification pour sa résurrection véritable. 

Serge Grah 

samedi 26 février 2011

L’Européen et l’Africain ont une conception différente du temps

L'Européen et l'Africain ont une conception du temps différente. Ils le perçoivent autrement, ont un rapport particulier avec lui.

Pour les Européens, le temps vit en dehors de l'homme, existe objectivement, comme s'il était extérieur à lui, a des propriétés mesurables et linéaires. C'est d’ailleurs ce qu'a affirmé Newton, pour qui le temps est absolu: « Le temps mathématique, absolu, véritable s'écoule de par lui même, par sa propre nature, uniformément, et non en fonction d'un objet extérieur ». L'Européen se sent au service du temps, il dépend de lui, il en est le sujet. Pour exister et fonctionner, il doit observer ses lois immuables et inaltérables, ses principes et ses règles rigides. Il doit observer des délais, des dates, des jours et des heures. L'Européen se déplace dans les lois du temps, en dehors desquelles il ne peut exister. Ces lois lui imposent ses rigueurs, ses exigences et ses normes. Entre l'homme européen et le temps exist un conflit insoluble qui se termine toujours par la défaite de l'homme: le temps détruit l'homme.

Les Africains eux perçoivent le temps autrement. Pour eux, le temps est une catégorie beaucoup plus lâche, ouverte, élastique, subjective. C’est l'homme qui influe sur la formation du temps, sur son cours et son rythme. le temps est même une chose que l'homme peut crée, car l'existence du temps s'exprime entre autres à travers un évènement. or c'est l'homme qui décide si l'évènement aura lieu ou non. Si deux armées ne s'affrontent pas; la bataille n'aura pas lieu et donc le temps ne manifestera pas sa présence, n'existera pas.

Le temps est le résulta de notre action, et il disparaît quand nous n'entreprenons pas ou abandonnons une action. C’est une manière qui, sous notre influence, peut toujours s'animer, mais qui entre en hibernation et sombre même dans le néant si nous ne lui transmettons pas notre énergie. Le temps est un être passif, et surtout dépendant de l'homme. C'est tout à fait l'inverse de la pensée occidentale.

Pour le traduire en termes pratiques, cela veut dire que si nous allons à la place du marché de Siou où doit se tenir une réunion, et qu'il n'y a personne sur les lieux de cette réunion, la question "Quand aura lieu la réunion?" est complètement insensée. Car, la réponse est connue d'avance: « La réunion n'aura lieu que quand les gens seront réunis."

C'est pourquoi Mr. Kpatcha Télou qui prend place dans l'autocar pour se rendre à Tchitchao ne pose aucune question sur l'heure du départ : il sait que l'autocar ne partira que quand toutes les places seront occupées. L'européen qui essaie de se faire gentil dira: « Ces gens ont une capacité d'attendre absolument fantastique! ». Capcité, endurance, ou bien s'agit-il d'autre chose? peut-être la prudence, le refus de se faire détruire par le temps dans un conflit où il sort inévitablement défaillant! Il refuse tout cout de se faire esclave du temps, il essaie d'en être le maître!

Narcisse Dourma,

Assistant en Education

Source : blog de Narcisse Dourma

mercredi 26 janvier 2011

MATIÈRE À RÉFLEXION : Les Coups d’Etat en Afrique


•1952 : Égypte, Mohammed Naguib renverse Farouk Ier
•1958 : Soudan, Ibrahim Abboud renverse Abdullah Khalil
•1963 : Congo, David Moussaka et Félix Mouzabakani renversent Fulbert Youlou
•1963 : Togo, Emmanuel Bodjollé renverse Sylvanus Olympio
•1965 : Algérie, Houari Boumédiène renverse Ahmed Ben Bella
•1965 : Zaïre, Mobutu Sese Seko renverse Joseph Kasa-Vubu
•1966 : Burkina Faso, Sangoulé Lamizana renverse Maurice Yaméogo
•1966 : Burundi, Michel Micombero renverse Ntare V
•1966 : Centrafrique, Jean Bédel Bokassa renverse David Dacko
•1966 : Nigeria, Johnson Aguiyi-Ironsi renverse Nnamdi Azikiwe
•1966 : Ouganda, Milton Obote renverse Edward Mutesa
•1968 : Mali, Moussa Traoré renverse Modibo Keïta
•1969 : Libye, Mouammar Kadhafi renverse Idris Ier
•1969 : Soudan, Gaafar Nimeiry renverse Ismail al-Azhari
•1971 : Ouganda, Idi Amin Dada renverse Milton Obote
•1973 : Rwanda, Juvénal Habyarimana renverse Grégoire Kayibanda
•1974 : Éthiopie, Aman Andom renverse Hailé Sélassié Ier
•1974 : Éthiopie, Mengistu Haile Mariam renverse Aman Andom
•1974 : Niger, Seyni Kountché renverse Hamani Diori
•1975 : République fédérale islamique des Comores, Saïd Mohamed Jaffar renverse Ahmed Abdallah
•1975 : Nigeria, Yakubu Gowon renverse Johnson Aguiyi-Ironsi
•1975 : Tchad, Noël Milarew Odingar renverse François Tombalbaye
•1976 : Burundi, Jean-Baptiste Bagaza renverse Michel Micombero
•1976 : République fédérale islamique des Comores, Ali Soilih renverse Saïd Mohamed Jaffar
•1977 : Congo, Joachim Yhombi-Opango renverse Marien Ngouabi
•1977 : Éthiopie, Mengistu Haile Mariam renverse Tafari Benti
•1978 : République fédérale islamique des Comores, Said Atthoumani renverse Ali Soilih
•1978 : Mauritanie, Mustafa Ould Salek renverse Moktar Ould Daddah
•1979 : Centrafrique, David Dacko renverse Bokassa Ier
•1979 : Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo renverse Francisco Macías Nguema
•1979 : Tchad, Goukouni Oueddei renverse Félix Malloum
•1979 : Ouganda, Yusufu Lule renverse Idi Amin Dada
•1980 : Burkina Faso, Saye Zerbo renverse Sangoulé Lamizana
•1980 : Guinée-Bissau, João Bernardo Vieira renverse Luis de Almeida Cabral
•1980 : Au Libéria, Samuel Doe renverse William Richard Tolbert
•1981 : Centrafrique, André Kolingba renverse David Dacko
•1982 : Burkina Faso, Jean-Baptiste Ouédraogo renverse Saye Zerbo
•1982 : Tchad, Hissène Habré renverse Goukouni Oueddei
•1983 : Burkina Faso, Thomas Sankara renverse Jean-Baptiste Ouédraogo
•1983 : Nigeria, Muhammadu Buhari renverse Shehu Shagari
•1984 : Guinée, Lansana Conté renverse Louis Lansana Beavogui
•1984 : Mauritanie, Maaouiya Ould Taya renverse Mohamed Khouna Ould Haidalla
•1985 : Ouganda, Basilio Olara Okello renverse Milton Obote
•1985 : Soudan, Swar al-Dahab renverse Gaafar Nimeiry
•1986 : Soudan, Ahmed al-Mirghani renverse Swar al-Dahab
•1987 : Burkina Faso, Blaise Compaoré renverse Thomas Sankara
•1987 : Burundi, Pierre Buyoya renverse Jean-Baptiste Bagaza
•1987 : Tunisie, Zine el-Abidine Ben Ali renverse Habib Bourguiba
•1989 : Soudan, Omar el-Béchir renverse Ahmad al-Mirghani.
•1990 : Libéria, Prince Johnson renverse Samuel Doe
•1991 : Mali, Amadou Toumani Touré renverse Moussa Traoré
•1992 : Algérie, le Haut conseil de securité renverse Chadli Bendjedid
•1995 : République fédérale islamique des Comores, Ayouba Combo renverse Said Mohamed Djohar
•1996 : Burundi, Pierre Buyoya renverse Sylvestre Ntibantunganya
•1996 : Niger, Ibrahim Baré Maïnassara renverse Mahamane Ousmane
•1997 : Zaïre/République démocratique du Congo, Laurent Désiré Kabila renverse Mobutu Sese Seko
•1999 : Union des Comores, Azali Assoumani renverse Tadjidine Ben Said Massounde
•1999 : Côte d’Ivoire, Robert Guéï renverse Henri Konan Bédié
•1999 : Guinée-Bissau, Ansumane Mané renverse João Bernardo Vieira
•1999 : Niger, Daouda Malam Wanké renverse Ibrahim Baré Maïnassara
•2003 : Centrafrique, François Bozizé renverse Ange-Félix Patassé
•2003 : Guinée-Bissau, Verissimo Correia Seabra renverse Kumba Yala
•2005 : Mauritanie, Ely Ould Mohamed Vall renverse Maaouiya Ould Taya
•2008 : Mauritanie, Mohamed Ould Abdel Aziz renverse Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi
•2008 : Guinée, Moussa Dadis Camara s’accapare du pouvoir à la mort de Lansana Conté
•2009 : Madagascar, Andry Rajoelina dénonce et renverse à une vitesse impressionnante le régime de Marc Votre navigateur ne gère peut-être pas l'affichage de cette image. Ravalomanana…

Pourquoi tous ces coups d’Etat en Afrique ? Dans ce désastre continu depuis près d’un demi-siècle, les Africains n’ont-ils vraiment pas la plus petite part de responsabilité ?


Paru dans Le Filament N°12

lundi 24 janvier 2011

De la nécessité de combattre la Françafrique

En Afrique, la France a une grande histoire avec un certain nombre de pays. Les liens tissés avec l’Afrique pèsent si fort sur l’ensemble des relations de la France avec les pays en développement qu’aucun réexamen de la politique en direction du Sud ne peut se faire sans oser aborder de front les questions posées par ces liens privilégiés. C’est de ce point de vue que le Dr Seraphin Prao aborde, dans cette contribution, la question de la « Françafrique ».

"Une goutte de pétrole vaut une goutte de sang".

(Georges Clemenceau)



La « Françafrique » n’est pas un mot inventé par l’académie française, ni par un grammairien de renom. C’est un terme impropre dans la forme comme dans le fond. Il s’apparente à un effort d’accoler deux mots : la France et l’Afrique. Or il s’agit d’un pays et un continent très lointain que seule l’histoire a pu réunir. Selon nos recherches sur le sujet, c’est l’ancien président de la Côte d’Ivoire, Félix Houphouët Boigny qui inventa l’expression France-Afrique en 1955, pour définir les relations d’amitiés qu’il voulait établir avec la France. Il sera transformé par François-Xavier Verschave, pour devenir « Françafrique ».



La Françafrique :

une nébuleuse qui tue l’Afrique

Pour François-Xavier Verschave, on peut définir la « Françafrique » comme « une nébuleuse d’acteurs économiques, politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseaux et lobbies, et polarisé sur l’accaparement de deux rentes : les matières premières et l’Aide publique au développement. La logique de cette ponction est d’interdire l’initiative hors du cercle des initiés. Le système autodégradant se recycle dans la criminalisation. Il est naturellement hostile à la démocratie ». On voit donc que la « Françafrique » agit avec plusieurs acteurs (économiques, militaires et politiques) entre un seul pays, la France et un continent, l’Afrique, le tout dans des réseaux.

Historiquement, en 1958, l’union française est remplacée par la « Communauté » dans la constitution de la 5e République. Celle-ci est conçue comme une association entre un Etat souverain, la France, et des Etats africains disposant de l’autonomie interne. Le général de Gaulle, quand il accède à la présidence de la République, doit affronter une situation internationale nouvelle, celle où les colonies de la France au sud du Sahara affirment leur volonté d’accéder à l’indépendance. De Gaulle fait mine d’accepter.

Mais, De Gaule n’a pas oublié que l’intégration économique entre la France et son empire colonial a atteint sa forme la plus achevée dans les années cinquante, à la veille de la décolonisation. Par exemple, en 1960, 30% des exportations françaises étaient réalisées dans le cadre de l’empire.

Jusqu’à la Première Guerre mondiale, ces relations étaient restées, pour reprendre l’expression de Catherine Coquery-Vidrovitch, « un combiné de régime militaire et d’économie de pillage […]. Sur le plan macro-économique la raison d’être de la colonie était de rapporter à la métropole. […] L’objectif est d’importer à bas prix des marchandises médiocres mais vendues à l’Africain le plus cher possible, en échange de biens primaires d’exportation contre une rémunération au producteur la plus faible possible »1.

Pour avoir toujours le contrôle sur son empire colonial, De Gaule charge, dès 1958, son plus proche collaborateur, Jacques Foccart , de créer un système de réseaux qui emmaillotent les anciennes colonies dans un ensemble d’accords de coopération politique, économique et militaire qui les placent entièrement sous tutelle. Bref, un système élaboré d’installation de forces parallèles. Et puis il y a eu l’ingénieuse idée de créer le franc CFA, qui est en réalité un instrument magnifique de convertibilité en Suisse d’un certain nombre de richesses africaines.

En définitive, après les indépendances, la relation entre la France officielle et les Etats africains s’est transformée en une sorte de relation incestueuse et infectieuse.

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La véritable amitié entre la France et les pays africains est constituée d’une organisation formée par une coalition hétéroclite composée de présidents africains et de multinationales dont le but final est de maintenir au pouvoir des dirigeants corrompus afin d’orchestrer le pillage systématique des fabuleuses richesses de l’Afrique. Ce système d’origine réactionnaire, droitière, conservatrice, arrière-gardiste, est en vérité un instrument de la stratégie néocoloniale française.

Le fonctionnement de la françafrique

La « Françafrique » a plusieurs composantes : la coopération militaire, l'aide au développement, la diplomatie et le franc CFA. Elle s’est incrustée avec un ensemble d’accords de coopération politique, économique et militaire.

La « Françafrique » a pour but de rendre compétitive l’économie française en lui fournissant les ressources naturelles dont son économie a besoin. Se souvient-on que l’économie est la lutte contre la rareté. En ce point se dessine le principe essentiel de la « Françafrique » : assurer la survie de la France.

Dans les faits, les réseaux politiques, mafieux et de filières occultes, se partagent le gâteau africain. Il s’agit d’aider quelques entreprises françaises, aidées par la diplomatie française en Afrique à exploiter les ressources naturelles des pays francophones. Ainsi, l’Afrique devient le pré-carré de toutes les compromissions et de tous les coups tordus, un espace protégé où l’impunité est assurée aux puissants.

En clair, la « Françafrique » agit par les coups d’Etat afin d’imposer des présidents dociles qui permettront aux entreprises françaises d’exploiter abusivement les ressources naturelles de l’Afrique. C’est ainsi que les multinationales instrumentalisent des conflits régionaux ou locaux pour obtenir ou conserver des marchés et des concessions.

Sur le plan militaire, la « Françafrique » s’est transformée en « Mafiafrique », une sorte de mondialisation de relations criminelles. C’est bien elle qui a éliminé Ruben Um Nyobé du Cameroun, Sylavanus Olympio du Togo (le 13 janvier 1963), Barthelemy Boganda de la Centrafrique, Thomas Sankara du Burkina Faso, Patrice Lumumba de l’ex-Zaïre, Marien Ngouambi du Congo Brazzaville, Steve Biko de l’Afrique du Sud, Kragbé Gnagbé et Ernest Boka de Côte d’ivoire, etc. Souvenons-nous que le Nigérien Hamani Diori qui voulait vendre son uranium ailleurs qu’en France, a été déposé manu militari. En 1978, la France intervenait militairement au Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo) en soutien au dictateur Mobutu, contre les 3000 rebelles du Front de Libération Nationale Congolaise (FLNC).

Aujourd’hui encore, la France ne désarme pas, elle est plus active que par le passé. Coups d’Etat en Guinée-Bissau (septembre 2003) et à Sao-Tomé- et-Principe (juillet 2003), tentatives de putsch au Burkina Faso et en Mauritanie (octobre 2003), renversement de M. Charles Taylor par une rébellion au Liberia (août 2003), remous politiques au Sénégal (année 2003), déstabilisation de la Côte d’Ivoire (depuis septembre 2002)... l’Afrique de l’Ouest semble s’être durablement installée dans la crise politique. C’est cette « Françafrique » qui a chassé Lissouba du pouvoir parce qu’il a eu le malheur de demander 33 % de royalties sur le pétrole au lieu des 17 % de Sassou Nguesso.

Que d’opérations sur notre continent pour déstabiliser nos Etats : opération « Tacaud » dans la guerre du Katanga (Zaïre) en 1978, opération « Barracuda » contre Bokassa en 1979, opération « Epervier » en 1986 au Tchad, opération « Turquoise » au Rwanda en 1994, opération « Azalée » en 1995 au Comores,[..] opération « Licorne » en 2002 en Cote d’Ivoire. Sur le plan économique, la guerre des ressources naturelles fait rage. En Afrique, ELF tire environ 70 % de sa production, et d’où le nouveau groupe TotalFinaElf tire encore 40 % de sa production. Depuis des décennies, les compagnies pétrolières interviennent dans la vie politique et économique des pays concernés. Si ce n’est pas la mise en place ou le cautionnement des régimes responsables de violations massives des droits humains ou l’alimentation et encouragement des circuits de corruption, à l’étranger (surtout en France), c’est la destruction de l’environnement qui est en cause.

En 2006, le groupe pétrolier Total a publié un bénéfice net ajusté record de 12,585 milliards d’euros, soit le plus gros bénéfice jamais enregistré par une entreprise française. Ses revenus ont progressé de 12% à 153,802 milliards d’euros. La croissance du bénéfice du groupe a suivi ces dernières années la hausse des cours du brut. De 7 milliards en 2003, le bénéfice de Total a dépassé légèrement les 9 milliards en 2004 avant d’atteindre un précédent record de 12,003 milliards en 2005. Depuis sa fusion en mars 2000, le groupe Total-Fina-Elf est devenu la première entreprise privée française et le quatrième pétrolier mondial : 50 milliards de francs de profits, 761 milliards de chiffre d’affaire (soit la moitié du budget de la France). Ce monstre industriel est surtout actif en Asie (notamment en Birmanie) avec Total, en Afrique du Nord (particulièrement en Libye) avec Fina et en Afrique noire (Angola, Congo, Gabon, Cameroun, Tchad...) avec Elf. Au même moment, selon le classement des Nations unies, le Nigeria et l’Angola, les deux principaux producteurs africains de pétrole se trouvent actuellement au rang des nations les plus pauvres, plus précisément les plus appauvries par trois décennies d’exploitation pétrolière.

Cette tendance militaro-affairiste concerne à l’occasion d’autres multinationales : Bolloré-Rivaud (transport maritime), Bouygues (bâtiment), Castel (bières), Thomson (électronique), Suez-Lyonnaise-Dumez (eaux), Dassault (aviation).


Bolloré est l’un des acteurs économiques principaux de la « Françafrique ». On y découvre tous les liens politico-financiers de Bolloré qui est aussi directement bénéficiaire de l’aide économique au développement de la France aux pays africain, entretenant ainsi des relations étroites avec les dictatures d’Afrique. La dépendance de la France pour des produits dont le poids dans la balance commerciale est très lourd (pétrole, cuivre), mais aussi des produits stratégiques (manganèse), sillicium, platine, chrome, molybdène, éponge de titane, cobalt, ... le poussent à piller notre sous-sol avec l’aide de nos présidents.



La France impose une zone monétaire et une monnaie à ses anciennes colonies

Sur le plan financier et monétaire, la France impose une zone monétaire et une monnaie à ses anciennes colonies. La zone Franc est née officiellement en 1946. En réalité, ses principales caractéristiques étaient apparues entre les deux guerres. Jusqu’alors, la colonisation ne s’était accompagnée d’aucune tentative de mise en valeur systématique des territoires d’outre-mer. La formation d’une zone économique impériale, protégée de la concurrence extérieure et fondée sur la complémentarité des productions coloniales et métropolitaines, passait par la création d’un espace monétaire commun. Les premières dispositions dans ce sens furent prises lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale avec l’instauration d’une réglementation des changes valable pour l’ensemble des résidents de l’empire et la centralisation des réserves en devises au profit de la métropole. Les liens monétaires avec les colonies furent rationalisés et systématisés après la guerre avec la création des francs des colonies françaises d’Afrique (C.F.A). Si de toutes les structures étatiques de gestion coloniale, la zone franc est celle qui a le mieux survécu à la décolonisation, c’est parce que ses mécanismes permettent aux entreprises françaises d’opérer dans cette zone sans risque notable. Ces mécanismes assurent la libre transferabilité des capitaux dans la zone et la suprématie de la France dans son fonctionnement. Avec la zone Franc, la France garde le contrôle du système économique de ses anciennes colonies. C’est cette vassalisation monétaire que nous appelons le « CFAFRIQUE », un autre pan de la « Françafrique ». (A suivre)


Dr Prao Yao Séraphin

Economiste, analyste politique, enseignant-chercheur. Président du Mouvement de Libération de l’Afrique Noire (MLAN). Président de l’Association des Théoriciens Africains de la Monnaie (ATAM).

Paru dans le Filament N°12

Les chrétiens d’Afrique sont-ils de bons chrétiens ?


Legs de la traite négrière et de la colonisation, la chrétienté a imbibé les habitudes quotidiennes de bon nombre d’Africains. Généralement, sur le continent noir, ils sont nombreux ces dirigeants ou hommes politiques de premier rang qui aiment montrer qu’ils sont de « bons chrétiens » à l’occasion des grandes célébrations chrétiennes, comme Noël ou Pâques. Mais, ces fêtes symbolisent-elles vraiment pour les Africains, en particulier les dirigeants africains, une occasion de prendre date avec l’histoire ou de faire de sincères actes de contrition comme leurs compatriotes chrétiens pour le développement de leur continent ?

Qu’on se le dise et qu’on s’y accorde, les chrétiens africains de ce début de 21e siècle se montrent plus fervents croyants que les Occidentaux qui leur ont inculqué les valeurs et règles de base de cette religion chrétienne. Au point de se prévaloir de leur croyance en Dieu et très précisément en « son fils unique Jésus-Christ » pour mener des croisades meurtrières contre leurs frères qui ne regardent pas dans la même direction religieuse qu’eux.

Le Nigeria illustre parfaitement, de façon cyclique, cet engrenage des violences religieuses en Afrique occidentale. Un peu comme le Kenya en Afrique de l’Est. Les dimanches, en Afrique, l’on ne ressent pas de la même façon la ferveur chrétienne dans les chapelles, temples et églises comme on le voit en Occident.

Votre navigateur ne gère peut-être pas l'affichage de cette image. Alors que le prêtre ou le pasteur blanc et ses fidèles participent aux célébrations dominicales en gardant un œil sur leur montre, sur le continent noir, les mêmes acteurs chrétiens précités se vautrent dans le gaspillage du temps les dimanches. Homélies et prêches interminables, quêtes maigres, mais longues, chansons de louange kilométriques ; voilà autant de caractéristiques qui différencient les célébrations dominicales d’Afrique d’avec celles des Occidentaux. Autrement dit, si les ferventes prières pouvaient aider les Etats d’Afrique à se développer, les Africains seraient à des années-lumière des habitants des pays du Nord. Hélas, en Afrique, on oublie, ou du moins, on prend la peine d’oublier que l’« ora » s’accompagne du « labora » comme le recommande la Bible. Ce ci suggere, en d’autres termes, que un croyant en Jésus-Christ doit travailler au même rythme sinon plus qu’il prie!!!

C’est justement ce qu’ont compris les habitants du Nord qui se donnent de moins en moins la peine d’honorer le Commandement de Dieu qui veut que les chrétiens « respectent le jour du Seigneur ». La « crise de la foi en Occident » évoquée par la presse du Nord à plusieurs reprises est encore dans toutes les têtes !!!

Cet attachement particulier des Africains à la foi chrétienne s’est surtout fossilisé parce que les leaders d’opinion de leur continent s’efforcent quotidiennement de leur montrer de mauvais exemples. Ces Noirs de premier plan d’Afrique portent en effet le nom de grands saints, mais hélas ne se donnent presque pas la peine d’imiter les vertus de ces anges. A titre illustratif, Joseph Kony tue impunément « au nom de Dieu » en Ouganda; Saint Charles n’a pas suffi au président Taylor pour qu’il se préserve de massacrer ses compatriotes libériens et leurs frères sierra-léonais; Saint Faure n’a pas pu convaincre le président Gnassingbé Junior de ne pas fermer les yeux sur les humiliations macabres des Togolais en 2005 et les fraudes patentes du scrutin présidentiel du 4 mars 2010, etc.

Trop souvent, les chrétiens d’Afrique oublient, comme le rappelle Saint Augustin, que « Dieu qui nous a créés sans nous ne peut nous sauver sans nous » ! Et surtout qu’on « demandera plus à ceux qu’on a donné plus (…) Que celui qui veut devenir le plus grand d’entre vous apprenne à servir les autres », dixit le Christ. Un message christique qu’ont compris de toute vraisemblance les dirigeants du Nord, même s’ils sont loin d’être des Saints. Jacques Chirac fut un « ami personnel » du défunt général Etienne Eyadèma Gnassingbé, mais jamais, le chrétien Chirac n’a cherché à enfoncer sa terre natale dans le gouffre sur tous les plans comme son pair Étienne Gnassingbé s’est évertué à le faire quand le processus de démocratisation a été enclenché au Togo dans les années 90.

Ne plus chercher à être chrétien pour être chrétien en Afrique est aussi une voie idoine pour les habitants de ce continent pour prendre de nouvelles résolutions engageant véritablement le continent noir sur le sentier du développement. C’est la meilleure Pâque que les chrétiens Africains puissent célébrer en cette année du cinquantenaire des indépendances africaines…

Edem Ganyra

Source: L’Encre Noir
Illustration : Camille Millerand

Paru dans Le Filament N°12

dimanche 26 décembre 2010

A quoi servent les observateurs internationaux lors des scrutins en Afrique ?


Depuis l’avènement du multipartisme en Afrique, les élections présidentielles mettent désormais aux prises plusieurs candidats issus généralement de partis politiques différents.
Avant chaque scrutin, des observateurs internationaux sont envoyés par des organisations internationales. Il s’agit principalement des personnalités très expérimentées, réputées être crédibles et impartiales qui viennent en mission dans les pays organisant des élections.
Leur mission : assurer la fiabilité des processus de vote
La mission de ces observateurs internationaux consiste à garantir, ne serait-ce que par leur présence, la fiabilité et la transparence des opérations de vote. Ils font désormais partie du rituel de toutes les élections africaines.
La plupart de ces observateurs internationaux sont des ex-chefs d’Etat, des anciens ministres, des juristes, des parlementaires, des responsables d’ONG ou des intellectuels célèbres. Leur présence vise, dit-on, à contribuer à ce que les élections soient propres, « free and fair », (libres et équitables), transparentes, et partant fiables. En d’autres termes, les observateurs internationaux sont là et censées contribuer à
enrayer les velléités et pratiques de manipulations illégales et de manœuvres frauduleuses par les candidats qui seraient tentés d’accéder ou de se maintenir au pouvoir, vaille que vaille. Ainsi donc, l’observation internationale est supposée jouer un rôle important dans la protection de « l’intégrité électorale » et l’exercice du droit citoyen.

Afin d’assurer la légitimité et la crédibilité de leur tâche, les observateurs internationaux sont censés accomplir un travail de fourmi qui dure souvent plusieurs semaines, et qui consiste notamment à tout ausculter depuis l’établissement des listes électorales jusqu'à la proclamation des résultats. Ils sont aussi tenus de se soumettre à des normes de conduite internationalement reconnues. Dans ce sens, plusieurs organisations spécialisées dans l’observation internationale ont élaboré des codes de conduite visant à guider le comportement des observateurs durant leur mission.
Une présence incontournable, mais…
La force de ces observateurs internationaux réside en ceci que, une fois le scrutin terminé et leur mission accomplie, leur rapport a un poids évident, surtout dans la logique des relations internationales et leur avis est pris strictement en compte, du moins très au sérieux, notamment en matière de coopération. Cet état de fait est confirmé et souligné par M. Chris Fomunyoh, Directeur de National Democratic Institute for International Affairs (NDI) de Washington pour l’Afrique qui a la charge de superviser les processus de démocratisation dans le monde entier. Selon M. Chris Fomunyoh, « le gouvernement américain veut travailler avec tel ou tel Etat. Ainsi, les rapports des observateurs lui servent largement à fonder son jugement en
ce qui concerne le degré de démocratisation ». C’est sans doute cela qui rend la présence des observateurs quasi incontournable lors des scrutins en Afrique, certes.
Mais, là où le bât blesse, c’est qu’on observe que le nombre des observateurs internationaux est souvent restreint à quelques dizaines de personnes, même lorsque le pays observé est très peuple ou très vaste comme le Nigeria ou la RD Congo. Dans cet état de fait, les observateurs internationaux, même malgré de bonnes intentions et des expertises avérées, n’ont ni le temps, ni les moyens de visiter tous les bureaux de vote, ne peuvent assister à tous les dépouillements et décomptes, sortent très rarement de la capitale où ils sont reçus dans des conditions exceptionnelles durant leur séjour : hôtels et voitures de luxe, garde de corps, etc. D’où, les rapports et avis des observateurs internationaux ne peuvent être que partiels ou partiaux, alors que l’observation doit être objective, efficace, vigilante et non partisane. Par ailleurs, on s’aperçoit très vite que leurs rapports sont souvent non équilibrés ou non concordants, et cachent mal leurs préférences pour un parti ou un candidat quelconque, en lieu et place de l’objectivité requise pour produire des rapports impartiaux. Cela enlève toute crédibilité à leur mission et n’aide pas à garantir l’intégrité ou la fiabilité du processus électoral.
On observe souvent que les observateurs internationaux sont souvent otages des politiques qui, par la force des choses, organisent et contrôlent le processus électoral et sont leurs premiers interlocuteurs, dans le sens du respect des règles d’accréditation pendant leur mission d’observation. Rien d’étonnant à ce qu’ils soient si souvent accusés de partialité ou de complicité en faveur de tel ou tel candidat qu’ils reconnaissent "légitimement élus", après bourrage des urnes et tripatouillage des listes, c'est-à-dire en dépit, des votes contestés. Des irrégularités et des manipulations frauduleuses qui n’échappent pourtant à personne, y compris les observateurs eux-mêmes. Par exemple, en 2007, la Commission européenne a déployé de gros moyens pour les législatives et la présidentielle au Nigeria : cent cinquante observateurs. Dans leurs rapports ceux-ci ont relevé des "preuves évidentes de fraude : assassinats, électeurs empêchés de voter, urnes ostensiblement
bourrées. Leur chef, Max Van den Berg, n’a pas mâché ses mots : « ces élections ne peuvent être considérées comme crédibles" et sont "loin des critères démocratiques internationaux de base", a-t-il dit deux jours après le vote. Un mois plus tard, Umaru Yar’Adua, le vainqueur de la parodie électorale, était investi en grande pompe à Abuja.
On observe souvent qu’une lacune constatée parmi tant d’autres concerne la défaillance dans le contrôle au niveau des listes électorales. En effet, les observateurs internationaux se trouvent généralement dans l'impossibilité quasi-totale de vérifier si un électeur n'a pas déjà voté dans une autre circonscription, de faire respecter strictement les principes du vote secret, ainsi que d’imposer la présence dans tous les bureaux de vote des délégués ou des représentants de la société civile, etc.
Légitimer des mascarades et des crimes de sang ?

On dit que le mandat des observateurs internationaux n’est pas de superviser, ni de corriger les erreurs, ni de résoudre les conflits locaux, ni de s’ingérer dans le processus électoral, mais d’observer et à la limite de dénoncer des
irrégularités, sinon de « saluer le calme qui a entouré le processus ». En effet, souveraineté nationale et non-ingérence obligeant, les observateurs internationaux se contentent naturellement d’observer. A ce propos, M. Patrice Lenormand, chef du département de l’observation électorale à la Commission européenne déclare : « Nous n’avons qu’un rôle de dénonciation… Notre code de conduite précise que « les observateurs ne doivent entraver aucun élément du processus électoral. […] Ils doivent porter les irrégularités, les fraudes ou tout autre problème important à l’attention des fonctionnaires électoraux sur place ». C’est ainsi que, en mai 2005, en Éthiopie, les élections ont été chaotiques. La contestation des résultats par l’opposition a été réprimée dans le sang. Près de 30 personnes sont mortes, 100 ont été blessées. Des faits dénoncés par la mission d’observation européenne, mais les résultats ont été validés, comme l’atteste l’un des observateurs : « Nous étions 200 observateurs. Nous avons eu les résultats durant la nuit, mais ceux annoncés le lendemain par le gouvernement n’étaient pas du tout les mêmes. Il y a eu vingt jours de répression contre l’opposition. Et, alors que nous n’avions pas encore rendu nos conclusions, Javier Solana [haut représentant de l’UE pour la politique étrangère, NDLR] félicitait Mélès Zenawi [le Premier ministre éthiopien]. Trois semaines plus tard, il était invité à Londres et à Bruxelles ». A noter aussi que, aux dernières élections à Madagascar, suite à une étude faite auprès d'une cinquantaine de bureaux de vote sur les 18 173 existant dans tout Madagascar, ces observateurs étrangers se disent satisfaits de leur mission d'observation, malgré de graves lacunes observées.
Utiles ou inutiles?
Cet état de fait a amené un observateur critique à dire, non sans humour noir, que « le travail des observateurs internationaux, c’est d’arriver le samedi soir, de faire la fête et de repartir le dimanche". On a aussi entendu dire que « dans l’attitude des observateurs, il y a un côté tourisme électoral ». Un autre observateur tirant subsistance de ses juteuses missions d’observateur international, a déclaré en sourdine : « les observateurs sont payés cher pour ce qu’ils font et surtout pour ce qu’ils ne font pas ». Ce dernier faisait sans doute allusion au coût des observations, dont on ne sait jamais exactement
qui paye. Parlant de coût, faut-il rappeler que, par exemple, au Togo, en février 2010, 110 observateurs (dont 30 de long terme) ont été envoyés par Bruxelles. Ils percevaient, par tète de pipe et par jour, un per diem de 195 euros, soit 128.000F CFA par jour, (hormis les dépenses d’hôtel et de restauration) ce qui équivaut à peu près à 24 euros par heure, soit 16.000F CFA ; les transports sont par ailleurs pris en charge). Toujours au chapitre des coûts, il faut savoir que, depuis 2000, la Commission européenne a dépensé au moins 300 millions d’euros en missions d’assistance électorale, dans 40 pays. Beaucoup d’argent, beaucoup de temps et beaucoup d’énergie, pour venir « observer » et être témoins de morts d’hommes, sans assistance á des personnes en dangers et pour finalement accréditer des mascarades consacrant la mort de la démocratie dans certains pays. Dans ces cas, l’observation prend le sens d’une quête de preuves récentes et d’images nouvelles de barbaries exotiques pour mettre à jour les préjugés et les thèses racistes.
On peut conclure que la plupart des rapports des élections, dans bien de pays observés, ne sont pas crédibles, malgré la présence des observateurs internationaux. Sur ce, je suis tenté de dire que les élections pourraient avoir lieu en leur absence, ou si l’on préfère, sans leur présence. C’est que je pense.

Léandre Sahiri,
Directeur de Publication



lundi 13 décembre 2010

Management gouvernemental et Emergence des pays africains

Au moment où bon nombre de pays africains aspirent à l'émergence économique, les dirigeants du secteur public doivent adopter des méthodes de management et des processus qui ont fait leur preuve dans le secteur productif...
José Louis Mene Berre (ancien conseiller technique de ministre) en parle avec Sylvie de Boisfleury à l'émission Controverse sur le plateau de Canal 3 Monde. Mots-clés: Emergence, feuille de route, plan d'action, projet, objectivité, évaluation, critères, indicateurs de suivi, mesurables, quantifiables, communication pour et avec le citoyen.



samedi 20 novembre 2010

Afrique : Il nous en finir avec les illusions démocratiques

En lisant Le filament, une citation, parmi tant d’autres, a retenu mon attention et pose l’épineux problème de la lutte contre la pauvreté dans les pays sous développés : « celui qui vend sa voix est aussi méprisable que celui qui l’achète ».

Celui qui vend ne doit pas être logé à la même enseigne que celui qui achète.

Un chef de village analphabète pris en flagrant délit de vente de sa carte d’électeur et des membres de sa famille a répondu qu’il assumait son geste parce que son vote ne servirait à rien, étant donné que sa décision de pauvre ne peut rien changer à ce que les riches ont décidé... L’argent issu de la vente va permettre de subvenir aux besoins de sa famille pendant plus de trois mois. Cela pose le problème de l’ignorance, de l’espoir déçu.

Des concepts ont été imposés à l’Afrique : démocratie, bonne gouvernance, suffrage universel sans tenir compte des réalités africaines.

Après cinquante ans d’indépendance et 20 ans de démocratie, Il nous faut avoir l’audace de revisiter la boîte noire de nos démocraties, de faire l’inventaire des politiques d’aide au développement, d’analyser le suffrage universel qui s’inscrit dans la logique de « celui qui gagne prend tout » : autant de choses qui continuent de plonger l’Afrique dans une misère abjecte.

Les Africains doivent composer leur modernité à partir de leur identité culturelle et promouvoir les valeurs fondamentales.


En plus des valeurs économiques, vitales, affectives, si nous voulons un monde plus libre, plus respectable et plus sérieux, nous devons promouvoir trois valeurs fondamentales en plus de ces valeurs déjà reconnues : la conscience, l’honnêteté, la responsabilité.

La conscience : elle évite l’enténèbrement de l’esprit et la crétinisation de la masse, sachant que la société n’est pas un troupeau somnolent gouverné par quelques individus prenant les décisions à sa place.

L’honnêteté : elle met l’accent sur un sens élevé d’intégrité et se traduit par le fait que les biens qui nous ont été confiés ne doivent pas être employés à mauvais escient. L’honnêteté est cohérence avec soi. On ne peut être honnête avec autrui qu’en étant honnête avec soi même. En d’autres termes, celui qui est malhonnête avec autrui est malhonnête avec lui-même.

La responsabilité : elle sous-entend que nous avons de la sollicitude envers ce qui nous est confié et ce dont nous avons la garde, et que nous avons conscience des conséquences de nos actes.


Sauver l’Afrique des illusions démocratiques

Nos indépendances ont été déjà un échec ce qui nous a conduit à mettre en place des sociétés démocratiques avec beaucoup d’attachement aux « valeurs démocratiques » mais, qui ne sont que des illusions démocratiques. Ainsi donc, l’expression « Valeurs démocratiques » est un discours vide, un discours somnifère servi au peuple. Pour Alan Bloom, l’auteur de L’âme désarmée, c’est « une incantation creuse ». Il nous faut sauver l’Afrique, attaquer la pauvreté, définir les concepts de démocratie, par rapport à notre identité réelle. C’est un débat tout entier et très profond. Permettez-moi de vous adresser cette réaction à chaud. Pardonnez-moi d’avoir dit certaines vérités qui choquent et dont les politiciens n'ont pas besoin.

Madame Anne Cica ADJAÏ (Ancien Conseiller Technique Chargée de la Moralisation de la Vie Publique).

lundi 4 octobre 2010

Dambisa Moyo

Professeur, Economiste, auteur de du livre « L’aide fatale »



Au tableau d'honneur de ce mois, je vous présente Mme Dambisa Moyo. Originaire de la Zambie, elle a fait ses études (Harvard) aux Etats-Unis avant de travailler à la banque mondiale en qualité de consultante de 1993 à 1995, puis à la banque d'affaires Goldman Sachs de 2001 à 2008 où elle a été directrice de la recherche économique et de la stratégie pour l'Afrique subsaharienne. Elle est économiste et professeur au Centre for International Business and Management (CIBAM) de l'université de Cambridge (UK) et du Royal Institute of International Affairs (Chatham House).

En mai 2009, la revue Time Magazine a classé Mme Dambisa Moyo parmi les 100 personnes les plus influentes du monde. Auteur de nombreux essais économiques, traduits dans plusieurs langues, entre autres de «Dead Aid: Why Aid is Not Working and How There is a Better Way For Africa », (en français : « L’aide fatale ») publié au printemps 2009 aux États-Unis.

L'essai propose de nouvelles solutions à la dépendance systématique des pays pauvres à l'aide publique. L'analyse de l'économiste offre, de plus, de nouvelles perspectives sur le rapport entre les objectifs attendus et les résultats obtenus de l'aide au développement, en relevant les impasses économiques vers lesquels celui-ci a conduit l'Afrique.

« L’Afrique a des ressources énergétiques et une main-d’œuvre jeune qui ne demande qu’à travailler ».

Pour Mme Dambisa Moyo, l'aide est un problème pour l'Afrique. Et de ce point de vue, le constat est, pour elle, tout simple : « après trente années d’aide au développement à l’Afrique au nom de la pauvreté, le continent africain n'a pas encore effacé ses déséquilibres économiques. En 1970, 10 % de la population du continent vivait avec moins d'un dollar par jour. Aujourd’hui, encore le 70 % des Africains est dans cette situation. Dans le même temps, le niveau de vie a progressé dans le reste du monde. En Chine, par exemple, 300 millions de personnes sont sorties de la pauvreté. Je ne remets pas en cause l’aide humanitaire d’urgence apportée à la suite des inondations, des sécheresses ou des famines. Je critique l’aide au développement pour les dizaines et dizaines de milliards de dollars en provenance des pays riches ou des institutions internationales qui n'ont pas produit d'effet ».

« L’Afrique doit se tenir sur ses jambes ».

En outre, Mme Dambisa Moyo dénonce, dans son livre, l'aide au développement comme un des facteurs essentiels de corruption dans certains Pays : « L’aide au développement pose de nombreux problèmes, dont celui de la corruption. Cet aide dirige les pouvoirs publics africains à se débarrasser des questions nationales très importantes comme l’éducation, la santé, le respect de l’environnement... qui sont là des domaines très stratégiques pour l'avenir d'un pays. Or, ils sont confiés au financement de l’aide étrangère. Beaucoup de gouvernements africains ont été amenés à considérer l'aide comme une source de revenus permanente et sûre. Ces financements dispensent enfin les États africains de lever des impôts. Or, s’il ne revendique pas d’argent à ses administrés, un gouvernement peut s’abstenir de leur rendre des comptes. Dans les années 60, l’aide étranger allait aux infrastructures, dans les années 70 vers la pauvreté, dans les années 80 vers l’ajustement structurel et dans les années 90 vers la démocratie et la gouvernance. Mais, le point fondamental est que cet argent a été toujours utilisé dans de mauvaises directions. Ce système a produit, jusqu'à aujourd'hui, de l'inflation, une dette plus lourde et une nouvelle pauvreté. Nous n'avons pas eu, dans ces dernières décennies, de véritables changements. Il est virtuellement impossible en s'appuyant sur l'expérience de l'Afrique, pour soutenir que l'aide a eu des résultats positifs.

L’Aide Fatale, Editions JC Lattès, 256 pages.

Sur la base de ce constat, Dambisa Moyo propose de remplacer l’aide au développement par des capitaux privés. Pour elle, l’Afrique a en effet enregistré depuis des années le début d’un décollage économique très perceptible. Des nations africaines, comme le Gabon, le Ghana, l’Afrique du Sud et le Botswana, entre autres, ont déjà fait recours aux investisseurs privés et ont pu émettre des emprunts sur les marchés obligataires... »…

Vous avez sans doute compris pourquoi Mme Dambisa Moyo qui s’est engagée pour bousculer le politiquement correct, en dénonçant l’aide à l’Afrique, .mérite, bel et bien, de figurer dans cette rubrique.

Si vous avez lu les livres de Mme Dambisa Moyo, n’hésitez pas à nous faire partager vos impressions et vos avis. Envoyez-nous vos commentaires, analyses et compte-rendu, etc. Nous les publierons dans nos prochaines parutions.

Léandre Sahiri

Paru au tableau d'honneur du Filament N°8



L’échec de l’aide internationale

Les pays africains ont été contraints, au lendemain des «indépendances», d’hériter des dettes que les anciennes puissances coloniales avaient contractées pour les exploiter. A peine « libérés », ils ont été considérés insolvables par les agences de notation financière. Exceptés l’Afrique du Sud et le Zimbabwe, dirigés par des autorités blanches, ils ont été quasiment interdits d’accès au marché des capitaux et ont donc été contraints de sous-traiter leur « développement » auprès des institutions de Bretton Woods.

Depuis, une source très importante de l’endettement des pays d’Afrique subsaharienne provient des prêts du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque Mondiale (BM), mais également de la Banque Africaine de Développement (BAD), bras armé africain de ces institutions internationales.

Alors qu’ils s’adressent aux pays les plus pauvres de la planète, les prêts octroyés sont soumis à des taux d’intérêt scandaleux et à des conditions draconiennes pour les bénéficiaires qui se voient contraints, par ces institutions, à des politiques économiques austères devant, en théorie, assurer leur développement : privatisations massives des secteurs-clé de l’économie, désengagement de l’État des programmes sociaux (santé, éducation, etc.). Cependant, selon le propre constat de ces institutions, l’essentiel des programmes imposés ont été des échecs. L’Afrique se retrouve donc avec ces dettes, sans avoir bénéficié du moindre recul de la pauvreté.

Le revenu réel par habitant dans l’Afrique subsaharienne est inférieur à ce qu’il était dans les années 1970, plus de 700 millions d’Africains vivent avec moins de 1 dollar par jour. L’espérance de vie stagne, un enfant sur sept meurt avant l’âge de 5 ans, l’alphabétisation est inférieure à ce qu’elle était en 1980. Le secteur agricole a été décimé par les programmes d’ajustements structurels, au point que la sécurité alimentaire est très gravement menacée ; situation d’ailleurs reconnue par M. Zoellick, Président de la Banque

Mondiale, qui a fait un mea culpa public.

En ce qui concerne la Côte d’ivoire, un Ivoirien sur deux vit aujourd’hui avec moins d’un dollar par jour, soit environ 600 CFA. Le montant de la dette représente 60% de son produit intérieur brut (PIB). Et, situation totalement surréaliste, le pays peut rembourser plus qu’il ne reçoit de ces institutions si bien que, pour la seule année 2008, la Côte d’Ivoire a dû rembourser 251,8 milliards alors qu’elle n’a reçu que 60,14 milliards. On est en droit de se poser la question : Qui aide qui ?

Adjé Kouakou,
Producteur et Présentateur de l’émission AMANIEN.
Voice of Africa Radio à Londres

Paru dans la rubrique Amanien du Filament N°8

Pour une nouvelle image de l’Afrique

Il y a près d’une dizaine d’années, notamment les 19 et 20 avril 2002, s’est tenu à l’Université des Langues et de la Communication de Milan, au nord de l’Italie, un colloque international initié par M. Baye Ndiaye, un ressortissant sénégalais installé en Italie depuis plusieurs décennies, et qui préside le Centre d’Orientation des Etudes Africaines (Cosa) de Milan. Thème du colloque : « De l’image de l’Afrique en Europe ».

Au cours de ce colloque, les participants ont été unanimes à reconnaître que, généralement, les medias occidentaux ne donnent de l’Afrique qu’une vision négative. Les participants ont dénoncé le fait que les agences de presse d’Europe et d’Amérique ne braquent leurs caméras sur le continent africain que lorsqu’une catastrophe se produit, du moins lorsque les Africains sont confrontés à des crises graves, de quelque ordre que ce soit : génocide, rébellion, inondation, coups d’Etat, fraudes, corruption, etc. Dans cet ordre d’idées, M. Mamoune Faye, journaliste au quotidien dakarois Le Soleil, avait fait remarquer que ces médias étaient presque déçus que le Sénégal n’ait pas sombré dans la guerre civile lors de la présidentielle de février-mars 2000. On pourrait dire la même chose à propos de la crise ivoirienne : les medias occidentaux étaient mobilisés et attendaient de donner des Ivoiriens l’image d’un peuple barbare en proie à la guerre civile entre le Nord et le Sud de la Côte d’Ivoire, entre musulmans et chrétiens, etc.

Mais, à mon humble avis, le problème de l’image de l’Afrique dans les medias occidentaux se pose en d’autres termes et ne nécessite pas des colloques où l’on vient, bien souvent, se masturber intellectuellement. Je pense, en effet, que les medias occidentaux ne donnent de nous que ce que nous offrons à voir au monde. En d’autres termes, si nous nous illustrons par des dérapages et des barbaries, il est tout à fait évident que nous ne ferons que les choux gras des medias occidentaux dont la plupart font de la presse à sensation. Mais, si nos actes nous élèvent à un certain niveau, nous forcerons les medias occidentaux à donner de nous une vision positive. De ce fait, il ne faut pas imputer à l’Occident la responsabilité de nos irresponsabilités, de nos manquements, des maux que nous nous imputons à nous-mêmes. Il ne faut pas se baser sur le pseudo problème des images pour occulter les dérapages de quelques dirigeants inconscients, des tares et carences de nos sociétés. C’est une fuite en avant, c’est faire fausse route que d’incriminer, en tout et à toutvent, les Occidentaux, là où nous devons, avec force courage, faire notre mea-culpa, notre autocritique et prendre des résolutions fermes pour qu’une Afrique nouvelle émerge qui contraindra, forcement et inéluctablement, les medias occidentaux, ainsi que nos propres medias, à donner de nous une image nouvelle.

C’est ce que je pense.

Léandre Sahiri, Directeur de Publication

Paru dans la rubrique ce que je pense du Filament N°8

mardi 27 juillet 2010

Le rôle des intellectuels africains

Le rôle des intellectuels africains est non seulement d’écrire de nouvelles voies, mais aussi de communiquer massivement des idées audacieuses pour en faire des vérités et pour changer le monde

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas mais c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles » Sénèque.

Le discours économique sur l’Afrique est généralement dominé par des Non Africains. Et les débats, monopolisés par les stars des medias, les économistes et les politiciens occidentaux, oscillent toujours entre paternalisme et néocolonialisme, entre condescendance et mauvaise conscience. Dans ces discours et ces débats, le continent est plombé par l’image de la misère et la pauvreté qu’on ne peut nier. Et pourtant, l’Afrique dispose d’un dynamisme et d’une réussite qu’il est regrettable d’occulter.
Il est donc urgent que l’Afrique se réapproprie le débat. Il est temps également de sortir de la pensée unique distillée par les bureaucrates des institutions internationales. Car, si l’on fait le bilan des cinquante années d’indépendances, on ne peut que constater l’échec des politiques successives qui ont été imposées à l’Afrique.

D’abord, force est de constater que le système de l’aide internationale a enfermé les dirigeants africains dans une sorte d’inertie. Ceux-ci préfèrent désormais rendre des comptes à la communauté dite internationale plutôt qu’à leurs populations qui ne les intéressent que le jour du scrutin pour mimer un semblant de modèle démocratique. Ils semblent fuir les vrais problèmes, se réfugiant en victimes derrière l’iniquité d’un système, sans rien entreprendre pour lutter contre, d’autant qu’ils tirent d’énormes dividendes personnelles de cette situation. Pourquoi scier la branche sur laquelle on est assis ?
Pourtant, les possibilités de l’Afrique sont énormes et les nouvelles voies de développement sont possibles, encore faut-il oser s’engager sur cette voie de progrès.

On peut cependant s’interroger légitimement : Si le système mondial est contraire aux intérêts de l’Afrique et si les dirigeants africains, dans leur grande majorité, s’en contentent et en tirent eux-mêmes profit, que pouvons-nous faire, à part rester les bras croisés et attendre l’avènement de nouveaux leaders ? Qui pourrait recentrer la réflexion autour de la recherche du bien-être du plus grand nombre ? Qui, à part les intellectuels africains ?
Les intellectuels africains doivent être conscients de leurs immenses possibilités. Leur rôle doit consister, non seulement a écrire de nouvelles voies, mais aussi a communiquer massivement des idées audacieuses pour en faire des vérités.

L’expérience des conservateurs américains montre que certaines idées, considérées comme radicales peuvent, à terme, s’inclure dans la pensée dominante. En diffusant des valeurs et des normes, une nouvelle grille de lecture du monde a été imposée par ces « think tanks ». A travers un processus long et discret, ils ont appris à la société américaine à penser autrement.
Indiquer la voie de la renaissance du continent.
Le Sud-africain Steve Biko disait : « Faites frémir la pensée et vous faites frémir tout un système ». Ceci sous-entend que si les intellectuels n’avaient pas tant de force, pourquoi auraient-ils été persécutés à travers les temps ? Ceci sous-entend aussi que la matière grise est le levier le plus puissant de l’économie. C’est aussi par elle que passe la libération, dès lors que les intellectuels se conduisent en éclaireurs. En tant que tels, les intellectuels africains pourraient se réapproprier l’image du continent en communiquant, dans des termes accessibles à tous, autour des nouvelles voies possibles, des moyens de les mettre en œuvre et des avantages qui pourraient en découler. L’envie d’action doit s’emparer des intellectuels africains, au point de s’arracher au cadre moelleux des ministères et des salles de conférence, pour prendre racine dans le cœur de chaque citoyen, pour prendre faits et causes pour les populations qui souffrent. Les grandes causes avancent mieux quand elles ont le soutien des masses. Chacun peut agir à son niveau : étudiants, universitaires, ONG, syndicats, associations, etc. Chacun peut s’exprimer à travers les écrits, la radio, la télévision, la poésie, l’internet, la chanson, le théâtre, le cinéma, la peinture, le graffiti. L’exemple du cinéaste mauritanien Abderrahamané Sissako est éloquent ; car, quiconque a vu son film « Bamako » comprend, avec la plus grande clarté, les méfaits de l’aide internationale et est convaincu de la nécessité de rompre d’avec ce modèle. Aucune contribution, aucune réflexion n’est inutile, qu’elle soit exprimée dans un cadre de réflexion collective ou de manière individuelle. Les énergies interconnectées vont se décupler et l’internet pourra être un support important pour coopérer, échanger, discuter. On peut douter dans l’isolement ; mais, la force du groupe lève les barrières que notre esprit peut créer lui-même. Ce qui permet de prendre de la hauteur sur les sujets et de développer l’esprit critique, essentiel à l’éveil des consciences. C’est par des étapes successives, mais systématiques, que l’objectif sera atteint. « Le plus grand arbre est né d’une graine menue ; une tour de neuf étages est partie d’une poignée de terre », écrivait le philosophe chinois Lao-Tseu.. Si nous avons le sentiment d’être petit, nourrissons-nous d’exemples réussis et dans ce cadre, une initiative en Turquie mérite d’être soulignée : quatre intellectuels turcs ont su faire avancer le rapprochement entre la Turquie et l’Arménie grâce à une simple pétition sur internet. Ils ont certes été décriés par les autorités de leur pays ; mais, au final, ils ont contribué à faire avancer le débat figé depuis des décennies, alors qu’ils n’étaient que quatre. On peut également constater, qu’à force de critiques répétées les institutions financières internationales s’engagent vers une réflexion nouvelle visant à revoir leur action et leurs exigences auprès des pays emprunteurs. L’avancée est certes timide ; mais, celle-ci mérite d’être soulignée.

L’un des traits caractéristiques de l’intellectuel est son refus du silence face à l’inacceptable. Ne pas le faire, c’est démissionner. Il faudra travailler sans relâche pour s’affranchir du contexte, consentir des sacrifices ; car, rien ne vient sans effort. Chacun de nous a sa place dans ce grand combat du 21e siècle qui amènera le continent dans le concert des grands. Le combat commence en nous. Car, avant de communiquer, il faut se convaincre soi-même. C’est par le travail, la recherche, les conférences que nous enrichirons la base de connaissance essentielle à une analyse lucide et pertinente. Ne prenons jamais pour argent comptant une analyse, même si elle vient d’organisations qui nous paraissent respectables. Ayons l’esprit critique et curieux. Ne plaignons pas notre temps et notre travail car la connaissance est la voie du respect de soi-même et la voie du salut du continent que nous aimons. Ne soyons pas des pions endormis !

En Côte d’Ivoire, on a coutume de se rassurer en disant «ça va aller !». Tout nous incite à croire que ça va aller. Mais, on perd souvent de vue que ca ne va pas et que pour que ça aille : il faut oser !

Adjé Kouakou, Producteur et Présentateur de l’émission AMANIEN.
Voice of Africa Radio à Londres

Paru dans la rubrique Amanien du Filament N°7



Des budgets colossaux du cinquantenaire

Beaucoup d’argent et beaucoup de bruits pour rien
Dans un article publié dans le numéro hors-série 24 de Jeune Afrique de mai 2010, M. Mahamadou Camara révèle « les budgets annoncés en 2010 pour les célébrations du cinquantenaire de l’indépendance des pays d’Afrique: 20 milliards de F CFA (30,5 millions d’euros) en Côte d’Ivoire, 17 milliards de F CFA (26 millions d’euros) au Congo, 14 milliards de F CFA (21,3 millions d’euros) au Cameroun... Etalées sur trois jours, les festivités du cinquantenaire de l’indépendance du Sénégal ont coûté aux contribuables sénégalais environ 1,5 milliard de F CFA pour l’organisation du défilé et les réceptions données en l’honneur de la vingtaine de chefs d’Etat présents».
Au vu de ces chiffres, le moins que l’on puisse penser, c’est que ces budgets « pour faire la fête » sont, comme l’a écrit M. Mahamadou Camara dans son article, des « montants pharaoniques », eu égard aux objectifs et au regard du niveau de vie dans ces pays et du piteux état dans lequel se trouvent leurs services publics.

De ce fait, la première question qui me vient à l’esprit, et que vous vous posez sans doute, est la suivante : d’où vient cet argent ? ... M. Mahamadou Camara n’en dit rien, et pourtant, il est important de savoir ou on a pris cet et s’il ne vient pas, ainsi, sans conscience, alourdir encore plus les dettes de ces pays. Il est également important de savoir pourquoi ces sommes, si elles émanent des budgets nationaux, n’ont jusque-là pas été utilisées pour les besoins, prioritairement, en santé, en éducation, en lutte contre l’insalubrité, en création d’emplois…, pour les populations locales ? Parce que les besoins et les priorités, ce n’est pas ce qui manque chez nous, n’est-ce pas ?...
Dans tous ces pays où l’on manque parfois du minimum vital, où le chômage des jeunes, diplômés, qualifiés ou non, demeure une épidémie, entre autres maux, où 80% des populations vivent sous le seuil de pauvreté, peinent à s'assurer un repas convenable par jour, à se soigner convenablement, à bénéficier des conditions adéquates d’études et de promotion, ces sommes-là, ont aussitôt fait l’objet de toutes les convoitises, allant jusqu'à faire germer des « idées » dans la tête de nombre de personnes, donnant lieu à un gigantesque business. En effet, de nombreux hommes d’affaires dont, au premier rang, les agences de communication et les sociétés d’événementiel, ont ainsi rapidement contracté des partenariats avec les comités d’organisation et ont proposé leurs services pour médiatiser les activités liées à cet anniversaire que l’on veut, coûte que coûte, prestigieux, « mémorable ».

Dans tous ces pays, ces sommes, comme le souligne M. Mahamadou Camara, ressemblent davantage à des gâteaux. Ainsi, « chacun y est allé de son initiative ou de son projet pour croquer (extorquer ou escroquer) une part de ces gâteaux à cinquante bougies ». On a vu et on voit alors les commissions, les sous-commissions et les comités d’organisation, rivaliser de projets et de programmes, s’entre-déchirer pour gérer ces budgets, pour médiatiser et fêter en pompe, exhiber des factures et des devis si élevés qu’on se demande parfois où en est le sérieux. On parle même de détournements de fonds et de manifestations fantoches, impliquant, plus ou moins, la complicité ou la participation de certains intellectuels, artistes et politiques…

Une autre réalité de ces cinquantenaires, toujours selon M. Mahamadou Camara, concerne les premiers responsables des structures mises en place. D’abord, il faut noter que, même si certaines commissions sont des structures indépendantes, comme en Côte d’Ivoire, la plupart sont intégrées au sein du ministère de la Culture, comme au Cameroun, ou au Burkina… C’est doute pour faire croire que ces pays ont choisi de mettre l’accent sur la promotion de leur histoire et de leurs atouts culturels. Et pourtant, en lieu et place de richesses en matière d’artisanat, de littérature et d’arts, on ne nous sert que des « plats réchauffés », du folklore et de la routine : concours de beauté, défilés de mode, matches de gala, colloques et conférences avec des thèmes ressassés ou édulcorés, émissions radio et télé vides mais fortement médiatisées, etc. Comme si l’on manque vraiment d’imagination et d’intelligence pour innover. Ce qui amène à se demander si cela valait vraiment la peine de dépenser tant d’argent et de mettre des hauts dignitaires à la tête des structures.

La troisième réalité des célébrations du cinquantenaire de l’indépendance de pays d’Afrique concerne la direction ou le pilotage des structures mises en place. En effet, de ce point de vue, force est de constater que ce sont leurs fidèles qui ont été nommés par les chefs d’Etat, à l’image du Premier ministre gabonais, M. Paul Biyoghé Mba, de M. Isidore Mvouba, ex-Premier ministre du Congo, de M. Oumar Hamadoun Dicko, ancien ministre du président Amadou Toumani Touré, pour le Mali, ou encore de M. Pierre Kipré, ancien ministre et ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, désormais plus présent sur les lieux festifs qu’à son boulot. Ces choix se justifient sans doute par le fait que la présidence d’une telle structure ne saurait être aux mains de n’importe qui, étant entendu qu’elle constitue un enjeu important, car elle assure à son titulaire une visibilité nationale, voire internationale, pendant de longs mois, ainsi que la mainmise sur un budget important, objet de tant de convoitises, comme cela a été souligné plus haut.

La quatrième réalité est qu’il a fallu « inventer », partout, des symboles spécifiques et « créer » des activités pour l’événement. Dans ce sens, un concours pour le logo du cinquantenaire a été lancé dans plusieurs pays, avec pour le gagnant, une récompense ou une dotation plus ou moins élevée selon les pays et suscitant des « vocations » : 1 million de F CFA (1500 euros) au Mali et au Burkina, 5 millions de francs CFA (7500 euros) au Cameroun, 18 millions de francs congolais (15000 euros) en RD Congo, etc. En Côte d’Ivoire, l’hymne du cinquantenaire (et quel hymne !) a fait l’objet d’un concours, pour un premier prix de 5 millions de francs CFA (7500 euros).

Toujours au niveau des symboles, les autres gadgets incontournables des célébrations du cinquantenaire demeurent les timbres, agendas, livres d’or, DVD, pins, casquettes, tee-shirts et surtout le pagne, comme lors de toutes les campagnes électorales, les funérailles ou les mariages. En Côte d’Ivoire, le pagne du cinquantenaire, vendu par exemple en Angleterre à 30 livres sterling (environ 25 000 F CFA) les 3 morceaux, a été révélé en pompe au grand public le 7 mars 2010, lors d’une cérémonie grandiose présidée par l’ambassadeur Pierre Kipré. Au Mali, les pagnes du cinquantenaire sont confectionnés par la Compagnie malienne des textiles (Comatex), détenue par un opérateur chinois, et qui commercialise des lots comprenant 100 pagnes à 525 euros, véritable aubaine pour les revendeurs. Quant aux tee-shirts, ils sont fabriqués en Chine par des opérateurs locaux, et revendus au prix de 2,25 euros à la Commission, qui en écoule à prix double ou triple, depuis début 2010, environ 5000 par mois auprès des associations et des groupes de jeunes.
En ce qui concerne les activités, notons par exemple que, avec une dotation globale de 20 milliards de F CFA (30,5 millions d’euros), (c’est, dit-on, l’un des programmes les plus coûteux), on aura au menu, selon M. Pierre Kipré, « des tombolas, des concours régionaux de beauté et de danse, et des concerts, mais aussi des débats littéraires, politiques et économiques ».

Au Mali, selon M. Oumar Hamadoun Dicko, le programme comprend, outre un colloque international, des épreuves sportives, des publications consacrées à l’événement, un concert géant et un monument du cinquantenaire en forme de calebasse qui sera édifié sur le fleuve Niger entre les deux premiers ponts de Bamako et qu’on évalue à 1 milliard de F CFA (1,5 million d’euros), soit dix fois moins que le « Monument de la Renaissance Africaine », œuvre du président sénégalais, M. Abdoulaye Wade, inaugurée en grande pompe le 3 avril dernier à Dakar…
Ainsi donc, comme vous voyez, ce cinquantenaire nous coûte vraiment cher, du moins nous aura vraiment cher. Et ceux ou celles qui s’opposent ou contestent ces célébrations mettent en avant le fait que les sommes décaissées sont faramineuses et servent, on le voit bien tous les jours, à récompenser ou enrichir des amis ou des proches, à leur offrir des opportunités d’affaires, à séduire des électeurs potentiels, à mettre à nu nos irresponsabilités et nos immaturités en détournant ou en dilapidant les deniers publics à des fins inutiles, purement et simplement, même si, au-delà de ces festivités et de ces gadgets publicitaires, certains Etats ont prévu quelques investissements dans les infrastructures et dans les aménagements urbains.
Force est de reconnaître que ceux et celles qui s’opposent désapprouvent le fait que les manifestations grandioses passées ou à venir grèvent nos finances publiques, déjà très mal gérées, nul ne l’ignore... C’est ce que je pense, moi aussi. En tout cas, je suis entièrement d’accord avec ceux et celles qui accusent nos dirigeants et les populations africaines moutonnières « de n’avoir pas compris que l’année 2010 doit être vue et vécue comme le point de départ d’une nouvelle ère pour nous Africains, et que, cette année, l’opportunité nous est donnée de nous atteler à élaborer un projet sérieux de décolonisation et de développement, à induire avec intelligence les moyens de notre libération totale, à réviser tous les contrats léonins passés avec les pays occidentaux qui ont soin de penser et de décider en notre lieu et place… », etc. Je suis entièrement d’accord avec ceux et celles qui accusent nos dirigeants et les populations africaines suivistes de n’avoir pas compris qu’il nous faut, courageusement et opportunément, reposer le problème crucial de nos indépendances : des indépendances ankylosées par la misère et le déficit moral dans la gestion des affaires publiques ; des indépendances empestées par des génocides, des rebellions et autres conflits plus ou moins ouverts où des Africains n’ont ni honte, ni scrupule à se révéler les « pires ennemis de l’Afrique », à étaler leur barbarie et leur inconscience ; des indépendances confisquées par une armée étrangère sur nos territoires pourtant dits souverains ; des indépendances mises à mal par des assoiffés de pouvoir et autres gouvernants irresponsables aux pratiques d’arrière-garde ; des indépendances dévidées économiquement par une monnaie dont la maîtrise nous échappe , etc. »1…

En tout cas, avec ce que nous avons pu voir jusqu’ici, c’est à croire que le cinquantenaire, c’est, comme dirait Shakespeare « beaucoup de bruits pour rien ». Et aussi beaucoup d’argent pour du vent. C’est ce que je pense.

Léandre Sahiri, Directeur de Publication

Publié dans la rubrique ce que je pense du Filament N°7



 

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