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samedi 31 mars 2012

De l’implication de Tiken Jah Fakoly dans la rébellion

Dans une interview accordée au journaliste Yacouba Gbané, et publiée le 13 Août 2010, Abdoulaye Traoré alias AB, ex-chef de guerre de Man, a déclaré, en ce qui concerne le rapport de l’artiste Tiken Jah avec la rébellion : « Notre arrestation au Mali a été menée par Tiken Jah. Nous étions en Libye lorsque Tiken Jah nous a demandé de venir le rejoindre au Mali pour parler affaire. Nous n’avons pas trouvé de problème à cela. Puisque, avant l’attaque du 19 septembre 2002, c’est lui qui était notre tuteur au Mali. Quelques jours après notre arrivée, nous avons été mis aux arrêts. Pendant notre incarcération, Tiken Jah n’a pas mis les pieds dans notre lieu de détention. C’est après que nous avons été informés que c’est lui qui a été actionné par les services de Guillaume Soro et les services secrets du Mali pour nous conduire dans ce traquenard. C’est l’un des pions essentiels de la rébellion. Il a joué un rôle très important. C’était un pion essentiel. Il était chargé d’héberger tous les éléments à Bamako. C’est lui le tuteur. Il nous a mis dans toutes les conditions. Il organisait des concerts. Les fonds recueillis étaient mis à notre disposition. Il s’est enrichi dans la rébellion. Il faisait du trafic du coton. C’est son petit frère qui était chargé de convoyer les camions vers le Mali. Il était dans un deal avec Kouakou Fofié… Tout ce que je vous dis, c’est la vérité. Il le sait. Il ne peut pas le nier. C’est lui qui était chargé de galvaniser les troupes à travers des chansons. Il nous encourageait à réussir notre mission. Lui et toutes les autres connexions ne veulent pas de la fin de la guerre. Ils mangent tous dedans. C’est pourquoi, cela nous fait sourire quand on parle de désarmement ».

Après de tels forfaits, du moins après avoir ainsi « mis son art au service de la rébellion » et s’être enrichi par le commerce de tout genre, dans la zone de non droit au nord, si l’on en croit Abdoulaye Traoré alias AB, Tiken Jah Fakoly, chantre autoproclamé de la lutte contre la Françafrique, se donne désormais pour credo la « réconciliation nationale ».

Dans ce cadre, Alassane Ouattara l’a reçu le 11 mai 2011 au Golf Hôtel. Au sortir de l’audience, Tiken Jah a déclaré : «Nous avons évoqué le rôle des artistes dans le processus de réconciliation nationale. Dans les jours à venir, nous allons organiser une tournée nationale de réconciliation qui va parcourir certaines villes de l’intérieur avec l’apothéose ici à Abidjan » .

Dans son nouveau rôle, Tiken Jah Fakoly organise des concerts, anime des conférences de presse, réhabilite l’hôpital Félix Houphouët-Boigny, offre des matelas et des moustiquaires imprégnées. Ne nous laissons pas distraire par de tels actes. Nous savons qu’il joue là au pompier, après avoir joué au pyromane. Nous l’avons entendu claironner : « C’est une manière pour nous d’amener les populations à oublier, un tant soit peu, les affres et les meurtrissures de la guerre, et à s’inscrire dans la réconciliation, car il est dans l’intérêt de toutes les filles et fils de la Côte d’Ivoire de se réconcilier » .

Que Tiken Jah Fakoly se détrompe ! Ce ne sont pas ses tintamarres et autres fadaises qui feront oublier…, qui feront se réconcilier les Ivoiriens. Car, se réconcilier, c’est dialoguer ; et dialoguer signifie qu’on communique. Mais alors, peut-on communiquer sans être sur la même longueur d’ondes? Peut-on aller à la réconciliation quand le peuple n’a pas fini d’enterrer ses morts, n’a pas fini de les pleurer, encore moins de faire le deuil ?... Même si on peut obliger une personne à applaudir, saurait-on l’obliger à être contente ?…

Que Tiken Jah Fakoly se détrompe ! Les Ivoiriens ont compris son double jeu, comme le confirme le texte intitulé « Le double “je” de Tiken Jah » que nous vous proposerons à lire ou relire dans notre prochaine parution.

Léandre Sahiri et Julius Blawa Gueye.

(Extrait de « Côte-d’Ivoire : Mettre fin à la tyrannie et restaurer la démocratie »).

mardi 27 mars 2012

A propos du « Carton rouge » de M. Aly Touré aux communicateurs d'Alassane Ouattara

Il y a quelques jours, j’ai pu lire avec attention un article de M. Aly Touré publié dans le quotidien Le Banco.net du mardi 20 décembre 2011. Comme à mon habitude, je permettrai d’émettre quelques réflexions que m’ont inspirées les propos de M. Aly Touré dans cet article intitulé : « Dénigrement de Ouattara par des Camerounais : Carton rouge aux communicateurs d'ADO ! »

Dans son article, M. Aly Touré fait remarquer que « Sur le bouquet Canal+, il y a une chaîne de télévision appelée "Vox Africa" qui s'illustre par des émissions farouchement hostiles au président Alassane Ouattara et à son régime. Selon M. Aly Touré, cette chaîne ne rate aucune occasion pour ouvrir son plateau, ainsi que ses ondes, aux détracteurs du Président ivoirien : « Des balivernes y sont distillées régulièrement », écrit-il, tout en déplorant qu’il n’y ait jamais eu aucune réaction contre cette chaîne de télévision visiblement hostile au régime, ni de la part, des membres de l’entourage du président, ni de son Cabinet, ni des agents de son service de communication, ni du RDR d'Amadou Soumahoro. Ces gens-là sont tous disqualifiés (« carton rouge »). Et ceci donne à réfléchir…

Et la réflexion, affirme-t-il, conduit à une interpellation directe du régime Ouattara, c'est-à-dire le chef de l'État lui-même et le Rassemblement Des Républicains (RDR) : « il serait temps qu'ils se réveillent et en prennent de la graine. S'ils restent là à ne couver que leurs égoïstes intérêts personnels, comme une poule couvant ses œufs, demain ils risquent d'être surpris et de n'avoir que leurs yeux pour pleurer », écrit M. Aly Touré

De tels propos nous interpellent et appellent les observations suivantes :

1°/ contrairement à ce que pense M. Aly Touré, les personnes qui participent aux émissions de "Vox Africa" ont le droit d’agir, de parler, d’écrire, de manifester librement, et en toutes circonstances, en tous lieux, leurs idées et leurs opinons. Cette libre communication des pensées et des opinions, constitue ce qu’on appelle la liberté d’expression. C’est la liberté d’expression qui autorise toute personne à s’exprimer librement, lui donne le droit de juger les paroles et les actions d’Alassane Ouattara (comme de tout autre gouvernant), du moins de porter des objections sur ses discours et les actes qu’il pose, de tenir un discours sur ses discours . En effet, c’est au nom de la liberté d’expression qu’un journaliste, en informant le public, a le droit de s’élever contre un gouvernant, de dénoncer ou mettre à nu les tares au plan social et politique. Cela ne signifie pas qu’Alassane Ouattara est attaqué, ni que l’ordre est troublé. Bien au contraire. M. Aly Touré doit s’instruire humblement de ces principes fondamentaux de la démocratie, et doit ne pas perdre de vue que la liberté d’expression est, en démocratie, l’un des droits essentiels et inaliénables et l’un des garants de l’état de droits.

2°/ M. Aly Touré, au cas où il l’ignorerait, doit simplement apprendre que, au nom de la liberté d’expression, un gouvernant est censé étouffer la démocratie et abuser de son pouvoir, dès lors qu’il s’identifie à l’ordre, aux lois et au gouvernement, dès lors qu’il censure ou interdit les libres opinions, dès lors qu’il sanctionne, condamne les journalistes, les artistes, les écrivains, les intellectuels... Agir ainsi est une absurdité qui annihile la démocratie et qui avilit. Parce qu’un tel gouvernant, empêche l’échange des idées, la diffusion des vérités nouvelles ; il rejette l’enseignement des théories contraires à sa politique personnelle ; il bannit toute action et activité susceptible d’aider au progrès de la société.

3°/ contrairement à ce que pense M. Aly Touré, les personnes qui participent aux émissions de "Vox Africa" ont le choix d’être favorables ou hostiles au régime, au nom de la liberté d'opinion qui est affirmée solennellement dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789, article 10. Rappelons que la liberté d'opinion signifie que toute personne est libre de penser comme elle l'entend, libre d’être d’accord ou en désaccord avec autrui, libre d'avoir des opinions contraires à celle de la majorité ou des autorités. La Déclaration de 1789 précise d'ailleurs que cette liberté d'opinion s'étend à la liberté religieuse, chacun étant libre d'adopter le culte de son choix, ou de n'en adopter aucun.

4°/ contrairement à ce que pense M. Aly Touré, la critique ne procède pas forcément d’une intention malveillante. La critique et les observations sur un individu, sur une idée, sur une décision sur un régime ne procèdent pas toujours d’un esprit chagrin, mais aussi et souvent du souci d’en révéler les failles, les défauts, les faiblesses, les errements, les insuffisances, en vue d’en améliorer les pratiques, les rouages, les structures, l’organisation, etc. Pouvoir critiquer librement témoigne de l’existence et de la réalité des droits et libertés des citoyens dans un pays, surtout lorsqu’il s’agit de république démocratique. S’en prendre aux défauts d’un être humain garantit son existence et témoigne de l’intérêt qu’on lui porte et, parfois participe de la volonté de voir les choses changer, évoluer différemment.

5°/ L’objectif de M. Aly Touré est clair et nous l’avons bien compris : il s’agit de tirer sur la sonnette d’alarme. Pour M. Aly Touré, il est temps, et même grand temps, que les membres de l’entourage de Ouattara et de son Cabinet, les agents de son service de communication, les militants du RDR « se réveillent et en prennent de la graine », passent à la vitesse supérieure dans la violence et la criminalité. Autrement dit, il vise à inciter les militants, véritable horde de chiens à visage humain, à aboyer et à surtout à mordre à belles dents. Et, pour que la mayonnaise prenne, M. Aly Touré dénature tout : pour lui les débats télévisés sont des « balivernes », les critiques relèvent du « Dénigrement de Ouattara » ou participent d'« une savante entreprise de dé-légitimation à terme du Président Alassane Ouattara », etc.

6°/ Par sa soi-disant « interpellation directe du régime Ouattara », M. Aly Touré voudrait-il, diantre ! nous faire revenir à vingt ans, trente ans, cinquante ans… en arrière?... Peut-il, un seul instant, se rendre compte que c’est très mal conseiller son mentor, et que c’est même indiquer à celui-ci une issue fatale, de la même façon que hier, quelques demeurés lui ont conseillé, idiotement, d'envoyer Laurent Gbagbo à la CPI. En tout cas, tout cela, comme qui dirait, est cocasse, ridicule ! On devrait en rire si ce n'était pas si triste, si nous n’entrevoyions pas le lourd tribut à payer…

7°/ Par sa soi-disant« interpellation directe du régime Ouattara », M. Aly Touré sait-il qu’il a ainsi signé le certificat de décès de la « réconciliation nationale » ? Alors, aux calendes grecques la commission de Banny ! M. Aly Touré sait-il qu’il a ainsi ouvert les vannes pour plonger notre pays dans un état permanent de guerre ? Car, ce qu’il ignore peut-être, c’est que nous n’accepterons plus d’être nargués, menacés, tués. Trop c’est trop ! Nous n’avons pas d’autres choix que de nous défendre, de nous battre, de combattre jusqu’à sa mort ce régime dont nous sommes les victimes et qui est en mission de déconstruction de la Côte d’Ivoire.

8°/ M. Aly Touré sait, ainsi que les autres, que nous avons toujours suggéré des moyens sûrs, y compris le dialogue, pour aller à un « vivre ensemble » fiable, mais cette voie est d’emblée rejetée. Par conséquent, seule reste la riposte la plus appropriée aux actes qu’ils vont être désormais posés. Nous avons mis en place une batterie de moyens pour réagir, pour nous libérer du joug d’Alassane Ouattara, pour gérer les rapports entre les pro-Ouattara et nous. La fin de la peur est déclarée et puis, le RDR n’a pas le monopole de la violence.

9°/ M. Aly Touré et les partisans d’Alassane Ouattara doivent savoir que le pouvoir de leur mentor les conduit à l’abattoir. La sagesse populaire nous instruit qu’on peut être fort le matin, puis être faible à midi ou le soir. De même Alassane Ouattara partira tôt ou tard. C’est la loi de la nature que toute chose ait une fin. Alors, M. Aly Touré et les partisans d’Alassane Ouattara doivent se poser la question de savoir quel avenir cet homme leur propose dans la désunion, pour eux-mêmes, mais aussi et surtout quel avenir pour leurs enfants ? Alors, M. Aly Touré et les partisans d’Alassane Ouattara devraient plutôt penser à l’après ADO, dès aujourd’hui même, et devraient s’abstenir de poser tous actes susceptibles d’obscurcir leur avenir.

Quoiqu'il m’en coûte, c’est ce que je pense... 

 Léandre Sahiri 

lundi 5 mars 2012

La tête ne sert pas seulement à porter les cheveux, mais aussi et surtout à réfléchir…

Tout le monde le sait, le meeting du Front Populaire Ivoirien (FPI) qui a eu lieu, le samedi 21 janvier 2012, à la place Ficgayo, à Yopougon a été  perturbé et n’a pu aller à son terme. L’interruption brusque est le fait de violentes attaques perpétrées contre les militants du FPI qui entendaient marquer, en fanfare, leur retour dans la vie politique ivoirienne, en tant que leader de l'opposition.
En effet, la fête avait à peine commencé que des jets de pierres mêlés  à des gaz lacrymogènes sont venus perturber le meeting. Selon toute vraisemblance, il s’agissait précisément de gros cailloux lancés par de jeunes militants du RDR, le parti du président Alassane Ouattara, venus intimider ceux qui soutiennent Laurent Gbagbo. Ces agresseurs, des individus se réclamant d’Alassane Ouattara et du Rassemblement des républicains (RDR), sont parvenus à faire fuir la foule, affolée par ces pierres qui s'écrasaient jusque sur le podium.
Cette attaque qui a fait des morts et des blessés soulève une multitude de questions que beaucoup de personnes se posent. C’est pourquoi, comme à mon habitude, je vais me permettre de poser ces questions et dire ce que je pense.
La première interrogation porte sur l’opportunité et le bien-fondé de cette manifestation : sachant que le pays vit dans l’insécurité totale, vu que beaucoup de jeunes ont déjà été tués précédemment dans de telles manifestations, y compris dans le bouclier humain, était-il vraiment nécessaire et utile d’organiser ce meeting ?
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La deuxième interrogation porte sur les conditions d’organisation : étant donné que M. Ahmadou Soumahoro, secrétaire général du RDR, au lendemain du premier meeting du FPI à Koumassi le 4 septembre 2011, avait déclaré publiquement son désir d`empêcher par tous les moyens les meetings de l`opposition qu`il a qualifiés d`insurrectionnels et d`arrogants, étant donné que le RDR reproche au FPI d’avoir refusé de "saisir la main tendue par le pouvoir", étant donné que le ministre de l'Intérieur, M. Hamed Bakayoko n’avait donné son accord pour la tenue de ce meeting que, après plusieurs négociations et tergiversations, avait-on pris toutes les mesures et toutes les dispositions utiles pour parer à toutes éventualités, du moins pour ne pas tomber dans le piège du pouvoir ?
La troisième question concerne le cadre choisi pour ce meeting : Comment, pour une rencontre d’une telle envergure et d’un tel enjeu, s’est-on limité à un espace ouvert à tous les dangers, au lieu d’un stade ou autre terrain clôturé ? La place Ficgayo est un espace grandement ouvert où l’on célèbre généralement des funérailles et des bals populaires ; c’est un espace qui, au contraire d’un stade ou d’une salle de cinéma, n’offre aucune garantie de sécurité. A-t-on eu idée et conscience de livrer les militants et sympathisants du FPI, en bétail, pieds et poings liés, à la hargne et à la folie meurtrière des forcenés du RDR ? S’est-on imaginé un seul instant que le pire aurait pu survenir, comme par exemple l’élimination physique des dirigeants du FPI ? Et là, nous n’aurions eu que nos yeux pour pleurer.   Là -dessus, il faut saluer l’attitude responsable du PDCI qui, cette fois-ci, ne s’est pas allié au RDR dans cette manœuvre diabolique mettant en mal les principes démocratiques et confirmant, une fois de plus, la nature tyrannique du régime d’Alassane Ouattara. Cette attitude de retrait du PDCI montre-t-elle que les dirigeants de ce parti ont compris qu’il est irraisonné et dangereux d’accompagner le diable qui prend le parti de détruire nos propres parents et de brader nos ressources et la terre de nos ancêtres ?  Les dirigeants du PDCI ont-il enfin jeté le voile qui couvrait leurs yeux, en ce qui concerne les motifs et les mobiles  qui sous-tendent leur accointance avec le RDR, dans le cadre du RHDP mis en place par M. Alassane Ouattara pour parvenir à ses fins...
De tout ce qui précède, il ressort que, désormais, nous devons savoir raison garder, dépassionner le débat. Nous devons éviter les positions de courte vue. Nous devons nous comporter en êtres intelligents et pensants.  Nous devons éviter de traiter les militants en « bêtes à visage humain » et les mener à l'abattoir inutilement, je veux dire : pour rien. A quoi a servi et devait servir le meeting de Yopougon, très franchement? A-t-on imaginé ce qu’aurait pu arriver si les militants du FPI étaient déterminés et suffisamment armés  pour la riposte à cette agression?
Dieu nous a  donné  notre tête, pas seulement pour porter les cheveux, mais aussi pour réfléchir. Or, nous utilisons très peu notre tête pour cette deuxième fonction, hélas! C'est le malheur de l'Afrique. Comment organiser un meeting sur un terrain à ciel ouvert alors tout le monde sait qu'il y a l'insécurité? Comment les dirigeants du FPI peuvent-ils nous convaincre qu’on ne pouvait pas se passer de ce meeting? Et qu’avons-nous obtenu de ce meeting, si ce n’est des morts et des familles endeuillées, des handicapés à vie et que sais-je encore. C’est tout simplement malheureux !
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Avant d'accuser le RDR, accusons-nous nous-mêmes d'abord, ayons le courage de faire notre auto-critique et notre mea culpa, reconnaissons nos égarements et dérèglements de cette espèce, lesquels nous ont menés là où nous sommes aujourd'hui, y compris avec des milliers de morts, des leaders en exil et en prison, un régime anti-démocratique, etc.  C'est là  que je suis d'accord avec Mme Danièle Claverie : changeons de manière d'être et de faire la politique.
Quoiqu'il m’en coûte, c’est ce que je pense...

Léandre Sahiri

Paru dans Le Filament N°19

mardi 14 février 2012

Sachons raison garder !

Amis

Qui depuis l’aube des temps nouveaux

Versez des pleurs de vos cœurs blessés

Je vous dis :

Serrez vos cœurs ;

A chaque jour et à chaque nuit

Suffisent ses maux et ses peines.



Amis

Qui par ces sales temps

Doutez de notre présent et de notre avenir

Je vous dis :

Les jours et les nuits

Que le bon Dieu fait

Pas à pas se suivent

Mais ne sont guère ressemblants.



Amis

Qui au lever du jour

Riez et criez hourrah !

Je vous dis :

Avant de dire que le jour a été beau

Mieux vaudrait attendre d’abord

La fin de la journée.



Amis

Qui depuis le coucher du soleil

Par les soucis du lendemain écrasés

Désespérez jour après jour

Je vous dis :

Par la loi de la nature

Toutes choses ont une fin ;

Alors, tant que nous avons la vie,

Persévérons.



Amis

Qui par ces temps si obscurcis

Scrutez le ciel

En quête de lueur d’espérance

Je vous dis :

Il n’y a pas qu’un jour ;

Demain aussi il fera jour et

Demain aussi le soleil brillera

Sans doute pour nous

Si nous volons haut avec nos propres ailes

Si nous marchons droit dans nos bottes.

Léandre Sahiri

dimanche 22 janvier 2012

Lavons-nous

Lavons-nous

Des marabouts et des gourous

Lavons-nous

Des charlatans et des consultants

Lavons-nous

Des goujats et des margouillats

Lavons-nous

Des renards et des connards

Qui nous manient de leurs mains malfrates

Lavons-nous

Plus blanc que neige

Pour être totalement nous-mêmes

Pour conduire nous-mêmes

Sur terre et sur mer

A tous instants

Nos barques

Les barques de nos desseins et de nos destins.

Léandre Sahiri,

Extrait de « Accusations », Ed. Menaibuc.

Paru dans Le Filament N°18

mercredi 18 janvier 2012

De l’amnistie de Soro Guillaume

En visite aux Etats-Unis, le Premier ministre ivoirien, M. Soro Guillaume, a accordé une interview à la Voix de l’Amérique (VOA). J’ai pu lire avec attention cette interview dans le quotidien Nord-Sud du mardi 20 décembre 2011 et je me permets, comme à mon habitude, d’émettre ici quelques réflexions que m’ont inspirées les propos du Premier ministre ivoirien.

Par exemple, répondant à la question « Que feriez-vous, Monsieur le Premier ministre, si votre nom est sur la liste d’Ocampo ? », M. Soro Guillaume a déclaré ceci : «Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas inquiet ! ». Entendez par là : je suis tranquille, je n’ai aucune crainte. Autrement dit, M. Soro Guillaume affirme qu’il n’a pas de souci à se faire, car il n’a rien à se reprocher et nul n’a rien à lui reprocher.

En lisant cela, je me suis posé mille et une questions. En voici une : Comment M. Soro Guillaume peut-il crier si haut et si fort qu’il ne se fait aucun souci, quand on sait qu’il est le chef, pour ne pas dire le 1er responsable, devant Dieu et devant les hommes, des exactions, des tueries perpétrées depuis 2002 par les rebelles, rebaptisés « Forces nouvelles » (FN), puis Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, M. Soro Guillaume a, pour en témoigner, écrit et publié aux Editions Hachette, à Paris, un livre dont M. Ocampo détient une copie et qui est intitulé « Pourquoi je suis devenu rebelle » et sous-titré «La Côte d'Ivoire au bord du gouffre ».

Nul n’ignore que, avec cette rébellion sous la direction « éclairée » de M. Soro Guillaume, il a été donné aux Ivoiriens de vivre et de subir des terreurs et des horreurs les plus immondes, des violences les plus ahurissantes «administrées» par un groupe d’individus en armes de toutes sortes, pour la plupart analphabètes ou demi lettrés, sans légitimité aucune, sans foi, manquant de bon sens et d'esprit.

En termes de bilan, on a noté, dans la nuit du mercredi 18 au jeudi 19 septembre 2002, l'assassinat notamment de l'ex-président Robert Guéi, du ministre de l'intérieur Boga Doudou et plusieurs officiers des forces de l’ordre. Le comble est que les rebelles, véritables hors-la-loi, ont imposé aux citoyens ivoiriens leur volonté et leurs caprices et, depuis lors, règnent par la force de leurs fusils. Tout est dit, tout est révélé dans le livre de M. Soro Guillaume. Il y a donc de quoi être inquiet que, avec ce «pavé dans la marre», M. Soro Guillaume affirme ne pas être « inquiet » et que sa conscience ne le gronde pas, alors qu’il a lui-même fourni des preuves de sa culpabilité, alors qu’il a lui-même affirmé au cours de ce même entretien : « En 2002, il y a eu des tueries ». Ces « tueries » sans doute compteront pour beaucoup dans la balance de la CPI, si celle-ci se veut véritablement une organisation crédible et de justice.

Dans ce même entretien exclusif, M. Soro Guillaume a aussi affirmé ceci : « on ne peut pas être un dirigeant politique sans nuire quelques fois. Celui qui dit qu’il a été dirigeant politique et qu’il n’a jamais nui, il ment ! ». Non, Monsieur Soro ! C’est perfide de dire cela. Car, sur cette terre, des hommes et des femmes ont été ou sont des modèles de vie. Nous avons, par exemple, des gens comme Mandela, Gandhi, Lionel Jospin, entre autres, qui ont été de très grands dirigeants politiques : ils ont œuvré en permanence et de toutes leurs énergies pour la justice, la liberté, les droits humains ; ils n’ont nui à personne, du moins à ce que je sache ; ils nous ont appris la dignité pour agir de telle sorte à ne pas avoir honte de nos actes ; ils nous ont instruit que la plus grande force dont puisse disposer et jouir l’humanité est la non-violence qui nous éloigne de la bestialité et qui est, certes, plus puissante que les armes, fussent celles-ci de destruction massive. A l’inverse, ceux des dirigeants politiques qui ont cultivé la nuisance et la violence ont chèrement payé, tôt ou tard, leurs vices et crimes. Ils ne se doutaient pas, comme Joseph Savimbi et autres rebelles, de porter, inéluctablement et avec insouciance, le vêtement de la mort. Cela, le saviez-vous avant de prendre la direction de la rébellion et l’avez-vous aujourd’hui compris, M. le Premier ministre ?

Dans ce même entretien exclusif, M. Soro Guillaume, sur l’arrestation et le transfert de Laurent Gbagbo à La Haye, a affirmé : « l’ancien président, Laurent Gbagbo a été traité avec dignité et transféré à la CPI, là où il aura un procès juste et équitable ». Que M. Soro Guillaume nous permette de lui offrir à méditer cette toute petite phrase de Marivaux, extraite de son livre « L’Île des esclaves » écrit en 1725 : « Eh bien ! Iphicrate, on va te faire esclave à ton tour ; on te dira aussi que cela est juste ; et nous verrons ce que tu penseras de cette justice… Quand tu auras souffert, tu sauras mieux ce qu’il est permis de faire souffrir aux autres… ». Sans commentaire !

Pour terminer, je voudrais m’arrêter sur la question de l’amnistie qu’il a évoquée. Dans ce même entretien exclusif, M. Soro Guillaume a affirmé : « C’est vrai que, en 2002, il y a eu des tueries, avec une rébellion, mais on a eu une loi d’amnistie et un accord politique qui a absout les faits ». Ceci signifie, en d’autres termes, que les rebelles ont été, selon M. Soro Guillaume, acquittés ou innocentés et que leurs crimes sont pardonnés et effacés. Ceci est faux ! Archi-faux ! Non, M. le Premier ministre ! L’amnistie (du grec ancien amnêstia = pardon, oubli) signifie qu’un individu est, d’abord et avant tout, reconnu coupable, et qu’il est puni ou punissable, et que par la suite, le pouvoir en place, aux fins d'apaisement social ou pour des considérations d'ordre politique ou social, intervient pour arrêter les poursuites contre cet individu, voire pour annuler sa condamnation.

Autrement dit, l’amnistie suppose comme préalable la reconnaissance de la culpabilité d’un individu pour délinquance, crime ou autre forfait de sang ou de viol, destructions des biens du pays, etc. Mais, l’amnistie n’efface pas le crime, ne gomme pas de la mémoire des gens le crime commis. Entendons-nous bien ! Avec l’amnistie, c’est seule la condamnation qui disparaît. L’amnistie ne blanchit pas un criminel, ne change pas l’image que la société a de l’amnistié. Ne nous faisons pas d’illusion !

Par ailleurs, l’amnistie, en tant décision de l’autorité ou loi spéciale d’un état donné n’est pas opposable à la Cour Pénale Internationale. Il faut aussi savoir qu’un crime, dès lors qu’il relève de la compétence de la Cour Pénale internationale devient imprescriptible, c’est-à-dire que, quel que soit le temps écoulé, on peut poursuivre le criminel.

C’est d’ailleurs pourquoi M. Maurice Papon, homme politique et haut-fonctionnaire français, a été condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l'humanité pour des actes commis lorsqu'il était secrétaire général de la préfecture de Gironde entre 1942 et 1944, sous l'occupation allemande. Cette affaire judiciaire a commencé en 1981, après que Maurice Papon a été ministre du budget dans le gouvernement Barre. Préfet de police en mars 1958, Maurice Papon a également été impliqué dans la répression sanglante de la manifestation du 17 octobre 1961 organisée par le FLN, et dans celle du 8 février 1962, organisée pour protester contre l'OAS, connue sous le nom de « l'affaire de la station de métro Charonne ».

Enfin, il faut noter que l’amnistie n’entraîne pas automatiquement le pardon, ni la réconciliation.

Ainsi donc, même si, en 2007, M. Soro a demandé publiquement pardon à la nation ivoirienne pour tous les torts qui ont été causés par son fait ou par le fait d’autres personnes sous sa conduite « éclairée », les Ivoiriens et les observateurs de la scène politique africaine gardent en mémoire les crimes commis, tels qu’ils sont consignés dans les journaux et les livres d’histoire. Les Ivoiriens attendent que finisse cette longue nuit pour que vienne enfin le jour où la vérité éclatera.

Quoiqu'il m’en coûte, c’est ce que je pense... 

Léandre Sahiri 

mercredi 4 janvier 2012

De la discipline du parti et de l’exclusion

Dans le cadre des campagnes pour les élections législatives du 11 décembre 2011, les Ivoiriens ont pu lire, dans le journal L'intelligent d'Abidjan de ce mercredi 7 décembre 2011, ceci : 
« A Ferké où le Premier ministre Guillaume Soro brigue un poste de député, les clivages politiques ont fait place à l'union autour du fils de la région. En témoigne la présence de presque toutes les forces politiques, y compris le Front populaire ivoirien (FPI), aux côtés du candidat Soro Guillaume à l'ouverture officielle de sa campagne le 3 décembre dernier. De fait, le Secrétaire général de la Fédération FPI de Ferkessédougou, Koné N'Klo Nasser, s'adressant à l'assistance à cette cérémonie de lancement, a tenu à remercier Guillaume Soro d'avoir associé son parti, le FPI, à cette campagne. Pour lui, en répondant à l'appel du candidat Soro, le FPI démontre qu'au-delà des antagonismes et des contradictions nées des idéologies politiques, les filles et fils de cette région sont condamnés à vivre ensemble. Le Secrétaire général FPI de Ferké a rassuré Guillaume Soro de ce que son parti fera tout ce qui est en son pouvoir pour lui accorder le maximum de suffrages. Il a également souhaité que cette campagne soit placée sous le signe de la réconciliation ».

Après avoir lu cette déclaration de M. Koné N'Klo Nasser, je me suis demandé si, au fond, les responsables du FPI étaient préalablement informés de cette mission et si M. Koné N'Klo Nasser a été mandaté par le FPI pour tenir de tels propos et pour apporter un soutien à M. Soro Guillaume, contrairement aux mots d’ordre du boycott préconisé en ces termes par M. Sylvain Miaka Ouréto, le jeudi 8 décembre 2011, au siège du CNRD: « Le FPI a donc décidé de suspendre sa participation au processus électoral, avec pour effet immédiat sa non participation aux élections législatives du 11 décembre prochain. Le FPI ne présente aucun candidat... ».

Si donc M. Koné N'Klo Nasser n’a pas été mandaté par le FPI, il n’a donc pas respecté le mot d’ordre, ni observé la discipline, ni suivi la ligne du parti.

L'expression « suivre la ligne du parti » est un élément historique de la Chambre des communes britannique. Cette expression est employée généralement dans le contexte de systèmes parlementaires de style britannique, comme ceux du Canada et du Québec et fait référence à l'obligation qu'ont les membres d'un parti de respecter la discipline de parti. Celle-ci, notamment la discipline de parti, ou la ligne du parti, en ce qui concerne un mouvement social ou un parti politique, désigne la règle morale ou ligne de conduite officielle à suivre par les militants de cette organisation, sur la base idéologique spécifique à cette organisation, ou dans le cadre de ses prises de position face à certains événements.

C’est au nom de la discipline de parti que, au Front National, M. Christian Bouchet, soutien de Marine Le Pen, a été démis de ses fonctions de secrétaire départemental adjoint de Loire-Atlantique et que Yvan Benedetti et Thierry Maillard entre autres ont été convoqué en commission de discipline le 16 juin.

C’est au nom de la discipline de parti que, en Afrique du Sud, Julius Malema, président de la Ligue des jeunes, a été auditionné en novembre dernier, par un comité de discipline de son parti, l’ANC, au motif d’avoir « semé la discorde dans les rangs du parti ».

C’est au nom de la discipline de parti que, en Algérie, M. Negazi Belkacem, maire de Boukhara, avait été exclu de son parti, le Parti des travailleurs (PT) pour avoir « enfreint le code de discipline ».

C’est également au nom de la discipline de parti que, en France, le Parti Socialiste avait prononcé l’exclusion de Bernard Kouchner : son entrée dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy avait été présentée comme une « trahison » et « une violation manifeste et faisant fi des statuts et des règles du PS ». Toujours au PS, le Conseil fédéral du Puy-de-Dôme avait voté une résolution demandant l'exclusion de l'ancien ministre Michel Charasse et du président du Conseil général Jean-Yves Gouttebel, etc. De telles sanctions ou dispositions visent à instruire les uns et les autres qu’il ne faut pas s’engager au hasard, et qu’il faut exécuter et respecter les engagements qu’on a pris et les lois qu’on a faites.

Eu égard à ces définitions et ces cas de figure, il faut, par une annonce officielle, démissionner ou exclure M. Koné N'Klo Nasser, d'office, du parti, ainsi que d'autres « militants » de la même espèce, pour servir d’exemple fort et assainir le militantisme dans notre pays et ailleurs en Afrique. Ou bien M. Koné N'Klo Nasser s'est trompé de parti ou bien il a jeté le masque. Quoiqu’'il en soit, M. Koné N'Klo Nasser doit arrêter de raconter n'importe quoi au nom du parti. Et, libre à lui d'aller militer au RDR, si telle est son aspiration profonde et au nom de la liberté d’opinion...

Mais, que M. Koné N'Klo Nasser sache qu’il est bien souvent déplorable, voire fatal, de prendre le raccourci de se soumettre ou de s’aliéner au régime au pouvoir pour « manger aussi ». On perd ainsi sa dignité et le respect des autres. Et, en ces temps où les hommes sont trop sollicités pour se haïr et se trahir les uns les autres, la seule valeur qui élève l’homme, c’est de savoir, coûte que coûte, ou malgré ce qu'il nous en coûte, garder toute sa dignité.

Que M. Koné N'Klo Nasser sache également que ceux qui se servent des autres savent, comme nous, qu'il est déraisonné de faire confiance à quelqu’un qui n’est pas en possession de sa propre dignité et qui règle sa conduite sur ses nécessités immédiates et ses intérêts du moment. Un tel individu est une bête humaine qui est indigne de confiance, mais digne de mépris. Un tel individu va vers l'avenir comme un aveugle qui marche sans bâton ou un marin sans boussole. C’est pourquoi, après sa bonne et basse besogne, il est généralement délaissé, purement et simplement délaissé, à moins que l’on n’envisage de le commettre à d’autres forfaitures. Quoiqu'il m’en coûte, c’est ce que je pense... 

Léandre Sahiri

lundi 2 janvier 2012

Edito du 15 décembre 2011

En famille ou seul, chez vous ou loin de votre domicile, passez de bonnes fêtes de fin d’année et sachez que l’essentiel, c’est d’être toujours et encore là, bien en vie, au moment où cette année 2011 meurt avec ses heurs de toutes sortes et que naît la nouvelle année, porteuse de nouvelles idées et de nouvelles perspectives, de nouvelles résolutions…. 

En fait de résolutions, Le Filament continuera de suivre la ligne de la liberté et de l’indépendance que nous avons, choisi à dessein pour pouvoir contribuer, efficacement et rationnellement, au débat démocratique et citoyen, et s’améliorera davantage durant les prochains mois, avec vos contributions et vos soutiens, ainsi que par vos critiques, vos suggestions, vos propositions. 

Dans les nombreux messages reçus, certaines personnes nous ont reproché le volume de notre journal. Ces personnes nous disent : « 60 pages, c’est trop ! ». Vu le nombre impressionnant de textes que nous recevons à publier, notre tendance est plutôt d’augmenter le volume de votre journal. D’ailleurs, jetons un regard sur le tirage de quelques journaux de référence, auxquels nous nous assimilons plus ou moins : l’hebdomadaire Courrier International 64 pages A3 ; l’hebdomadaire Jeune Afrique = 96 pages A4 ; le quotidien gratuit anglais Metro = 64 pages A3 ; l’hebdomadaire de la diaspora sud-africaine The South African = 38 pages A3, etc. On peut de dire le volume de notre journal (une soixantaine de pages) n’est pas excessif, surtout que Le Filament est un mensuel et donc nous disposons d’au moins trente jours de 24 heures pour le lire. Votre navigateur ne gère peut-être pas l'affichage de cette image. 

De nouveaux lecteurs nous ont rejoints, de partout, sur les cinq continents. De nouvelles rubriques ont vu le jour, notamment « Le Bloc-Notes » de Yehni Djidji, « Franc-Parler » du doyen Thomas Oholli Niamké, « A dire vrai » de Serge-Nicolas Nzi, « Sanctuaire » de Macaire Etty, « Réflexions » de Joseph Marat, etc. De nombreux textes à publier sont au frigo. Des soutiens nous ont été apportés. Des suggestions nous ont été faites. C’est l’occasion de vous en remercier une fois de plus et de vous féliciter de tous les efforts que vous faites pour nous aider volontiers à réaliser, à améliorer et à diffuser «Le Filament». 

Sachez qu’il est désormais possible de passer vos publicités et annonces dans « Le Filament ». Continuez à faire connaître et à faire lire à vos amis, à vos parents, à vos connaissances, à vos collègues…, sans oublier les jeunes de chez nous et d’ailleurs. Bonne lecture. Portez-vous bien et à très bientôt. 

Léandre Sahiri, Directeur de Publication.

mardi 13 décembre 2011

Bravo les Ivoiriens !


Ivoiriens, Ivoiriennes
Unis comme les cinq doigts de la main
Nous avons
Aux manœuvres frauduleuses, opposé
La loyauté ;
 
Nous avons
A la ruée des excès et des barbaries, objecté
Les vertus de la non-violence ;
 
Nous avons
A la servitude volontaire, préféré
La liberté ;
 
Nous avons
Aux promesses mirobolantes et lénifiantes, préféré
Le sursaut national ;
 
Nous avons
A la victoire par les armes, préféré
La victoire par les urnes.
 
Nous avons,
Sans ambages, rejeté
Les « solutions » et les violations ;
 
Nous avons,
Avec courage, résisté
Aux assauts des violences et des mensonges.
 
Nous avons,
Avec détermination, confirmé
Notre rejet du plat réchauffé du Code noir ;
 
Nous avons,
Avec fermeté, repoussé
La re-colonisation de notre pays et de l’Afrique ;
 
Nous avons,
Avec bon sens, refusé
D’offrir aux tortionnaires la corde pour nous pendre ;
 
Nous avons,
Avec clairvoyance, réaffirmé
Et notre espoir et notre foi
En la démocratie et aux principes éternels dont elle se nourrit ;
 
Nous avons,
Aux yeux du monde entier, proclamé
Notre grandeur et notre souveraineté.
 
Hommage à nous tous et à nous toutes !
 
Un jour, la vérité finira par triompher
Et ce jour-là
Il fera jour.
 
Léandre Sahiri

Le ridicule

Si le ridicule tuait
Il nous aurait déjà débarrassé
De tous ces messieurs et dames qui
Parmi nous
N’ayant pas assez de force, ni assez d’esprit
Pour éviter le ridicule
Brassent et bravent en face
A tous instants
Le ridicule.
 
Si le ridicule tuait
Il aurait déjà rempli
Nos cimetières
De tous ces messieurs et dames qui
Parmi nous
Par leurs pitreries et singeries
Chaque jour
Nous choquent et nous révoltent
A l’impossible.
 
Mais le ridicule hélas !
Ne tue pas
Du moins chez nous.
 
Léandre Sahiri

Absurdités

Notre vie est pleine,
D’absurdités pleine
Des absurdités sans nul doute absurdes
Que chacun
Sans la moindre conscience
Se plaît absurdement
De jour comme de nuit
A tourner absurdement en spectacles
Comme il lui plaît.
 
Notre vie est pleine,
D’absurdités pleine
Des absurdités si absurdes
Que nos actes et nos paroles
Absurdement ont
L’effronterie de ne pas nous paraître
Absurdes.
 
Léandre Sahiri

lundi 5 décembre 2011

Au tableau d'honneur : Paps Touré

Un photographe atypique, qui se projette différemment dans l’existence

Paps Touré est photographe. Mais ce n’est pas le photographe qui fait des photos commerciales ou de pub et qui les retouche avec Photoshop. Non ! Lui, c’est le photographe qui capture la rue, par exemple les sans-abris et leurs chiens, pour, dit-il, « figer le temps, conserver des souvenirs, dérober les instants et révéler les émotions profondes de notre société ». 

Ses photographies parlent d’elles-mêmes, racontent mille et une choses, non pas en mots, mais en images, du moins en "photos de rue", celles qui détroussent les bien-pensants, présentent autrement la vie, les « faits divers » et les êtres dans notre société : «je ne sors plus sans mon appareil. J’aime capturer des instants de vie. J’aime aussi montrer la misère sans la rendre misérable. J’essaie de l’embellir. Les SDF sont devenus des “meubles urbains”. Personne ne fait attention à eux. Je veux que les gens se rendent compte qu’ils existent ».

Paps Touré connaît par cœur les rues du quartier de Danube, du 19ème  arrondissement de Paris où il a passé toute sa jeunesse, dans une famille ivoirienne. Son champ d’activité favori, c’est, préférentiellement, la rue qu’il parcourt à vélo ou à pied, seul ou accompagné de ses 2 chiens,  gardant toujours son humour et son sourire en coin, son franc-parler quasi légendaire et son style sobre et discret. La rue. Parce que pour Paps, la rue : « c’est plus qu’une école de la vie, c’est une 2ème maman, c’est un refuge, c’est une source d’inspiration intarissable». 
Ainsi, c’est dans les rues qu’il puise la substance de ses réflexions burlesques, les interrogations philosophiques et les provocations subtiles qu’il matérialise et pérennise en photographies, disponibles sur son Facebook et en vente. Votre navigateur ne gère peut-être pas l'affichage de cette image. 

En 2010, Paps Touré  a donné une autre dimension de lui-même.
En effet, fort d’un constat simple : la nourriture servie par le Samu Social, à qui il a pris l’habitude de prêter main forte, lui, il ne la mangerait pas, Paps Touré a fondé une association à but non lucratif, dénommée « 2-OR ». Cette association prend et considère l’homme et la femme à l’échelle humaine. Elle associe la qualité à la quantité des repas servis. Elle offre aux personnes sans domiciles fixes des mets cuisinés maison par des bénévoles.  Elle organise régulièrement des maraudes pour distribuer nourriture, sourires, temps et vêtements. « 2-OR » réunit des fonds par différents biais : dotations des membres, organisation d’événements culturels, vente de photos de Paps Touré dont une partie des bénéfices est reversée directement à l’association.
Comme vous voyez, Paps Touré mérite de figurer au tableau d’honneur parce que, de par la qualité et l’originalité de son travail, il donne au genre photographique ses lettres de noblesse. De plus, il y a  son engagement social…

Léandre Sahiri


http://www.papstoure-photographe.com/index.html

Paru dans Le Filament N°16

lundi 21 novembre 2011

s’inspirer du « siecle des lumieres »

Je vous invite à effectuer ensemble un voyage dans le passé, dans l’histoire de l’humanité pour visiter ou revisiter une époque qui, de toutes celles ayant précédé la troisième millénaire, pourrait inspirer, restaurer, revivifier notre existence. Il s’agit du dix-huitième siècle. Parce que ce siècle fut, une période d’idées nouvelles, de fermentation intellectuelle et sociale qui prépara la Révolution française de 1789. Parce que ce siècle incarna l’idée de progrès, c’est à dire de « mouvement en avant » (Littré), grâce aux « lumières » par lesquelles l’on entendait éclairer le monde entier. En conséquence ; le dix-huitième siècle fut appelé « siècle des lumières ».
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Condorcet précise qu’il s’agit de « lumières de la raison qui, brillent désormais pour permettre aux hommes de réaliser une avancée considérable dans tous les domaines de l’activité humaine »1. Kant spécifie que «les lumières sont la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable. L’état de tutelle est l’incapacité à se servir de son entendement sans la conduite d’un autre ». Il résume en ces termes la devise des lumières : « Aie le courage de te servir de ton propre entendement »
Employé au pluriel, le mot « lumière » signifie : intelligence, savoir, capacité intellectuelle. Les lumières sont caractérisés par l’usage de la raison et par le fait pour un individu de penser de manière autonome. Et le 18ème siècle est caractérisé par l’épanouissement de ces qualités.
La philosophie des lumières commande de remettre en cause la tradition souvent source d’immobilisme, de faire fi des idées reçues et des arguments d’autorité de combattre les préjugés et les superstitions qui demeurent des obstacles à tout changement, d’avoir une haute estime de la liberté et la capacité de trouver des solutions rationnelles à toutes les questions, d’avoir foi sans faille dans le progrès.
Fontenelle, Bayle, voltaire, Diderot, Buffon, Montesquieu, Rousseau, Prévost, Bernardin de Saint-Pierre, Laclos, Sade, Marivaux, Beaumarchais, entre autres, sont les écrivains de cette époque. Ils étaient appelés « philosophes », parce qu’ils réfléchissaient sur l’homme, la société, les gouvernements et les lois, les mœurs, et donnent les résultats dans des discours, traités, articles, lettres, poèmes, contes, etc. Pour eux, toute œuvre littéraire n’était plus seulement un art, mais elle devait être désormais tournée vers la réflexion et la compréhension de la vie et demeurer surtout une arme de combat au service de la vérité et de la justice.
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Dans cette optique, les philosophes se sont donnés pour tâche de ‘’préconiser la raison qui fait que les choses sont ainsi plutôt que d’une autre façon’’. Ils se sont également donnés pour tâche d’éveiller l’esprit critique et la croissance de concitoyens, de développer l’enthousiasme de ceux-ci pour les sciences d’utiliser la raison pour combattre les superstitions, les croyances traditionnelles, les idées préconçues, de rechercher les voies du bonheur de l’homme sur terre.
Les écrits de ces philosophes dont certains sont célèbres, et d’autres peu connus, demeurent à l’origine des idéaux et des valeurs qui servent de fondement à toutes les institutions républicaines, à la démocratie, et qui finalement modèlent, régulent notre vie quotidienne actuelle.
En effet, les philosophes des lumières ont affirmé les droits de l’individu à travers une nouvelle formulation du droit naturel et des droits de l’homme. De là, s’en sont suivies les théories du « Contrat social », de la « souveraineté du peuple », de la « séparation des pouvoirs » (ou répartition démocratique des pouvoirs), ainsi que de l’idéal politique fondé sur le principe du gouvernement démocratique. C’est de cet idéal politique, qui fit son chemin tout au long du dix-huitième siècle, notamment sous l’influence de l’œuvre du philosophe anglais John Locke et des encyclopédistes, pour enfin aboutir à Révolution française de 1789, qu’est issue la Déclaration des Droits de l’homme dont découle la « Déclaration universelle » proclamée par l’O.N.U en 1948 et dont se sont inspirés la plupart des Constitutions du monde.

Par ailleurs, ce serait inadéquat de ne pas reconnaître que la « Déclaration des Droits de l’homme » a donné une place privilégiée à l’instruction publique, plaçant l’ignorance2 en tête des « causes des malheurs publics », en posant, au fond, la question de l’instruction, donc de l’école à laquelle beaucoup de grands noms du siècle des lumières se retrouvent attachés : Condorcet, Mirabeau, Talleyrand, Daunou, Robespierre, Lakanal, et bien entendu Danton qui affirma : « Après le pain, l’éducation est le premier du peuple ». Ce qui signifie que l’éducation et primordiale, sans doute parce qu’elle conditionne non seulement l’individu, mais aussi et surtout le fonctionnement de la société.
Dans tous les pays du monde, l’école d’aujourd’hui, notamment l’ensemble des systèmes et des contenus de l’enseignement du primaire au supérieur est redevable de nombre d’entre ces philosophes pour autant qu’elle est liée, dans son principe même, à la naissance de la république et aux valeurs de progrès, d’égalité et de liberté.
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En France, c’est au siècle des lumières qu’a été mis en place le premier système d’enseignement secondaire public et que de nombreuses et prestigieuses institutions ont vu le jour : le Muséum d’histoire naturelle, l’Ecole centrale de travaux publics (devenues Ecole polytechnique), l’Ecole Normale Supérieure, les premiers cours de Langues orientales (qui donnèrent naissance à l’Institut des Langues orientales), etc.
Conscients du rôle des sciences, comme fer de lance du progrès, les philosophes des lumières ont systématiquement utilisé les mathématiques et les méthodes d’observation des sciences : la méthode expérimentale, découverte depuis longtemps, remise au goût de l’époque, devint le critère essentiel de toute pensée juste. C’est l’époque où prirent leur essor la chimie, les sciences naturelles et la psychologie.
Tandis que le philosophe traditionnel est un spécialiste de la théorie et de l’abstraction, le philosophe du dix-huitième siècle est, d’abord, un homme pratique et soucieux de la réalité quotidienne, guidé par trois principes essentiels :
1° « être utile » : Il faut être utile en exerçant des activités qui contribuent au maintien et au progrès de la civilisation : littérature, économie, politique, agriculture, commerce… ;
2° « être sociable » : Il faut être sociable en vivant dans la cité des hommes et non dans la solitude, en adoptant la vie mondaine, la conversation et l’écriture comme moyen d’action pour influencer l’opinion. Les philosophes ne fréquentent plus guère la cour, mais de nouveaux foyers de vie intellectuelle où ils se sentent plus libres et ont d’influence : des clubs comme le club de l’entre sol ; des cafés publics ou privés ; des salons, comme la salon de la duchesse du Maine à Sceaux, le salon de la marquise de Lambert, le salon de Mme de Tencin, premier salon « philosophiques », où l’on encourageait les propos brillants ou piquants et où l’on discutait des idées nouvelles ;
3° « être cosmopolite » : Il faut aller outre les frontières qui sont des tracés artificiels, constituer, par-dessus les pays, uns sorte d’« internationale des esprits » (Delille). Le cosmopolitisme aide à conduire les idées, les réflexions et les enquêtes sur les systèmes politiques, sociaux, économiques des autres pays et implique également des voyages ou des séjours à l’étranger.
Les philosophes avaient des opinions variées, mais ils étaient d’accord sur les objectifs de combat commun :
- Combat pour le respect de la personne humaine : l’être humain a droit à être reconnu au-delà des frontières superficielles de pays et de race ; droit de s’exprimer librement, droit à la tolérance…
- Combat contre toute action inutile et destructrice du genre humain, en particulier la guerre et la torture qui constituent des actes de barbarie, parce que c’est un défi à la raison, et donc une négation de la civilité, du moins du savoir vivre.
Sous l’égide de la raison qui inspire l’esprit critique, les philosophes étendent leur droit de regard et leurs analyses désormais à tous les domaines ou sur tous les plans, notamment politique, social, religieux.

Au plan politique, les philosophes hostiles au respect inconditionnel de la tradition, s’interrogent sur les fondements de la monarchie ou de l’absolutisme royal et sur sa légitimité : d’où le roi tient-il son pouvoir ? Ce pouvoir est-il justifié, mérité ? Le roi lui-même est-il responsable et crédible ?
Répondant à ces questions, les philosophes condamnent l’absolutisme appuyé sur ‘’le droit divin’’, parce qu’il est le refus d’une explication rationnelle de l’autorité, parce qu’il « consiste en un pouvoir qui n’est pas partagé et réside tout entier dans la personne du roi »3. En montrant que la notion d’autorité n’est pas naturelle et qu’en gros, l’homme n’a pas reçu de la nature le droit de commander », Diderot assimile le pouvoir royal ou la royauté à une « usurpation » : Ce pouvoir ne provient pas d’un accord entre gouvernant et gouvernés ; se maintient grâce à un rapport de force générateur de troubles et de déséquilibre : c’est « la loi du plus fort ».
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Au plan social, les philosophes dénoncent la guerre comme « fruit de la dépravation des hommes », basée sur le souci personnel des gouvernants d’accéder au pouvoir, d’accroître leur autorité, d’«étendre les bornes de leurs Etats », etc. L’utilisation qu’ils font de la guerre à des fins de conquête personnelle entraîne la mort inutile de milliers d’êtres humains. La guerre cause aussi la ruine du pays. Le rôle des souverains est donc présenté comme dévié : au lieu de bâtir, ils détruisent ; au lieu de contribuer au bonheur des peuples, ils les sacrifient à leurs « caprices ».
Les philosophes mettent en évidence inégalités sociales, reposant en général sur la possession de privilège : ceux de la naissance, et de l’argent.
Toujours, au plan social, les philosophes s’interrogent aussi sur les raisons et les origines des disparités sociales4, et appellent à la prise de conscience des inégalités et des injustices, des abus : ils mettent en exergue les privilèges de la naissance et de l’argent donnant à ceux qui les possèdent la possibilité de dominer les autres et de les exploits. Les philosophes dénoncent l’esclavage et la torture, mettent en cause le système judiciaire en stigmatisant l’institutionnalisation de l’arbitraire, en particulier, les relations entre l’argent et la justice, en condamnant la vénalité des charges5, en soulignant les incompétences de juges, leurs comportements intéressés, leur partialité… On peut citer les cas de Sirven et de Calas, protestants injustement condamnés, et du jeune chevalier de la Barre, exécuté pour avoir chanté des chansons impies sur le passage d’une procession. La réhabilitation de Sirven et Calas, la suppression de la tortue juste avant la Révolution, l’abolition de l’esclavage en 1794 montrent que le combat mené par les philosophes ne fut pas inutile.

En 1715, au début du siècle, les nobles représentaient à peine un demi million sur 24 millions d’habitants, mais ils possédaient pratiquement tout ; le simple fait d’être issu d’une famille aristocratique confiait d’innombrables avantages : pouvoir, places, richesse, respectabilité. Parmi ces privilégiés, il faut compter également les riches bourgeois remarquables par leurs comportements hautains et insolents et que l’argent mettait à l’abri des soucis. Alors que, beaucoup plus nombreux étaient les représentants des classes besogneuses que l’absence totale de protection sociale et les innombrables problèmes financiers faisaient vivre dans la hantise de la maladie, de l’accident, de la mort. Leur vie était entièrement consacrée au labeur, sans loisirs, sans repos, souvent dans des conditions inhumaines. Sur le plan professionnel, l’absence d’organisations syndicales laissait les artisans, les ouvriers, les paysans sans défense. Le combat des philosophes a permis les droits et acquis sociaux dont nous jouissons de nos jours.

Au plan de la religion, pour comprendre les raisons et les formes de la critique de la religion au dix-huitième siècle, il convient de préciser les points suivants :
1) la religion était étroitement liée au pouvoir et à la vie sociale : le roi (monarque du droit divin) tient son pouvoir de Dieu ; le catholicisme est la religion d’Etat ; toute croyance qui suit pas les dogmes, c’est-à-dire les enseignements du catholicisme est assimilée à l’hérésie6
2) Le jansénisme, doctrine religieuse considérée comme une déviation du catholicisme traditionnel était condamnée. Par exemple, la condamnation des jansénistes par le pape, en 1713, apparut comme une brutale manifestation de l’intolérance.
3) Les jésuites luttaient contre l’«Encyclopédie»7, Dictionnaire général de connaissances humaines renfermant l’ensemble des idées nouvelles et contribuant à l’esprit critique ou révolutionnaire en combattant toute forme d’intolérance et de superstition, en remettant en question toutes les vérités jusque-là admises, singulièrement dans les domaines politique et religieux. 

On comprend, dans ces conditions, pourquoi les philosophes ont orienté leurs démarches critiques dans le sens d’une dénonciation de l’intolérance religieuse et ont considéré que l’ennemi le plus dangereux et le plus détestable, c’est le fanatisme, en ce sens que le fanatique, par suite d’une confiance aveugle dans ses propres croyances, prétend faire adopter, par tous les moyens, ses convictions particulières à l’ensemble de la communauté. Le fanatisme, voltaire l’appelle « le monstre » ou « l’infâme », parce qu’il n’engendre que crimes inutiles et violences insensées, discrimination, exclusion, exécution, etc.
Au fanatisme et à l’intolérance religieuse, s’oppose la tolérance. En fait, la tolérance consiste à respecter l’opinion d’autrui et lui laisser la liberté d’exprimer son opinion, même si on ne la partage pas.
Au total, le dix-huitième siècle est le siècle de la réflexion philosophique ; réflexion conçue pour l’éveil de l’esprit critique et le libre exercice de la raison pour sortir de la nuit noire de l’ignorance, de l’irresponsabilité, de l’inconscience.
Les mots et les livres des écrivains de cette époque ont sans doute vieilli. Mais, les pensées demeurent toujours actuelles, ne serait-ce que par l’appel lucide à la réflexion et à l’action ; par la mobilisation constante des forces vives contre les abus, les injustices, l’arbitraire, les restrictions des libertés et toutes autres puissances du mal.
C’est en tout cela que ce siècle mérite de retenir notre attention et qu’il s’avère nécessaire de lire ou relire les livres de cette époque. C’est ce que je pense.
Léandre Sahiri

lundi 7 novembre 2011

De l'exemple du peuple roumain

Le 24 décembre 1989, le président roumain, Nicolae Ceausescu, debout sur le balcon de son palais, à Bucarest, haranguait la foule conviée à participer, une fois de plus, sur la place de l’Université, à le célébrer : une gigantesque manifestation de soutien et de louanges.
Moins de 24 heures plus tard, suite à un soulèvement populaire pour mettre un terme à son régime tyrannique et pour en finir avec l’insécurité, la terreur et l’injustice, aggravées par des conditions économiques et sociales désastreuses, Nicolae Ceausescu a été chassé du pouvoir, et un nouveau gouvernement a été immédiatement mis en place.

Il faut souligner que, au cours de ce soulèvement, du 16 au 25 décembre 1989, on a vu les forces armées se joindre aux manifestants et fraterniser spontanément : le chef de la Securitate (c-à-dire : les services de police politique secrète) a demandé à ses hommes de ne pas tirer sur les manifestants. Face à cette situation plus ou moins confuse, Ceausescu et sa femme Elena Petrescu ont tenté de s’enfuir en hélicoptère.

En effet, les époux Ceausescu ont rejoint un hélicoptère sur le toit de leur résidence pour s'enfuir avec deux conseillers et trois hommes d'équipage dans le but de rejoindre un de leurs palais privés de province et reconstituer les forces encore fidèles à son régime. Les manifestants se sont attaqués ensuite à la chaîne de télévision publique devenue un media de propagande et de désinformation et, aux environs de 13 heures, ils sont parvenus à en prendre le contrôle.
Le 25 décembre 1989, à la suite d'un procès expéditif de 55 minutes, rendu par un tribunal auto-proclamé, réuni en secret dans une école de Targoviste, à 50 km de Bucarest, Nicolae Ceausescu et Elena Petrescu, ont été condamnés à mort et aussitôt fusillés dans la base militaire de Targoviste, payant ainsi au peuple roumain la facture de tant de crimes et de tant de mal qu’ils lui ont fait.
Le soir même, les images des corps exécutés du couple Ceausescu ont été diffusées à la télévision, en Roumanie et dans le monde entier. Leurs cadavres ont été enterrés dans le cimetière civil de Ghencea, à Bucarest, dans une tombe sans nom.
Il faut ici signaler et souligner la détermination et les actes de bravoure de la population roumaine dont la manifestation, diffusée en direct à la télévision, se transforma, le 21 décembre 1989, en une démonstration massive de protestation, les mains nues, contre le régime de Ceausescu.

Il faut aussi rendre hommage à la diaspora roumaine, dont le rôle a été déterminant, en particulier les intellectuels roumains en exil en France et en Angleterre, qui se sont mobilisés, organisés, pour recueillir des fonds et diffuser largement des analyses critiques, des informations même confidentielles, prenant ainsi une grande part à l’éveil des consciences du peuple roumain pour une participation active, individuelle et collective, dans la chute de Ceausescu.

Il faut aussi rendre un hommage mérité à certains citoyens roumains, dont entre autres, le lieutenant-général Ion Mihai Pacepa, vétéran de la Securitate (les services de police politique secrète). En 1978, le lieutenant-général Pacepa fit défection et se réfugia aux États-Unis, portant un coup sévère au régime, contraignant Ceausescu à revoir toute l'« architecture » de la Securitate. Le lieutenant-général Pacepa a énormément contribué à la prise de conscience des Roumains, en ce qui concerne la nature et les exactions du régime de Ceausescu, et ce, grâce à la publication courageuse et à la large diffusion de son livre « Red Horizons : Chronicles of a Communist Spy Chief ».
Dans ce livre, le lieutenant-général Pacepa a révélé divers détails sur le régime de Ceausescu, tels ses abus de pouvoir, sa collaboration avec des terroristes, ses entreprises d'espionnage industriel aux États-Unis, ses tractations pour obtenir le soutien des pays occidentaux et pérenniser son règne, ses efforts constants et élaborés pour faire croire que tout va bien alors que la population roumaine souffre énormément, etc.
Suite à la chute de ce tyran, Nicolae Ceausescu, la Roumanie est rentrée dans l’ère démocratique, avec en 1990, la victoire de M. Ion Iliescu à la première élection présidentielle libre et véritablement démocratique du pays.

Ce qui s’est passé en Roumanie n’est certes pas un fait nouveau dans l’Histoire des Hommes. Ce n’est pas, non plus, l’apanage des pays de l’Est, même si, à une certaine époque, la Pologne, la Bulgarie, la Tchécoslovaquie, entre autres, ont occupé les premiers paliers de l’actualité politique en la matière. En effet, en Asie, en Amérique, en Afrique aussi, on a déjà connu des chutes non moins spectaculaires de dictateurs, de tyrans et d’empereurs dont Nimeiry, Bokassa, Bourguiba, Marcos, Duvalier, Mao, Noriega, Moussa Traoré, Idi Amin Dada, pour ne citer que ceux-là.

De tous ces faits et de la révolution roumaine, on retiendra que, pour se libérer, l’on n’a pas, forcément, besoin de bombes, ni de tanks, ni de blindés, ni d’artilleries lourdes, ni de coup d’Etat militaire, ni d’aide extérieure, ni d’attendre tranquillement le décès du chef, ni de compter sur des élections dont on sait d’avance l’issue...
Il suffit, nous enseigne le peuple roumain, d’oublier ou du moins de vaincre, un tant soit peu, la peur qui nous lie les membres et l’esprit, pour, avec bravoure, défier le pouvoir jusqu’à son dernier retranchement et à sa fin et tourner, de manière décisive, les pages les plus sordides de son histoire.
C’est la conduite à tenir par toute communauté qui subit un régime véritablement contraire à son essor. C’est la voie idéale pour tout peuple faisant face à un pouvoir tyrannique qui agit contre le droit et la raison, et qui se révèle, comme celui de Ceausescu, injuste, violent, pervers.
En vérité, la révolution roumaine constitue un bon exemple à… suivre. C’est ce que je pense.


Léandre Sahiri

Publié dans le Filament N°15
 

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