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lundi 5 mars 2012

La tête ne sert pas seulement à porter les cheveux, mais aussi et surtout à réfléchir…

Tout le monde le sait, le meeting du Front Populaire Ivoirien (FPI) qui a eu lieu, le samedi 21 janvier 2012, à la place Ficgayo, à Yopougon a été  perturbé et n’a pu aller à son terme. L’interruption brusque est le fait de violentes attaques perpétrées contre les militants du FPI qui entendaient marquer, en fanfare, leur retour dans la vie politique ivoirienne, en tant que leader de l'opposition.
En effet, la fête avait à peine commencé que des jets de pierres mêlés  à des gaz lacrymogènes sont venus perturber le meeting. Selon toute vraisemblance, il s’agissait précisément de gros cailloux lancés par de jeunes militants du RDR, le parti du président Alassane Ouattara, venus intimider ceux qui soutiennent Laurent Gbagbo. Ces agresseurs, des individus se réclamant d’Alassane Ouattara et du Rassemblement des républicains (RDR), sont parvenus à faire fuir la foule, affolée par ces pierres qui s'écrasaient jusque sur le podium.
Cette attaque qui a fait des morts et des blessés soulève une multitude de questions que beaucoup de personnes se posent. C’est pourquoi, comme à mon habitude, je vais me permettre de poser ces questions et dire ce que je pense.
La première interrogation porte sur l’opportunité et le bien-fondé de cette manifestation : sachant que le pays vit dans l’insécurité totale, vu que beaucoup de jeunes ont déjà été tués précédemment dans de telles manifestations, y compris dans le bouclier humain, était-il vraiment nécessaire et utile d’organiser ce meeting ?
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La deuxième interrogation porte sur les conditions d’organisation : étant donné que M. Ahmadou Soumahoro, secrétaire général du RDR, au lendemain du premier meeting du FPI à Koumassi le 4 septembre 2011, avait déclaré publiquement son désir d`empêcher par tous les moyens les meetings de l`opposition qu`il a qualifiés d`insurrectionnels et d`arrogants, étant donné que le RDR reproche au FPI d’avoir refusé de "saisir la main tendue par le pouvoir", étant donné que le ministre de l'Intérieur, M. Hamed Bakayoko n’avait donné son accord pour la tenue de ce meeting que, après plusieurs négociations et tergiversations, avait-on pris toutes les mesures et toutes les dispositions utiles pour parer à toutes éventualités, du moins pour ne pas tomber dans le piège du pouvoir ?
La troisième question concerne le cadre choisi pour ce meeting : Comment, pour une rencontre d’une telle envergure et d’un tel enjeu, s’est-on limité à un espace ouvert à tous les dangers, au lieu d’un stade ou autre terrain clôturé ? La place Ficgayo est un espace grandement ouvert où l’on célèbre généralement des funérailles et des bals populaires ; c’est un espace qui, au contraire d’un stade ou d’une salle de cinéma, n’offre aucune garantie de sécurité. A-t-on eu idée et conscience de livrer les militants et sympathisants du FPI, en bétail, pieds et poings liés, à la hargne et à la folie meurtrière des forcenés du RDR ? S’est-on imaginé un seul instant que le pire aurait pu survenir, comme par exemple l’élimination physique des dirigeants du FPI ? Et là, nous n’aurions eu que nos yeux pour pleurer.   Là -dessus, il faut saluer l’attitude responsable du PDCI qui, cette fois-ci, ne s’est pas allié au RDR dans cette manœuvre diabolique mettant en mal les principes démocratiques et confirmant, une fois de plus, la nature tyrannique du régime d’Alassane Ouattara. Cette attitude de retrait du PDCI montre-t-elle que les dirigeants de ce parti ont compris qu’il est irraisonné et dangereux d’accompagner le diable qui prend le parti de détruire nos propres parents et de brader nos ressources et la terre de nos ancêtres ?  Les dirigeants du PDCI ont-il enfin jeté le voile qui couvrait leurs yeux, en ce qui concerne les motifs et les mobiles  qui sous-tendent leur accointance avec le RDR, dans le cadre du RHDP mis en place par M. Alassane Ouattara pour parvenir à ses fins...
De tout ce qui précède, il ressort que, désormais, nous devons savoir raison garder, dépassionner le débat. Nous devons éviter les positions de courte vue. Nous devons nous comporter en êtres intelligents et pensants.  Nous devons éviter de traiter les militants en « bêtes à visage humain » et les mener à l'abattoir inutilement, je veux dire : pour rien. A quoi a servi et devait servir le meeting de Yopougon, très franchement? A-t-on imaginé ce qu’aurait pu arriver si les militants du FPI étaient déterminés et suffisamment armés  pour la riposte à cette agression?
Dieu nous a  donné  notre tête, pas seulement pour porter les cheveux, mais aussi pour réfléchir. Or, nous utilisons très peu notre tête pour cette deuxième fonction, hélas! C'est le malheur de l'Afrique. Comment organiser un meeting sur un terrain à ciel ouvert alors tout le monde sait qu'il y a l'insécurité? Comment les dirigeants du FPI peuvent-ils nous convaincre qu’on ne pouvait pas se passer de ce meeting? Et qu’avons-nous obtenu de ce meeting, si ce n’est des morts et des familles endeuillées, des handicapés à vie et que sais-je encore. C’est tout simplement malheureux !
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Avant d'accuser le RDR, accusons-nous nous-mêmes d'abord, ayons le courage de faire notre auto-critique et notre mea culpa, reconnaissons nos égarements et dérèglements de cette espèce, lesquels nous ont menés là où nous sommes aujourd'hui, y compris avec des milliers de morts, des leaders en exil et en prison, un régime anti-démocratique, etc.  C'est là  que je suis d'accord avec Mme Danièle Claverie : changeons de manière d'être et de faire la politique.
Quoiqu'il m’en coûte, c’est ce que je pense...

Léandre Sahiri

Paru dans Le Filament N°19

dimanche 4 mars 2012

La politique et le savoir

Il est aujourd’hui triste, très triste, de constater et d’entendre dire, dans les milieux politiques, que le savoir n’est pas important. Les sociétés secrètes deviennent, de plus en plus, la nouvelle donne qui ouvre les portes du pouvoir, du bonheur et de l’existence elle-même. Des aspirants politiques, nés de la dernière lune, refusent, de la manière la plus paradoxale et en public, de reconnaître la place prépondérante qu’occupe ‘le sachant’ dans la vie d’une nation.

Que cache l’attitude de nombreux néo-politiciens qui sont réfractaires au savoir ? Et, en quoi une telle vision représente un danger ?

Qu’est-ce que le savoir ?

Le mot savoir provient du latin ‘sapere’, qui signifie : posséder de la saveur, goûter, connaître. Avec l’évolution du temps, le mot savoir, après avoir transité par une forme figurée, a pris le sens actuel et désigne un ensemble de connaissances ou d'aptitudes reproductibles et transmissibles, acquises par l'étude, l'observation, l'apprentissage et/ou par l'expérience. Le savoir désigne également l’état d’une personne qui, en quelque sorte, est « informée » ou qui a la « tête bien pleine » et la « tête bien faite ».

De même, le savoir se rend plus visible et pratique sous le nom de « savoir-faire », « savoir-vivre », etc. C’est en ce sens qu’on appelle « intellectuel » celui dont le savoir repose sur l'appropriation effective des connaissances ou la création de concepts, en parallèle avec le développement des savoirs des sciences et de la philosophie. Par ailleurs, la notion de «savoir être», utilisée notamment dans le champ de la formation des adultes, renvoie aux attitudes et comportements qu'un sujet met en œuvre pour s'adapter à un milieu.

Le savoir est une ressource indispensable et utile à tout être humain

Le savoir est une ressource de nature immatérielle indispensable à tout être humain et utile pour l'action, la performance, la réussite : « Savoir, c'est pouvoir ! ». C’est en cela que le savoir constitue une valeur ajoutée, en rapport avec l'expérience vécue, l’environnement, les intérêts et les besoins. Cette valeur ajoutée prend l'allure d'un bien et même d'un « bien social et économique », en plus de sa dimension psychologique.

L’acquisition du savoir suppose un processus continu d’apprentissage, d’études, d'assimilation et d'organisation des connaissances par soi-même ou dans les structures et des institutions mises en place par les communautés humaines, telles que la famille, l’école, etc.

Dans ces structures et institutions, l'éducation a pour mission d'aider à l'acquisition et à l'appropriation du savoir, à la socialisation de l’individu ; l'enseignement a pour but de compléter l'acquisition de connaissances et le savoir-faire, pendant que la formation professionnelle est chargée de la transmission des savoirs professionnels. Quant à la pédagogie, elle élabore les conditions de cette transmission.

Selon les époques et les cultures, la conservation du savoir et la transmission des connaissances s'appuient sur la communication orale et l'expression écrite. Des « entrepôts du savoir » sont créés et entretenus comme mémoire collective. Ce sont : les « forêts sacrées », les temples, les sanctuaires, les bibliothèques, les centres de documentation, etc.

Le savoir et la politique

Dans l’ancienne Grèce et chez les Romains par exemple, ne faisait pas de la politique qui voulait.

Certes, l’âge était pour beaucoup dans la sélection des représentants de la nation ; mais, le savoir occupait une place si importante qu’il n’était pas permis à tous les hommes, même d’un âge avancé, de faire de la politique sans un minimum de savoir. Cela veut dire qu’on pouvait être d’un certain âge, respectable, sans toutefois prétendre à un poste politique, si le minimum de connaissances (littéraires, guerrières, historiques, scientifiques et autres) n’était pas acquis.

Cette vision qui demande au dirigeant le minimum de savoir devrait être en vigueur en Afrique et sur d’autres continents du tiers-monde.

Malheureusement, alors que le savoir occupe une place prépondérante pour faire de la politique, beaucoup d’Africains refusent d’apprendre. Ils arguent que l’on n’a pas besoin d’être bardé de connaissances, ni de diplômes, pour diriger une nation ou une grande compagnie, etc. Ainsi, la nouvelle classe des politiques africains regorge de gens qui rejettent systématiquement le savoir ou refusent d’étudier, mais qui ont recours au fétichisme, aux sociétés secrètes et/ou aux armes pour arriver au pouvoir.

En Côte d’Ivoire, avec le canon à la main comme dans un film ‘Western’, Soro Guillaume est devenu Premier Ministre, sans avoir terminé ses études et sans avoir auparavant exercé une quelconque fonction. Ailleurs, Joseph Kabila est devenu le chef d’Etat en utilisant les mêmes méthodes et en s’attachant les amitiés des francs-maçons, des rosicruciens et autres sociétés secrètes qui détruisent l’Afrique pour le compte de l’Occident. Aux Etats-Unis, M. George W. Bush est devenu président de la république avec les connections de son père qui fut, lui-même, président.

Cependant, il est à noter que tous ces parvenus n’ont pas changé leur histoire personnelle, ni celle des nations qu’ils dirigent ou ont dirigée. Entre autres, M. George W. Bush qui, comme on le sait, fut traité pour alcoolisme et pour autre comportement antisocial, fut un piètre président...

Toute personne qui ne respecte pas le savoir et qui contraint les masses à se détourner du savoir, est un ennemi de la liberté individuelle et publique.

Il est temps, vraiment temps que les politiques, et singulièrement les politiques africains, cessent d’endormir les masses. Il faut qu’ils encouragent les jeunes (et même les vieux qui le désirent encore), à aller à l’école, à apprendre, à accéder aux structures indiquées pour l'acquisition et l'appropriation du savoir. C’est en procédant ainsi que les Africains réussiront à réduire et à éradiquer l’ignorance, la misère et les souffrances et sortiront de l’état dans lequel ils sont maintenus depuis des siècles par l’Occident.

Voilà pourquoi nous estimons que M. Alassane Ouattara qui a fermé les universités en Côte d’ivoire est le premier ennemi de notre pays. Avec les armes, les occidentaux et leurs alliés kidnappent, tuent, violent des Africains et exploitent les richesses de l’Afrique sans souci et sans vergogne. Dans ces conditions, pour les Africains qui sont militairement faibles, le savoir constitue la meilleure arme de défense. Formons-nous en ayant en tête l’indépendance de l’Afrique. Sans information, sans formation, sans culture politique, sans échanges, l’Africain sera annihilé par les forces brutales qui ne connaissent ni loi, ni humanisme. Il ne faut pas perdre de vue que les lois des Occidentaux changent selon leurs intérêts du moment et selon la couleur de la personne qui discute avec eux. Retenons cela et formons-nous dans ce sens, si nous tenons à vivre et à nous libérer du joug de l’occident et de certains Africains qui sont les pires ennemis de l’Afrique.

Accéder au savoir pour constituer une force de libération pour l’Afrique

C’est grâce au savoir que l’occident se positionne en norme universelle. Combien de fois n’avons-nous pas été amenés à haïr nos cultures au profit de celles venues du Nord ?...

Il faut que nous nous réveillions. Il faut que chacun de nous joue son rôle. Que chacun, chaque soir, fasse le bilan des pas posés pour libérer l’Afrique. Que chaque africain œuvre à réduire les heurts entre nous, à annihiler les conflits qui constituent une véritable plaie et la fissure par laquelle l’Occident infiltre nos rangs facilement pour nous détruire.

Le savoir est un outil. Instruisons-nous pour nous approprier cet outil pour libérer l’Afrique.

Le savoir est une arme, profitons-en. Ceci est tellement vrai que Bergson dit du savoir : « Savoir, c’est prévoir pour agir »1.

Le savoir donne également une satisfaction personnelle et permet à celui qui le possède de devenir l’éclaireur qui sort son peuple des pénombres de l’ignorance qui l’exposait à tout danger.

Le savoir est une force, instruisons-nous pour ne pas demeurer à vie nos propres « égorgeurs »2 et de mauvais enfants pour l’Afrique.

Sylvain De Bogou

Paru dans Le Filament N°19

« Homo sum, humani nil ahme allenium puto »

Cette expression latine signifie : « je suis homme, et rien de tout ce qui est humain, ne m'est étranger ». C’est donc, en tant qu’humain que je vais ici me permettre de parler franchement, de donner mon avis sur certains aspects cruciaux de la politique de chez nous.
D’abord « l’affaire Affi Nguessan ». Comme vous le savez, c’est l'intervention de M. Affi Nguessan, peu avant les élections de novembre 2011, qui a été la cause de son arrestation après les élections, sous prétexte qu’il est un  instigateur de troubles publics. Et pourtant, l'intervention du président du FPI qui a suscité son arrestation n'est pas  plus grave que celle-ci : « Si je ne suis pas candidat, je rendrais ce pays ingouvernable ». 
Aux dirigeants politiques ivoiriens de cette époque, permettez-moi cette question : quelles ont été vos réactions et vos actions vis-à-vis de cette offense contre l'état et la nation ivoirienne? Rien !
Ceci m’amėne à  dire un mot de l’attitude des responsables du FPI. Ils doivent reconnaître que les leaders ivoiriens qu'ils étaient n'ont pas su gérer la politique du temps. Il y a eu de l'indolence dans les décisions politiques. La défense de l'état et la sécurité de la nation n'étaient guère leurs soucis, ni préoccupations, avec tous les biens amassés. Et alors, aujourd’hui, nous voici face aux conséquences amères dont le prix n'est payé que par les innocents, comme toujours.
C’est pourquoi j’aimerais tant leur dire qu’il est grand temps de se convaincre de leur inefficacité  et de battre en retraite, ou de garder silence, surtout quand cela est nécessaire. Et si c'est le cas, ils seraient encore remis de leurs peines d'avoir conduit le pays à la ruine. Et, ce qui est pire encore aujourd'hui, c’est que certains d'entre eux continuent à  faire la cour à une dictature sans précédent. A quand le sérieux ? A quand le vrai engagement pour notre libération?
De ce point de vue, les opposants ivoiriens doivent éviter les erreurs qui freinent les actions et qui empêchent la lutte pour notre libération. Les opposants ivoiriens doivent se mettre dans la tête que la libération n'aura ses effets positifs que dans le silence, dans la discipline et dans la discrétion. Ce n’est pas en étant trop bruyants, sans un minimum de  sens de la diplomatie.  Alors, taisons-nous pour mieux réfléchir à notre stratégie et, le moment venu, pour mieux agir!
Le doyen Thomas Oholli Niamké

Paru dans Le Filament N°19

mardi 27 juillet 2010

Défilé des troupes militaires africaines

Les dirigeants africains font honte et offensent la mémoire des valeureux Anciens Combattants.

Pour comprendre pourquoi les armées africaines ne devraient pas prendre part au défilé du 14 Juillet 2010, en France, il suffit de jeter un coup d’œil sur le résultat des recherches d’un journaliste de la BBC, consigné dans un document intitulé « Libération de Paris : les Alliés ont écarté les soldats noirs pour garder une image victorieuse blanche » (document en Anglais que nous traduirons et publierons dans nos prochaines parutions).
L’essentiel de l’information contenue dans ce document en anglais porte sur les nombreux actes de mépris posés par la France à l’ égard des valeureux soldats africains pendant et après la deuxième guerre européenne (dite mondiale). Ces actes de mépris devraient, au regard de ce document, motiver les dirigeants du continent africain à refuser de faire participer militairement l’Afrique à la parade des forces armées françaises, le 14 Juillet 2010, à Paris.
En effet, après avoir servi de boucliers humains et de soldats de première ligne de front sur les champs de bataille, et sauvé la France, les valeureux combattants africains des armées françaises sont, nous le savons tous, appelés « tirailleurs sénégalais ». Il suffit de pousser un tant soit peu plus loin la réflexion sur le terme TIRAILLEUR pour se rendre à l’évidence de la connotation péjorative et l’intention voilée de ceux qui ont initié ce mot.

En effet, TIRAILLEURS veut dire, en termes clairs, des individus dépourvus d’intelligence, de toute faculté intellectuelle et donc qui tirent n’importe où, sauf sur la cible indiquée. Autrement dit, TIRAILLEURS s’expliquerait donc par le fait qu’on présente une cible à quelqu’un et, comme il est un imbécile, il dirige plutôt son fusil AILLEURS c’est-à-dire dans tous les sens. Ceci est d’autant plus grave que ce qui n’est pas dit ici, c’est que les personnes concernées, notamment les combattants africains, étaient pour la plupart issues des zones rurales, enrôlées de force dans les armées françaises en perdition face à l’Allemagne. Ce qui revient à dire que, pour la majorité des enrôlés venus du continent, manipuler un fusil ou une arme à feu était pratiquement quelque chose de nouveau, d’inattendu, d’inconnu. Et, malheureusement ces combattants africains n’avaient reçu aucune initiation au maniement de l’arme, ni aucun entraînement substantiel dans la manipulation de l’arme à feu avant leur départ au front, parce que la France, alors en déroute, était en quête de ressources humaines immédiate pour contrer l’avancée de l’ennemi allemand dans les zones de guerre. Quiconque, dites-moi, mis dans une telle situation n’aurait-il pas des difficultés à atteindre sa cible, fut-il Africain, Américain ou Européen ?...
L’autre caractéristique du cliché français vis-à-vis de ses bienfaiteurs africains réside dans l’emploi du qualificatif SENEGALAIS attribué à tous les soldats africains qui, on le sait très bien, étaient venus de pays divers et de tribus différentes.

A ce propos, il est bien de rappeler ici que, à l’époque des faits, la conférence de Berlin de 1884 (un autre sujet à débat) avait déjà découpé le continent noir en territoires d’occupation et que les pays sous oppression française étaient déjà considérés comme des pays nommément distincts les uns aux autres depuis l’Afrique centrale jusqu’à l’Afrique de l’Ouest. L’on comprend alors très mal pourquoi, de façon délibérée, les Français ont décidé d’appeler les combattants africains, bien qu’originaires d’horizons diverses, SENEGALAIS ?
Africains, réveillons-nous de notre long et lourd sommeil !

Adjé Kouakou,
Producteur et Présentateur de l’émission AMANIEN.
Voice of Africa Radio à Londres

Un article paru dans la rubrique amanien du Filament N°6



samedi 17 juillet 2010

Côte d'ivoire : FPI, tragédie d'un parti qui incarnait l'espoir

On a parfois besoin de vivre les faits pour y croire. Ou encore, la vie quotidienne, comme qui dirait, se révèle souvent la meilleure des écoles, voire le meilleur apprentissage. Sans cette expérience, on croit bien souvent que ce que certains disent ou racontent autour de nous n’est que du pur idéalisme ou simple utopie ou encore des fantasmes. Descendons sur terre et disons les choses plus simplement pour nous faire mieux comprendre ; n’est-ce pas là l’une de nos nombreuses missions à travers « Le Filament » ?

Ce qui se passe aujourd’hui en Côte d’Ivoire et tout précisément au sein du parti du Président Laurent Gbagbo, nous oblige à parler, sans tabou, du futur du FPI et de la Côte d’Ivoire après l’ère Gbagbo et surtout à revenir quelques années en arrière pour réviser les leçons de philosophie pure, de philosophie politique, de science politique et même de droit que nous buvions, avec volupté, et sans penser que, un jour, nous serions des témoins et acteurs de ce que nos différents maîtres ( que, au passage, nous saluons de nous avoir ouvert les yeux et les oreilles) tentaient, contre vents et marrées, de nous faire comprendre.

Il est très important de rappeler que le Front Populaire Ivoirien (FPI) est né d’une révolte contre les pratiques politiciennes du temps du parti unique ; des pratiques socialement et économiquement dégradantes et inhumaines de l’ancien régime, le PDCI (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire) dirigé alors par le « bélier » de Yamoussoukro, M Félix Houphouët-Boigny. Le FPI est né aussi de la volonté et dans le but de « gouverner autrement la Côte d’Ivoire » (Lire à ce sujet « Propositions pour gouverner la Côte d’Ivoire» de Laurent Gbagbo). Et donc « gouverner autrement la Côte d’Ivoire », tel est le slogan qui, comme le « Yes we can » de Barack Obama, a conduit le peuple ivoirien à prendre le risque de porter M. Laurent Gbagbo au pouvoir, en acceptant ou en faisant les sacrifices exigés, allant de la perte du gagne-pain jusqu'à la perte de la vie (Kpéa Domain, par exemple). Tout le monde le sait, des foyers ont été disloqués ; des légions remplies d’espérance ont été brisées, des ressortissants de certaines régions du pays ont été frappés d’ostracisme, purement et durement, de la part des dirigeants du PDCI ; et ce, parce qu’ils avaient épousé les idéaux véhiculés ouvertement par le discours nouveau ou inédit de Laurent Gbagbo et ses camarades.

En effet, Monsieur Laurent Gbagbo promettait de changer, radicalement et positivement, la condition de vie des Ivoiriens et des Africains. A ce propos, il disait : « J’ai les hommes et les femmes pour gouverner la Côte d’Ivoire autrement » ou encore « Je mets les pieds là où je connais », autrement dit, je viens en homme d’expérience, j’ai un programme pour gouverner, contrairement à mes prédécesseurs, etc. Nous ne croyons pas qu’il ait une seule fois dit qu’il venait au pouvoir pour empirer la situation des Ivoiriens. C’est pourquoi au vu de la situation exécrable, déliquescente et nauséabonde qui prévaut aujourd’hui au sein du FPI, et partant en Côte d’Ivoire, nous ne pensons pas que M. Laurent Gbagbo devrait être, n’en déplaisent à certains, épargné de nos critiques. Il est le chef du village, il est donc entièrement responsable, comme l’étaient hier M. Houphouët-Boigny et M. Konan Bédié, de l’ivresse et de la folie devenues quotidiennetés de la part de ces hommes et de ces femmes en qui il a placé sa confiance. N’est-ce pas lui qui répétait que, pour guérir une plaie, il faut percer l’abcès ? Alors pourquoi s’émouvoir lorsque son nom apparaît dans une quelconque analyse ou une critique ? Simplement, arrêtons de donner raison à Senghor qui avait du mal à supporter la couleur de sa peau et qui, sans conscience, disait : « La raison est hellène et l’émotion est nègre ». Dépassons le culte de la personne, battons-nous pour la dignité du Noir, et de l’Africain en particulier. Que les « Gbagboïstes » voient plus loin que le bout de leur nez et qu’ils placent la Côte d’Ivoire au centre ou au-devant de leur vision politique.

Aujourd’hui, lorsque nous jetons un regard froid sur la situation qui prévaut au sein du FPI et sur celle de toute la nation ivoirienne, nous sommes obligés de conclure, sans ambages, que le train des rêves sur lequel des millions d’Ivoiriens ont embarqué, s’est transformé en un minuscule wagon de cauchemars, voire en un coma politique et socio-économique. Au FPI, de l’idéalisme socialiste prometteur, l’on est tombé dans un « matérialisme » vagabondant, nauséabond , du moins dans une aristocratie éhontée qui écrase l’Ivoirien, qui conforte la pauvreté et la misère, au point de contraindre les autres Ivoiriens à vivoter ou à se prostituer dans les écoles, sur les lieux de travail, voire dans les toilettes des immeubles aux murs verdâtres et lézardés d’Abidjan et d’ailleurs.
C’est vrai que la France fasciste continue de livrer une guerre farouche d’intérêts à la Côte d’Ivoire, depuis que Laurent Gbagbo a décidé de « gouverner autrement ». Mais, nous disons : assez ! « La guerre de la France contre la Côte d’Ivoire », pour parler comme le Président de l’Assemblée nationale, le professeur Mamadou Koulibaly, ne doit pas cacher la gangrène dans laquelle la nation ivoirienne est plongée, purement et simplement par les agissements des hommes et des femmes du FPI. Leur attitude renvoie à l’idée, du moins porte à convaincre qu’ils sont venus au pouvoir pour voler, pour piller, pour détourner les deniers publics, pour se bâtir des châteaux, pour faire de leurs enfants les seuls méritants du pays et les seuls aptes à faire de bonnes études, et ce, dans les écoles et institutions les plus prestigieuses et non moins coûteuses dans les pays occidentaux.

Pour conclure cette première partie, nous disons que la Côte d’Ivoire est très riche et que sa modeste superficie ne constitue pas un obstacle pour son développement, ni pour le bien-être des Ivoiriens. Le seul problème ou l’un des obstacles est la course effrénée et illégale vers l’enrichissement rapide qui fait fi de toute loi morale et de toute logique, qui nous éloigne des promesses d’hier, qui nous pousse au désespoir, plutôt qu’à l’espoir. (A suivre)

Sylvain de Bogou, Directeur de la Rédaction, Le Filament. sylvaindebogou@yahoo.com

Un article paru dans la rubrique Actualité oblige du Filament N°6

jeudi 24 juin 2010

Les dirigeants africains : responsables ou irresponsables?

Il faut, pour rappel, dire que, depuis le 20 Avril 2010, suite à l’explosion accidentelle sur une plate-forme pétrolière de la compagnie BP (British Petroleum), des tonnes de matières pétrolières sont déversées sur les côtes américaines de la Louisiane. Ce sont environs 15,9 millions de litres de pétrole qui fuient quotidiennement dans le Golfe du Mexique. Cette situation a provoqué une grave catastrophe écologique qui a entrainé de nombreuses pertes de vies humaines au sein des populations locales, en plus des 9 travailleurs de la compagnie BP ayant péri dans l’accident.

La responsabilité de M. Barack Obama face à la catastrophe qui frappe son pays

Sans délai et sans détour, M. Barack Obama a affirmé, en des termes prompts, vigoureux et forts que BP devra payer, dans sa totalité, pour les travaux de nettoyages des côtes, ainsi que pour les dommages causés par l’accident. Et, comme si cela ne suffisait pas, les responsables de BP devront répondre à une série d’interrogatoires devant le Congres américain, non seulement pour fournir des détails sur les conditions de travail et de sécurité en vigueur au moment de la catastrophe, mais aussi et surtout pour situer les responsabilités des uns et des autres dans l’accident.
Il est donc très certain que, à la fin de la procédure d’explication entamée par le Congrès, non seulement l’ardoise à payer par BP risque d’être très lourde, mais très certainement de nombreuses têtes dans l’élite dirigeante de BP tomberont. Le président des Etats-Unis d’Amérique, M. Barack Obama n’est pas passé par quatre chemins pour sommer la compagnie pétrolière BP (British Petroleum) à payer la totalité des frais pour le nettoyage, pour les dégâts d’ordre écologique, pour indemniser les gens qui ont perdu leurs commerces et autres biens personnels, ainsi que pour d’éventuelles intoxications de personnes dans l’écoulement de la plate-forme pétrolière aux larges des Etats-Unis dans le golf du Mexique.
Le journal français Le Figaro, dans sa livraison en ligne du 4 Mai 2010, rapporte clairement les propos du président des Etats-Unis en ces termes : « Que les choses soient bien claires : BP est responsable de cette fuite. BP paiera ».
Le 1er Mai 2010, Paris Match, un autre journal français, a fait, quant à lui, écho des sentiments du président Obama face à la catastrophe qui frappe son pays, en ces thèmes : « M. Barack Obama semble avoir compris l’ampleur du drame écologique qui se noue dans le sud de son pays. Le gouvernement américain intensifie ses efforts pour prévenir au maximum la catastrophe environnementale de la gigantesque marée noire qui a atteint les côtes de la Louisiane, et menace la faune et la flore de cette réserve naturelle ».


Les dirigeants africains et la gestion des crises

Sous d’autres cieux par contre, la gestion des crises similaires, c’est le cas de le dire, se fait avec légèreté, amateurisme, inconscience et mépris vis-à-vis des populations et des victimes. Arrêtons-nous au cas singulier de la Côte d’Ivoire où, il n’y a pas si longtemps, nous avons vécu un scandale similaire, voire plus grave.
Rappelons, en effet, que c’est aux environs du 19 août 2006 que les populations de la capitale ivoirienne (Abidjan) se sont réveillées avec une puanteur inhabituelle. Ce qui, pour certains, devrait passer pour une mauvaise odeur, comme la ville en connaît depuis quelques temps déjà, va hélas ! se révéler être un des plus gros scandales de l’histoire de ce pays. Scandale orchestré, planifié et mis en exécution par des individus de mauvais acabit, internes et externes à la Côte d’Ivoire. Leur plan diabolique ayant réussi, ce fut plutôt aux populations locales d’en payer le prix fort. En effet, 528 tonnes de déchets hautement toxiques venaient d’être déversées dans les décharges publiques, à plusieurs endroits à Abidjan et sa banlieue. Résultat : les hôpitaux ont enregistré des milliers de consultations, suite à l’intoxication des populations. On a déploré même des morts d’hommes, de femmes et d’enfants, sans parler des effets pervers sur l’écologie des zones concernées, pour de nombreuses années à venir…

Ici, où l’acte ignoble du déversement des déchets toxiques sur le territoire ivoirien fut délibéré et savamment orchestré par des actions concertées d’une cohorte d’individus avides de gain facile, c’est aussi le cas de le dire, l’on a observé un mutisme total de la part de la classe dirigeante ivoirienne, hormis quelques réactions et actions de revendication, plus ou moins sporadiques de quelques personnes ayant perdu un ou des proches.
Et ce qui est pire, c’est que les nombreuses pertes de vies humaines et la gravité de l’acte ont été reléguées au second plan des préoccupations pour faire place au protectionnisme d’intérêt politicien malpropre. En effet, en lieu et place d’actions concertées pour faire payer tous ceux et toutes celles qui, de près ou de loin, auraient contribué à la violation de la sécurité du territoire ivoirien, les dirigeants ivoiriens ont plutôt choisi de protéger leurs accointances politiques au détriment de l’intérêt général. Si tel n’était pas le cas, comment comprendre que les autorités ivoiriennes, y compris le président la république ivoirienne lui-même, n’aient pas pris, à-bras-le-corps, la gestion d’une telle affaire si sordide et si puante, pour la traiter comme il se devait, c'est-à-dire pour faire payer, au prix fort, toutes les personnes et institutions internes et externes, qui, d’une manière ou d’une autre, y sont impliquées. Comment comprendre que les autorités ivoiriennes n’aient pas pu être préoccupées ni du sort des populations qui les ont portées au pouvoir, ni de la violation de la souveraineté du territoire de la Côte d’Ivoire?

Pire ! Il est même apparu que les autorités ivoiriennes ont préféré la protection de certains agents de l’état et des autorités locales qui ont en charge la gestion de la ville d’Abidjan, notamment le Maire et son Conseil municipal, la Direction de la Douane, la Direction du Port d’Abidjan, la Direction de la Police frontalière et tous les services annexes, les Ministres de l’intérieur, de la sécurité, de la défense, etc.
De ces faits, il est difficile de ne pas admettre que, sans l’aval d’un certain nombre de personnalités influentes en Côte d’Ivoire, une seconde « opération » de déversement des déchets toxiques à Abidjan n’aurait eu aucun succès. Il est aussi tout à fait légitime de se demander si l’opération dont il est question n’était pas une activité lucrative courante de ces commanditaires dont la dernière livraison aurait mal tourné?
En tout cas, on est en droit, n’est-ce pas, de se demander finalement pour qui travaillent toutes ces autorités en Côte d’Ivoire ? Pour le peuple ou pour des intérêts occultes ? Reste à savoir...
Aux Etats-Unis, M. Barack Obama a réagi avec véhémence ; car, il est conscient que sa position actuelle, il la doit au peuple et que cette même position, il peut la perdre, aux élections à venir, si telle est la volonté de ce peuple-là. En est-il de même en Afrique, et singulièrement en Côte d’Ivoire? C’est moins sûr.

Des leçons à tirer

Aux Etats-Unis, BP doit payer et même payer très cher. Aux Etats-Unis, le président a parlé avec autorité et fermeté, de concert avec les élus du peuple qui siègent au Congres américain. Aux Etats-Unis, il a été décidé de passer au peigne fin les circonstances de l’accident et de situer les responsabilités des responsables de BP dans le désastre qui a coûté la vie à 9 travailleurs ; et, personne ne doute que des têtes, et non des moindres, risquent de tomber avant la clôture des auditions. Aux États-Unis, on dit tout simplement : « tenter, regretter ».
Par contre, en Côte d’ivoire, l’Assemblée Nationale, qui est, pourtant, l’émanation du peuple, est restée une grande muette. En Côte d’ivoire, la politique a eu raison sur la justice. En Côte d’ivoire, la souveraineté du pays a été bafouée et, comme si de rien n’était, les commanditaires de cet acte crapuleux continuent de circuler librement, tranquillement, aisément, dans l’inconscience et l’indifférence générales, comme si la vie d’un Africain ne vaut pas la peine d’être protégée, sécurisée, défendue, magnifiée, célébrée. En tout cas, ici en Côte d’ivoire, comme dans d’autres pays africains, le mal a été bel et bien fait, et on a dit : « ya fohi, on avance ».
N’est-il pas temps, grand temps, qu’on se réveille de ce long sommeil ?

Adjé Kouakou Producteur et Présentateur de l’émission AMANIEN. Voice of Africa Radio à Londres.

Un article paru dans la rubrique Amanien du Filament N°5




 

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