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mercredi 2 mai 2012

Les ténèbres et les luminaires d’Alassane Ouattara


Après avoir, avec une brutalité inouïe, cassé les baraques et les locaux des opérateurs économiques au bord des artères de quelques quartiers et villes, sans une campagne de sensibilisation et sans mesure d’accompagnement, le nouveau régime a choisi d’embellir Abidjan, en semant des luminaires. J’en ai entendu parler et j’ai été voir ces luminaires.

Un acte de cécité politique et de laideur morale
J’ai vu les luminaires d’Abidjan. Ils sont beaux pour les yeux, mais seulement pour les yeux non exercés. Ils paraissent, en effet, beaux pour les yeux profanes ! Mais, ils ne le sont pas pour le cœur et pour l’âme. Car, ils ne riment pas avec le bon et le bien. Parce que le véritable Beau plaît au cœur et à l’esprit. Parce que le véritable Beau est bon et bien. Ainsi, les luminaires d’Abidjan ne sont pas beaux ; n’en déplaisent aux nouveaux flagorneurs et aux plumes converties à la cajolerie des nouveaux princes. Les luminaires d’Abidjan sont laids et c’est ce que je vais démontrer.
Entre électrifier les villages et inonder Abidjan d’un excès de lumière, où se trouve la priorité ? Pour une simple question de bon sens et de sagesse, la priorité, n’est-ce pas d’apporter de la lumière dans ces quartiers malfamés, abandonnés, empêtrés dans la gadoue de l’impécuniosité ? La priorité n’est-ce pas d’apporter un peu de cette lumière dans ces villages plongés dans la terreur des ténèbres où même les lucioles ont peur de s’aventurer ?...
Notre pays a besoin, surtout dans ses entrailles les plus reculées, d’électricité, de lumière. De lumière tout court et tout simplement, pour ne pas « se perdre » dans l’obscurité.  La priorité dans ce pays où pleuvent des milliards, dit-on, à chaque instant, et à contre saison, n’est-ce pas de doter de nombreux quartiers d’eau potable et d’électricité ?
Je vous le dis les luminaires d’Alassane Ouattara sont laids !
Hier, c’étaient Gonzagueville et Adjouffou qui rageaient d’être privés de lumière. Demain, sûrement, ne seront-ce pas les sous-quartiers d’Abobo, de Koumassi, d’Attiékoubé, d’Adjamé qui souffrent des coupures électriques intempestives qui crieront leur soif de reconnaissance ?
Le nouveau pouvoir, si sensible aux pleurs des indigents, lui, a remarqué que Cocody et Plateau souffraient d’un déficit de lumière… (Ah, la cécité de l’âme orgueilleuse ! ) Alors, à coup de milliards, Abidjan vient donc, grâce au nouveau régime d’être parée de luminaires.
Oui ! c’est vrai, ces indigents des quartiers périphériques, de leurs cases obscures, de leurs yeux meurtris, perchés sur leurs estomacs aplatis, se sont extasiés de loin de ce déploiement de lumière, de ce flot de luisance insolente (Ah, le pathétique des yeux non-initiés !) Mais, ils savent au fond de leur cœur que cette lumière n’est pas leur lumière. 

Les luminaires d’Alassane Ouattara préservent les ténèbres
Cette lumière qui gicle effroyablement des luminaires, cette lumière qui éclabousse arrogamment les rues et les murs des abidjanais frustrés de leur soif de liberté de sa luisance blafarde…, c’est la messe fade des nouveaux princes grisés, c’est la bamboula insipide des experts de l’apparence, c’est la danse frénétique des virtuoses du tape-à-l’œil,  c’est l’exhibitionnisme pervers de ceux qui sont incapables de comprendre et de savoir où se trouve la priorité.
Contrairement à la rhétorique des encenseurs et autres complimenteurs du nouveau chef d’Etat, Abidjan, avec ces luminaires impudiques, Abidjan vient de tomber dans les ténèbres. Avec tout le pays d’ailleurs. Les luminaires et la lumière qu’ils prétendent produire ne mettent pas fin aux ténèbres qui nous causent tant d’effroi et nous paralysent de frayeur. Bien au contraire.
Oui, nous sommes de plain-pied dans les ténèbres. Et pour cause.
Les ténèbres, ce sont ces ignares galonnés qui hantent les nuits abidjanaises, les nuits des provinces et des hameaux en quête d’âme à écraser, de bourgeon de vie à piétiner, des billets de banque à chaparder. Les ténèbres, ce sont ces chasseurs rustiques sortis des profondeurs de la géhenne, armés de fusils qui jouent à jouer aux gendarmes et aux policiers sous les yeux effrayés de nos pauvres paysans. Les ténèbres, ce sont les journalistes qu’on jette en prison, les écrivains qu’on bastonne (Bernard Dadié, Serge Grah), les écoles qu’on bombarde à coups de canon. Les ténèbres, ce sont ces universités fermées, ces bibliothèques fermées, ces livres fermés, ces étudiants désemparés réduits à infester les salons des leurs par leur oisiveté contagieuse.
Et la lumière, ce ne sont pas des luminaires aux formes géométriques grossières et suspectes, ensemencées ou accrochées, ici et là.
La lumière, la véritable, ce sont ces villages qui après quarante ans d’indépendance ont été électrifiés par les soins du détestable Laurent Gbagbo. « C’est qu’aucune personne, dotée de bon sens, n’aime l’obscurité imposée. Le laid, tout comme l’obscur, procure inconfort et malaise ». Mais, c’est vrai, mon cher ami ! Et pourtant, des centaines de villages sur lesquels passent les câbles de la haute tension électrique sont encore les otages des ténèbres, pendant qu’Abidjan la prostituée se goinfre comme une truie gloutonne des excès de lumière des luminaires.
Vous convenez avec moi : la Côte d’Ivoire ne se limite pas à Abidjan.
Mais, diantre ! La Côte d’Ivoire, est-ce seulement Abidjan et surtout Plateau et Cocody ? On me dira qu’Abidjan est la vitrine. Oui la vitrine ! Parlons-en ! La vitrine, c’est un espace aménagé dont le rôle est d’exposer ce qu’un magasin par exemple a de plus beau. Et, le rôle de la vitrine, c’est de donner une image publique et favorable. La fonction de la vitrine, c’est de plaire au regard, au regard extérieur. Au regard des visiteurs, des touristes, des occidentaux. Oui ! Plaire à tous ceux-là, à coup de milliards, en sacrifiant les pauvres populations englouties dans l’obscurité.
Mais, la Côte d’Ivoire n’est pas une boutique. La Côte d’Ivoire serait une boutique qu’on saura trouver des raisons de nous consoler. Car, ces derniers temps, la Côte d’Ivoire ne vend plus ; c’est elle qui a été achetée, (que dis-je ?) qui a été prise, cueillie.
L’Afrique a besoin de chefs qui sont aux soins de leurs populations surtout les plus pauvres, et non de ces chefs qui s’évertuent à vouloir plaire aux maîtres du monde. L’Afrique a plus besoin de chefs qui partagent, ne serait-ce que le minimum à la plus grande majorité que de chefs porte-faix d’autres chefs de territoires lointains. Notre pays a plus besoin de chefs qui se soucient de doter les villages d’éclairage public, plutôt que de pseudo chefs qui, au mépris des fourbus, s’évertuent à rassasier ceux qui sont déjà repus.
La fonction des luminaires de Ouattara : aveugler les Ivoiriens
Abidjan, écrit-on, serait devenu Las Vegas par de simples de jets saccadés de lumières. Il faut que je le dise net : Ces luminaires sont une architecture de mirage. Ils luisent, mais n’éclairent pas et ne peuvent éclairer et ne sauraient éclairer. Ces luminaires relèvent du cosmétique inutile, de l’habillage, du maquillage pour voiler les laideurs d’un pouvoir brutal, inimitable en inhumanité, incomparable en sectarisme, intraitable en intolérance.
Il faut ouvrir plus l’esprit que les yeux pour comprendre cette vérité : La lumière qui gicle de ces luminaires est une lumière aveuglante. La lumière, à un certain degré d’acuité, aveugle. Et, c’est la fonction voilée, secrète, ésotérique, obscure, sibylline de ces choses luisantes.
Ces luminaires sont là pour aveugler les Ivoiriens, de sorte qu’ils ne voient pas l’essentiel des choses. De sorte qu’ils ne voient pas le fond des choses. De sorte qu’ils ne voient pas l’intérieur des choses. De sorte qu’ils ne voient pas la profondeur des choses…
La lumière de ces luminaires a pour vocation de séduire, d’envoûter, de captiver aux fins de distraire les Ivoiriens et les détourner de ce qui est essentiel à leur bonheur, de les détourner vers le superficiel : les fadaises, les pacotilles, les niaiseries, les âneries, les fariboles, les inutilités.
Cette profusion de lumière vise à voiler les ombres que ce pouvoir produit, les ombres que ce pouvoir déverse sur le pays.
Abidjan ville de lumière comme Lucifer porteur de lumière
La lumière n’évoque pas toujours le Beau ou la Vérité. Satan se déguise en prince de lumière. Et, le prince de lumière s’appelle Lucifer. C’est l’ange porteur de lumière. Les Francs-maçons se font appeler les « frères de lumière ». Le hasard n’existe pas. Ces luminaires sont la métaphore du mirage que ce pouvoir fait miroiter à ses partisans pour les berner.
Non ! Abidjan n’est pas une fiancée fardée allant à une nuit de noces, mais bien une prostituée fanée qui s’est fardée pour voiler la laideur de ses rides. Des rides qui ne sont pas dues à la vieillesse, mais à une vie de perversion, de compromission, de génuflexion, d’agenouillement, d’abaissement, d’indignité, de pactes mauvais de tout ordre.
Les Ivoiriens ont besoin de consolation, de baume, de paroles et d’actes qui réconcilient, qui rapprochent et non de scintillements maladroits, de miroitements vilains, de feu d’artifice et de mirages trompe-l’œil.

Salomon Akonda, Analyste politique

Paru dans Le Filament N°21

mardi 1 mai 2012

Message à Monsieur Charles Konan Banny


Cher Monsieur Banny,

Vous avez été Premier Ministre sous Laurent Gbagbo. Votre nomination à ce poste avait fait l’objet d'un espoir renaissant  et avait créé dans les cœurs des Ivoiriens un certain enthousiasme, parce que vous êtes Ivoirien (pas d'adoption !), et de surcroît, un fils authentique du terroir akan. Alors, l'on s'attendait à voir agir un nationaliste, un patriote, pour défendre les institutions et les intérêts de notre pays, du moins de votre propre pays. Mais, hélas ! ce fut la déception totale ! Un bilan que tout le monde connaît.

Vous êtes aujourd’hui à la tête de la « Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation » (CDVR) pour, dit-on « réconcilier les Ivoiriens après de longues années de crise, d’atrocités et de barbaries ».
Vous êtes un être humain et partant de ce point, nous attendions beaucoup de vous.

Nous nous attendions à la moindre sensibilité de votre part sur le sort de tous les Ivoiriens, dont certains ont été, bon gré mal gré, contraints à l'exil et d’autres sont actuellement dans les prisons sans raison et sans jugement. Et, vous prétendez réconcilier les Ivoiriens, mais entre nous, n’est-ce pas là une moquerie ?
Nous nous attendions également, de votre part, à une condamnation vigoureuse des rebelles, des assassins, des pilleurs et leurs chefs et commanditaires, qui sont nos pires  ennemis et qui ont fait et continue de faire  tant de mal à notre pays, du moins à votre propre pays. Or, ces gens-là sont vos alliés et vos meilleurs amis.
Nous nous attendions aussi, de votre part, à une compassion pour nos compatriotes innocents qui ont été sauvagement abattus, calcinés, mutilés, égorgés, des jeunes filles violées et des femmes en grossesse éventrées, etc. Mais non ! Vous poursuivez votre « mission de réconciliation », à travers des voyages et des discours, comme si de rien n’était, parce que pour vous, on peut si facilement amener des gens dont les cœurs saignent à embrasser volontiers des criminels, n’est-ce pas ?

Vous êtes un homme politique. Et, comme l’a dit Houphouët-Boigny, « la politique, c'est la saine appréciation des réalités », ce qui veut dire qu'il faut savoir se mettre au-dessus de toute contingence. Or, ça, vous semblez l’ignorer !

Par ailleurs, dites-nous, Monsieur Banny : comment pouvez-vous concevoir une collaboration et une connivence avec des rebelles et avec l’armée française qui tuent vos propres parents pour l'intérêt économique de l'étranger, et puis verser des larmes de crocodile, à la recherche du temps perdu, votre soi-disant réconciliation? 

Monsieur Banny, comment pouvez-vous être confortable avec un tel régime qui fait la promotion des ignorants à la place de personnes instruites pour lesquelles nos parents ont consenti des sacrifices énormes pour leur formation et leurs études?

D’un avis franc, j'ai honte, très honte parce que vous êtes une honte. Je vous transmets gratuitement et sans arrière-pensée la question que se posent bon nombre d'Ivoiriens : « A quoi ont servi vos études et les expériences de la vie, pour en arriver à toutes ces bassesses d'esprit? »
Franchement, vous, Monsieur Banny, et tous les autres de votre espèce de près ou de loin, vous êtes une honte et vous méritez d'être bannis.
Le doyen Thomas Oholli Niamké

Paru dans Le Filament N°21

dimanche 1 avril 2012

FAUT-IL REGRETTER LE PARTI UNIQUE ?

Dans l’hérésie déshumanisante de la crise ivoirienne, des voix sérieuses ou considérées comme telles, se sont élevées pour dire que les nombreuses guerres qui engraissent les fosses communes d’Afrique, résultent du multipartisme et de la démocratie. Aussi, les entend-on réclamer en sanglotant le monopartisme. Et pour corroborer leur thèse, elles n’hésitent pas à citer le cas de la Côte d’Ivoire. Sous le parti unique, disent-ils, notre pays connaissait stabilité et progrès. « Il ne peut y avoir de développement sans démocratie ? Que nous a donnés pendant quinze ans, ce machin ? Partout ou presque, des conflits interminables. L’Afrique, elle-même, tue, au propre comme au figuré, ses propres enfants. Au nom d’une recherche de démocratie qui réveille nos fonds primitifs qu’on croyait, à jamais, disparus de nos rhétoriques. Hélas encore ! L’actualité ivoirienne nous en livre, à profusion » Ecrit un journaliste ivoirien dans Fraternité Matin du mardi 21 juin 2005 N° 12184). Que c’est pathétique !

A l’analyse, cette vision est erronée. Certes, c’est à partir de 1990, que l’Afrique a connu un nombre pléthorique de conflits armés. Rwanda, Burundi, Congo, RDC, Libéria, Sierra Léone, Côte d’Ivoire (ô Eburnie mienne). Mais présenter le multipartisme comme la source première de nos malheurs, c’est se fourvoyer sur les causes profondes des guerres en Afrique.

Si de 1960 en 1990, la Côte d’Ivoire a bénéficié d’une stabilité politique et sociale, fondement de son progrès économique, ce n’est pas au compte du parti unique qu’il faut la mettre. Le pays avait à sa tête un homme qui défendait becs et ongles les intérêts économiques, politiques et culturels de la France. Les accords de défense rédigés par les Français et signés par Houphouët Boigny et d’autres chefs d’Etat africains, en sont la preuve la plus probante. Houphouët défendant les « trésors » français sur le territoire africain, était assuré de la protection de l’armée française… En guinée, il y avait le parti unique sous Sékou Touré, mais la guinée est demeurée un pays pauvre et instable. Cette situation inconfortable est simplement le prix de l’outrecuidance de Sékou Touré qui a osé dire « non » à la France en 1958. Et ceux qui soutiennent que le parti unique en Côte d’Ivoire avait fait plus de progrès que le multipartisme ignorent simplement que, dans un contexte de pluralisme politique, où la liberté de la critique était consacrée, où le principe de la séparation des pouvoirs était appliqué, Houphouët-Boigny aurait pu mettre notre pays au niveau des dragons de l’Asie. La côte d’Ivoire libérée des griffes de la France, gouvernée par un régime refondateur, aurait été un pays plus riche.

Le parti unique dans son principe même ne saurait garantir la paix dans un pays, le développement encore moins. Le parti unique est l’antithèse de la liberté et du changement. C’est un régime anti-progressiste et inhumain. Souvenons-nous simplement des dégâts que le parti unique a causés dans notre pays : détournements des deniers publics, gabegie, mégalomanie, achats de conscience, tribalisme etc. Et tous ceux qui ont osé critiquer le monarque ont été diabolisés et considérés comme des ennemis de la nation. Leur destin était l’emprisonnement, la torture, l’exil ou la mort : Gbagbo, Mockey, Zadi, Memel Fôté, Kragbé Gnagbé, Ernest Boka, le Sanwi, le Guébié etc. tous ces hommes ont subi les pires traitements. Mais, Houphouët bénéficiant de la couverture totale du réseau Foccart, n’a nullement été inquiété ni par l’ONU ou ni par une quelconque organisation des droits de l’homme.

Une vérité qu’il ne faut pas ignorer est que, avant même l’instauration du multipartisme, l’Afrique a connu des coups d’Etat (au Ghana, au Togo, au Bénin, au Zaïre, en Haute Volta) et des guerres meurtrières et longues (en Angola, au Soudan, au Mozambique etc.) Force est de constater donc que les guerres en Afrique ne sont pas liées à l’instauration du multipartisme. La plupart de ces guerres ont été suscitées par l’occident. Avant 1990 et après 1990, les impérialistes occidentaux ont suscité des conflits armés sur le continent pour préserver leurs intérêts économiques en danger ou pour mieux exploiter nos richesses. Ah non ! Le multipartisme ne saurait être une cause de guerre ou de rébellion. Bien au contraire, c’est le meilleur des systèmes politiques que les hommes ont pu inventer. Sachons-le une fois pour toutes : la Côte d’Ivoire est en guerre parce que la Chiraquie s’est rendu compte que l’actuel chef d’Etat n’est pas prêt à brader les richesses de son pays. La Côte d’Ivoire est en guerre parce que Laurent Gbagbo a un programme de gouvernement qui, appliqué sereinement, va placer le pays sur la voie du développement, et affaiblir l’hégémonie de la France. La Côte d’Ivoire est en guerre parce que si l’on laisse Koudou réussir sa politique de refondation, elle va « contaminer » les autres pays africains et compromettre la mainmise de la France sur l’Afrique francophone. Gbagbo est un mauvais exemple dans le système de pensée de l’impérialisme occidental, un mauvais exemple que l’on doit arrêter à tout prix. Il est temps de prendre conscience que la stabilité d’un pays en Afrique dépend des rapports de ses dirigeants avec les anciens maîtres. Si vous laissez simplement le néo-colon puiser vos richesses comme il l’entend, vous aurez la paix. C’est le cas de Bongo qui a mis le pétrole du Gabon à la disposition de la France. Aujourd’hui il s’affuble du titre de « doyen des chefs d’Etat africains ». Si au contraire, vous cherchez à faire bénéficier vos compatriotes des richesses de votre pays au détriment de la métropole, soyez sûr d’une chose : vous serez confronté à un coup d’Etat ou à une guerre. C’est le cas de Gbagbo et de la Côte d’Ivoire actuelle. Et c’était le cas de Sankara, de Lumumba, de N’krumah, de Lissouba etc. Les exemples sont légions.

Voilà la réalité africaine. Ne regrettons donc pas le parti unique. L’Afrique, tout comme les autres continents, a besoin aussi de vivre dans un environnement de pluralisme politique, de liberté, d’égalité. Les noirs ne sont pas des sous-hommes qui ne s’épanouissent que sous un régime autocratique et despotique. Le jour où l’Afrique arrachera sa liberté, les guerres s’arrêteront et le développement sera possible. Alors, ne regrettons pas le parti unique !

Macaire Etty
source : Le Temps

Paru dans Le Filament N°20

samedi 31 mars 2012

De l’implication de Tiken Jah Fakoly dans la rébellion

Dans une interview accordée au journaliste Yacouba Gbané, et publiée le 13 Août 2010, Abdoulaye Traoré alias AB, ex-chef de guerre de Man, a déclaré, en ce qui concerne le rapport de l’artiste Tiken Jah avec la rébellion : « Notre arrestation au Mali a été menée par Tiken Jah. Nous étions en Libye lorsque Tiken Jah nous a demandé de venir le rejoindre au Mali pour parler affaire. Nous n’avons pas trouvé de problème à cela. Puisque, avant l’attaque du 19 septembre 2002, c’est lui qui était notre tuteur au Mali. Quelques jours après notre arrivée, nous avons été mis aux arrêts. Pendant notre incarcération, Tiken Jah n’a pas mis les pieds dans notre lieu de détention. C’est après que nous avons été informés que c’est lui qui a été actionné par les services de Guillaume Soro et les services secrets du Mali pour nous conduire dans ce traquenard. C’est l’un des pions essentiels de la rébellion. Il a joué un rôle très important. C’était un pion essentiel. Il était chargé d’héberger tous les éléments à Bamako. C’est lui le tuteur. Il nous a mis dans toutes les conditions. Il organisait des concerts. Les fonds recueillis étaient mis à notre disposition. Il s’est enrichi dans la rébellion. Il faisait du trafic du coton. C’est son petit frère qui était chargé de convoyer les camions vers le Mali. Il était dans un deal avec Kouakou Fofié… Tout ce que je vous dis, c’est la vérité. Il le sait. Il ne peut pas le nier. C’est lui qui était chargé de galvaniser les troupes à travers des chansons. Il nous encourageait à réussir notre mission. Lui et toutes les autres connexions ne veulent pas de la fin de la guerre. Ils mangent tous dedans. C’est pourquoi, cela nous fait sourire quand on parle de désarmement ».

Après de tels forfaits, du moins après avoir ainsi « mis son art au service de la rébellion » et s’être enrichi par le commerce de tout genre, dans la zone de non droit au nord, si l’on en croit Abdoulaye Traoré alias AB, Tiken Jah Fakoly, chantre autoproclamé de la lutte contre la Françafrique, se donne désormais pour credo la « réconciliation nationale ».

Dans ce cadre, Alassane Ouattara l’a reçu le 11 mai 2011 au Golf Hôtel. Au sortir de l’audience, Tiken Jah a déclaré : «Nous avons évoqué le rôle des artistes dans le processus de réconciliation nationale. Dans les jours à venir, nous allons organiser une tournée nationale de réconciliation qui va parcourir certaines villes de l’intérieur avec l’apothéose ici à Abidjan » .

Dans son nouveau rôle, Tiken Jah Fakoly organise des concerts, anime des conférences de presse, réhabilite l’hôpital Félix Houphouët-Boigny, offre des matelas et des moustiquaires imprégnées. Ne nous laissons pas distraire par de tels actes. Nous savons qu’il joue là au pompier, après avoir joué au pyromane. Nous l’avons entendu claironner : « C’est une manière pour nous d’amener les populations à oublier, un tant soit peu, les affres et les meurtrissures de la guerre, et à s’inscrire dans la réconciliation, car il est dans l’intérêt de toutes les filles et fils de la Côte d’Ivoire de se réconcilier » .

Que Tiken Jah Fakoly se détrompe ! Ce ne sont pas ses tintamarres et autres fadaises qui feront oublier…, qui feront se réconcilier les Ivoiriens. Car, se réconcilier, c’est dialoguer ; et dialoguer signifie qu’on communique. Mais alors, peut-on communiquer sans être sur la même longueur d’ondes? Peut-on aller à la réconciliation quand le peuple n’a pas fini d’enterrer ses morts, n’a pas fini de les pleurer, encore moins de faire le deuil ?... Même si on peut obliger une personne à applaudir, saurait-on l’obliger à être contente ?…

Que Tiken Jah Fakoly se détrompe ! Les Ivoiriens ont compris son double jeu, comme le confirme le texte intitulé « Le double “je” de Tiken Jah » que nous vous proposerons à lire ou relire dans notre prochaine parution.

Léandre Sahiri et Julius Blawa Gueye.

(Extrait de « Côte-d’Ivoire : Mettre fin à la tyrannie et restaurer la démocratie »).

mardi 27 mars 2012

L’avarie de la République

« Vient un temps où le silence devient trahison ». (M. L. King)
Les marins utilisent le terme avarie, pour désigner les dommages subits par un navire en mer. Si nous devons transposer ce terme en politique nous n’hésiterons pas à dire ici que lorsqu’un Etat est incapable d’assurer ses fonctions régaliennes, il est dans la situation d’un navire avarié.

- Il ne faut pas se le cacher, la Côte d’ivoire a de la peine à payer ses fonctionnaires. 
– Personne ne peut dire aujourd’hui avec exactitude quand les universités ouvriront leurs portes pour la prochaine rentrée. 
– Personne ne peut vous dire si vous pouvez quitter Abidjan pour aller à Abengourou sans que des coupeurs de routes ne s’en prennent à vous pour vous rançonner et violer votre femme et vos filles sous vos yeux. 
- La police et la gendarmerie n’interviendront pas en Côte d’Ivoire pour vous protéger contre les bandits devant votre porte. – En ce qui concerne les FRCI, on est tenté de se demander s’ils sont là pour protéger les Ivoiriens ou pour soumettre les ivoiriens au régime politique dirigé par le Dr Alassane Ouattara ?

L’image de l’Etat déliquescent et de la république avariée est apparue dans toute sa clarté au matin du 5 août 2011, quand un accident de la circulation s’était produit sur le Pont Houphouët-Boigny et qu’un chauffeur de bus perdant totalement le contrôle de son véhicule, plonge dans la Lagune Ebrié, avec ses passagers.

La réaction naturelle des Ivoiriens fut naturellement d’appeler la marine nationale du pays à deux pas des lieux pour porter secours aux passagers du bus. Ils furent tous abasourdis de savoir que la Côte d’Ivoire n’a plus de marine car tout le matériel de la caserne fut pillé dans l’immense ivresse et la kermesse sanglante qui avait accompagné la chute du président Laurent Gbagbo.

Dans ce cas il faut appeler les pompiers. Ils arrivent sur les lieux eux aussi avec leurs sirènes hurlantes, pour constater qu’ils n’ont plus le moindre matériel de plonger. Quel est donc ce pays bizarre qui dans une sorte de cécité sans fin se dote d’une marine qui n’a aucun matériel de plongée ? La réponse est simple, il ne faut plus croire en la Côte d’Ivoire, ce n’est qu’une république cacaoyère en état d’avarie très prononcée.

Le plus ridicule est que ce sont les petites embarcations de pécheurs et surtout les pinasses qui agissent dans la navigation urbaine informelle qui ont été les premiers à porter secours aux victimes. Du côté des autorités il a fallu attendre vers 11h30 pour voir le bus sortir de l’eau grâce à une grue de circonstance. Quand, dans un pays qui prétend se respecter, c’est l’informel qui vient au secours du formel, il faut s’interroger sur la nature de l’Etat.

Les USA, le Canada et tous les pays de l’union européenne, y compris la France, qui embrassent Ouattara sur la bouche, déconseillent à leurs ressortissants de mettre les pieds en Côte d’Ivoire. Cela est vérifiable sur tous les sites des ambassades accréditées à Abidjan. En déclarant à l’étranger qu’il n’était pas au courant des exactions des FRCI, le président Ouattara, à sembler soutenir ses troupes dans le mal contre d’autres ivoiriens, cela n’a fait que raviver les vieux instincts de méfiances entre ivoiriens.

La république avariée c’est l’incapacité du gouvernement de redéployer l’administration dans le nord du pays. Car les pays voisins des frontières nord envers qui Ouattara, est redevable veulent continuer à exporter du bois, du diamant, du coton, du cacao et du café de Côte d’ivoire.

L’Etat avarié ne peut pas protéger ses propres habitants contre son insuffisance et sa propre malfaisance, il entraîne ainsi l’ensemble de la nation dans un précipice. C’est l’image de la Côte d’ivoire Moribonde et grabataire dans un constat douloureux car tous ceux qui aiment ce pays, doivent se taire pour éviter les représailles du régime très démocratique des FRCI.

Dr Serge Nicolas Nzi 
(Chercheur en communication, Directeur du centre africain d’études stratégiques, Lugano, Suisse). 

Paru dans Le Filament N°20

A propos du « Carton rouge » de M. Aly Touré aux communicateurs d'Alassane Ouattara

Il y a quelques jours, j’ai pu lire avec attention un article de M. Aly Touré publié dans le quotidien Le Banco.net du mardi 20 décembre 2011. Comme à mon habitude, je permettrai d’émettre quelques réflexions que m’ont inspirées les propos de M. Aly Touré dans cet article intitulé : « Dénigrement de Ouattara par des Camerounais : Carton rouge aux communicateurs d'ADO ! »

Dans son article, M. Aly Touré fait remarquer que « Sur le bouquet Canal+, il y a une chaîne de télévision appelée "Vox Africa" qui s'illustre par des émissions farouchement hostiles au président Alassane Ouattara et à son régime. Selon M. Aly Touré, cette chaîne ne rate aucune occasion pour ouvrir son plateau, ainsi que ses ondes, aux détracteurs du Président ivoirien : « Des balivernes y sont distillées régulièrement », écrit-il, tout en déplorant qu’il n’y ait jamais eu aucune réaction contre cette chaîne de télévision visiblement hostile au régime, ni de la part, des membres de l’entourage du président, ni de son Cabinet, ni des agents de son service de communication, ni du RDR d'Amadou Soumahoro. Ces gens-là sont tous disqualifiés (« carton rouge »). Et ceci donne à réfléchir…

Et la réflexion, affirme-t-il, conduit à une interpellation directe du régime Ouattara, c'est-à-dire le chef de l'État lui-même et le Rassemblement Des Républicains (RDR) : « il serait temps qu'ils se réveillent et en prennent de la graine. S'ils restent là à ne couver que leurs égoïstes intérêts personnels, comme une poule couvant ses œufs, demain ils risquent d'être surpris et de n'avoir que leurs yeux pour pleurer », écrit M. Aly Touré

De tels propos nous interpellent et appellent les observations suivantes :

1°/ contrairement à ce que pense M. Aly Touré, les personnes qui participent aux émissions de "Vox Africa" ont le droit d’agir, de parler, d’écrire, de manifester librement, et en toutes circonstances, en tous lieux, leurs idées et leurs opinons. Cette libre communication des pensées et des opinions, constitue ce qu’on appelle la liberté d’expression. C’est la liberté d’expression qui autorise toute personne à s’exprimer librement, lui donne le droit de juger les paroles et les actions d’Alassane Ouattara (comme de tout autre gouvernant), du moins de porter des objections sur ses discours et les actes qu’il pose, de tenir un discours sur ses discours . En effet, c’est au nom de la liberté d’expression qu’un journaliste, en informant le public, a le droit de s’élever contre un gouvernant, de dénoncer ou mettre à nu les tares au plan social et politique. Cela ne signifie pas qu’Alassane Ouattara est attaqué, ni que l’ordre est troublé. Bien au contraire. M. Aly Touré doit s’instruire humblement de ces principes fondamentaux de la démocratie, et doit ne pas perdre de vue que la liberté d’expression est, en démocratie, l’un des droits essentiels et inaliénables et l’un des garants de l’état de droits.

2°/ M. Aly Touré, au cas où il l’ignorerait, doit simplement apprendre que, au nom de la liberté d’expression, un gouvernant est censé étouffer la démocratie et abuser de son pouvoir, dès lors qu’il s’identifie à l’ordre, aux lois et au gouvernement, dès lors qu’il censure ou interdit les libres opinions, dès lors qu’il sanctionne, condamne les journalistes, les artistes, les écrivains, les intellectuels... Agir ainsi est une absurdité qui annihile la démocratie et qui avilit. Parce qu’un tel gouvernant, empêche l’échange des idées, la diffusion des vérités nouvelles ; il rejette l’enseignement des théories contraires à sa politique personnelle ; il bannit toute action et activité susceptible d’aider au progrès de la société.

3°/ contrairement à ce que pense M. Aly Touré, les personnes qui participent aux émissions de "Vox Africa" ont le choix d’être favorables ou hostiles au régime, au nom de la liberté d'opinion qui est affirmée solennellement dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789, article 10. Rappelons que la liberté d'opinion signifie que toute personne est libre de penser comme elle l'entend, libre d’être d’accord ou en désaccord avec autrui, libre d'avoir des opinions contraires à celle de la majorité ou des autorités. La Déclaration de 1789 précise d'ailleurs que cette liberté d'opinion s'étend à la liberté religieuse, chacun étant libre d'adopter le culte de son choix, ou de n'en adopter aucun.

4°/ contrairement à ce que pense M. Aly Touré, la critique ne procède pas forcément d’une intention malveillante. La critique et les observations sur un individu, sur une idée, sur une décision sur un régime ne procèdent pas toujours d’un esprit chagrin, mais aussi et souvent du souci d’en révéler les failles, les défauts, les faiblesses, les errements, les insuffisances, en vue d’en améliorer les pratiques, les rouages, les structures, l’organisation, etc. Pouvoir critiquer librement témoigne de l’existence et de la réalité des droits et libertés des citoyens dans un pays, surtout lorsqu’il s’agit de république démocratique. S’en prendre aux défauts d’un être humain garantit son existence et témoigne de l’intérêt qu’on lui porte et, parfois participe de la volonté de voir les choses changer, évoluer différemment.

5°/ L’objectif de M. Aly Touré est clair et nous l’avons bien compris : il s’agit de tirer sur la sonnette d’alarme. Pour M. Aly Touré, il est temps, et même grand temps, que les membres de l’entourage de Ouattara et de son Cabinet, les agents de son service de communication, les militants du RDR « se réveillent et en prennent de la graine », passent à la vitesse supérieure dans la violence et la criminalité. Autrement dit, il vise à inciter les militants, véritable horde de chiens à visage humain, à aboyer et à surtout à mordre à belles dents. Et, pour que la mayonnaise prenne, M. Aly Touré dénature tout : pour lui les débats télévisés sont des « balivernes », les critiques relèvent du « Dénigrement de Ouattara » ou participent d'« une savante entreprise de dé-légitimation à terme du Président Alassane Ouattara », etc.

6°/ Par sa soi-disant « interpellation directe du régime Ouattara », M. Aly Touré voudrait-il, diantre ! nous faire revenir à vingt ans, trente ans, cinquante ans… en arrière?... Peut-il, un seul instant, se rendre compte que c’est très mal conseiller son mentor, et que c’est même indiquer à celui-ci une issue fatale, de la même façon que hier, quelques demeurés lui ont conseillé, idiotement, d'envoyer Laurent Gbagbo à la CPI. En tout cas, tout cela, comme qui dirait, est cocasse, ridicule ! On devrait en rire si ce n'était pas si triste, si nous n’entrevoyions pas le lourd tribut à payer…

7°/ Par sa soi-disant« interpellation directe du régime Ouattara », M. Aly Touré sait-il qu’il a ainsi signé le certificat de décès de la « réconciliation nationale » ? Alors, aux calendes grecques la commission de Banny ! M. Aly Touré sait-il qu’il a ainsi ouvert les vannes pour plonger notre pays dans un état permanent de guerre ? Car, ce qu’il ignore peut-être, c’est que nous n’accepterons plus d’être nargués, menacés, tués. Trop c’est trop ! Nous n’avons pas d’autres choix que de nous défendre, de nous battre, de combattre jusqu’à sa mort ce régime dont nous sommes les victimes et qui est en mission de déconstruction de la Côte d’Ivoire.

8°/ M. Aly Touré sait, ainsi que les autres, que nous avons toujours suggéré des moyens sûrs, y compris le dialogue, pour aller à un « vivre ensemble » fiable, mais cette voie est d’emblée rejetée. Par conséquent, seule reste la riposte la plus appropriée aux actes qu’ils vont être désormais posés. Nous avons mis en place une batterie de moyens pour réagir, pour nous libérer du joug d’Alassane Ouattara, pour gérer les rapports entre les pro-Ouattara et nous. La fin de la peur est déclarée et puis, le RDR n’a pas le monopole de la violence.

9°/ M. Aly Touré et les partisans d’Alassane Ouattara doivent savoir que le pouvoir de leur mentor les conduit à l’abattoir. La sagesse populaire nous instruit qu’on peut être fort le matin, puis être faible à midi ou le soir. De même Alassane Ouattara partira tôt ou tard. C’est la loi de la nature que toute chose ait une fin. Alors, M. Aly Touré et les partisans d’Alassane Ouattara doivent se poser la question de savoir quel avenir cet homme leur propose dans la désunion, pour eux-mêmes, mais aussi et surtout quel avenir pour leurs enfants ? Alors, M. Aly Touré et les partisans d’Alassane Ouattara devraient plutôt penser à l’après ADO, dès aujourd’hui même, et devraient s’abstenir de poser tous actes susceptibles d’obscurcir leur avenir.

Quoiqu'il m’en coûte, c’est ce que je pense... 

 Léandre Sahiri 

lundi 26 mars 2012

Assez de nous investir dans tout ce qui étouffe notre conscience et notre cerveau.

Dans l’écriture de l’histoire récente de notre pays, on retiendra sans doute 2011 comme une année de tous des périls de toutes les valeurs. L’inculture a suppléé la Culture dans une indifférence totale. On a vu un peuple délaissé et désespéré. Un temps tourmenté où se sont mêlés révoltes, douleur, déshumanité… mais aussi espérance et foi en Demain...

Dans cette période troublée que nous vivons, notre avenir sera déterminant par notre capacité, à lutter et à promouvoir la Culture dans toutes ses dimensions. Parce que si des motifs d’inquiétude et de colère ne manquent pas, ceux d’espoir sont en germe. A chacun de nous de les voir, de les partager pour les faire éclore et les propager.

Parce qu’un peuple inculte est dangereux pour lui-même, mais pour l’avenir aussi. C’est pourquoi, notre engagement pour le Livre doit rester inaltérable. Il doit être impérativement préservé. Parce que rien ne pourra nous sauver si, au cours de notre évolution imposée par la société moderne, nous ne parvenons pas à faire en sorte que l’Amour du Livre y soit exalté...

Parce que l’absence tragique du Livre de notre quotidien est un vrai drame. Oser le dire en 2012 peut paraître paradoxal. A l’heure où les maisons d’éditions ont poussé comme des champignons et où, partout, on détecte des talents d’écriture. Mais loin s’en faut. Car, s’est-on demandé quel avenir est réservé au livre et à l’Art en général dans une société vouée au profit immédiat ? Le nombre inquiétant de livres qui moisissent dans les rayons de librairies ou dans les tréfonds des entrepôts est là pour nous réveiller. N’y a-t-il pas plusieurs façons de « tuer » des livres ? Et la plus insidieuse est de faire en sorte que les gens ne soient plus capables de les lire.

Il est vrai que ce genre de cris d’alarme a trouvé peu d’échos dans notre pays ces dernières années… On a, de tout temps, pensé que « plus le peuple est inculte, plus il est facile à diriger ».

Notre Histoire récente ne nous a pas montré le contraire. Saurions-nous alors en tirer de grandes leçons ?…

Qu’espère notre peuple quand le livre reste désespérément absent de son quotidien ? Vecteur de valeurs, de savoirs, du sens esthétique et de l'imaginaire, le livre est avant tout une oeuvre de l'esprit, de la créativité et de la culture des hommes. Il enrichit, de ce fait, le patrimoine immatériel de l'humanité. Le livre constitue, d'autre part, dans les économies du savoir d'aujourd'hui, un instrument d'apprentissage, de partage et d'actualisation des connaissances essentielles à l'exercice de tous les métiers. Lire, c’est donc grandir en esprit. C’est devenir plus responsable de ses actes. C’est vivre les yeux grands ouverts.

Dans «Les mots», Jean-Paul Sartre raconte : « Je n’ai jamais… quêté des nids, je n’ai pas… lancé des pierres aux oiseaux. Mais, les livres ont été mes oiseaux et mes nids, mes bêtes domestiques… la bibliothèque, c’était le monde pris dans un miroir. Elle en avait l’épaisseur infinie, la variété, l’imprévisibilité ». Parce que le Livre, disons la lecture, nous donne des outils pour que nous devenions acteur de notre propre vie et nous offre des moyens qui nous permettent d'effectuer des choix judicieux pour nous-mêmes et pour notre Nation.

En cette année 2012, que les enfants voient, de temps à autre, papa ou maman lire un livre !... Car par le Livre, on pourrait donner aux enfants les armes essentielles pour comprendre la société dans laquelle nous vivons ; par le Livre aussi on pourra faire disparaître notre ignorance et notre incapacité à comprendre les choses les plus banales du fonctionnement des sociétés humaines.

Aimons les bibliothèques et les librairies, furetons dans leurs étagères, saisissons-y un livre, ouvrons-le en son milieu, parcourons-le au hasard. Et si nous pensons que les enfants de Demain méritent mieux que des gadgets, si nous pensons que l’Homme et le Citoyen ivoirien de Demain ne peuvent être réduits à être de simples consommateurs, si vous pensez qu’il est dangereux de livrer la Côte d’Ivoire aux seuls marchands de profits, semons le Livre afin de récolter la Culture. Qu’en cette année 2012, tous les journaux aient leurs suppléments de «Livre» ainsi que le font déjà Le Nouveau Courrier et Le Temps.

Qu’en 2012, nous osions soumettre nos manuscrits aux éditeurs, que nous nous battons pour que nos textes soient acceptés sans trop de modifications ! Que nous luttions pour que ces mêmes éditeurs fassent correctement leur boulot et qu’ils paient nos droits d’auteurs !

Que 2012 soit « la source d’un nouvel enracinement et d’une soif d’engagement qu’aucune médiocrité ne peut épuiser ». Que l’on rompe d’avec cette excellence nationale de toujours accorder la prime à la médiocrité. Certaines volontés se sont émoussées peu à peu au contact d’un système qui gère la stagnation au mieux de ses intérêts. Alors, il nous faut être nombreux à tirer la sonnette d’alarme car ç’en est assez de dire que les Ivoiriens ne lisent pas. Ç’en est assez d’entendre que le Livre coûte cher et de nous voir, au quotidien, nous investir dans tout ce qui étouffe notre conscience et notre cerveau.

Serge Grah

Paru dans Le Filament N°20

mercredi 7 mars 2012

« Les faux complots d’Houphouët-Boigny », de Samba Diarra

Une satire politico-sociale qui dépeint les intrigues politiques du Président Houphouët-Boigny

Professeur de gynécologie-obstétrique et membre de l`Académie des Sciences des Cultures africaines et de la Diaspora (Ascad), Samba Diarra, né  le 31 avril 1931 à Adjamé, est décédé le 26 juillet 2010, des suites d’une longue maladie, à Abidjan. Figure emblématique de l’élite ivoirienne, ses prises de position rompaient avec l’unanimisme au PDCI, alors parti unique.

On se souvient, à ce propos, de son livre « Les faux complots de Houphouët-Boigny », préfacé par Bernard Dadié et publié en 1997, aux éditions Karthala. C’est une satire politico-sociale qui dépeint sans fard, ni gang, les intrigues politiques du règne du Président Houphouët-Boigny, comme si Samba Diarra était décidé à en découdre avec ses opposants, réels ou imaginaires. Samba Diarra démontre que, pour sécuriser son pouvoir politique qui a fait de lui, l‘interlocuteur incontournable sur la scène politique africaine en général et dans la sous-région ouest africaine en particulier, le Président Houphouët-Boigny a imaginé une série de complots partout dont la répression n’a souffert d’aucune faiblesse. Dans le même ordre d’idées, Amondji écrit dans son livre : « … »

Samba Diarra a levé, à travers ce livre, le voile opaque qui a couvert pendant longtemps les complots imaginaires de l‘ancien Président du PDCI ; un président qui avait décidé de régner sans partage sur la Côte d’Ivoire. Ce qui du reste, a montré le contraste effrayant entre cet Houphouët-Boigny là qui préférait l’injustice au désordre, qui régnait en maître absolu et l’autre Houphouët-Boigny, plus connu surtout à l’extérieur comme le « sage » qui voue un culte sacro-saint à l’humanisme, au dialogue, à la paix et la foi religieuse. 

A travers ce livre, que Samba Diarra  lui même qualifie de « voyage dans un enfer tropical », le lecteur constate qu’il y a une volonté  d’écrire pour éclairer la nuit qui couvre la Côte d’Ivoire d’hier et dire le dur calvaire vécu par l’auteur et ses compagnons dans les années 63. L’auteur en bon enseignant, tente de tirer sur la sonnette d’alarme pour que les faits dénoncés ne se reproduisent plus jamais : c’est cela la valeur pédagogique de l’œuvre. C’est un livre satirique qui peut déranger, ébranler des cercles, des clans, des tribus, voire même troubler certains hommes qui ne sauraient comprendre que la belle image du Président Houphouët – Boigny présente des dessous aussi sales et lugubres.

Ce livre reconstitue ces trois complots évoqués et rappeler par la même occasion les répressions dont le Sanwi (Aboisso) et le Guébié  ( Gagnoa) ont été le théâtre. Le livre est le témoignage de l’ancien pensionnaire de la prison d’Etat d’Assabou à Yamoussoukro que fut l’auteur sur les évènements de 1963. L’auteur a été  arrêté le 14 janvier 1963, condamné aux travaux forcés  à perpétuité le 9 avril 1963 et libéré le 4 Août 1966 par grâce présidentielle.
Au total, ce livre lève le voile opaque qui a couvert jusque là  les faux complots imaginaires d’un Président décidé à  régner sans partage sur la Côte d’Ivoire et montre un contraste effrayant entre cet Houphouët-Boigny là et l’autre Houphouët-Boigny, plus connu surtout à l’extérieur, vouant un culte sacro-saint à l’humanisme, la paix et la foi. Les faux complots d’Houphouët-Boigny, un livre à livre absolument!

Serge Grah 

lundi 5 mars 2012

La tête ne sert pas seulement à porter les cheveux, mais aussi et surtout à réfléchir…

Tout le monde le sait, le meeting du Front Populaire Ivoirien (FPI) qui a eu lieu, le samedi 21 janvier 2012, à la place Ficgayo, à Yopougon a été  perturbé et n’a pu aller à son terme. L’interruption brusque est le fait de violentes attaques perpétrées contre les militants du FPI qui entendaient marquer, en fanfare, leur retour dans la vie politique ivoirienne, en tant que leader de l'opposition.
En effet, la fête avait à peine commencé que des jets de pierres mêlés  à des gaz lacrymogènes sont venus perturber le meeting. Selon toute vraisemblance, il s’agissait précisément de gros cailloux lancés par de jeunes militants du RDR, le parti du président Alassane Ouattara, venus intimider ceux qui soutiennent Laurent Gbagbo. Ces agresseurs, des individus se réclamant d’Alassane Ouattara et du Rassemblement des républicains (RDR), sont parvenus à faire fuir la foule, affolée par ces pierres qui s'écrasaient jusque sur le podium.
Cette attaque qui a fait des morts et des blessés soulève une multitude de questions que beaucoup de personnes se posent. C’est pourquoi, comme à mon habitude, je vais me permettre de poser ces questions et dire ce que je pense.
La première interrogation porte sur l’opportunité et le bien-fondé de cette manifestation : sachant que le pays vit dans l’insécurité totale, vu que beaucoup de jeunes ont déjà été tués précédemment dans de telles manifestations, y compris dans le bouclier humain, était-il vraiment nécessaire et utile d’organiser ce meeting ?
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La deuxième interrogation porte sur les conditions d’organisation : étant donné que M. Ahmadou Soumahoro, secrétaire général du RDR, au lendemain du premier meeting du FPI à Koumassi le 4 septembre 2011, avait déclaré publiquement son désir d`empêcher par tous les moyens les meetings de l`opposition qu`il a qualifiés d`insurrectionnels et d`arrogants, étant donné que le RDR reproche au FPI d’avoir refusé de "saisir la main tendue par le pouvoir", étant donné que le ministre de l'Intérieur, M. Hamed Bakayoko n’avait donné son accord pour la tenue de ce meeting que, après plusieurs négociations et tergiversations, avait-on pris toutes les mesures et toutes les dispositions utiles pour parer à toutes éventualités, du moins pour ne pas tomber dans le piège du pouvoir ?
La troisième question concerne le cadre choisi pour ce meeting : Comment, pour une rencontre d’une telle envergure et d’un tel enjeu, s’est-on limité à un espace ouvert à tous les dangers, au lieu d’un stade ou autre terrain clôturé ? La place Ficgayo est un espace grandement ouvert où l’on célèbre généralement des funérailles et des bals populaires ; c’est un espace qui, au contraire d’un stade ou d’une salle de cinéma, n’offre aucune garantie de sécurité. A-t-on eu idée et conscience de livrer les militants et sympathisants du FPI, en bétail, pieds et poings liés, à la hargne et à la folie meurtrière des forcenés du RDR ? S’est-on imaginé un seul instant que le pire aurait pu survenir, comme par exemple l’élimination physique des dirigeants du FPI ? Et là, nous n’aurions eu que nos yeux pour pleurer.   Là -dessus, il faut saluer l’attitude responsable du PDCI qui, cette fois-ci, ne s’est pas allié au RDR dans cette manœuvre diabolique mettant en mal les principes démocratiques et confirmant, une fois de plus, la nature tyrannique du régime d’Alassane Ouattara. Cette attitude de retrait du PDCI montre-t-elle que les dirigeants de ce parti ont compris qu’il est irraisonné et dangereux d’accompagner le diable qui prend le parti de détruire nos propres parents et de brader nos ressources et la terre de nos ancêtres ?  Les dirigeants du PDCI ont-il enfin jeté le voile qui couvrait leurs yeux, en ce qui concerne les motifs et les mobiles  qui sous-tendent leur accointance avec le RDR, dans le cadre du RHDP mis en place par M. Alassane Ouattara pour parvenir à ses fins...
De tout ce qui précède, il ressort que, désormais, nous devons savoir raison garder, dépassionner le débat. Nous devons éviter les positions de courte vue. Nous devons nous comporter en êtres intelligents et pensants.  Nous devons éviter de traiter les militants en « bêtes à visage humain » et les mener à l'abattoir inutilement, je veux dire : pour rien. A quoi a servi et devait servir le meeting de Yopougon, très franchement? A-t-on imaginé ce qu’aurait pu arriver si les militants du FPI étaient déterminés et suffisamment armés  pour la riposte à cette agression?
Dieu nous a  donné  notre tête, pas seulement pour porter les cheveux, mais aussi pour réfléchir. Or, nous utilisons très peu notre tête pour cette deuxième fonction, hélas! C'est le malheur de l'Afrique. Comment organiser un meeting sur un terrain à ciel ouvert alors tout le monde sait qu'il y a l'insécurité? Comment les dirigeants du FPI peuvent-ils nous convaincre qu’on ne pouvait pas se passer de ce meeting? Et qu’avons-nous obtenu de ce meeting, si ce n’est des morts et des familles endeuillées, des handicapés à vie et que sais-je encore. C’est tout simplement malheureux !
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Avant d'accuser le RDR, accusons-nous nous-mêmes d'abord, ayons le courage de faire notre auto-critique et notre mea culpa, reconnaissons nos égarements et dérèglements de cette espèce, lesquels nous ont menés là où nous sommes aujourd'hui, y compris avec des milliers de morts, des leaders en exil et en prison, un régime anti-démocratique, etc.  C'est là  que je suis d'accord avec Mme Danièle Claverie : changeons de manière d'être et de faire la politique.
Quoiqu'il m’en coûte, c’est ce que je pense...

Léandre Sahiri

Paru dans Le Filament N°19

dimanche 4 mars 2012

Mettre un terme à la « solution »

« Que Monsieur ADO sache qu’on ne prend pas un peuple comme on va prendre une prostituée ». Venance Konan
 
Un nouvel Etat nazi est-il né ? Cette fois-ci, l’Europe est épargnée, car, c’est en Afrique que le nazisme hitlérien renaît de ses cendres. Le triste passé de notre humanité semble se conjuguer avec le présent.
En effet, Alassane Dramane Ouattara et ses rebelles, le sang des innocents ivoiriens versé, pour aucune cause valable fait craindre le pire. Le sol ivoirien a été  souillé depuis qu’il y a mis les pieds.
Si vous observez bien Ado et son régime et si votre regard est suffisamment critique, vous constaterez que nous avons à faire à un régime Nazi et non dictatorial (la différence est de taille !).

Un régime Nazi est né 

Voici les caractéristiques du nazisme : la hiérarchisation de la population, la catégorisation de la population, la détestation d’une partie de la population, la violence et les assassinats comme réponse politique. Il est aussi indispensable de savoir comment ils ont pris le pouvoir, quelles stratégies ils affectionnent, et quelles sont leurs méthodes de propagande.
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Hitler et les nazis étaient membres d'une société secrète qu'on peut qualifier de luciférienne, la Société de Thulé (qui se rattache à la "Fraternité de la mort", tout comme les Skull and Bones). Alassane Dramane Ouattara et ses proches collaborateurs sont eux aussi membres de la très sanguinaire loge maçonnique africaine.

Dans les régimes fascistes, le mensonge est érigé en méthode de gouvernement. Ecoutez Hitler et soyez attentif aux discours du président. Blanc bonnet, bonnet blanc. Un autre principe de la propagande fasciste du régime d’Ado est l'inversion de la réalité. Comme par exemple présenter la guerre de la France en Côte d’Ivoire comme « la libération du peuple ivoirien », ou bien affirmer que « la rébellion armée » conduite par Soro guillaume n’a commis aucune exaction. Tout cela fait partie de la stratégie qui consiste à organiser des crimes pour en accuser ses adversaires et justifier leur élimination. Comme par exemple les tueries de Duékoué en 2011 perpétré par les rebelles pro-Ouattara et attribuées à des « mercenaires » pro-Gbagbo.

Une autre caractéristique du fascisme et plus particulièrement du nazisme du régime d’Ado est la fanatisation de la population en attisant la haine contre les militants ou sympathisants du camp opposé dont les représentants sont devenus des boucs émissaires et la cible d'une violence encouragée et légitimée par le nouveau pouvoir. La haine en l’encontre de Laurent Gbagbo et les militants de LMP est depuis longtemps ce qui réunit le RHDP et les rebelles. Rappelons que pendant la crise post électorale, ce sont des cadres du RHDP qui encourageaient les rebelles-dozos à  aller jusqu'au bout dans la « solution… finale ». 

Ado fait régner une terreur sur les militants LMP pour les impressionner, les intimider et les éliminer. Il laisse donc prospérer sa Gestapo locale dite FRCI.
Dans cette Côte d’Ivoire de 2011, le nazisme d’Ado fait exécuter ou déporter ses opposants dans des camps de concentration de Korhogo, de Bouna, de Boundiali, etc., mène la persécution contre n’importe lequel des militants LMP. Ceux-ci sont presqu’exclus de la nouvelle société ivoirienne mise en place par Ado, avec le même modus opérandis, la même violence, les mêmes agissements, la même arrogance, et un tribalisme exacerbé.

Entre terrorisme, promptitude et amnésie.
Voici une cohorte de criminels de guerre jamais inquiétés, leurs crimes contre l’humanité  perpétrés au su et au vu de tous, une arrogance affichée, avec en clé, une  surprotection dont il bénéficie de la France et de l’ONUCI. Les crimes commis par Ado et ses rebelles depuis 2002 font de lui le chantre de l’horreur absolue, l’homme le plus monstrueux que l’Histoire de la Côte d’Ivoire ait connue...
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Aujourd’hui, au nom de quel principe la France fait-elle inculper Laurent Gbagbo et laisse Ado et ses rebelles sanguinaires ? A quoi rime ce théâtre où  seul, se joue une même rengaine, la symphonie de «la justice des vainqueurs»  ?
Avant que le pire n’émerge et rende nos discours, nos idées, nos réflexions dérisoires et caduques au profit d’un embrasement généralisé de la Côte d’Ivoire…, il conviendrait d’imposer à Ouattara, responsable de «  crimes de guerre», la condamnation claire et sans équivoque qu’il mérite. Ainsi, on pourra mettre un terme à la «Solution»  qu’il croit incarner.  

Nikitta Kadjoume

La politique et le savoir

Il est aujourd’hui triste, très triste, de constater et d’entendre dire, dans les milieux politiques, que le savoir n’est pas important. Les sociétés secrètes deviennent, de plus en plus, la nouvelle donne qui ouvre les portes du pouvoir, du bonheur et de l’existence elle-même. Des aspirants politiques, nés de la dernière lune, refusent, de la manière la plus paradoxale et en public, de reconnaître la place prépondérante qu’occupe ‘le sachant’ dans la vie d’une nation.

Que cache l’attitude de nombreux néo-politiciens qui sont réfractaires au savoir ? Et, en quoi une telle vision représente un danger ?

Qu’est-ce que le savoir ?

Le mot savoir provient du latin ‘sapere’, qui signifie : posséder de la saveur, goûter, connaître. Avec l’évolution du temps, le mot savoir, après avoir transité par une forme figurée, a pris le sens actuel et désigne un ensemble de connaissances ou d'aptitudes reproductibles et transmissibles, acquises par l'étude, l'observation, l'apprentissage et/ou par l'expérience. Le savoir désigne également l’état d’une personne qui, en quelque sorte, est « informée » ou qui a la « tête bien pleine » et la « tête bien faite ».

De même, le savoir se rend plus visible et pratique sous le nom de « savoir-faire », « savoir-vivre », etc. C’est en ce sens qu’on appelle « intellectuel » celui dont le savoir repose sur l'appropriation effective des connaissances ou la création de concepts, en parallèle avec le développement des savoirs des sciences et de la philosophie. Par ailleurs, la notion de «savoir être», utilisée notamment dans le champ de la formation des adultes, renvoie aux attitudes et comportements qu'un sujet met en œuvre pour s'adapter à un milieu.

Le savoir est une ressource indispensable et utile à tout être humain

Le savoir est une ressource de nature immatérielle indispensable à tout être humain et utile pour l'action, la performance, la réussite : « Savoir, c'est pouvoir ! ». C’est en cela que le savoir constitue une valeur ajoutée, en rapport avec l'expérience vécue, l’environnement, les intérêts et les besoins. Cette valeur ajoutée prend l'allure d'un bien et même d'un « bien social et économique », en plus de sa dimension psychologique.

L’acquisition du savoir suppose un processus continu d’apprentissage, d’études, d'assimilation et d'organisation des connaissances par soi-même ou dans les structures et des institutions mises en place par les communautés humaines, telles que la famille, l’école, etc.

Dans ces structures et institutions, l'éducation a pour mission d'aider à l'acquisition et à l'appropriation du savoir, à la socialisation de l’individu ; l'enseignement a pour but de compléter l'acquisition de connaissances et le savoir-faire, pendant que la formation professionnelle est chargée de la transmission des savoirs professionnels. Quant à la pédagogie, elle élabore les conditions de cette transmission.

Selon les époques et les cultures, la conservation du savoir et la transmission des connaissances s'appuient sur la communication orale et l'expression écrite. Des « entrepôts du savoir » sont créés et entretenus comme mémoire collective. Ce sont : les « forêts sacrées », les temples, les sanctuaires, les bibliothèques, les centres de documentation, etc.

Le savoir et la politique

Dans l’ancienne Grèce et chez les Romains par exemple, ne faisait pas de la politique qui voulait.

Certes, l’âge était pour beaucoup dans la sélection des représentants de la nation ; mais, le savoir occupait une place si importante qu’il n’était pas permis à tous les hommes, même d’un âge avancé, de faire de la politique sans un minimum de savoir. Cela veut dire qu’on pouvait être d’un certain âge, respectable, sans toutefois prétendre à un poste politique, si le minimum de connaissances (littéraires, guerrières, historiques, scientifiques et autres) n’était pas acquis.

Cette vision qui demande au dirigeant le minimum de savoir devrait être en vigueur en Afrique et sur d’autres continents du tiers-monde.

Malheureusement, alors que le savoir occupe une place prépondérante pour faire de la politique, beaucoup d’Africains refusent d’apprendre. Ils arguent que l’on n’a pas besoin d’être bardé de connaissances, ni de diplômes, pour diriger une nation ou une grande compagnie, etc. Ainsi, la nouvelle classe des politiques africains regorge de gens qui rejettent systématiquement le savoir ou refusent d’étudier, mais qui ont recours au fétichisme, aux sociétés secrètes et/ou aux armes pour arriver au pouvoir.

En Côte d’Ivoire, avec le canon à la main comme dans un film ‘Western’, Soro Guillaume est devenu Premier Ministre, sans avoir terminé ses études et sans avoir auparavant exercé une quelconque fonction. Ailleurs, Joseph Kabila est devenu le chef d’Etat en utilisant les mêmes méthodes et en s’attachant les amitiés des francs-maçons, des rosicruciens et autres sociétés secrètes qui détruisent l’Afrique pour le compte de l’Occident. Aux Etats-Unis, M. George W. Bush est devenu président de la république avec les connections de son père qui fut, lui-même, président.

Cependant, il est à noter que tous ces parvenus n’ont pas changé leur histoire personnelle, ni celle des nations qu’ils dirigent ou ont dirigée. Entre autres, M. George W. Bush qui, comme on le sait, fut traité pour alcoolisme et pour autre comportement antisocial, fut un piètre président...

Toute personne qui ne respecte pas le savoir et qui contraint les masses à se détourner du savoir, est un ennemi de la liberté individuelle et publique.

Il est temps, vraiment temps que les politiques, et singulièrement les politiques africains, cessent d’endormir les masses. Il faut qu’ils encouragent les jeunes (et même les vieux qui le désirent encore), à aller à l’école, à apprendre, à accéder aux structures indiquées pour l'acquisition et l'appropriation du savoir. C’est en procédant ainsi que les Africains réussiront à réduire et à éradiquer l’ignorance, la misère et les souffrances et sortiront de l’état dans lequel ils sont maintenus depuis des siècles par l’Occident.

Voilà pourquoi nous estimons que M. Alassane Ouattara qui a fermé les universités en Côte d’ivoire est le premier ennemi de notre pays. Avec les armes, les occidentaux et leurs alliés kidnappent, tuent, violent des Africains et exploitent les richesses de l’Afrique sans souci et sans vergogne. Dans ces conditions, pour les Africains qui sont militairement faibles, le savoir constitue la meilleure arme de défense. Formons-nous en ayant en tête l’indépendance de l’Afrique. Sans information, sans formation, sans culture politique, sans échanges, l’Africain sera annihilé par les forces brutales qui ne connaissent ni loi, ni humanisme. Il ne faut pas perdre de vue que les lois des Occidentaux changent selon leurs intérêts du moment et selon la couleur de la personne qui discute avec eux. Retenons cela et formons-nous dans ce sens, si nous tenons à vivre et à nous libérer du joug de l’occident et de certains Africains qui sont les pires ennemis de l’Afrique.

Accéder au savoir pour constituer une force de libération pour l’Afrique

C’est grâce au savoir que l’occident se positionne en norme universelle. Combien de fois n’avons-nous pas été amenés à haïr nos cultures au profit de celles venues du Nord ?...

Il faut que nous nous réveillions. Il faut que chacun de nous joue son rôle. Que chacun, chaque soir, fasse le bilan des pas posés pour libérer l’Afrique. Que chaque africain œuvre à réduire les heurts entre nous, à annihiler les conflits qui constituent une véritable plaie et la fissure par laquelle l’Occident infiltre nos rangs facilement pour nous détruire.

Le savoir est un outil. Instruisons-nous pour nous approprier cet outil pour libérer l’Afrique.

Le savoir est une arme, profitons-en. Ceci est tellement vrai que Bergson dit du savoir : « Savoir, c’est prévoir pour agir »1.

Le savoir donne également une satisfaction personnelle et permet à celui qui le possède de devenir l’éclaireur qui sort son peuple des pénombres de l’ignorance qui l’exposait à tout danger.

Le savoir est une force, instruisons-nous pour ne pas demeurer à vie nos propres « égorgeurs »2 et de mauvais enfants pour l’Afrique.

Sylvain De Bogou

Paru dans Le Filament N°19

« Homo sum, humani nil ahme allenium puto »

Cette expression latine signifie : « je suis homme, et rien de tout ce qui est humain, ne m'est étranger ». C’est donc, en tant qu’humain que je vais ici me permettre de parler franchement, de donner mon avis sur certains aspects cruciaux de la politique de chez nous.
D’abord « l’affaire Affi Nguessan ». Comme vous le savez, c’est l'intervention de M. Affi Nguessan, peu avant les élections de novembre 2011, qui a été la cause de son arrestation après les élections, sous prétexte qu’il est un  instigateur de troubles publics. Et pourtant, l'intervention du président du FPI qui a suscité son arrestation n'est pas  plus grave que celle-ci : « Si je ne suis pas candidat, je rendrais ce pays ingouvernable ». 
Aux dirigeants politiques ivoiriens de cette époque, permettez-moi cette question : quelles ont été vos réactions et vos actions vis-à-vis de cette offense contre l'état et la nation ivoirienne? Rien !
Ceci m’amėne à  dire un mot de l’attitude des responsables du FPI. Ils doivent reconnaître que les leaders ivoiriens qu'ils étaient n'ont pas su gérer la politique du temps. Il y a eu de l'indolence dans les décisions politiques. La défense de l'état et la sécurité de la nation n'étaient guère leurs soucis, ni préoccupations, avec tous les biens amassés. Et alors, aujourd’hui, nous voici face aux conséquences amères dont le prix n'est payé que par les innocents, comme toujours.
C’est pourquoi j’aimerais tant leur dire qu’il est grand temps de se convaincre de leur inefficacité  et de battre en retraite, ou de garder silence, surtout quand cela est nécessaire. Et si c'est le cas, ils seraient encore remis de leurs peines d'avoir conduit le pays à la ruine. Et, ce qui est pire encore aujourd'hui, c’est que certains d'entre eux continuent à  faire la cour à une dictature sans précédent. A quand le sérieux ? A quand le vrai engagement pour notre libération?
De ce point de vue, les opposants ivoiriens doivent éviter les erreurs qui freinent les actions et qui empêchent la lutte pour notre libération. Les opposants ivoiriens doivent se mettre dans la tête que la libération n'aura ses effets positifs que dans le silence, dans la discipline et dans la discrétion. Ce n’est pas en étant trop bruyants, sans un minimum de  sens de la diplomatie.  Alors, taisons-nous pour mieux réfléchir à notre stratégie et, le moment venu, pour mieux agir!
Le doyen Thomas Oholli Niamké

Paru dans Le Filament N°19

mardi 31 janvier 2012

Bonne année !

Mon frère, ma sœur, je souhaite Bonne et heureuse année ! Santé de fer, d'acier, de manganèse, de bauxite, de phosphate, etc.

Que le Seigneur t'accorde tout le bonheur du monde. Que l'année nouvelle te permette de réaliser tous tes rêves, même les plus insensés.

Cette année, Dieu nous rendra visite, chez nous à domicile. Le ciel descendra à quelques centimètres de nos têtes afin que nous puissions compter les étoiles. Joyeuse année donc. Nous pouvons croiser nos bras maintenant, et si nous avons tant sommeil, dormir en nous enveloppant dans le drap de nos illusions.

Voici donc une nouvelle année. Une autre année. Bonne et heureuse année à tous et à toutes !

Personnellement, cette période d'échange de vœux m'agace un peu. Au-delà du rituel, les comportements (ceux des Africains surtout) sont trop mécaniques. On en retient chaque fois la dimension festive. L'aspect carnaval. Le moment de jouissance. On hurle, on se trémousse et on milite en faveur de tous les excès. Après quoi, on distille des "Bonne année" sans fondement.

Une nouvelle année est forcément l'occasion d'un bilan ; et un bilan s'établit en fonction d'un ou des objectifs. Il peut être individuel ou général.

Quel bilan peut faire la Côte d'Ivoire au terme de l'année qui vient de finir ?

J'observe, pour ma part, que ce bilan est à la fois négatif et honteux.

J'ai, en effet, honte de voir mon pays comme un protectorat. Honte de le voir couper en deux avec des administrations différentes. Honte de constater le pillage systématique de nos ressources par les rebelles. J'ai honte de voir les Ivoiriens affamés, errant sans espoir dans leur propre pays.

J'ai honte du sort des "déplacés de guerre". J'ai vraiment honte de voir mon pays administré depuis le conseil de sécurité. J'ai honte de la transition politique. J'ai honte face au désarroi de mon peuple. J'ai d'autant plus honte que j'ignore la fin de cette crise qui déshumanise. Joyeuse année 2012 ! Si 2011 a été une très bonne année pour la rébellion, on ne peut dire autant pour le peuple de Côte d'Ivoire.

Une année nouvelle n'a jamais été porteuse de miracle. L'année change chaque fois à la même période. Elle a chaque fois une durée de 12 mois. Ce qui compte c'est de changer de comportement face aux enjeux du développement.

Pour 2012, j'invite les Ivoiriens à ne pas réfléchir par procuration. Qu'ils revendiquent leur propre intelligence. Je souhaite qu'ils examinent, par eux-mêmes, les raisons qui motivent leur misère et qu’ils contribuent à sa résolution.

Bamba Abdoul Karim

Paru dans Le Filament N°18

jeudi 19 janvier 2012

Au pays des livres frustrés !

C’est un pays des tropiques, un pays comme tous les autres pays des tropiques. Dans ce pays, mon pays hélas ! les gens se nourrissent de politique et dansent jusqu’au bord de la démence au rythme des « valses de la république ». Dans ce pays mien, le livre n’est pas un bien personnel ni public, encore moins un précieux trésor. Dans ce pays, le livre est une chose encombrante, vague, imprécise, innommable, lointaine. On le retrouve, parfois, aux périphéries des projets sociaux, des programmes de gouvernement ; aux périphéries des rêves et des utopies. Les gouvernants le méprisent, les décideurs l’évitent, les populations l’ignorent.

C’est le pays des livres frustrés.

Dans ce pays, mon pays, malheureusement, on n’investit pas dans la construction des bibliothèques. Les quelques rares bibliothèques qui existent sont des épaves architecturales, pauvres en livres, pauvres en visiteurs, pauvres en rencontres de lectures et de débats littéraires. Ces bibliothèques indigentes ressemblent à des cimetières. Ce sont des bâtisses délabrées, tristes comme des termitières vidées de leur fourmilière. Les bibliothèques sont des caveaux où des livres assassinés sont enterrés. Des casiers profonds comme des tombeaux exhibent des livres squelettiques, chétifs, décharnés. Des livres sans couverture, des livres sans charmes, sans références, à moitié amputés de leurs pages, des livres blessés, des livres en agonie.

Nous sommes au pays des livres frustrés

Dans ce pays mien, il n’existe plus de clubs littéraires dans les lycées, on n’y rencontre plus des amis du livre. Les chefs d’établissement sont empêtrés dans des histoires d’argent à happer, dans des caisses noires à construire, dans des recrutements de tous les cancres refoulés du lycée voisin. Les apprenants apprennent à se faire peur en semant la terreur. Ils préfèrent les téléphones portables aux livres, ils préfèrent les sms paresseux aux phrases policées et succulentes. Les maîtres démotivés sont plus tournés vers leurs « affaires » que leur vocation, abandonnant les livres à leur pauvre sort d’objets sans valeur.

Nous sommes au pays des livres frustrés

C’est ce fameux pays où les enseignants détestent lire. Où les journalisent refusent de se former pour ne pas être obligés de lire. Où le ministère de la culture est l’enfant mal aimé, un enfant famélique, décharné, à qui on tend quelques pièces de monnaie lorsque les autres enfants, les plus dodus, les plus graisseux ont fini de se servir.

A quoi bon lire ? À quoi bon célébrer les écrivains ? À quoi bon divulguer le livre quand les contre-valeurs ont pris le pas sur les valeurs ? Quand tout se mesure en termes de pouvoirs d’achat, de billets de banques, de bolides, de villas… ?

C’est le pays où l’on célèbre les guérilleros, les dozos, les commandants de je ne sais quelle unité militaire…Aux livres, on préfère entretenir une soldatesque aux humeurs dantesques et aux dérives grotesques. Les savants et autres hommes de lettres sont moqués, humiliés. Ici on célèbre les éventreurs, on promeut les égorgeurs, on décore les faussaires et autres menteurs.

C’est le pays des livres frustrés.

Dans ce pays pourtant envié, le livre est méprisé, vilipendé, calomnié, diabolisé blessé, humilié, rejeté. Aux enfants, on ne donne pas de livres ni de bandes dessinées comme cadeaux de Noel. Aux enfants on donne des jeux vidéo, des fusils comme joujoux, des gadgets abêtissants. Aux enfants on ne lit pas des menus textes, aux enfants on ne clame pas des poèmes au coucher. Plutôt, on leur chante des cantiques « yôrôbô, on leur hurle des couplets hautement « coupés » et grandement « décalés », des romances en faveur des possédants illettrés et des nantis crétinisés.

Nous sommes au pays des livres frustrés.

Dans les familles, dans les salons traine toujours pourtant une bibliothèque. Un objet de décoration en fait. Car on n’y trouve aucun livre. Là, on range les assiettes, les cuvettes, les casseroles, les verres…signes visibles d’un stupide embonpoint financier. Un livre dans cette bibliothèque est un signe d’indigence. Jamais la famille ne se réunit autour d’un livre pour échanger des impressions. Ici, on ne se réunit que devant le poste téléviseur pour consommer des films incestueux et concupiscents venus de l’autre côté de l’océan.

Nous sommes au pays des livres frustrés.

Pourtant c’est le pays de Bernard Dadié, c’est le plus grand des démiurges ivoiriens un précieux fétiche. Mais ici, le sacré n’a pas de sens. Et Dadié fut battu, profané comme un sanctuaire désacralisé, par une horde de soldats sortis des profondeurs de l’enfer. Aucun mot de consolation du gouvernement, aucun réconfort de l’Etat. Dadié n’est qu’un écrivain, il n’a ni treillis, ni kalache, ni argent …

Oui nous sommes dans un pays des tropiques, nous sommes dans un pays d’Afrique où le fric sert à alimenter la politique.

Ici les cancres sont galonnés, les illettrés propulsés, les analphabètes nommés et distingués.

C’est le pays des livres frustrés

Dans les librairies, des livres, aux départs, gais et confiants attendent, attendent, attendent d’être invités dans un foyer, dans une chambre, dans une famille, dans une vie, dans un bureau…en vain. Ils sont là sur les étagères, le visage renfrogné, le sourire écrasé, un rictus au coin de page.

Dans ce pays, l’université est fermée, les bibliothèques des universités sont fermées, les livres des étudiants sont fermés, les modules des maîtres sont fermées. Hier on disait que l’intelligence est en danger, aujourd’hui l’intelligence est assassinée à coups de kalaches, et de roquettes. Joli progrès dans ce pays où l’on meurt d’overdose de « politiquinine ». Ah cette guerre ensanglantée contre le temple du savoir ! Ah ce spectacle des guérilleros grisés entrain de « rafaler » les livres, ses objets trop bavards et pourtant muets !

Nous sommes au pays des livres frustrés.

A l’entrée d’un quartier, se dresse une dizaine de bâches où attend la multitude crétine qu’arrivent les politiciens démagogues manipulateurs pour les abreuver de discours politiciens. Au sol, un livre couché, étalé, ouvert, les jambes écartelées. Un livre qu’on piétine, qu’on chute du pied, qu’on broie.

Malgré ses plaintes, le livre a continué de subir les coups de boutoirs de ces chaussures allant écouter le galimatias des politicards. Et le livre est là, couché, piétiné, souillés par la poussière, par la latérite rouge de ce quartier où l’on préfère des hommes en treillis anémiés.

Maintenant, le pauvre livre ne tient plus. Un coup violent l’a éventré. Et voilà ses entrailles dehors, exposées au vent, au soleil, à la pluie, à l’infection. Les mots et les phrases blessés agonisent. Et personne pour porter secours au livre moribond, au livre souffrant.

Soudain un enfant sort des rangs, jette un regard plein de compassion au livre agonisant. Il se baisse et prend le livre. Il dépoussière le livre, il le nettoie avec son mouchoir, il le décrasse et s’en va avec son objet sous le bras. Dieu, le Très Haut l’observe et sourit. L’enfant sent Son Regard sur sa tête ; il s’arrête. Une voix se fait entendre. Il est le seul à percevoir cette voix venue du Ciel : « Tu as sauvé le livre, mon enfant. Fais un vœu pour la nouvelle année et je l’exaucerai ». L’enfant sourit. Le vœu l’habite depuis des semaines. Il n’hésite pas : « Mon vœu est que la Côte d’Ivoire renaisse au livre ». Brusquement un éclair illumine le ciel suivi d’un grondement de tonnerre. Puis la voix retentit : « Si tous les habitants de ton pays étaient habités, comme toi, par le même souci de donner une grande place au livre, il n’aurait jamais connu de guerre. Car la guerre est une conséquence de l’ignorance ». L’enfant poussa un soupir…

Macaire Etty, Critique littéraire

 

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