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mercredi 9 mai 2012

Il pleut sur mon Gbagbo
















En ce début de printemps,
Il pleut sur mon Gbagbo.                      
Pas de giboulée de printemps,
Il pleut  sur mon Gbagbo.                                      
Pas de crachin sur mon Gbagbo,                                                        
Il pleut sur mon Gbagbo.                                                                         
Il pleut ce matin du onze avril,                                                                
Il pleut ce onzième avril.                                                                         
Depuis l’an deux mille,                                                                           
Il pleut, pas d’eau,  mais de mille ;                                                         
Voire de  millions d’éclats de feu.                                                        
Ils tombent des cordes de feu
Traitreusement  lâchées par L’ennemi.
Il tombe du ciel,  à n’en plus finir Des  bombes.
Les poitrines des patriotes comme des tombes,
S’offrent en holocauste au sol.
Des avis émis
A l’unanimité, disent  qu’il pleut sur mon Gbagbo
Il pleut sur Cocody
Il pleut sur la résidence
A cet  endroit mien, bien sûr, 
Mon cœur saigne quand
Sur  ce onze avril 2011, revient
Le funeste souvenir  de  sang
A nouveau ma plaie de sang
S’ouvre et la douleur revient
Parce qu’à ce triste anniversaire
Sous cape,  rit l’adversaire.                                                   

Julius Blawa Gueye 

(Extrait de « Larmes de patriote »)

samedi 31 mars 2012

De l’implication de Tiken Jah Fakoly dans la rébellion

Dans une interview accordée au journaliste Yacouba Gbané, et publiée le 13 Août 2010, Abdoulaye Traoré alias AB, ex-chef de guerre de Man, a déclaré, en ce qui concerne le rapport de l’artiste Tiken Jah avec la rébellion : « Notre arrestation au Mali a été menée par Tiken Jah. Nous étions en Libye lorsque Tiken Jah nous a demandé de venir le rejoindre au Mali pour parler affaire. Nous n’avons pas trouvé de problème à cela. Puisque, avant l’attaque du 19 septembre 2002, c’est lui qui était notre tuteur au Mali. Quelques jours après notre arrivée, nous avons été mis aux arrêts. Pendant notre incarcération, Tiken Jah n’a pas mis les pieds dans notre lieu de détention. C’est après que nous avons été informés que c’est lui qui a été actionné par les services de Guillaume Soro et les services secrets du Mali pour nous conduire dans ce traquenard. C’est l’un des pions essentiels de la rébellion. Il a joué un rôle très important. C’était un pion essentiel. Il était chargé d’héberger tous les éléments à Bamako. C’est lui le tuteur. Il nous a mis dans toutes les conditions. Il organisait des concerts. Les fonds recueillis étaient mis à notre disposition. Il s’est enrichi dans la rébellion. Il faisait du trafic du coton. C’est son petit frère qui était chargé de convoyer les camions vers le Mali. Il était dans un deal avec Kouakou Fofié… Tout ce que je vous dis, c’est la vérité. Il le sait. Il ne peut pas le nier. C’est lui qui était chargé de galvaniser les troupes à travers des chansons. Il nous encourageait à réussir notre mission. Lui et toutes les autres connexions ne veulent pas de la fin de la guerre. Ils mangent tous dedans. C’est pourquoi, cela nous fait sourire quand on parle de désarmement ».

Après de tels forfaits, du moins après avoir ainsi « mis son art au service de la rébellion » et s’être enrichi par le commerce de tout genre, dans la zone de non droit au nord, si l’on en croit Abdoulaye Traoré alias AB, Tiken Jah Fakoly, chantre autoproclamé de la lutte contre la Françafrique, se donne désormais pour credo la « réconciliation nationale ».

Dans ce cadre, Alassane Ouattara l’a reçu le 11 mai 2011 au Golf Hôtel. Au sortir de l’audience, Tiken Jah a déclaré : «Nous avons évoqué le rôle des artistes dans le processus de réconciliation nationale. Dans les jours à venir, nous allons organiser une tournée nationale de réconciliation qui va parcourir certaines villes de l’intérieur avec l’apothéose ici à Abidjan » .

Dans son nouveau rôle, Tiken Jah Fakoly organise des concerts, anime des conférences de presse, réhabilite l’hôpital Félix Houphouët-Boigny, offre des matelas et des moustiquaires imprégnées. Ne nous laissons pas distraire par de tels actes. Nous savons qu’il joue là au pompier, après avoir joué au pyromane. Nous l’avons entendu claironner : « C’est une manière pour nous d’amener les populations à oublier, un tant soit peu, les affres et les meurtrissures de la guerre, et à s’inscrire dans la réconciliation, car il est dans l’intérêt de toutes les filles et fils de la Côte d’Ivoire de se réconcilier » .

Que Tiken Jah Fakoly se détrompe ! Ce ne sont pas ses tintamarres et autres fadaises qui feront oublier…, qui feront se réconcilier les Ivoiriens. Car, se réconcilier, c’est dialoguer ; et dialoguer signifie qu’on communique. Mais alors, peut-on communiquer sans être sur la même longueur d’ondes? Peut-on aller à la réconciliation quand le peuple n’a pas fini d’enterrer ses morts, n’a pas fini de les pleurer, encore moins de faire le deuil ?... Même si on peut obliger une personne à applaudir, saurait-on l’obliger à être contente ?…

Que Tiken Jah Fakoly se détrompe ! Les Ivoiriens ont compris son double jeu, comme le confirme le texte intitulé « Le double “je” de Tiken Jah » que nous vous proposerons à lire ou relire dans notre prochaine parution.

Léandre Sahiri et Julius Blawa Gueye.

(Extrait de « Côte-d’Ivoire : Mettre fin à la tyrannie et restaurer la démocratie »).

lundi 5 décembre 2011

Côte d’Ivoire : L’école est à l’agonie.



L’école dans notre pays,  se meurt lentement, mais sûrement.

Un état des lieux au lendemain du conflit armé est assez révélateur de la situation d’agonie de notre école, ainsi que du but visé par l’armée des rebelles. Un confrère a décrit la situation avec  des détails minutieux (voir encadré). Déjà en 2002, lors de l’envahissement des zones du Nord et de l’ouest par la rébellion, les salles de classe avaient été prises pour cible, afin d’y loger la soldatesque (dozos et rebelles). Pendant plus de huit années, la dégradation des infrastructures scolaires a été poussée à un rythme exponentiel. La descente des rebelles vers Abidjan a donné l’estocade générale. Non seulement,  les bâtiments administratifs ont été dégradés et détruits, mais  les archives et la mémoire de tout ce qui constitue la connaissance universitaire a été ravagée  par la furie destructive des hordes de soldats analphabètes. Tous les temples du savoir ont été éventrés, balafrés puis occupés par des gens qui faisaient une allergie chronique à tout ce qui est scolaire et universitaire. Tout a été pillé au point qu’il faut aujourd’hui tout reprendre à zéro, comme s’il n’y avait jamais eu ni écoles supérieures, ni universités dans notre pays. 

L’arrivée de Mme Anne Oulotto, ministre de la salubrité urbaine, n’a rien arrangé : sous sa houlette, toutes les installations des alentours des centres universitaires, qui nourrissaient le secteur informel de l’économie ivoirienne ont, dans le cadre de l’“opération de déguerpissement du domaine public”, été systématiquement déblayées afin, dit-on, d’assainir l’environnement des cités universitaires. C’est donc, à juste titre, que, soit dit en passant, on la surnomme « la ministre bulldozer ».
Suite à cette opération, les ravalements prévus se chiffrent à plusieurs milliards qu’il faut, d’abord et avant tout, trouver. En attendant, la reconstruction et la réouverture des  écoles détruites demeurent hypothétique, parce que pour le gouvernement la priorité des priorités n’est pas l’éducation, mais plutôt les prisons. On se rappelle, en effet, que la maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca) dont les locaux rénovés à hauteur de deux milliards FCFA, a rouvert ses portes le mardi 16 août 2011 à 11 heures. La cérémonie solennelle (suivie d’une visité guidée des lieux) qui a marqué cet évènement s’est déroulée en présence du ministre de l’intérieur, Hamed Bakayoko et celui de la justice, Ahoussou Jeannot… Le temps continue de s’écouler longuement, réduisant les élèves et les étudiants à l’oisiveté.

La réaction du gouvernement, surtout de la ministre Kandia est apparemment portée  par une farouche volonté de faire bouger les choses dans le bon sens, (kits scolaires gratuits, retour aux uniformes, etc.).  Mais, la maladresse, l’incompétence et autres « marchandages », telle l’affaire de 30 milliards (lire page 27) minent ses actions.
79,41% de taux d'échec au baccalauréat, 81,91% d’échec au BEPC… Des résultats catastrophiques dont certains tabloïds ont fait leurs choux gras. On a même parlé de « résultats indignes qui sont la résultante de l’incompétence du gouvernement Ouattara ». Même si  l’échec ne peut pas être directement du fait du nouveau pouvoir, le taux  effrayant d’échec (75 à 80%) devrait faire raison garder, pour que, dans le calme et avec le recul nécessaire, soient prises  des décisions idoines.
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D’autre part, les affectations en sixième ont connu quelques difficultés qu’on pourrait qualifier de plus ou moins mineures. Sur l’ensemble des 272.242 candidats officiels présents à l’examen de CEPE, sont définitivement admis en classe de 6ème : 140.896 élèves, soit un taux de 51,75 %. Au total 226 établissements privés accueillent cette année 36.780 élèves contre 104.116 affectés dans les établissements publics.

Par ailleurs, ce qui est gênant, c’est la décision de Mme Kandia de supprimer la FESCI et d’interdire tout syndicalisme dans les lycées  et collèges du pays : “Désormais, aucune activité syndicale n’est autorisée aux élèves, conformément à la loi qui proscrit le syndicalisme au moins de 21 ans”. Comme l’a écrit le juriste Arsène Tohou, « cette décision intervient au moment où l'Ecole ivoirienne est en proie au plus grand malaise de son histoire avec à la clé, une année blanche universitaire garantie par la fermeture des Universités. C'est la FESCI qui est visée ; mais, l'on n'a pris le soin de ne pas la citer. Comme si Mme la Ministre avait eu peur de toucher le furoncle dont on sait tout de même que le percer soulagerait tout le corps. Pour donner un fondement légal à sa décision, elle invoque "la loi". "Nous avons consulté la loi qui stipule que pour participer à une activité politique ou syndicale, il faut être majeur", dit-elle. Bien entendu, un tel argumentaire est trop expéditif, trop superficiel, trop chorégraphique, trop classique pour être persuasif pour un esprit alerte et interrogateur. Car, si c'est à la loi ivoirienne qu'il est fait allusion ici, un regard exploratoire bien mené suffit pour découvrir que cette décision est d'une illégalité manifeste. Si nous soutenons que la décision de Mme la Ministre est manifestement illégale, ce n'est pas seulement parce que le fondement légal qu'elle invoque est inopérant, mais c'est aussi parce que nous sommes en présence d'une décision ministérielle qui est d'une inconstitutionnalité outrageusement frappante… En d’autres termes, c’est une méprise par action, commise par l'autorité émettrice de la décision, qui viole la Constitution de Côte d'Ivoire». Pour elle, le syndicalisme ne rime pas avec minorité (moins de dix huit ans). C’est là une grave atteinte aux droits de l’homme ;  sans  commentaire !  Le syndicalisme s’apprend aussi à l’école. La preuve,  Soro en est un produit local. Plutôt, mieux vaudrait encadrer  les jeunes pour éviter toutes dérives dans la défense des intérêts des élèves et étudiants… 

Le point d’orgue se situe dans l’action surabondante du ministre Cissé Bacongo qui a viré, du jour au lendemain, de la liste des établissements supérieurs,  une quarantaine de structures. Qu’a-t-on mis à la place de ces établissements ? Rien.  Que deviennent les  élèves inscrits dans ces établissements ? Ne valait-il pas mieux que le ministre utilise  son pouvoir régalien pour  régler ce qui ne va pas, au lieu de retirer l’autorisation administrative d’exercer ? La période était-elle propice à une telle décision ?
En tout cas, telles sont les incongruités qui obèrent la qualité et la transmission d’un enseignement sérieux et qui nous autorisent à parler d’une « école en agonie », qu’il est urgent et impérieux de sauver.      

 Julius Blawa Gueye

Paru dans Le Filament N°16

dimanche 20 novembre 2011

Qui se réconcilie avec qui et pour quoi faire ?

Sous le règne d’Houphouët-Boigny, il y a eu une « réconciliation nationale » parce que le pouvoir s’était rendu compte de ses fautes et erreurs (« Les Faux complots »). C’était, à la limite, une manière de demander pardon au peuple et la traduction en actes de l’acceptation de ce pardon qui a été appelée la « réconciliation nationale ».

Cependant, aujourd’hui, suite à la crise post électorale, on peut s’interroger sur deux points, à savoir : Quels sont les parties en présence qui doivent se réconcilier ? Comment doit-on procéder pour se réconcilier ?

Les parties à réconcilier

Il est très important de savoir qui se réconcilie avec qui, car lorsqu’on a mal au pied et qu’on soigne la tête ou le ventre, il va sans dire que le mal ne disparaîtra pas. Ainsi, quand un pays a mal à sa classe politique, est-il nécessaire de focaliser les soins sur le peuple ? Au temps d’Houphouët-Boigny, une poignée de personnes, faisant du zèle, avaient réussi à braquer le pouvoir contre le peuple, au point que ce dernier donnait l’impression d’une citadelle assiégée.

En 2001, sous Laurent Gbagbo, la classe politique d’aujourd’hui s’était méprise sur les objectifs sociaux et avait entrainé dans sa chute morale, une partie de la population qui en était arrivée à brûler des édifices religieux et autres symboles de la civilisation et de la république. Un forum de réconciliation nationale, s’imposait donc pour recoller les morceaux et rebâtir la nation ivoirienne… A l’occasion de cette réconciliation nationale, les dirigeants s’étaient retrouvés et avaient, devant les caméras, mais surtout devant le peuple reconnu les torts et demandé pardon.

Aujourd’hui, après la crise post électorale, la nation a besoin de l’entente de tous ses fils et filles. Car, c’est en travaillant à l’unisson que le développement national peut s’enclencher. Chacun de nous a pris une part active à la déconstruction du tissu social. Or, la désagrégation de la société mine et fragilise la cohésion nationale. C’est pourquoi le renforcement de la nation est primordial et urgent pour que chacun retrouve sa place dans la société. Mais, comment y parvenir ? Autrement dit, comment doit se présenter le processus de réconciliation ?

Le déroulement des différentes réconciliations

Si l’on se réconcilie, c’est pour un but précis. Malheureusement, l’on confond, bien souvent, les conséquences de la mésentente de la classe politique (pour qui la sagesse est une denrée rarissime) et les problèmes entre les différentes composantes de la population...

Les ténors de la classe politique doivent s’asseoir et vider leurs différends. Ils sont libres de choisir la manière qui sied le mieux en cette circonstance. Mais, en vérité, eux ont d’abord besoin de réconciliation. Cette opération est impérieuse pour aller à une réconciliation nationale. Autrement dit, leur entente entraînera, par ricochet, celle du peuple et non le contraire. Parce que, en général, l’opération de réconciliation est comme la construction d’une maison. Si le terrain choisi n’est que du sable mouvant, l’édifice ne tiendra pas debout longtemps. La première analyse sera d’abord celle du sol. Ensuite, viendra le matériau de construction et la manière de confectionner l’édifice.

Après cette phase, l’on doit s’intéresser au combat d’idées dans le processus d’adhésion aux formations politiques. Sur ce terrain, l’appartenance au parti politique, il faut le dire tout net, est très axée sur le régionalisme. Beaucoup de militants des partis sont plus attachés à la personne du mentor, plutôt par affinité régionale que par attrait idéologique. Cela se remarque par les bastions des partis politiques. C’est un des facteurs dont, avant d’aller à la réconciliation, il faudra tenir compte.

La réconciliation nationale n’est pas et ne peut pas être le début, mais la fin d’un long processus, qui passe par le règlement, le dédommagement et enfin l’acceptation du vocable « pardon ». Sans ce cheminement, il n’y aura pas de réconciliation vraie. Idem de la réconciliation entre les politiques.

Ainsi donc, aussi longtemps que M. Alassane Ouattara s’amusera à se faire peur ou à se mettre de nouveaux habits d’un homme vertueux au regard de son passé de comploteur, il n’y aura pas de réconciliation. Tant que Laurent Gbagbo et ses collaborateurs seront craints, brandis comme les seuls responsables de la crise et maintenus en prison, il n’y aura pas de réconciliation possible. Aussi longtemps que les hommes et femmes politiques n’auront pas vidé leurs différends, il n’y aura pas de réconciliation. Enfin, il faudra que M. Alassane Ouattara comprenne que, c’est l’acte de contrition qui invite au pardon de l’offensé, et donc c’est à l’appui du regret du mal acté et la ferme volonté de ne plus recourir à cet état de fait, que la demande de pardon est bien accueillie.

Le pardon précède la réconciliation, mais à condition que l’auteur de l’offense prenne conscience d’avoir mal agi. Un pardon sans contrition ne vaut rien et ne règle rien en profondeur.

Julius Blawa Gueye

Paru dans Le Filament N°16
 

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