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dimanche 1 avril 2012

FAUT-IL REGRETTER LE PARTI UNIQUE ?

Dans l’hérésie déshumanisante de la crise ivoirienne, des voix sérieuses ou considérées comme telles, se sont élevées pour dire que les nombreuses guerres qui engraissent les fosses communes d’Afrique, résultent du multipartisme et de la démocratie. Aussi, les entend-on réclamer en sanglotant le monopartisme. Et pour corroborer leur thèse, elles n’hésitent pas à citer le cas de la Côte d’Ivoire. Sous le parti unique, disent-ils, notre pays connaissait stabilité et progrès. « Il ne peut y avoir de développement sans démocratie ? Que nous a donnés pendant quinze ans, ce machin ? Partout ou presque, des conflits interminables. L’Afrique, elle-même, tue, au propre comme au figuré, ses propres enfants. Au nom d’une recherche de démocratie qui réveille nos fonds primitifs qu’on croyait, à jamais, disparus de nos rhétoriques. Hélas encore ! L’actualité ivoirienne nous en livre, à profusion » Ecrit un journaliste ivoirien dans Fraternité Matin du mardi 21 juin 2005 N° 12184). Que c’est pathétique !

A l’analyse, cette vision est erronée. Certes, c’est à partir de 1990, que l’Afrique a connu un nombre pléthorique de conflits armés. Rwanda, Burundi, Congo, RDC, Libéria, Sierra Léone, Côte d’Ivoire (ô Eburnie mienne). Mais présenter le multipartisme comme la source première de nos malheurs, c’est se fourvoyer sur les causes profondes des guerres en Afrique.

Si de 1960 en 1990, la Côte d’Ivoire a bénéficié d’une stabilité politique et sociale, fondement de son progrès économique, ce n’est pas au compte du parti unique qu’il faut la mettre. Le pays avait à sa tête un homme qui défendait becs et ongles les intérêts économiques, politiques et culturels de la France. Les accords de défense rédigés par les Français et signés par Houphouët Boigny et d’autres chefs d’Etat africains, en sont la preuve la plus probante. Houphouët défendant les « trésors » français sur le territoire africain, était assuré de la protection de l’armée française… En guinée, il y avait le parti unique sous Sékou Touré, mais la guinée est demeurée un pays pauvre et instable. Cette situation inconfortable est simplement le prix de l’outrecuidance de Sékou Touré qui a osé dire « non » à la France en 1958. Et ceux qui soutiennent que le parti unique en Côte d’Ivoire avait fait plus de progrès que le multipartisme ignorent simplement que, dans un contexte de pluralisme politique, où la liberté de la critique était consacrée, où le principe de la séparation des pouvoirs était appliqué, Houphouët-Boigny aurait pu mettre notre pays au niveau des dragons de l’Asie. La côte d’Ivoire libérée des griffes de la France, gouvernée par un régime refondateur, aurait été un pays plus riche.

Le parti unique dans son principe même ne saurait garantir la paix dans un pays, le développement encore moins. Le parti unique est l’antithèse de la liberté et du changement. C’est un régime anti-progressiste et inhumain. Souvenons-nous simplement des dégâts que le parti unique a causés dans notre pays : détournements des deniers publics, gabegie, mégalomanie, achats de conscience, tribalisme etc. Et tous ceux qui ont osé critiquer le monarque ont été diabolisés et considérés comme des ennemis de la nation. Leur destin était l’emprisonnement, la torture, l’exil ou la mort : Gbagbo, Mockey, Zadi, Memel Fôté, Kragbé Gnagbé, Ernest Boka, le Sanwi, le Guébié etc. tous ces hommes ont subi les pires traitements. Mais, Houphouët bénéficiant de la couverture totale du réseau Foccart, n’a nullement été inquiété ni par l’ONU ou ni par une quelconque organisation des droits de l’homme.

Une vérité qu’il ne faut pas ignorer est que, avant même l’instauration du multipartisme, l’Afrique a connu des coups d’Etat (au Ghana, au Togo, au Bénin, au Zaïre, en Haute Volta) et des guerres meurtrières et longues (en Angola, au Soudan, au Mozambique etc.) Force est de constater donc que les guerres en Afrique ne sont pas liées à l’instauration du multipartisme. La plupart de ces guerres ont été suscitées par l’occident. Avant 1990 et après 1990, les impérialistes occidentaux ont suscité des conflits armés sur le continent pour préserver leurs intérêts économiques en danger ou pour mieux exploiter nos richesses. Ah non ! Le multipartisme ne saurait être une cause de guerre ou de rébellion. Bien au contraire, c’est le meilleur des systèmes politiques que les hommes ont pu inventer. Sachons-le une fois pour toutes : la Côte d’Ivoire est en guerre parce que la Chiraquie s’est rendu compte que l’actuel chef d’Etat n’est pas prêt à brader les richesses de son pays. La Côte d’Ivoire est en guerre parce que Laurent Gbagbo a un programme de gouvernement qui, appliqué sereinement, va placer le pays sur la voie du développement, et affaiblir l’hégémonie de la France. La Côte d’Ivoire est en guerre parce que si l’on laisse Koudou réussir sa politique de refondation, elle va « contaminer » les autres pays africains et compromettre la mainmise de la France sur l’Afrique francophone. Gbagbo est un mauvais exemple dans le système de pensée de l’impérialisme occidental, un mauvais exemple que l’on doit arrêter à tout prix. Il est temps de prendre conscience que la stabilité d’un pays en Afrique dépend des rapports de ses dirigeants avec les anciens maîtres. Si vous laissez simplement le néo-colon puiser vos richesses comme il l’entend, vous aurez la paix. C’est le cas de Bongo qui a mis le pétrole du Gabon à la disposition de la France. Aujourd’hui il s’affuble du titre de « doyen des chefs d’Etat africains ». Si au contraire, vous cherchez à faire bénéficier vos compatriotes des richesses de votre pays au détriment de la métropole, soyez sûr d’une chose : vous serez confronté à un coup d’Etat ou à une guerre. C’est le cas de Gbagbo et de la Côte d’Ivoire actuelle. Et c’était le cas de Sankara, de Lumumba, de N’krumah, de Lissouba etc. Les exemples sont légions.

Voilà la réalité africaine. Ne regrettons donc pas le parti unique. L’Afrique, tout comme les autres continents, a besoin aussi de vivre dans un environnement de pluralisme politique, de liberté, d’égalité. Les noirs ne sont pas des sous-hommes qui ne s’épanouissent que sous un régime autocratique et despotique. Le jour où l’Afrique arrachera sa liberté, les guerres s’arrêteront et le développement sera possible. Alors, ne regrettons pas le parti unique !

Macaire Etty
source : Le Temps

Paru dans Le Filament N°20

mardi 6 mars 2012

QUEL RÔLE DE L'ECRIVAIN IVOIRIEN FACE AU POUVOIR ?

L’écrivain, c’est notre avis, doit pouvoir prendre position face à tous les problèmes d’intérêt national. Il a le devoir de s’exprimer clairement, en plus de ses créations littéraires, par des contributions, des conférences, des interviewes, pour donner son appréciation sur les grands sujets en vue d’éclairer l’opinion. En d’autres termes, il doit porter un regard critique sur la marche de la cité. Sans prendre forcément la carte d’un parti, il doit se donner le droit à la parole en prenant part à tous les débats politiques qui engagent le destin collectif. Dans la société française d’hier, et encore aujourd’hui, on attend des écrivains qu’ils prennent position chaque fois que se pose une question cruciale mettant en jeu la vie de la nation. On se souvient du rôle capital qu’a joué Emile Zola dans l’affaire Dreyfus.
Or, une telle option, surtout en Afrique, ne peut être sans risque. A un moment donné, l’écrivain se retrouve forcément  face au pouvoir. En position de conflit, en confrontation avec le régime au pouvoir. Si ce dernier ne le musèle pas en le jetant en prison, il lui oppose une censure. Wolé Soyinka a eu maille à partir avec presque tous les pouvoirs au Nigéria. En Guinée, Thierno Monenembo et Alioun Fantouré ont dû s’exiler pour échapper à la dictature de Sékou Touré. Bernard Dadié bien que membre du Pdci Rda de l’époque n’a jamais été tendre avec Houphouët-Boigny.
Lorsque l’on sait qu’en Afrique, les tenants du pouvoir se battent toujours pour leur maintien, l’écrivain, en raison de son pouvoir de mobilisation et de son prestige, passe pour être un adversaire redoutable voire un ennemi.
Certains princes, qui ont conscience du risque qu’ils courent en martyrisant leurs artistes, optent pour la ruse. Ils s’entourent d’écrivains et de penseurs et s’affichent comme des hommes de culture. Le plus souvent nos littérateurs se laissent, avec une certaine complaisance, entrainer. Il y eut des époques où chaque roi avait dans sa cour un poète, un philosophe. En Afrique, pour ne pas attirer leurs regards fouineurs, on les coopte simplement pour faire d’eux ministres ou  les intégrer dans les cabinets, ou bien les nommer à des postes juteux dans l’administration.
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Mais, faut-il pour ces raisons que l’écrivain se détourne de sa fonction sociale et regarde le pouvoir politique écraser le peuple ? Au nom de l’instinct de survie, le créateur  ivoirien doit-il se muer en zélateur et en adulateur pour jouir des largesses corruptrices du régime au pouvoir ?  La réponse est non. « La politique nous concerne tous, et nous serons des lâches si nous cédons à cette facilité : celle du détachement » écrivait François Mauriac pendant l’Occupation.
L’écrivain n’a pas le choix que de se mettre du côté du peuple opprimé. En Afrique, l’art pour l’art n’a pas de sens. Sans sacrifier la forme, qui est la substance vitale de l’œuvre d’art, l’écrivain africain a le devoir de se dresser contre l’oppression. Il doit éclairer le peuple en jetant la lumière sur les zones d’ombres de la gestion politique. Le pouvoir, même s’il est détenu par son parti ou par ses amis et parents, doit être considéré comme « un adversaire ». Je veux dire qu’il doit être un opposant dans l’âme. Il doit surveiller ce pouvoir, jouer un rôle de sentinelle en dénonçant les dérives. C’est sa mission, c’est sa vocation. Toute autre justification n’est que fuite, esquive et démission.
En Côte d’Ivoire, c’est ce rôle qu’ont joué Tiburce Koffi et Venance Konan, avec une outrance irrévérencieuse au moment où Laurent Gbagbo était président de la république. Au-delà des excès dont ils ont fait preuve, ils sont restés dans leur fonction qui est de dénoncer, qui est de servir de contre-pouvoir au régime qui tient les rênes du pouvoir. Aujourd’hui, le pouvoir qu’ils ont combattu a chuté. Un autre régime a pris place au palais. Faut-il pour autant se taire ? Tiburce Koffi est DG de l’ISAAC, Venance Konan est devenu DG de Fraternité-Matin. Vont-ils continuer à faire couler l’encre pour « ébranler » le pouvoir de leur bienfaiteur ? L’exercice semble périlleux…
Nommés à  des postes importants, la tentation d’être aphones ou flagorneurs du nouveau prince est grande chez nos écrivains. Tous les actes que pose le chef d’Etat arrachent aux plumes des écrivains proches du pouvoir des ovations nourries.  Voilà comment l’écrivain perd sa crédibilité. L’on répondra que les choses ont toujours été ainsi. Et ils ont raison. Mais justement c’est ce que nous sommes entrain de dénoncer. Quelque soit le pouvoir, l’écrivain doit garder son indépendance et tomber en transe chaque fois que la lumière de la vie est privée ou confisquée.
Est-ce la posture de nos démiurges aujourd’hui ? Pour le moment, leur silence devant le massacre des valeurs démocratiques et républicaines est simplement assourdissant.

Macaire Etty

Paru dans Le Filament N°19

lundi 5 mars 2012

Inspiration Blessée

De ma chambre me parle la nature
Dehors se lamente un vent grognon
Le soleil triste a fermé l’œil
Des nuages en tenues grises tels des veuves
S’entassent là-haut
Pleuvra-t-il ?

Le robinet du ciel est muet
Les herbes les têtes levées attendent
attendent...
que tombent les larmes célestes.

Ô Tristesse ! Ô stérilité
Ma plume a perdu sa verve
Une page blanche attend de moi
Le geste qui déflore !

Dans ma tête aucune lueur
Ma main frustrée tremble de peur
Où sont-ils passés tous ces mots frivoles
Qui me blessaient la tête
Qui me couraient après

Vide est ma mémoire
Je comprends les pleurs
De tous ces ventres inféconds. 

Macaire Etty


Paru dans le Filament N°19

jeudi 19 janvier 2012

Au pays des livres frustrés !

C’est un pays des tropiques, un pays comme tous les autres pays des tropiques. Dans ce pays, mon pays hélas ! les gens se nourrissent de politique et dansent jusqu’au bord de la démence au rythme des « valses de la république ». Dans ce pays mien, le livre n’est pas un bien personnel ni public, encore moins un précieux trésor. Dans ce pays, le livre est une chose encombrante, vague, imprécise, innommable, lointaine. On le retrouve, parfois, aux périphéries des projets sociaux, des programmes de gouvernement ; aux périphéries des rêves et des utopies. Les gouvernants le méprisent, les décideurs l’évitent, les populations l’ignorent.

C’est le pays des livres frustrés.

Dans ce pays, mon pays, malheureusement, on n’investit pas dans la construction des bibliothèques. Les quelques rares bibliothèques qui existent sont des épaves architecturales, pauvres en livres, pauvres en visiteurs, pauvres en rencontres de lectures et de débats littéraires. Ces bibliothèques indigentes ressemblent à des cimetières. Ce sont des bâtisses délabrées, tristes comme des termitières vidées de leur fourmilière. Les bibliothèques sont des caveaux où des livres assassinés sont enterrés. Des casiers profonds comme des tombeaux exhibent des livres squelettiques, chétifs, décharnés. Des livres sans couverture, des livres sans charmes, sans références, à moitié amputés de leurs pages, des livres blessés, des livres en agonie.

Nous sommes au pays des livres frustrés

Dans ce pays mien, il n’existe plus de clubs littéraires dans les lycées, on n’y rencontre plus des amis du livre. Les chefs d’établissement sont empêtrés dans des histoires d’argent à happer, dans des caisses noires à construire, dans des recrutements de tous les cancres refoulés du lycée voisin. Les apprenants apprennent à se faire peur en semant la terreur. Ils préfèrent les téléphones portables aux livres, ils préfèrent les sms paresseux aux phrases policées et succulentes. Les maîtres démotivés sont plus tournés vers leurs « affaires » que leur vocation, abandonnant les livres à leur pauvre sort d’objets sans valeur.

Nous sommes au pays des livres frustrés

C’est ce fameux pays où les enseignants détestent lire. Où les journalisent refusent de se former pour ne pas être obligés de lire. Où le ministère de la culture est l’enfant mal aimé, un enfant famélique, décharné, à qui on tend quelques pièces de monnaie lorsque les autres enfants, les plus dodus, les plus graisseux ont fini de se servir.

A quoi bon lire ? À quoi bon célébrer les écrivains ? À quoi bon divulguer le livre quand les contre-valeurs ont pris le pas sur les valeurs ? Quand tout se mesure en termes de pouvoirs d’achat, de billets de banques, de bolides, de villas… ?

C’est le pays où l’on célèbre les guérilleros, les dozos, les commandants de je ne sais quelle unité militaire…Aux livres, on préfère entretenir une soldatesque aux humeurs dantesques et aux dérives grotesques. Les savants et autres hommes de lettres sont moqués, humiliés. Ici on célèbre les éventreurs, on promeut les égorgeurs, on décore les faussaires et autres menteurs.

C’est le pays des livres frustrés.

Dans ce pays pourtant envié, le livre est méprisé, vilipendé, calomnié, diabolisé blessé, humilié, rejeté. Aux enfants, on ne donne pas de livres ni de bandes dessinées comme cadeaux de Noel. Aux enfants on donne des jeux vidéo, des fusils comme joujoux, des gadgets abêtissants. Aux enfants on ne lit pas des menus textes, aux enfants on ne clame pas des poèmes au coucher. Plutôt, on leur chante des cantiques « yôrôbô, on leur hurle des couplets hautement « coupés » et grandement « décalés », des romances en faveur des possédants illettrés et des nantis crétinisés.

Nous sommes au pays des livres frustrés.

Dans les familles, dans les salons traine toujours pourtant une bibliothèque. Un objet de décoration en fait. Car on n’y trouve aucun livre. Là, on range les assiettes, les cuvettes, les casseroles, les verres…signes visibles d’un stupide embonpoint financier. Un livre dans cette bibliothèque est un signe d’indigence. Jamais la famille ne se réunit autour d’un livre pour échanger des impressions. Ici, on ne se réunit que devant le poste téléviseur pour consommer des films incestueux et concupiscents venus de l’autre côté de l’océan.

Nous sommes au pays des livres frustrés.

Pourtant c’est le pays de Bernard Dadié, c’est le plus grand des démiurges ivoiriens un précieux fétiche. Mais ici, le sacré n’a pas de sens. Et Dadié fut battu, profané comme un sanctuaire désacralisé, par une horde de soldats sortis des profondeurs de l’enfer. Aucun mot de consolation du gouvernement, aucun réconfort de l’Etat. Dadié n’est qu’un écrivain, il n’a ni treillis, ni kalache, ni argent …

Oui nous sommes dans un pays des tropiques, nous sommes dans un pays d’Afrique où le fric sert à alimenter la politique.

Ici les cancres sont galonnés, les illettrés propulsés, les analphabètes nommés et distingués.

C’est le pays des livres frustrés

Dans les librairies, des livres, aux départs, gais et confiants attendent, attendent, attendent d’être invités dans un foyer, dans une chambre, dans une famille, dans une vie, dans un bureau…en vain. Ils sont là sur les étagères, le visage renfrogné, le sourire écrasé, un rictus au coin de page.

Dans ce pays, l’université est fermée, les bibliothèques des universités sont fermées, les livres des étudiants sont fermés, les modules des maîtres sont fermées. Hier on disait que l’intelligence est en danger, aujourd’hui l’intelligence est assassinée à coups de kalaches, et de roquettes. Joli progrès dans ce pays où l’on meurt d’overdose de « politiquinine ». Ah cette guerre ensanglantée contre le temple du savoir ! Ah ce spectacle des guérilleros grisés entrain de « rafaler » les livres, ses objets trop bavards et pourtant muets !

Nous sommes au pays des livres frustrés.

A l’entrée d’un quartier, se dresse une dizaine de bâches où attend la multitude crétine qu’arrivent les politiciens démagogues manipulateurs pour les abreuver de discours politiciens. Au sol, un livre couché, étalé, ouvert, les jambes écartelées. Un livre qu’on piétine, qu’on chute du pied, qu’on broie.

Malgré ses plaintes, le livre a continué de subir les coups de boutoirs de ces chaussures allant écouter le galimatias des politicards. Et le livre est là, couché, piétiné, souillés par la poussière, par la latérite rouge de ce quartier où l’on préfère des hommes en treillis anémiés.

Maintenant, le pauvre livre ne tient plus. Un coup violent l’a éventré. Et voilà ses entrailles dehors, exposées au vent, au soleil, à la pluie, à l’infection. Les mots et les phrases blessés agonisent. Et personne pour porter secours au livre moribond, au livre souffrant.

Soudain un enfant sort des rangs, jette un regard plein de compassion au livre agonisant. Il se baisse et prend le livre. Il dépoussière le livre, il le nettoie avec son mouchoir, il le décrasse et s’en va avec son objet sous le bras. Dieu, le Très Haut l’observe et sourit. L’enfant sent Son Regard sur sa tête ; il s’arrête. Une voix se fait entendre. Il est le seul à percevoir cette voix venue du Ciel : « Tu as sauvé le livre, mon enfant. Fais un vœu pour la nouvelle année et je l’exaucerai ». L’enfant sourit. Le vœu l’habite depuis des semaines. Il n’hésite pas : « Mon vœu est que la Côte d’Ivoire renaisse au livre ». Brusquement un éclair illumine le ciel suivi d’un grondement de tonnerre. Puis la voix retentit : « Si tous les habitants de ton pays étaient habités, comme toi, par le même souci de donner une grande place au livre, il n’aurait jamais connu de guerre. Car la guerre est une conséquence de l’ignorance ». L’enfant poussa un soupir…

Macaire Etty, Critique littéraire

mercredi 18 janvier 2012

Épître de Youssouf Bakayoko aux Africains

Africains, Africaines,

Je suis Youssouf Bakayoko, apôtre de la Françafrique, par la volonté de l’empereur Sarkozy.

Je rends grâce à notre Dieu, le Coq gaulois qui m’a mis à part, pour protéger la marche triomphale de son fils Ouattara vers une destination que moi-même ignore.

Je suis né à Bouaké en 1943, j’ai eu un cursus scolaire normal, J’ai obtenu une licence de lettres à l’université de Paris X. Je suis diplômé de l’Institut des hautes études de la Défense nationale (IHEDN) et j’ai bénéficié d’une solide formation en diplomatie, en droit et en économie. Mes parchemins montrent bien que je mérite d’être un apôtre du Coq gaulois.

Parmi tous les apôtres de la Françafrique, je suis certainement celui dont le zèle et la servilité sont connus par-delà nos frontières. Il est vrai que la prouesse que j’ai réussie, en déclarant Ouattara vainqueur de l’élection présidentielle de 2010, est certainement à l’origine de la tragédie qu’a vécue la Côte d’Ivoire. Mais, que ne ferais-je pas pour plaire à mon clan, au gouverneur de la Françafrique et au Coq gaulois, notre dieu bien-aimé ? J’ai entendu dire que d’aucuns murmurent parmi vous et qu’il y en a d’autres qui dénoncent mes pratiques. Je me dois de rassurer les uns et les autres que je n’ai rien fait qui ne soit en dehors de la mission qui m’a été assignée. J’ai été décoré devant toute la nation étonnée pour le tour de prestidigitation que j’ai réussi à faire, au mépris des règles élémentaires qui régissent l’institution que je dirige et au mépris de notre Loi Fondamentale.

Oui ! Je suis bien Youssouf Bakayoko, ce monsieur qui, à la télévision nationale, affirmait, en défiant le bon sens, qu’il n’était pas encore minuit alors que la distance qui séparait ma déclaration à cette heure était on ne peut plus brève. Oui ! C’est bien moi Bakayoko qui ai servi au monde entier un autre taux de participation au deuxième tour de l’élection présidentielle, alors que même les médias occidentaux clamaient que le taux avait baissé de façon drastique, en raison de l’abstention de nombreux militants du PDCI dans leur bastion. Oui ! Comme un magicien, c’est bien moi qui ai réussi le tour de servir un taux faux, juste pour justifier le score que j’ai attribué au fils de l’empereur, notre gouverneur bien aimé.

Alors, je vous en prie, cessez de murmurer et soutenez moi, car ma mission demande beaucoup d’indignité et de compromission.

Pour les législatives, de nombreux Ivoiriens, même ceux de notre clan, ont naïvement pensé que cette fois-ci, avec la flagrance des abstentions massives, je serais, moralement, obligé de communiquer le véritable taux de participation qui ne dépasse pas 15%. Même France 24, notre griot international, a parlé de « désert électoral », tant les images que cette chaîne a diffusées étaient criantes de la vérité de la situation. La RTI orange, notre RTI version « républicaine », elle aussi, a évoqué « ce désert électoral ». Les différents reportages dans toutes les villes convergeaient dans le même sens : le taux de participation était violemment faible.

Mais, c’était oublier que je suis l’un des héros de la guerre contre la légalité constitutionnelle. Et, de ce fait, il était logique que je ne me contredise pas, moi qui avais déclaré « Alassane Ouattara vainqueur de l’élection présidentielle », malgré les fraudes massives enregistrées au nord et dénoncées par quelques malheureux observateurs nègres. Avec le zèle qu’on me connaît, une seconde fois, j’ai procédé au gonflage du taux de participation, réussissant même l’exploit de surpasser le taux des législatives de 2000.

Fraudes, tricheries, manipulations, intimidations…, tels sont les mots qui ont dominé les plaintes fusant ici et là. Ces plaintes ne venaient point des candidats FPI, mais bien de nos alliés du RHDP, le PDCI, le MFA et l’UDPCI. Ne croyez pas que ces plaintes ne me dérangent pas. Elles me perturbent ; mais, ma noble vocation n’est ni de dire la vérité, ni de respecter la loi. C’est pour cela que j’accepte, avec une torture quotidienne, les étiquettes de « tricheur avéré» ou de « fraudeur professionnel » qu’on me colle. Et, ce qui me tranquillise est que les colères, pourtant justes des candidats MFA, UDPCI et PDCI, ne franchiront pas le stade des jérémiades d’esprits frustrés. Leurs leaders, qui se sont compromis, se sentent obligés de continuer leur plongée avec nous jusqu’à la lie.

Moi Bakayoko, apôtre de la Françafrique, mis à part pour œuvrer à l’avènement du nouvel ordre mondial, je suis prêt à tout pour accomplir ma mission. Oui, j’ai annoncé au monde que le taux de participation aux législatives tournait autour de 36%. Sûrement que mon jeune frère Hamed avait sursauté lorsqu’il a entendu ce chiffre. En effet, c’est bien lui qui, reconnaissant la faiblesse de ce taux, devant les cameras de France 24, a dit que l’enjeu était que l’élection s’est déroulée dans un climat de paix et de sérénité. C’est bien lui qui répondant au journaliste français a dit : « oui, il n’y a pas eu une grande influence ». Evidemment, je n’ai pas apprécié la précipitation avec laquelle il a reconnu la petitesse du taux de participation. Mais, je le comprends, Hamed est jeune et n’a pas encore la maturité qui est la mienne.

Je remarque que, malgré le gonflage du taux de participation, les Ivoiriens ont gardé le silence. De mauvais esprits disent que ce silence est ici synonyme de dépit et de mépris ; car, souvent, le silence est plus fort que les paroles. Mais, moi je suis un Bakayoko et je n’ai que faire de leurs états d’âme. Le plus important est que le gouverneur soit content de moi et que notre dieu, le Coq gaulois, soit contenté. Ce dernier d’ailleurs m’a donné un coup de fil pour me féliciter chaleureusement.

Chers amis qui rêvez de jouir des délices découlant du service des maîtres du monde, je vous conseille de marcher sur votre honneur, de sacrifier votre dignité, de piétiner vos scrupules.

Vous savez, les maîtres de ce monde adorent les Nègres comme moi.

Les Nègres sans personnalité.

Les Nègres malléables à souhait.

Les Nègres abonnés à la couardise et à la poltronnerie.

Les Nègres prêts à tout pour assouvir leurs intérêts égoïstes.

Dans quelques mois, nous irons aux élections municipales. Et, Dieu seul sait ce que je réserve au monde, si je suis toujours à mon poste. Soyez sûr d’une chose : je suis libre de donner les chiffres que je veux ; le plus important est que je satisfasse ceux que je sers.

Si quelqu’un d’autre vient vous prêcher un autre évangile, je vous demande de le rejeter, de le lapider. Ceux qui prêchent la souveraineté et la liberté, ceux qui clament partout la nécessité de conserver les richesses de l’Afrique aux Africains ignorent que leur combat est perdu d’avance. Il n’y a qu’un seul dieu : le Coq gaulois. Il n’y a qu’un seul sauveur : Ouattara.

Que les maîtres du monde qui se battent tous les jours aux prix de milliers de vie d’Arabes et de Nègres aient pitié de nous et qu’ils nous jettent quelques miettes afin que nous ne mourions de faim et de soif.

Africains, Africaines,

voilà ce que je tenais à partager avec vous, surtout avec ceux qui n’ont pas encore compris que c’est en servant les intérêts des impérialistes des maîtres du monde que notre continent pourrait recueillir pour notre développement, quelques dividendes, aussi maigres qu’elles soient, du nouvel Ordre Mondial en construction. Je vous remercie.

Youssouf Bakayoko, président de la CEI.

Macaire Etty 

lundi 2 janvier 2012

ELÈVE-TOI ET MARCHE

Assez ces larmes

Assez ces jérémiades

Je dis ASSEZ

fier Africain

Trop longue la route des humiliations

Trop élevée la montagne des brimades

Esclavage Colonisation Néo-colonisation

une histoire et une géographie ensanglantée

Et tu ris du rire du lâche

et tu ricanes du ricanement du traître

C'est un Nègre qu'on écrase en Angola

C'est un Nègre qu'on enterre au Zimbabwe

Duékoué les cris des femmes girondes

L'enfer des fœtus pilés

Et ces grossesses assassinées

Et toi tu dors du sommeil des poltrons

Milles vies de milles patriotes

grillées par le feu des hélico

des Sarko

Pays trempé du sang des martyrs

Et toi tu la fermes la gueule

Tête inclinée

Yeux baissés

Tu refuses de voir

L'injustice étend son voile

La brutalité s'engraisse

L'imposture se dilate

L'ignorance se dresse

Et toi tu te couches

Lève la tête Fier Africain

Comme Samory

Comme Lumumba

Comme Mandela

Comme Nkrumah

RELEVE TOI ET MARCHE

La marche du réveil

La marche de la vérité

Le triomphe de la justice

Etre NEGRE n'est pas une fatalité

RELEVE TOI ET MARCHE.

Maintenant

Macaire Etty

Les scores obtenus par les candidats indépendants issus du FPI

ANCIENS DEPUTES

Assandé N’guessan Kassi Félix (SIKENSI) : 4,93 %

Djè Bi Djè (Zuenoula commune) : 5,05 %

Gouanou Gourou (zoukougbeu) : 4,66 %

Gbaka Brédé Patrice (Dignago Galebo Guiberoua) : 0,91 %

Sery Dehoua Victor (Iboguhe, Namane) : 13,26 %

Yah Bi Gohi Robert (Bonon , Zaguieta) : 1,97 %

N’Gbésso Angodji (Ananguié, Cechi, Rubino) : 10,65 %

Djo Zeregbé (Kongasso , Kounahiri) : 6 ,24 %

Zon Sono René (Kouibly) : 4,94 %

Tapé Oledji Elvis Justin (Liliyo- Okrouyo) : 3 ,24 %

ONT REUSSI A PASSER A TRAVERS LES MAILLES DU FLLET

Yapo Aman Pierre, ancien Maire de Yakassé Attobrou : 54,54 %

Tanoh Anoh Jérôme, ancien DLC de Laurent Gbagbo à Ayamé (Ayamé Bianouan) : 33,79 %

AUTRES CANDIDATS (Juste pour votre curiosité, surtout pour les deux super Koulibaly) :

Koulibaly Mamadou (Koumassi): 2,35 %

Coulibaly Gervais (Yopougon) : 1,06 %

Guéhi Brissi Lucas (Gagnoa commune) : 2,51 %

Macaire Etty

Paru dans Le Filament N°17
 

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