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mardi 27 mars 2012

L’avarie de la République

« Vient un temps où le silence devient trahison ». (M. L. King)
Les marins utilisent le terme avarie, pour désigner les dommages subits par un navire en mer. Si nous devons transposer ce terme en politique nous n’hésiterons pas à dire ici que lorsqu’un Etat est incapable d’assurer ses fonctions régaliennes, il est dans la situation d’un navire avarié.

- Il ne faut pas se le cacher, la Côte d’ivoire a de la peine à payer ses fonctionnaires. 
– Personne ne peut dire aujourd’hui avec exactitude quand les universités ouvriront leurs portes pour la prochaine rentrée. 
– Personne ne peut vous dire si vous pouvez quitter Abidjan pour aller à Abengourou sans que des coupeurs de routes ne s’en prennent à vous pour vous rançonner et violer votre femme et vos filles sous vos yeux. 
- La police et la gendarmerie n’interviendront pas en Côte d’Ivoire pour vous protéger contre les bandits devant votre porte. – En ce qui concerne les FRCI, on est tenté de se demander s’ils sont là pour protéger les Ivoiriens ou pour soumettre les ivoiriens au régime politique dirigé par le Dr Alassane Ouattara ?

L’image de l’Etat déliquescent et de la république avariée est apparue dans toute sa clarté au matin du 5 août 2011, quand un accident de la circulation s’était produit sur le Pont Houphouët-Boigny et qu’un chauffeur de bus perdant totalement le contrôle de son véhicule, plonge dans la Lagune Ebrié, avec ses passagers.

La réaction naturelle des Ivoiriens fut naturellement d’appeler la marine nationale du pays à deux pas des lieux pour porter secours aux passagers du bus. Ils furent tous abasourdis de savoir que la Côte d’Ivoire n’a plus de marine car tout le matériel de la caserne fut pillé dans l’immense ivresse et la kermesse sanglante qui avait accompagné la chute du président Laurent Gbagbo.

Dans ce cas il faut appeler les pompiers. Ils arrivent sur les lieux eux aussi avec leurs sirènes hurlantes, pour constater qu’ils n’ont plus le moindre matériel de plonger. Quel est donc ce pays bizarre qui dans une sorte de cécité sans fin se dote d’une marine qui n’a aucun matériel de plongée ? La réponse est simple, il ne faut plus croire en la Côte d’Ivoire, ce n’est qu’une république cacaoyère en état d’avarie très prononcée.

Le plus ridicule est que ce sont les petites embarcations de pécheurs et surtout les pinasses qui agissent dans la navigation urbaine informelle qui ont été les premiers à porter secours aux victimes. Du côté des autorités il a fallu attendre vers 11h30 pour voir le bus sortir de l’eau grâce à une grue de circonstance. Quand, dans un pays qui prétend se respecter, c’est l’informel qui vient au secours du formel, il faut s’interroger sur la nature de l’Etat.

Les USA, le Canada et tous les pays de l’union européenne, y compris la France, qui embrassent Ouattara sur la bouche, déconseillent à leurs ressortissants de mettre les pieds en Côte d’Ivoire. Cela est vérifiable sur tous les sites des ambassades accréditées à Abidjan. En déclarant à l’étranger qu’il n’était pas au courant des exactions des FRCI, le président Ouattara, à sembler soutenir ses troupes dans le mal contre d’autres ivoiriens, cela n’a fait que raviver les vieux instincts de méfiances entre ivoiriens.

La république avariée c’est l’incapacité du gouvernement de redéployer l’administration dans le nord du pays. Car les pays voisins des frontières nord envers qui Ouattara, est redevable veulent continuer à exporter du bois, du diamant, du coton, du cacao et du café de Côte d’ivoire.

L’Etat avarié ne peut pas protéger ses propres habitants contre son insuffisance et sa propre malfaisance, il entraîne ainsi l’ensemble de la nation dans un précipice. C’est l’image de la Côte d’ivoire Moribonde et grabataire dans un constat douloureux car tous ceux qui aiment ce pays, doivent se taire pour éviter les représailles du régime très démocratique des FRCI.

Dr Serge Nicolas Nzi 
(Chercheur en communication, Directeur du centre africain d’études stratégiques, Lugano, Suisse). 

Paru dans Le Filament N°20

dimanche 4 mars 2012

Avons-nous le sens de la responsabilité en Afrique ?

S’il y a bien une spécificité africaine dans la gestion de la chose publique, il semblerait que ce soit l’absence de responsabilité de la plupart des citoyens. Cet état d’esprit généralisé, qui finit par faire partie de nos habitudes les plus élémentaires, semble induit par les comportements et représentations de la gestion du pouvoir et du service public de nos dirigeants politiques, économiques et administratifs.

De fait, toutes les conduites et surtout l’état d’esprit des autres acteurs à responsabilités de nos démocraties en recherche de repères, sont calqués sur celles de leurs responsables hiérarchiques directs. Lorsqu’un chef de service, par exemple, n’est présent à son bureau qu’en début d’après midi pour repartir après 3 ou 4 heures passées à gérer les affaires de l’Etat, comment peut-il reprocher à ses collaborateurs de faire de même ? Avec le temps, les habitudes s’installent et deviennent la normalité à suivre et à appliquer.

Partout sur le continent, le constat est toujours le même, avec une certaine banalisation du sens de responsabilité, tant individuelle que collective. De manière totalement naturelle et normale, cet état d’esprit se retrouve à tous les niveaux de la société. Cela devient alors tout à fait ordinaire, voire même légitime, que les forces de l’ordre rackettent et volent les populations qu’elles sont sensées protéger. Dans les hôpitaux publics, vous êtes pauvres, votre espérance de vie se trouve alors fortement menacée. Et cela, sans rendre de comptes à personne. Vous êtes mort par manque de soins et de considération pour la vie humaine ; et après ? Qui va demander une enquête pour savoir les raisons de votre décès ? Ceux-là mêmes qui devraient le faire sont préoccupés par la construction de leurs palais et de ceux de leurs nombreuses maîtresses, ou comment faire pour être ministres afin d’être encore plus riche. Alors penser à ce pauvre qui est mort sans considération et sans soins, c’est trop demander.

Personne n’est responsable de rien et c’est tout à fait normal.

A l’école, dans les collèges jusqu’à l’université, l’absence de responsabilité de nos enseignants et des dirigeants de nos établissements est aussi flagrante. Les enseignants accusent les autorités publiques de ne pas assumer leurs responsabilités, en ne favorisant pas un environnement propice à de meilleures conditions, tant pour les élèves et étudiants que pour les professeurs. Là encore, c’est normal, il y a bien longtemps que nos responsables politiques et administratifs et même nos professeurs ne savent plus ce qui se passe dans nos écoles. Pour cause, leurs enfants n’y vont plus. Ils sont, soit dans les établissements français, américains ou autres, soit le plus souvent, ils sont à l’étranger. Là par contre, ils assument leurs responsabilités vis-à-vis de l’avenir des leurs progénitures. Les pauvres n’avaient pas à être pauvres, et ainsi va la vie en Afrique...

Dans la vie de tous les jours, ce sont souvent les gouvernants eux-mêmes qui empoisonnent leurs propres populations, en déversant des déchets toxiques à proximité des lieux d’habitation de ceux qu’ils sont sensés protéger. A leur tour, les populations transforment leurs lieux de résidences en décharges publiques. Puisque l’Etat donne l’exemple, pourquoi faire autrement ? Les caniveaux deviennent l’endroit où il faut déverser les ordures. Là encore, le sens des responsabilités fait défaut dans la préservation de la santé de toute la famille. A défaut, on les jette dans la rue, devant l’entrée de la maison, parfois même, on fait les fêtes au milieu des déchets. Dans les maquis et autres restaurants, c’est le même constat de désolation. Ça ne gêne personne, puisque personne n’est responsable de cet état de fait. Surtout pas nos dirigeants qui, pour ne pas les voir, circulent tous dans de très gros 4x4 aux vitres teintées.

Dans certains quartiers populaires, beaucoup de poteaux électriques en métal sont transformés en casseroles ou en autres choses à vendre. C’est normal, l’essentiel est que nos dirigeants soient éclairés dans leurs quartiers chics. Pis encore, pendant que les populations souffrent de famine, sont confrontées à un chômage endémique, à la pauvreté et autres, c’est encore le chef d’Etat, qui au lieu de leur venir en aide, leur distribue des armes pour aller se battre, s’entretuer, pour qu’il ne perde pas son pouvoir en dépit de sa défaite par les urnes.

Tout le monde veut être chef, commander, diriger, être vu, mais surtout avoir de très grosses rémunérations afin d’afficher encore plus son sentiment de réussite et de pouvoir. Mais, il n’y en a pas beaucoup qui veulent assumer leurs devoirs en donnant l’exemple par la rigueur, le travail et le sens des responsabilités. 

Macaire Dagry
Source : La voix du Golf

Paru dans le Filament N°19

lundi 2 janvier 2012

La pornographie africaine : une marée noire qui s’étend sans que l’on réagisse.

Les filières de la pornographie africaine gagnent du terrain et ses tristes lettres de noblesse en Europe, et surtout en France. Spécialisées de plus en plus dans les pratiques extrêmes, zoophilie, scatologie, urologie, elles semblent ne plus avoir de limite.

En effet, piégées par des annonces juteuses de mariage sur des sites Internet, dans des tchats, ou par les pages « Correspondances » de certains magazines, de nombreuses jeunes filles africaines se retrouvent dans des réseaux de pornographie en Occident. Mais, souvent, le corps de ces jeunes femmes crédules, impuissantes, devient un jouet obligé d’accepter les pires scènes immondes donnant libre cours à la perversion de l’homme. Des scènes, avec des animaux, des excréments, des pointes acérées et autre cire de bougie qui reviennent à 4 500 euros l’heure (3 millions de FCFA). Jetées innocentes dans ce monde, certaines ne veulent plus en sortir. Par appât du gain facile. Des K7 dont elles sont les « héroïnes », ont leurs clientèles, leurs lieux de distribution et un marché qui prospère en douce. Cs K7 mettant des africaines en scène de la zoophilie ou autres pratiques sexuelles ont pris un essor considérable et sont prisées par une clientèle spécialisée. Les gérants des magasins de vente de films X racontent qu’il y a six ans environ, ils n’écoulaient que dix à quinze K7 par semaine, mais que ce nombre qui a considérablement augmenté. Propos confirmés par la présidente de AIDE Fédération, Amély-James Koh Bela, auteur du livre « Prostitution africaine en Occident, Vérités, mensonges, esclavage ». Elle parle de « boom de la zoophilie africaine… Lors de mes enquêtes, j’ai remarqué que, pour le seul mois de septembre dernier, il y avait dans un magasin parisien spécialisé, pas moins de douze K7 mettant en scène des Africaines avec des animaux de toutes sortes. Et de conclure, toute abattue : « Et dire que le marché est porteur ! ».

Et là où le bât blesse, c’est que comme le dit Philippe Auzenet, « personne ou presque ne réagit contre les dangers d’une telle marée noire qui s’étend sans faire de bruit ».

L’industrie pornographique est devenue omniprésente jusqu’à tout envahir (magazines, chaînes de télévision, sites internet, supports vidéo…) sans réaction politique proportionnée de la part de nos gouvernants.

L’industrie pornographique a notamment sa « vitrine légale » dans les kiosques ou les rayons des magasins. Avec des filières du vice plus souterraines, comme la drogue et la prostitution (pornographie classique, zoophilie, homophilie, pédophilie, homosexualité, etc.), cette industrie entretient aussi un commerce très juteux qui spécule sur le péché et la perversité sexuelle sans peur de s’attaquer aux plus jeunes, de les appâter et de les exploiter ignoblement. Quelques statistiques déjà anciennes ont été données dans l’émission de télévision « Le sexe dans tous ses états » du 18 février 2010 sur « TF1 » : 266 sites pornos s’ouvrent chaque jour dans le monde ; 80 % des ados ont déjà visionné des films pornos (dont un enfant de 10 ans sur trois) ; 372 millions de pages pornographiques sont vues chaque jour dans le monde ; 750 000 pédophiles sont connectés en permanence sur internet auquel ont accès trois foyers sur quatre, 74 % des 11-18 ans y passant trois heures par jour…

samedi 26 février 2011

La titrologie est un poison

La lecture qui se limite, simplement et uniquement, aux pages de garde des quotidiens est une pratique courante et prisée qui ne laisse personne indifférent, tant à Abidjan que dans les autres villes ivoiriennes. Les personnes qui pratiquent cette forme de lecture se retrouvent dans toutes les couches socioprofessionnelles ivoiriennes et sont connues, en Côte d’Ivoire, sous le nom de « titrologues » et l’on parle du phénomène de la « titrologie ».




En effet, la titrologie est, vous le savez sans doute, un néologisme issu du français populaire d’Abidjan et fréquemment utilisé en Côte d’Ivoire, pour désigner le comportement des individus qui se contentent de lire les titres et non les contenus des journaux. En d’autres termes, on parle de « titrologues » à propos des personnes qui, chaque matin, s’attroupent devant les kiosques à journaux et « s’informent » en parcourant les différentes unes, c'est-à-dire les titres, rien que les titres, sans lire les articles des journaux.

On explique a priori qu’il s’agit de personnes désargentées. Mais, l’expérience montre que les titrologues sont, plus généralement, des gens plus ou moins instruits qui savent que les titres n’ont souvent pas de rapport réel avec le contenu des articles, sinon qui sont convaincus de ne pas trouver des informations fiables dans les publications locales et qui, par conséquent, préfèrent ne pas jeter leur argent par la fenêtre, ni perdre leur temps et leur énergie à lire le contenu des journaux.

Cette attitude se justifie par le fait que les publications locales ont habitué les Ivoiriens, très malheureusement d’ailleurs, aux titres ronflants et mais au contenu zéro, faisant fi de toute déontologie et non sans faillir à leur mission première qui est d’informer et d’éduquer la population.

Le mal dans cette situation est que nos journalistes ne s’imaginent pas qu’ils ne rendent nullement service ni aux dirigeants, ni aux populations, ni à eux-mêmes. C’est à se demander si nos journalistes ont conscience que, ce faisant, ils violent les principes de vérité et de justice qui sont les piliers d’une société pacifique. C’est aussi à se demander si nos journalistes se rendent compte que, du fait de leur légèreté et de leur démission, les « titrologues » alimentent régulièrement un vaste réseau national et international de rumeurs par des informations souvent erronées qu’ils tirent des seules unes et qu’ils propagent comme des faits établis, comme des vérités, en les agrémentant par des commentaires et des interprétations de toutes sortes.

Les résultats de nos enquêtes ont montré que, du fait de la titrologie, plus de 37% des Ivoiriens ne font plus d’effort intellectuel pour une compréhension maximale, mais s’arrêtent au premier niveau de lecture des quotidiens : les Ivoiriens se contentent désormais de la compréhension minimale. Autrement dit, on se fatigue moins, on ne cherche plus, on ne réfléchit plus, on s’arrête à ce qui attire le plus l’œil : les titres, les illustrations (particulièrement les photos), le sommaire, la signature (d’un journaliste que l’on aime lire ou qui est de son bord ethnique ou politique)….

Tout cela, bien évidemment, développe l’analphabétisme ou l’illettrisme qui se traduisent par la paresse de lire et d’écrire et par le goût prononcé pour le divertissement (au sens pascalien de ce terme), ainsi que pour la Télévision, les CD et les DVD, qui nous gavent d’images négatives et qui ne nous cultivent pas. En effet, selon les statistiques, on évalue à environ 65,7 % le nombre d’analphabètes en Côte d’Ivoire. Et donc, il y a un danger réel. Et donc, nous nous devons, tous et toutes, de réagir au plus vite, à commencer par les journalistes.

Certes, les journalistes ont un rôle très important à jouer. Ils doivent écrire dans les journaux en sorte que les populations se sentent, d’abord et avant tout, concernées par leurs écrits et leurs propos, pour pouvoir combattre l’ignorance et la violence, pour éradiquer la titrologie. Dans cette perspective, les journalistes doivent donner à leurs journaux une grande mission d’information, de formation et d’éducation des masses. Les journalistes doivent faire du journal un bon repas quotidien, qui nourrit l’esprit, qui apporte à l’opinion publique des « vitamines intellectuelles » et des « calories culturelles ».

Cela exige, sans nul doute, que les contenus des articles soient en rapport avec les titres et puissent être compris par ceux à qui ils sont destinés. Cela exige aussi que les journalistes soient inspirés par des idées nobles et saines, seules capables d’émouvoir le lecteur et d’aider celui-ci à s’élever, à connaître son environnement, à comprendre les autres et à les aimer.

Dans cet ordre d’idées, le rôle du journaliste ne doit pas consister à ressasser des vieux clichés dépassés, ni à servir des « scoops » dénués de tout fondement, dictés par des commanditaires ou fabriqués de toutes pièces pour plaire à un certain public constitué en général de lecteurs captifs ou de militants inconditionnels qui ne sont pas toujours portés vers l’effort intellectuel et qui absorbent, sans peine et à leurs dépens, des idées qui les induisent dans l’erreur et dans l’horreur.

Le rôle le journaliste ne doit pas consister à dénigrer d’honnêtes citoyens et citoyennes, à étaler, à cœur joie et en toute méprise des règles de bienséance et d’éthique, des scandales familiaux ou politiques, des indiscrétions, des affabulations, sous prétexte que : « c’est ça qui marche » ou bien « c’est ce que nos lecteurs désirent ». Or, ceux-ci, les lecteurs, comme nous l’avons déjà dit, ne sont pas, pour la plupart, naturellement portés vers l’effort intellectuel ou le discernement : ils préfèrent absorber une presse qu’ils n’ont aucune peine à assimiler, même si cette presse ne les instruit pas...

Franchement, nous n’avons pas besoin de cette presse de poubelle, qui abrutit, qui favorise ou alimente un des plus grands poisons de notre société, à savoir la titrologie.

C’est ce que je pense,


Léandre Sahiri,

Directeur de Publication

mardi 22 juin 2010

Les Africains sont-ils solidaires ?

Le fait que l'Afrique soit le berceau de l'humanité a renforcé cette idée maternelle et généreuse qui confère à l'Afrique, la terre de la solidarité. Ainsi, contrairement à l'occidental, qui dit-on, possède a priori une culture individualiste, l'Africain est guidé par l'idée suivante : « quand y en a pour un, c'est que y en a pour tous ». Cependant, de la sphère sociale et politique, en passant par l'aspect économique, l'Afrique aujourd'hui semble s’éloigner des valeurs de solidarité. Les inégalités sont énormes, la pauvreté s’accentue… L’indifférence est quasi glaciale. Alors, cette solidarité africaine est-elle un mythe ou une réalité ? Autrement dit, les africains sont-ils vraiment solidaires les uns des autres ?
Lorsqu’on la dépouille de toute considération émotionnelle, cette question dévoile une réalité de notre vie sociale moderne qu’il faut analyser, avec sérieux et méthode, en termes de critiques objectives et honnêtes, et en se gardant de toute méprise.

La solidarité est-elle, en réalité, une vertu africaine ?

Je dirai d’emblée que c’est à tort qu’on présente souvent la solidarité comme une vertu africaine, et qu’on considère l’individualisme comme un vice occidental. Si les pays occidentaux passent aujourd’hui pour être des terres d’individualisme, c’est avant tout parce qu’ils ont compris la nécessité d’organiser la chaîne de la solidarité à l’échelle nationale. Et ce, pour libérer les individus des soucis matériels de leurs parents et de leurs proches afin qu’ils travaillent à leur propre développement et à celui de leur pays.
C’est une tendance étatique qui amène les citoyens des pays occidentaux à se tourner vers l’Etat, organisateur de la solidarité, pour réclamer des aides dès qu’ils rencontrent une difficulté. Mais, on commet une lourde erreur à croire que la distension des relations interindividuelles en Occident est synonyme d’absence de solidarité. Toute personne qui y travaille contribue, par ses cotisations sociales, à la prise en charge des exclus et des fragiles de la société (chômeurs, malades, invalides, personnes âgées, etc.). Et, chaque salarié est soumis à ce mode de fonctionnement, parce que nul n’est à l’abri de l’exclusion ou d’une période de fragilité. Mais, en plus de la solidarité organisée à l’échelle nationale, la promptitude des Occidentaux à venir en aide à d’autres peuples dès qu’une catastrophe survient est révélatrice d’une culture de la solidarité qui n’a rien à envier à l’entraide mutuelle telle qu’elle se pratique en Afrique. Les guerres, les famines, les inondations et les épidémies, etc. offrent régulièrement l’occasion de prendre la mesure de la solidarité dont les pays occidentaux sont capables.

Envers et revers de la solidarité en Afrique

En Afrique, en revanche, l’entraide mutuelle supplée les carences des Etats, en matière de protection sociale. Plus on continuera d’ignorer cette réalité en Afrique, plus la culture du « tout parent » ou du « tout ami » s’enracinera, empêchant du même coup la libération indispensable des énergies individuelles en vue du développement du pays tout entier. Comment des citoyens pourraient-ils, en effet, investir et maîtriser leur compte financier s’ils n’ont pas d’allocations ou aides de l’Etat, s’ils doivent sans cesse répondre à des sollicitations diverses et aussi urgentes les unes que les autres ? Il est d’ailleurs significatif de constater que ceux qui s’en sortent, en Afrique, sont généralement critiqués pour leur supposée pingrerie.

Ce qu’on appelle communément «la solidarité africaine» est, au mieux, une entraide mutuelle qui s’exerce essentiellement dans le cadre des liens parentaux ou amicaux. Au pire, c’est une connivence mortifère qui a pour mot d’ordre : « A mort, ceux qui ne connaissent personne » C’est la raison pour laquelle les pouvoirs publics sous nos tropiques sont incapables de résoudre les problèmes d’intérêt national. Car, aussitôt nommés, leurs différents responsables font l’objet de sollicitations diverses de la part de parents proches ou éloignés, vrais ou supposés. Et, lorsqu’on n’a pas de lien de parenté permettant d’acquérir ou de sauvegarder quelque intérêt, on recourt à un réseau d’amitié de type très mafieux. Nous voilà de plain-pied dans la corruption qui gangrène notre administration !
A la vérité, on se doit de reconnaître que, les Africains n’ont pas plus le monopole de la solidarité que les autres peuples n’ont celui de l’individualisme. Brandir la solidarité comme une vertu typiquement africaine, c’est fermer les yeux sur la léthargie de nos Etats africains en matière de protection sociale.
Serge Grah
(Journaliste, Ambassadeur Universel pour la Paix).
serge_grah@yahoo.fr

Un article paru dans la rubrique sous l'art à palabre du Filament N°5



mardi 25 mai 2010

De l'intérêt Général

Quand on regarde la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui et le comportement de sa population, on est forcé de reconnaître que l’un des grands problèmes qui se posent à nous, c’est notre égoïsme. Rien ne doit profiter à personne, si ça ne nous profite pas en particulier, telle est la devise. Si bien que personne ne se soucie de l’intérêt général, de l’intérêt de la Nation. Ce qui compte, c’est soi. Et, si cette crise de laquelle nous peinons à sortir perdure, c’est bien parce que, tous, nous posons des actes dans le seul souci à chacun de se satisfaire soi-même.

Et pourtant, partout où il y a un souffle de vie, s’observe un principe selon lequel chacun des éléments d’un groupe doit contribuer à la vie et à la prospérité du groupe tout entier. Car, les différents éléments sont complémentaires, interdépendants. Et chaque élément bénéficie de la participation des autres. D’où, le concept de l’intérêt général ou de la « communauté d’intérêt ».

Prenons l’exemple de l’organisme humain. Si ses différents organes fonctionnent de manière anarchique et individuelle ou singulière, au lieu de se compléter dans une logique de l’intérêt général, l’organisme, à coup sûr, ne survivra pas. Il serait privé de cohésion. Le cancer le démontre assez bien. Il s’agit d’une cellule qui se multiplie anarchiquement, ne se souciant que de son intérêt. Au bout d’un certain temps, il (le cancer) va se généraliser, c'est-à-dire occuper tout seul tout l’organisme, et enfin de compte, mourir avec l’organisme qu’il a détruit. En privilégiant, égoïstement, son intérêt, en s’opposant à l’esprit de l’intérêt commun, il (le cancer) a provoqué son autodestruction.
Autre exemple. Si nous considérons la vie d’une plante, on remarquera qu’il y a certains éléments qui vont capter l’énergie solaire, d’autres vont puiser l’eau et les aliments nutritifs : chacun de ces éléments participe à la vie et à la prospérité de la plante dans son ensemble. Il y a une organisation conçue pour coordonner les intérêts particuliers dans une logique d’intérêt commun. Aucune des parties, notamment des racines aux feuilles, n’est exclue des «bénéfices» engendrés par le «travail» de chacun. Cette organisation est, par sa nature, non-discriminatoire. Chacune des parties a donc intérêt à ne pas perdre de vue l’intérêt général, en vue de favoriser, sauvegarder le fonctionnement harmonieux du groupe.
Pour reprendre l’exemple de la plante, supposons que les éléments qui la composent soient totalement indépendants les uns des autres, il se trouvera évident que chacun de ces éléments devrait assumer seul toutes les fonctions qui étaient auparavant partagées : capter l’énergie solaire, puiser les éléments nutritifs, se reproduire, etc. Ces éléments indépendants n’auraient plus aucun motif de s’associer pour former une plante, et la plante elle-même n’aurait plus de raison d’être.
En analysant cette logique, on constate, en effet, que le principe de l’intérêt général contient implicitement les notions de solidarité, d’équité, de liberté, etc. Nous sous-estimons, très souvent, les propriétés que présente cette logique de l’intérêt général. Au point qu’elle nous paraît tout simplement «normale», au même titre que l’existence de la pluie et des arbres. A force de l’avoir devant les yeux, nous n’y faisons plus vraiment attention. Pourtant, il suffit d’imaginer une société sans ordre ni loi, une société sans organisation, pour nous rendre à l’évidence des avantages extraordinaires qu’offre l’intérêt général. Celui-ci assure une plus grande efficacité, un meilleur rendement, une meilleure survie, au contraire d’une organisation qui n’est pas régie par la logique de l’intérêt général.
Lorsque, dans un milieu, un élément évolue indépendamment des autres, il cesse de se conformer à la logique de l’intérêt général. Pareil au comportement d’une cellule devenue cancéreuse et qui n’obéit plus à la logique de l’intérêt général, ayant «choisi» d’évoluer de manière individuelle, sans tenir compte de la réalité au sein du groupe.
La logique de l’intérêt général s’oppose donc au chaos. Elle en est l’antithèse. On pourrait la comparer au principe d’une chorale. En effet, dans une chorale, le maître de chœur veille à ce que chacun des choristes joue sa partition en conformité et en complémentarité avec tous les autres, même si chaque élément de l’ensemble évolue dans une voix spécifique. Les choristes n’ont même pas besoin de s’accorder entre eux. Il suffit seulement à chacun de respecter le rythme indiqué par le maître de chœur. Et sa voix se trouve alors automatiquement en symbiose avec toutes les autres. Le maître de chœur est la référence pour tous. Cette coordination des choristes, par une référence commune, fait que l’ensemble de la chorale produit une harmonie. Au lieu d’une cacophonie. Sans maître de chœur, cette harmonie serait extrêmement difficile à atteindre. Et presque impossible à faire durer. Parce qu’il n’y aurait aucun principe de stabilité pour s’opposer aux tendances cacophoniques de chacun des choristes.
De même, l’équilibre dans un pays ne résulte pas d’un hasard. Il est organisé et coordonné par des relations de cause à effet. Chaque individu ne doit pas se préoccuper que de son intérêt personnel. Tous les intérêts de tous les individus doivent être coordonnés par une logique qui doit viser à promouvoir l’Intérêt Général. Si les Ivoiriens avaient, un temps soit peu, le souci de l’intérêt du bien public, de la Nation et du devenir de notre pays, en lieu et place de leurs intérêts personnels, égoïstes, il y a longtemps qu’on serait sorti de cette crise morale, éthique, culturelle et, finalement économique et politique qui nous consume lentement mais sûrement.

Serge Grah
(Journaliste, Ambassadeur Universel pour la Paix).

Un article paru dans La chronique sous l'art à palabres du Filament N°4



jeudi 18 mars 2010

De la misère de nos comportements

La Côte d’Ivoire est un pays étrange ! Vraiment ! Un pays que tout le monde s’accorde à trouver mal-en-point, un pays qui s’enlaidit… et que toute la nation devrait s’employer à sortir du gouffre, mais qui ne bruit que de comportements qui encensent les sous-valeurs.

Loin de nous réclamer d’un certain puritanisme, autorisons-nous néanmoins à dénoncer avec force le vice et l’insouciance caractérisés qui sévissent dans notre pays et tendent à se perpétuer péremptoirement en cette période post-crise. Et ce, dans le seul objectif de tirer la sonnette d’alarme et de susciter une prise de conscience collective. Car, il faut se rendre à l’évidence, le mal est bien profond et se cache derrière de nombreuses facettes. Les Ivoiriens ont perdu tout repère. Même les dogmes sociaux élémentaires, les rudiments primordiaux au développement d’une Nation tels que la moralité, l’éducation et le respect des mœurs semblent nous échapper.

Que s’est-il passé pour qu'on en arrive-là ? Les Ivoiriens, loin d'être parfaits tenaient quand même sur et à quelques principes. Comment sommes-nous donc arrivés à un tel deuil de l’espérance ? Pourquoi éprouvons-nous cette lassitude à la réflexion ?

De l’appétence paroxystique pour les plaisirs

Un examen sommaire de notre société amène à se rendre compte de l’appétence paroxystique des Ivoiriens pour les plaisirs. Des déviances que nous inspirent le culte de l’argent, de la perversité et du superficiel : beuverie, ripailles, luxure, orgies sexuelles, impunité, corruption, favoritisme. Des comportements vénaux qui ont pris un caractère normal et qui sont en train de passer insidieusement dans les habitudes. L’immoral a pris la place de la morale, l’anormal s’est substitué au normal. Il y a une commutation des valeurs, au fil d’une déliquescence quotidienne incontrôlée de l’éthique. Le vice a fini par se suppléer à la vertu, et ce, dans une indifférence totale et dans la plus nauséeuse des désinvoltures. Visiblement, il n’y a plus dans ce pays de garde-fous, de barrières. Plus d’interdits !

Dans notre pays, tout se passe comme si nous étions dans une sorte d’impasse culturelle, faite d’une affligeante stérilité. Jamais on ne célèbre l’intelligence, celui qui a mieux réfléchi... Nos cerveaux sont si paralysés que nous n’avons rien d’autre à proposer à la jeunesse que les jeux débiles servis en quantité par « Notre Télévision poubelle »… Pour sanctionner les talents et récompenser des bassesses. Quel gâchis épouvantable !

Du prétendu « culte de la beauté »

On a même trouvé des formules pour entretenir, à coup de millions, des viviers… de jeunes filles : les concours de beauté. Ce phénomène occupe désormais une place légitime. « Miss Côte d’Ivoire, Miss CDEAO, Miss Campus, Miss District » par-ci, « Miss Cocody, Miss Adjépessi », par-là... Les « reines » et les « miss » se démultiplient. Il y a une telle folie obsessionnelle à organiser ce genre de compétitions qu’on a fini par y mêler des gamines. Oui ! On n’a pas hésité à faire germer l’idée, ô combien géniale, que dis-je répugnante, d’exhiber des bébés de 7 ans ! « Miss Noël » nous dit-on ! pour voler leur innocence à ces enfants.

Nos enfants naissent et grandissent désormais dans ce climat de médiocrité et de recherche de gain facile, qui fausse leur conscience. Convaincus que la réussite est moins dans l'effort et la recherche de l'excellence que dans la capacité à tirer profit de son corps.

Mais diantre ! Quelle répugnance pénalisante pour la Nation, lorsque les futilités, la vénalité, l’ignorance tentent d’embastiller la Culture ? Franchement qu’on nous dise le type de valeurs que promeut ce genre de compétitions. La beauté ? Mais quel mérite a-t-on à être beau ou belle ? A quel emploi exige-t-on d’être beau ou belle ? Comment pouvons être aussi pauvres culturellement, au point de jeter le voile pesant de notre inculture sur nos propres enfants. Que peut-on espérer de l’avenir d’une Nation dont toute une génération est sacrifiée sur l’autel de vices suicidaires ? Dans quel psychodrame sommes-nous en train de jouer ? Comment s’étonner alors que les jeunes Ivoiriens trichent avec leur vie ? Pourquoi trouverions-nous étrange que le civisme, la conscience professionnelle et l'assiduité au travail sont observés avec mépris. ?...

Baignant dans les paillettes, de tels concours mettent en jeu toute l’image qu’on se fait de la femme dans notre pays. Et ce qui se profile, c’est la sexualisation prématurée des enfants au lieu de la socialisation. C’est aussi la distribution des rôles futurs : « sois belle… et tout le reste te sera acquis ». Plus profondément, c’est la référence au superficiel, aux fausses valeurs, au nu avec ses profils effilés devenus le critère dominant. Le dessous comme vérité du dessus. La coquetterie et la beauté, les seules armes qu’on laisse aux enfants de ce pays… Merveilleux programme ! N’est-ce pas ?

De la responsabilité de nos gouvernants

Et qu’une Institution de la République, tel le Ministère de l’Éducation Nationale accompagne de telles actions, prend le visage de l’effroyable. Et de la révolte ! Le gouvernement ivoirien veut-il entretenir le modèle d’une jeunesse zombifiée ? Veut-on créer le stéréotype de la femme infantile ? Veut-on pour demain des femmes qui n’auront pour seule boussole que d’être « belle » ?

Aujourd’hui, la situation de notre pays est telle que les maux à combattre ne manquent pas. Au lieu de promouvoir des préjugés sexistes du genre « sois belle et tais-toi » à un moment où l’école est quasiment inexistante, un moment où le SIDA décime toute une jeunesse, le Ministère de l’Éducation Nationale devrait multiplier des actions qui exhortent plutôt les jeunes au travail, au civisme, aux valeurs éthiques et morales, etc.

Une enfant à qui on apprend à se réaliser à partir des atouts artificiels, trouvera-t-elle le moyen de croire en ses études ou au travail ? Quelle élite sommes-nous en train de former ? Ne faut-il pas construire pour cette jeunesse une société qui donne avantage au mérite par le travail et l’intelligence ?...

En tout cas, tâchons de faire comprendre à nos jeunes qu’il n’est pas inutile d’aller à l’école et d’être surtout « beau » par l’intelligence. Sinon, un jour, lorsqu’ils auront 20 ans, 30 ans. Et pleins d’espoir, affamés d’avenir, ils se rendront compte que nous leur avons laissé un pays usé et vidé de toute sa substance nourricière. Et, ce jour-là, ils nous haïront de toute leur force. Et, ils auront raison. Car, nous aurons fait le pire qu’on puisse faire à ses propres enfants…

Serge Grah (Journaliste, Ambassadeur Universel pour la Paix).

Un article paru dans la rubrique sous l'art à palabres du Filament N°3



 

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