dimanche 20 novembre 2011

Epître à Simone Ehivet Gbagbo



Camarade,

Je ne sais exactement quoi te dire, sinon : courage !

D’humiliation en humiliation, tu sors toujours grande

De trahison en trahison, tu reviens au peuple, plus forte

Devant tous abus vicieux, tu as toujours pardonné

Que voudras-tu que je dise au peuple qui attend impatiemment

De te voir sur le piédestal du palais de la culture pour calmer sa colère

Dame au patriotisme très profond et gênant l’ennemi de l’Afrique

Dame à la colonne vertébrale inébranlable par les coups de fouet

Du colon et de ses suppôts qui, à l’image de l’oiseau noir

Sont venus planter leurs becs de malheur sur les bords de notre Lagune Ebrié

Dame des rêves de plusieurs hommes rêvant d’une Afrique libre

Dame au caractère de Gbi la panthère, de Souroukou le lion

Dame qui a choisi de défendre l’Afrique contre toutes les tentations

Dame aux pieds de Loué l’éléphant qui boute l’ennemi hors d’état de nuire

Dame à la cervelle pleine et bien faite, jalousée et crainte par le colonisateur

Refusant de partir dans son supposé bonheur miroité aux non initiés

Que voudras-tu que je dise au peuple qui, à la recherche de guide

Attend ton retour de la villa lézardée où de force, tu as été conduite

Dame, mère des Ivoiriens, symbole de la résistance africaine

Ton peuple t’attend et te réserve un bain de foule

Pour célébrer ton retour qui se fait trop long, vraiment long

De ma plume, ton peuple apprendra quelque chose de toi

Mais, cette même plume ne saurait te remplacer auprès de lui

Et, je ne pourrais contenir le fardeau de leur envie de te voir aussi longtemps.


Sylvain de Bogou
Birmingham, le 30 septembre 2011

Paru dans Le Filament N°16

Le 11 décembre 2011 : pas d’élection en Côte d’Ivoire

Quand on est en démocratie, les élections législatives ont pour but de mettre en place une Assemblée Nationale, en tant qu’institution représentative du peuple et chargée de porter les aspirations des populations et ayant pour mission de trouver des solutions aux problèmes qui se posent, entre autres à travers le vote des lois. Les élections législatives annoncées vont-elles engendrer une Assemblée Nationale véritablement au service du peuple ivoirien et de la démocratie en Côte d’Ivoire ? La réponse évidente à cette question est : non ! Et les faits sont là pour nous le prouver.

QUI VA VOTER ?
Cette question ne se pose pas seulement pour les cas des omis, oubliés et requêtes non traitées de la liste électorale. Elle pose aussi la question des électeurs déjà identifiés. Il est su de tout le monde que, à ce jour, il y a plus de 350.000 ivoiriens réfugiés, du fait de la crise post électorale. Peut-on oser tenir des élections en Côte d’Ivoire sans eux ? Nous ne voyons pas un seul homme politique réfléchi en Côte d’Ivoire capable de répondre à cette question par l’affirmative. Même pas Alassane Dramane Ouattara, puisqu’il a lui-même déclaré qu’il n’accepterait pas qu’un seul ivoirien soit privé de ses droits citoyens... Peut-on aussi oser tenir des élections en Côte d’Ivoire sans avoir résolu le problème des déplacés internes et notamment les populations sinistrées de tout l’Ouest de la Côte d’Ivoire ? Il faut savoir que ces personnes étaient concentrées dans les camps de fortune jusqu’à ce qu’Alassane Ouattara décide de fermer ces camps, afin de ne pas souiller l’évènement de son arrivée à l’Ouest. Veut-on que ces populations sinistrées et endeuillées enjambent les corps de leurs parents assassinés pour aller mettre des bouts de papiers dans une caisse et retourner ensuite crécher dans la nature ? Supposons même que ces populations se résignent à participer, malgré leur chagrin, veut-on encore les pousser à s’adonner à ce même « jeu électoral » qui leur a valu un génocide parce qu’ils ont choisi un candidat et pas un autre ? Non ! Cela ne peut se faire et cela ne se fera plus.
Il y a enfin la situation générale de tous les citoyens qui ne sont pas partisans d’Alassane Ouattara, soit au moins 47% de la population ivoirienne. Dans quel état d’esprit veut-on que ces personnes participent à ces élections, quand on sait que la chasse aux opposants est devenue une mode sur tout le territoire ? S’il y a élection, ce sera inévitablement les sympathisants d’Alassane Ouattara, enthousiastes et confiants, face aux autres, crispés et apeurés. Nous en voulons pour preuves les dégâts causés par les partisans d’Alassane Ouattara aux opposants, entre autres, à Koumassi le 8 octobre dernier et l’assassinat d’Assofi Alexandre à son domicile le 21 Août dernier à Bonoua pour avoir annoncé qu’il serait candidat aux législatives.

POURQUOI DOIT-ON VOTER ?
Veut-on voter pour donner à la démocratie les instruments de sa marche ou bien pour consacrer la longue marche du désordre sanguinaire entamée depuis 2002 ? Veut-on voter pour mettre en place une Assemblée Nationale digne du peuple ivoirien ou bien pour promouvoir des individus ? La réponse à ces deux questions est : non ! Il s’agit de légaliser le coup d’Etat du 11 avril 2011 et d’assurer la promotion politique et sociale de certaines personnes, notamment des membres de la rébellion qui veulent se glisser sous la protection de la loi à travers l’immunité parlementaire. Il s’agit surtout de permettre à leur parrain Alassane Ouattara de se rendre à sa soirée du 22 décembre à l’Elysée avec l’acquis des législatives « organisées », peu importe la manière, y compris au détriment des pertes matérielles et humaines que ces élections présagent.
EN CONCLUSION, PAS D’ELECTION
Au regard de tout cela, Ivoirien, Ivoirienne, tu n’iras pas à ces élections. Nous te rassurons d’ailleurs que ces élections n’auront pas lieu. En tout cas, pas dans les conditions que nous venons de décrire et pas à la date indiquée du 11 décembre 2011.

KEITA SOULEYMANE,
Porte-parole des combattants, CPLCI.

lundi 14 novembre 2011

Chez nous, Les maires, On les nomme

A Mankono, département situé dans le centre-nord de la Côte d`Ivoire, le maire de cette localité, Mme Enise Kanaté, a été destituée par un arrêté du ministre de l’Intérieur, M. Hamed Bakayoko, daté du 1er octobre 2011. Mme Enise Kanaté a été remplacée par Mme Dosso Kossara, son 4ème adjoint, comme cela s’est fait, depuis le changement de régime en Côte d`Ivoire, dans plusieurs autres communes, notamment à Gagnoa, à Divo, à Guiglo, à… L`installation officielle de Mme Dosso Kossara a eu lieu le mardi 11 octobre, sous les auspices du préfet du département.

Jointe au téléphone, quelques instants après la cérémonie d`installation officielle de sa remplaçante, Mme Enise Kanaté a déclaré :
« Ce qui se passe là sous nos yeux, je le perçois comme un affront et un abus d`autorité du ministre de tutelle et je refuse de m’y soumettre. J’accuse le ministre Hamed Bakayoko de piétiner le droit, pour faire plaisir à des partisans. Je persiste et je signe : je suis le maire de Mankono, je demeure le maire de Mankono. C’est un abus d`autorité. Le droit doit être dit. Je ne me reconnais pas dans son arrêté qui nomme un intérimaire, sans me démettre. Je n`étais pas à mon poste à Mankono, certes, parce que ma sécurité était menacée. J`ai été malade. J`étais à Abidjan pour des raisons sécuritaires et j`ai écrit à mon premier adjoint pour qu`il assure mon intérim. De plus, au moment où le ministre Hamed Bakayoko prenait l`arrêté, j`étais à Mankono, depuis près de 40 jours. J`étais donc à mon poste et je demeure à mon poste... Si le ministère de l’Intérieur n’annule pas l`intérim qu`il a créé, il y aura désormais deux maires à Mankono. Si Hamed Bakayoko veut mettre le feu à Mankono, il y aura le feu... ».

Rappelons que Mme Enise Kanaté est une ancienne élue du RDR, qui a fait défection pour créer son propre parti le « Congrès démocratique de Côte d`Ivoire » (CODEMCI) et s’est alliée à Laurent Gbagbo qu’elle considère comme un symbole de liberté pour l’Afrique, mais aussi de dignité pour les Ivoiriens. A l’époque, Mme Enise Kanaté avait animé une conférence de presse, sur le thème « Pourquoi je quitte le RDR pour le FPI », pour dire les raisons de son départ de sa famille politique initiale.

Militante de première heure au RDR, son premier parti politique depuis 1994, Mme Kanaté a fait d’énormes progrès dans ce parti pour se retrouver membre du bureau politique, mais surtout commissaire politique de sa localité d’origine. Mais, elle s’est trouvée fort dépitée des positions du RDR depuis la rébellion du 19 septembre 2002. Pour elle, qui s’est « engagée dans la politique pour le bien-être des populations, et en particulier pour le développement dans sa région », il est impensable que certains acteurs de la crise ivoirienne, notamment ceux du RDR, applaudissent la rébellion.

N’étant pas en phase avec cette position, Mme Kanaté a d’abord opté pour une année sabbatique de réflexion, avant de se décider, finalement, à quitter le RDR. Mais, plutôt que de se retirer définitivement de la vie politique, elle a choisi de déposer ses valises au Front populaire ivoirien (FPI) dont les dirigeants, dit-on, n’ont pas hésité à lui ouvrir les portes.
Ceci, dit-on, pourrait expliquer cela. Mais, si tel était le cas, alors, sommes-nous dans un état de droits, du moins dans un régime démocratique ?

Jean-René Bi Vannier

Paru dans Le Filament N°15

dimanche 13 novembre 2011

L'Europe n'est pas un paradis

Wilfried N'Sondé est un écrivain et musicien congolais. Il a été lauréat 2007 du Prix des cinq continents de la Francophonie. Nous l’avons rencontré. Entretien.

L’Europe n’est pas un paradis

« Le Cœur des enfants léopards » est le titre de votre roman. Que faut-il entendre par un tel titre ?

Wilfried N'Sondé.- Il s’agit d’une introspection, d’un saut dans l’intime. L’idée était de mettre de l’humanité sur l’actualité, celle concernant les populations pauvres vivant en France, issues de l’immigration africaine. Les enfants léopards sont à la base, ceux du Congo, je crée une filiation mystique, au début du livre, entre le peuple des Bakongos et les léopards. En écrivant le livre, je me suis aperçu que les enfants léopards sont tous ceux qui se battent dans la vie, avec les attributs du léopard, la férocité et la noblesse dans les gestes.
Où commence la fiction dans votre œuvre ? Votre roman est-il une autobiographie ?
W N.- Le seul élément biographique du livre, est le fait que, comme moi, le narrateur est né au Congo et émigre vers la France vers 5 ans. Le reste est pure fiction, même si un peu comme en physique, rien ne se perd, rien ne se crée !... C’est plutôt un roman d’amour. Ce livre se veut être une plongée dans l’intime des sentiments humains.

Dans votre roman, les jeunes tiennent une place importante. Que dites-vous généralement à cette jeunesse africaine ?

W N.- Mes quelques voyages sur le continent m’ont confirmé dans l’idée que les diversités y sont grandes. Du peu que j’ai pu voir à Abidjan, je dirai simplement que les jeunes ont besoin d’emplois et d’un meilleur système d’éducation. D’ailleurs, il s’agit là d’un problème mondial. Dans d’autres pays, les jeunes ont besoin que leur pays s’ouvre davantage sur le monde. S’il est peut-être un point commun à tous, c’est le complexe récurant par rapport à l’Europe, il faut arrêter de toujours se définir en fonction des Européens, ne plus constamment attendre leur approbation et exister au-delà de leurs préjugés.

Quelles sont vos influences littéraires ?

W N.- Mes influences littéraires sont multiples. Je suis entré en littérature en lisant les romantiques du XIXe siècle, je suis d’ailleurs resté un inconditionnel de Nerval. J’ai beaucoup lu la philosophie de Nietzsche, j’aime son idée de renversement des valeurs. L’un de mes ouvrages favoris, c’est « Les méduses », de Tchikaya U’Tamsi. J’aime aussi certains auteurs français contemporains, comme Véronique Olmi, Laurent Mauvignier, Virginie Langlois ou encore Carole Martinez.

Parlez-nous de votre vision de l’Afrique, au regard des évènements qui l’a secouée. Je pense par exemple à la Côte d’Ivoire, au Kenya, à l’Afrique du Sud, etc.

W N.- Ces évènements ne sont pas propres à l’Afrique, ils sont, je crois, le fruit d’une pratique mondiale, qui consiste à mettre l’économie avant l’humain, le profit personnel avant le partage, la jouissance de quelques uns avant l’intérêt du plus grand nombre. C’est aussi la conséquence d’une manière d’aborder l’autre, celui qui est différent. Au lieu de se nourrir des différences pour s’enrichir, celles-ci font peur, créent des hiérarchies absurdes entre les êtres humains et amènent violences et chaos. Encore une fois, ces problèmes de fond et leurs manifestations ne sont pas le triste privilège de l’Afrique, mais elles y trouvent leur expression la plus horrible. Je crois que c’est sur le continent africain que les changements essentiels d’une certaine conception de l’humanité vont apparaître.

La plupart des jeunes africains sont prêts à braver toutes sortes de dangers pour se retrouver en Europe. Que pourriez-vous leur donner comme conseil ?

W N.- Dans le cas de guerres ou de pénuries aigus, je ne peux pas me permettre de condamner un tel choix. Maintenant, je pense qu’il existe une vraie propagande mondiale, qui crée l’illusion que l’Europe est un paradis, et l’Afrique un enfer. Nombreuses nations occidentales, notamment la France, se sont bâties sur ce mensonge. De ce fait, c’est très difficile pour eux de tenir un autre discours... Ceci étant, j’aimerais dire aux jeunes que le bonheur est à trouver en soi, l’environnement est une chose qui se transforme par l’action individuelle. Pour près de 90 % des immigrés hors Union Européenne qui arrivent en Europe aujourd’hui, sans papiers, sans argent, sans qualification, la vie est un vrai enfer, qui ne mérite pas que l’on prenne autant de risques. Il faut, je pense, qu’il y ait une prise de conscience de la part des dirigeants politiques, des enseignants, des artistes, de tous le monde, pour que les discours sur l’Afrique changent, mais que surtout, les pratiques des Africains changent aussi, à tous les niveaux. Nous devons être maîtres de notre destin et de celui des plus jeunes d’entre nous.

Pensez-vous que les écrivains africains peuvent contribuer aux changements de mentalités ?

W N.- J’espère que tout le monde devrait contribuer aux changements de mentalités dans le monde.

Vous êtes francophone, vous remportez un prix de la francophonie. Comment se vit ce fait là dans une ville germanique comme Berlin ?

W N.- Ce qui est important à Berlin, c’est le fait que j’ai gagné un prix littéraire, cela donne de la crédibilité. Le reste n’intéresse pas vraiment... Le monde dans son ensemble est devenu un espace de partage de valeurs humaines, malheureusement pas toujours les meilleures.

Interview réalisée par Serge Grah

Paru dans le Le Filament N°15

lundi 7 novembre 2011

Lettre de Birmingham à Laurent Gbagbo


Mon cher compatriote,
Plus de temps pour s’apitoyer
Mais le temps pour réfléchir.
Avertissements pourtant donnés
Que de démons, que de vampires à tes côtés
Donnaient dans le mensonge et dans la tricherie à peine masquée
Une absurdité aiguë dénoncée, mais pas prise au sérieux.
Des mangeurs et des nageurs, tous dans les couloirs du palais
Aux mains de l’ennemi dénoncé depuis des années.
Abandonné, seul !
Quelle folle envie de lire dans ton âme, dans ton actuelle pensée
Depuis la savane, humilié par des sans-culottes de sang assoiffés
Mon imagination me dit : des livres tu dévores et les nouvelles tu suis.
Que de confiance, trop de confiance donnée aux félons sortis du trou
Avec comme promesses, répliques, résistances et protection au peuple
Pris aux pièges de ‘l’Amérifrançafrique’ qui vit en toi un danger.
Ah! Quelle trahison. Ah! Quelle vie double menée par tes alliés d’hier
Que de sang versé sur la terre de tes ancêtres tant de fois voulus fiers
De toi, de la nation que tu voulus bâtir et de toute l’Afrique
Ah! Quelle ignorance des porteurs de flèches, de fusils, de sagaies
Tuant des Ivoiriens, vieux et jeunes tous ensemble, sans sourciller
Ah! Que la terre est méchante.
Ah ! Que la loi change de couleur, selon les intérêts en jeux
Ah! Que les hommes aussi du trou sortis
Par toi, changent selon le vent et l’humeur de la mer qui pleure les Ivoiriens
Tout en accueillant leurs corps jetés aux poissons pour s’en gaver la panse
Ah! Que de caméléons autour de toi.
Les dés depuis des temps pipés étaient.
Cependant, fier, serein et tranquille tu devras demeurer
Car, des Gbagbo, pleins dans les bourgs et les faubourgs d’Abidjan, de Katiola, de Man, de Soubré,
De Bouna, de Gagnoa, d’Aboisso…
De toute l’Europe et de toute l’Afrique, tu as semés.
Et la récolte, une bonne récolte, ne saurait tarder pour laver l’affront par le nègre essuyé
La tyrannie, de notre sang imbibé, succombera sous le poids de la colère des âmes liquidées
Expédiées reposer en pleine journée et en pleine lune de gaieté inachevée
Dans le monde des aïeux qui eux-mêmes, à une autre période, furent forcés de dormir sans fin.
Notre terre souillée dans tous ses coins et recoins, de façon fracassante et inadmissible
Fera payer l’imposteur et ses affidés venus tuer et faire main basse sur nos propriétés et nos fortunes.
Sans sommation,
Ils tuent, l’imposteur et ses affidés, avec une férocité insondable et incomparable.
Sans ménagement,
Ils tuent, l’imposteur et ses affidés, avec une joie bestiale, à un rythme cavalier et démoniaque d’un autre temps.
Mais, ils seront, ma foi,
Les sanguinaires venus de partout pour détruire le beau rêve éburnéen
Par les puissances par eux incontrôlables
Foudroyés.
A toi digne fils,
Reçois ce mot pour dire : à très bientôt.
Courage à toi. Avec toi le peuple demeure.

Sylvain de Bogou
Birmingham, le 30 septembre 2011

Paru dans Le Filament N°15

De l'exemple du peuple roumain

Le 24 décembre 1989, le président roumain, Nicolae Ceausescu, debout sur le balcon de son palais, à Bucarest, haranguait la foule conviée à participer, une fois de plus, sur la place de l’Université, à le célébrer : une gigantesque manifestation de soutien et de louanges.
Moins de 24 heures plus tard, suite à un soulèvement populaire pour mettre un terme à son régime tyrannique et pour en finir avec l’insécurité, la terreur et l’injustice, aggravées par des conditions économiques et sociales désastreuses, Nicolae Ceausescu a été chassé du pouvoir, et un nouveau gouvernement a été immédiatement mis en place.

Il faut souligner que, au cours de ce soulèvement, du 16 au 25 décembre 1989, on a vu les forces armées se joindre aux manifestants et fraterniser spontanément : le chef de la Securitate (c-à-dire : les services de police politique secrète) a demandé à ses hommes de ne pas tirer sur les manifestants. Face à cette situation plus ou moins confuse, Ceausescu et sa femme Elena Petrescu ont tenté de s’enfuir en hélicoptère.

En effet, les époux Ceausescu ont rejoint un hélicoptère sur le toit de leur résidence pour s'enfuir avec deux conseillers et trois hommes d'équipage dans le but de rejoindre un de leurs palais privés de province et reconstituer les forces encore fidèles à son régime. Les manifestants se sont attaqués ensuite à la chaîne de télévision publique devenue un media de propagande et de désinformation et, aux environs de 13 heures, ils sont parvenus à en prendre le contrôle.
Le 25 décembre 1989, à la suite d'un procès expéditif de 55 minutes, rendu par un tribunal auto-proclamé, réuni en secret dans une école de Targoviste, à 50 km de Bucarest, Nicolae Ceausescu et Elena Petrescu, ont été condamnés à mort et aussitôt fusillés dans la base militaire de Targoviste, payant ainsi au peuple roumain la facture de tant de crimes et de tant de mal qu’ils lui ont fait.
Le soir même, les images des corps exécutés du couple Ceausescu ont été diffusées à la télévision, en Roumanie et dans le monde entier. Leurs cadavres ont été enterrés dans le cimetière civil de Ghencea, à Bucarest, dans une tombe sans nom.
Il faut ici signaler et souligner la détermination et les actes de bravoure de la population roumaine dont la manifestation, diffusée en direct à la télévision, se transforma, le 21 décembre 1989, en une démonstration massive de protestation, les mains nues, contre le régime de Ceausescu.

Il faut aussi rendre hommage à la diaspora roumaine, dont le rôle a été déterminant, en particulier les intellectuels roumains en exil en France et en Angleterre, qui se sont mobilisés, organisés, pour recueillir des fonds et diffuser largement des analyses critiques, des informations même confidentielles, prenant ainsi une grande part à l’éveil des consciences du peuple roumain pour une participation active, individuelle et collective, dans la chute de Ceausescu.

Il faut aussi rendre un hommage mérité à certains citoyens roumains, dont entre autres, le lieutenant-général Ion Mihai Pacepa, vétéran de la Securitate (les services de police politique secrète). En 1978, le lieutenant-général Pacepa fit défection et se réfugia aux États-Unis, portant un coup sévère au régime, contraignant Ceausescu à revoir toute l'« architecture » de la Securitate. Le lieutenant-général Pacepa a énormément contribué à la prise de conscience des Roumains, en ce qui concerne la nature et les exactions du régime de Ceausescu, et ce, grâce à la publication courageuse et à la large diffusion de son livre « Red Horizons : Chronicles of a Communist Spy Chief ».
Dans ce livre, le lieutenant-général Pacepa a révélé divers détails sur le régime de Ceausescu, tels ses abus de pouvoir, sa collaboration avec des terroristes, ses entreprises d'espionnage industriel aux États-Unis, ses tractations pour obtenir le soutien des pays occidentaux et pérenniser son règne, ses efforts constants et élaborés pour faire croire que tout va bien alors que la population roumaine souffre énormément, etc.
Suite à la chute de ce tyran, Nicolae Ceausescu, la Roumanie est rentrée dans l’ère démocratique, avec en 1990, la victoire de M. Ion Iliescu à la première élection présidentielle libre et véritablement démocratique du pays.

Ce qui s’est passé en Roumanie n’est certes pas un fait nouveau dans l’Histoire des Hommes. Ce n’est pas, non plus, l’apanage des pays de l’Est, même si, à une certaine époque, la Pologne, la Bulgarie, la Tchécoslovaquie, entre autres, ont occupé les premiers paliers de l’actualité politique en la matière. En effet, en Asie, en Amérique, en Afrique aussi, on a déjà connu des chutes non moins spectaculaires de dictateurs, de tyrans et d’empereurs dont Nimeiry, Bokassa, Bourguiba, Marcos, Duvalier, Mao, Noriega, Moussa Traoré, Idi Amin Dada, pour ne citer que ceux-là.

De tous ces faits et de la révolution roumaine, on retiendra que, pour se libérer, l’on n’a pas, forcément, besoin de bombes, ni de tanks, ni de blindés, ni d’artilleries lourdes, ni de coup d’Etat militaire, ni d’aide extérieure, ni d’attendre tranquillement le décès du chef, ni de compter sur des élections dont on sait d’avance l’issue...
Il suffit, nous enseigne le peuple roumain, d’oublier ou du moins de vaincre, un tant soit peu, la peur qui nous lie les membres et l’esprit, pour, avec bravoure, défier le pouvoir jusqu’à son dernier retranchement et à sa fin et tourner, de manière décisive, les pages les plus sordides de son histoire.
C’est la conduite à tenir par toute communauté qui subit un régime véritablement contraire à son essor. C’est la voie idéale pour tout peuple faisant face à un pouvoir tyrannique qui agit contre le droit et la raison, et qui se révèle, comme celui de Ceausescu, injuste, violent, pervers.
En vérité, la révolution roumaine constitue un bon exemple à… suivre. C’est ce que je pense.


Léandre Sahiri

Publié dans le Filament N°15

vendredi 28 octobre 2011

edito du 15 octobre 2011

Après une trêve d’environ six mois, votre journal « Le Filament » reprend dès à présent ses parutions, avec nos excuses et, bien sûr, tout le plaisir et la joie de vous retrouver.

Cette trêve, il faut le préciser, était due au fait que certains membres de notre équipe de rédaction résidant en Côte d’Ivoire ont été l’objet de sévices graves de la part des rebelles rebaptisés « FRCI ». L’un d’entre eux y a même failli perdre la vie. C’est en signe de protestation contre de tels abus et par solidarité avec nos confrères que, unanimement, nous avions décidé de suspendre nos activités.

Les appels téléphoniques, les e-mails, les textes messages que nous avons reçus nous ont incités à reprendre et nous confortent dans l’idée que nous avons été bien inspirés de lancer ce journal et, surtout, que nous devons continuer de suivre la ligne de la liberté et de l’indépendance que nous avons, à dessein, choisie.

Soyez assurés que, aussi longtemps que nous le pourrons, et grâce à vos soutiens et contributions, que nous saurons toujours apprécier à leur juste mesure, nous continuerons, contre vents et marées, à garder la même ligne éditoriale, en tâchant de nous améliorer chaque jour davantage, afin que « Le Filament » demeure à votre goût et réponde à votre attente.
Merci de nous aider à agrandir le cercle de nos lecteurs et lectrices, afin de réussir à relever notre défi d’atteindre plus d’un million de personnes attendant chaque mois de lire et de partager gracieusement « Le Filament ».

Merci également de nous soutenir, sous quelque forme que ce soit et d’offrir GRATUITEMENT, « Le Filament » à vos amis, à vos parents, à vos connaissances, à vos collègues…, par e-mail, par fax, par photocopie, par courrier postal, etc. Bienvenue sur notre site : www.lefilament.info.
Bonne lecture. Portez-vous bien et à très bientôt.

Léandre Sahiri,
Directeur de Publication.
Sylvain de Bogou,
Directeur de Rédaction
 

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