dimanche 20 novembre 2011

Le 16 octobre 1986 à Stockholm

Ce jour-là, le 16 octobre 1986, le prix Nobel de littérature de l'année 1986 a été décerné, pour la première fois, à un écrivain africain, Wolé Soyinka du Nigeria. 

Il a produit une œuvre littéraire riche et variée (...) Son éducation, ses origines et sa formation font de lui une exception dans le monde de la littérature. Né à Abeokuta au Nigeria le 13 juillet 1934, Akiwande Oluwole Soyinka (alias Wole Soyinka) a grandi dans les environs de la mission anglicane d’Aké. Ses parents (son père est responsable d’une école primaire et sa mère commercante) "chrétiens et occidentalisés" tenaient cependant à équilibrer l’environnement anglophone colonial dans lequel il évoluait par de fréquentes visites dans le village natal de son père, à Isara en pays Yoruba. Dans la bibliothèque familiale, Soyinka découvre la littérature et les écrivains anglais. Son œuvre sera plus tard doublement influencée, par la littérature européenne et par la culture Yoruba. Wole Soyinka puise sa source dans la culture, les mythes et les traditions culturelles du peuple Yoruba qui a des liens avec la culture des régions méditerranéennes. Par sa formation dans son pays d’origine et en Europe, il a également acquis une connaissance profonde de la culture européenne. Sa collection d’essais, "Myth, literature and the African World" ". 

Ses plus célèbres essais regroupés dans « Myth, Literature and the African world » et publiés en 1976 enrichissent et facilitent la compréhension de la littérature (...). Il y critique notamment le mouvement de la négritude ("un tigre ne crie pas sa tigritude, il agit"), compare sa façon d’envisager l’art et l’écriture, avec celle d’autres écrivains africains et européens. 

Dans son livre autobiographique, « Ake : the years of childhood » centré sur son enfance et publié en 1981, raconte la vie dans son village natal, son émerveillement d’enfant devant les mystères et les traditions Yoruba qui transparaîtront plus tard dans ses œuvres. Si l’on prend en considération l’implication directe et immense de Barack Obama dans les conflits ivoirien et libyen, on peut affirmer, sans risque de se tromper, que Wole Soyinka a trop tôt raison en ce qui concerne l’arrivée de Barack Obama à la Blanche, en affirmant : 
« Pour moi, dire que la victoire de Barack Obama représente une victoire pour l'homme noir n'est pas vrai. Il n'a pas été élu par les Afro-américains. Il a été élu par les Américains. Cependant, on ne peut pas ignorer que ce sera la première fois dans l'histoire des Etats-Unis que la Maison-Blanche sera occupée par un président noir et par une famille noire ». 
 Jean-René Bi Vannier

Qui se réconcilie avec qui et pour quoi faire ?

Sous le règne d’Houphouët-Boigny, il y a eu une « réconciliation nationale » parce que le pouvoir s’était rendu compte de ses fautes et erreurs (« Les Faux complots »). C’était, à la limite, une manière de demander pardon au peuple et la traduction en actes de l’acceptation de ce pardon qui a été appelée la « réconciliation nationale ».

Cependant, aujourd’hui, suite à la crise post électorale, on peut s’interroger sur deux points, à savoir : Quels sont les parties en présence qui doivent se réconcilier ? Comment doit-on procéder pour se réconcilier ?

Les parties à réconcilier

Il est très important de savoir qui se réconcilie avec qui, car lorsqu’on a mal au pied et qu’on soigne la tête ou le ventre, il va sans dire que le mal ne disparaîtra pas. Ainsi, quand un pays a mal à sa classe politique, est-il nécessaire de focaliser les soins sur le peuple ? Au temps d’Houphouët-Boigny, une poignée de personnes, faisant du zèle, avaient réussi à braquer le pouvoir contre le peuple, au point que ce dernier donnait l’impression d’une citadelle assiégée.

En 2001, sous Laurent Gbagbo, la classe politique d’aujourd’hui s’était méprise sur les objectifs sociaux et avait entrainé dans sa chute morale, une partie de la population qui en était arrivée à brûler des édifices religieux et autres symboles de la civilisation et de la république. Un forum de réconciliation nationale, s’imposait donc pour recoller les morceaux et rebâtir la nation ivoirienne… A l’occasion de cette réconciliation nationale, les dirigeants s’étaient retrouvés et avaient, devant les caméras, mais surtout devant le peuple reconnu les torts et demandé pardon.

Aujourd’hui, après la crise post électorale, la nation a besoin de l’entente de tous ses fils et filles. Car, c’est en travaillant à l’unisson que le développement national peut s’enclencher. Chacun de nous a pris une part active à la déconstruction du tissu social. Or, la désagrégation de la société mine et fragilise la cohésion nationale. C’est pourquoi le renforcement de la nation est primordial et urgent pour que chacun retrouve sa place dans la société. Mais, comment y parvenir ? Autrement dit, comment doit se présenter le processus de réconciliation ?

Le déroulement des différentes réconciliations

Si l’on se réconcilie, c’est pour un but précis. Malheureusement, l’on confond, bien souvent, les conséquences de la mésentente de la classe politique (pour qui la sagesse est une denrée rarissime) et les problèmes entre les différentes composantes de la population...

Les ténors de la classe politique doivent s’asseoir et vider leurs différends. Ils sont libres de choisir la manière qui sied le mieux en cette circonstance. Mais, en vérité, eux ont d’abord besoin de réconciliation. Cette opération est impérieuse pour aller à une réconciliation nationale. Autrement dit, leur entente entraînera, par ricochet, celle du peuple et non le contraire. Parce que, en général, l’opération de réconciliation est comme la construction d’une maison. Si le terrain choisi n’est que du sable mouvant, l’édifice ne tiendra pas debout longtemps. La première analyse sera d’abord celle du sol. Ensuite, viendra le matériau de construction et la manière de confectionner l’édifice.

Après cette phase, l’on doit s’intéresser au combat d’idées dans le processus d’adhésion aux formations politiques. Sur ce terrain, l’appartenance au parti politique, il faut le dire tout net, est très axée sur le régionalisme. Beaucoup de militants des partis sont plus attachés à la personne du mentor, plutôt par affinité régionale que par attrait idéologique. Cela se remarque par les bastions des partis politiques. C’est un des facteurs dont, avant d’aller à la réconciliation, il faudra tenir compte.

La réconciliation nationale n’est pas et ne peut pas être le début, mais la fin d’un long processus, qui passe par le règlement, le dédommagement et enfin l’acceptation du vocable « pardon ». Sans ce cheminement, il n’y aura pas de réconciliation vraie. Idem de la réconciliation entre les politiques.

Ainsi donc, aussi longtemps que M. Alassane Ouattara s’amusera à se faire peur ou à se mettre de nouveaux habits d’un homme vertueux au regard de son passé de comploteur, il n’y aura pas de réconciliation. Tant que Laurent Gbagbo et ses collaborateurs seront craints, brandis comme les seuls responsables de la crise et maintenus en prison, il n’y aura pas de réconciliation possible. Aussi longtemps que les hommes et femmes politiques n’auront pas vidé leurs différends, il n’y aura pas de réconciliation. Enfin, il faudra que M. Alassane Ouattara comprenne que, c’est l’acte de contrition qui invite au pardon de l’offensé, et donc c’est à l’appui du regret du mal acté et la ferme volonté de ne plus recourir à cet état de fait, que la demande de pardon est bien accueillie.

Le pardon précède la réconciliation, mais à condition que l’auteur de l’offense prenne conscience d’avoir mal agi. Un pardon sans contrition ne vaut rien et ne règle rien en profondeur.

Julius Blawa Gueye

Paru dans Le Filament N°16

Epître à Simone Ehivet Gbagbo



Camarade,

Je ne sais exactement quoi te dire, sinon : courage !

D’humiliation en humiliation, tu sors toujours grande

De trahison en trahison, tu reviens au peuple, plus forte

Devant tous abus vicieux, tu as toujours pardonné

Que voudras-tu que je dise au peuple qui attend impatiemment

De te voir sur le piédestal du palais de la culture pour calmer sa colère

Dame au patriotisme très profond et gênant l’ennemi de l’Afrique

Dame à la colonne vertébrale inébranlable par les coups de fouet

Du colon et de ses suppôts qui, à l’image de l’oiseau noir

Sont venus planter leurs becs de malheur sur les bords de notre Lagune Ebrié

Dame des rêves de plusieurs hommes rêvant d’une Afrique libre

Dame au caractère de Gbi la panthère, de Souroukou le lion

Dame qui a choisi de défendre l’Afrique contre toutes les tentations

Dame aux pieds de Loué l’éléphant qui boute l’ennemi hors d’état de nuire

Dame à la cervelle pleine et bien faite, jalousée et crainte par le colonisateur

Refusant de partir dans son supposé bonheur miroité aux non initiés

Que voudras-tu que je dise au peuple qui, à la recherche de guide

Attend ton retour de la villa lézardée où de force, tu as été conduite

Dame, mère des Ivoiriens, symbole de la résistance africaine

Ton peuple t’attend et te réserve un bain de foule

Pour célébrer ton retour qui se fait trop long, vraiment long

De ma plume, ton peuple apprendra quelque chose de toi

Mais, cette même plume ne saurait te remplacer auprès de lui

Et, je ne pourrais contenir le fardeau de leur envie de te voir aussi longtemps.


Sylvain de Bogou
Birmingham, le 30 septembre 2011

Paru dans Le Filament N°16

Le 11 décembre 2011 : pas d’élection en Côte d’Ivoire

Quand on est en démocratie, les élections législatives ont pour but de mettre en place une Assemblée Nationale, en tant qu’institution représentative du peuple et chargée de porter les aspirations des populations et ayant pour mission de trouver des solutions aux problèmes qui se posent, entre autres à travers le vote des lois. Les élections législatives annoncées vont-elles engendrer une Assemblée Nationale véritablement au service du peuple ivoirien et de la démocratie en Côte d’Ivoire ? La réponse évidente à cette question est : non ! Et les faits sont là pour nous le prouver.

QUI VA VOTER ?
Cette question ne se pose pas seulement pour les cas des omis, oubliés et requêtes non traitées de la liste électorale. Elle pose aussi la question des électeurs déjà identifiés. Il est su de tout le monde que, à ce jour, il y a plus de 350.000 ivoiriens réfugiés, du fait de la crise post électorale. Peut-on oser tenir des élections en Côte d’Ivoire sans eux ? Nous ne voyons pas un seul homme politique réfléchi en Côte d’Ivoire capable de répondre à cette question par l’affirmative. Même pas Alassane Dramane Ouattara, puisqu’il a lui-même déclaré qu’il n’accepterait pas qu’un seul ivoirien soit privé de ses droits citoyens... Peut-on aussi oser tenir des élections en Côte d’Ivoire sans avoir résolu le problème des déplacés internes et notamment les populations sinistrées de tout l’Ouest de la Côte d’Ivoire ? Il faut savoir que ces personnes étaient concentrées dans les camps de fortune jusqu’à ce qu’Alassane Ouattara décide de fermer ces camps, afin de ne pas souiller l’évènement de son arrivée à l’Ouest. Veut-on que ces populations sinistrées et endeuillées enjambent les corps de leurs parents assassinés pour aller mettre des bouts de papiers dans une caisse et retourner ensuite crécher dans la nature ? Supposons même que ces populations se résignent à participer, malgré leur chagrin, veut-on encore les pousser à s’adonner à ce même « jeu électoral » qui leur a valu un génocide parce qu’ils ont choisi un candidat et pas un autre ? Non ! Cela ne peut se faire et cela ne se fera plus.
Il y a enfin la situation générale de tous les citoyens qui ne sont pas partisans d’Alassane Ouattara, soit au moins 47% de la population ivoirienne. Dans quel état d’esprit veut-on que ces personnes participent à ces élections, quand on sait que la chasse aux opposants est devenue une mode sur tout le territoire ? S’il y a élection, ce sera inévitablement les sympathisants d’Alassane Ouattara, enthousiastes et confiants, face aux autres, crispés et apeurés. Nous en voulons pour preuves les dégâts causés par les partisans d’Alassane Ouattara aux opposants, entre autres, à Koumassi le 8 octobre dernier et l’assassinat d’Assofi Alexandre à son domicile le 21 Août dernier à Bonoua pour avoir annoncé qu’il serait candidat aux législatives.

POURQUOI DOIT-ON VOTER ?
Veut-on voter pour donner à la démocratie les instruments de sa marche ou bien pour consacrer la longue marche du désordre sanguinaire entamée depuis 2002 ? Veut-on voter pour mettre en place une Assemblée Nationale digne du peuple ivoirien ou bien pour promouvoir des individus ? La réponse à ces deux questions est : non ! Il s’agit de légaliser le coup d’Etat du 11 avril 2011 et d’assurer la promotion politique et sociale de certaines personnes, notamment des membres de la rébellion qui veulent se glisser sous la protection de la loi à travers l’immunité parlementaire. Il s’agit surtout de permettre à leur parrain Alassane Ouattara de se rendre à sa soirée du 22 décembre à l’Elysée avec l’acquis des législatives « organisées », peu importe la manière, y compris au détriment des pertes matérielles et humaines que ces élections présagent.
EN CONCLUSION, PAS D’ELECTION
Au regard de tout cela, Ivoirien, Ivoirienne, tu n’iras pas à ces élections. Nous te rassurons d’ailleurs que ces élections n’auront pas lieu. En tout cas, pas dans les conditions que nous venons de décrire et pas à la date indiquée du 11 décembre 2011.

KEITA SOULEYMANE,
Porte-parole des combattants, CPLCI.

lundi 14 novembre 2011

Chez nous, Les maires, On les nomme

A Mankono, département situé dans le centre-nord de la Côte d`Ivoire, le maire de cette localité, Mme Enise Kanaté, a été destituée par un arrêté du ministre de l’Intérieur, M. Hamed Bakayoko, daté du 1er octobre 2011. Mme Enise Kanaté a été remplacée par Mme Dosso Kossara, son 4ème adjoint, comme cela s’est fait, depuis le changement de régime en Côte d`Ivoire, dans plusieurs autres communes, notamment à Gagnoa, à Divo, à Guiglo, à… L`installation officielle de Mme Dosso Kossara a eu lieu le mardi 11 octobre, sous les auspices du préfet du département.

Jointe au téléphone, quelques instants après la cérémonie d`installation officielle de sa remplaçante, Mme Enise Kanaté a déclaré :
« Ce qui se passe là sous nos yeux, je le perçois comme un affront et un abus d`autorité du ministre de tutelle et je refuse de m’y soumettre. J’accuse le ministre Hamed Bakayoko de piétiner le droit, pour faire plaisir à des partisans. Je persiste et je signe : je suis le maire de Mankono, je demeure le maire de Mankono. C’est un abus d`autorité. Le droit doit être dit. Je ne me reconnais pas dans son arrêté qui nomme un intérimaire, sans me démettre. Je n`étais pas à mon poste à Mankono, certes, parce que ma sécurité était menacée. J`ai été malade. J`étais à Abidjan pour des raisons sécuritaires et j`ai écrit à mon premier adjoint pour qu`il assure mon intérim. De plus, au moment où le ministre Hamed Bakayoko prenait l`arrêté, j`étais à Mankono, depuis près de 40 jours. J`étais donc à mon poste et je demeure à mon poste... Si le ministère de l’Intérieur n’annule pas l`intérim qu`il a créé, il y aura désormais deux maires à Mankono. Si Hamed Bakayoko veut mettre le feu à Mankono, il y aura le feu... ».

Rappelons que Mme Enise Kanaté est une ancienne élue du RDR, qui a fait défection pour créer son propre parti le « Congrès démocratique de Côte d`Ivoire » (CODEMCI) et s’est alliée à Laurent Gbagbo qu’elle considère comme un symbole de liberté pour l’Afrique, mais aussi de dignité pour les Ivoiriens. A l’époque, Mme Enise Kanaté avait animé une conférence de presse, sur le thème « Pourquoi je quitte le RDR pour le FPI », pour dire les raisons de son départ de sa famille politique initiale.

Militante de première heure au RDR, son premier parti politique depuis 1994, Mme Kanaté a fait d’énormes progrès dans ce parti pour se retrouver membre du bureau politique, mais surtout commissaire politique de sa localité d’origine. Mais, elle s’est trouvée fort dépitée des positions du RDR depuis la rébellion du 19 septembre 2002. Pour elle, qui s’est « engagée dans la politique pour le bien-être des populations, et en particulier pour le développement dans sa région », il est impensable que certains acteurs de la crise ivoirienne, notamment ceux du RDR, applaudissent la rébellion.

N’étant pas en phase avec cette position, Mme Kanaté a d’abord opté pour une année sabbatique de réflexion, avant de se décider, finalement, à quitter le RDR. Mais, plutôt que de se retirer définitivement de la vie politique, elle a choisi de déposer ses valises au Front populaire ivoirien (FPI) dont les dirigeants, dit-on, n’ont pas hésité à lui ouvrir les portes.
Ceci, dit-on, pourrait expliquer cela. Mais, si tel était le cas, alors, sommes-nous dans un état de droits, du moins dans un régime démocratique ?

Jean-René Bi Vannier

Paru dans Le Filament N°15

dimanche 13 novembre 2011

L'Europe n'est pas un paradis

Wilfried N'Sondé est un écrivain et musicien congolais. Il a été lauréat 2007 du Prix des cinq continents de la Francophonie. Nous l’avons rencontré. Entretien.

L’Europe n’est pas un paradis

« Le Cœur des enfants léopards » est le titre de votre roman. Que faut-il entendre par un tel titre ?

Wilfried N'Sondé.- Il s’agit d’une introspection, d’un saut dans l’intime. L’idée était de mettre de l’humanité sur l’actualité, celle concernant les populations pauvres vivant en France, issues de l’immigration africaine. Les enfants léopards sont à la base, ceux du Congo, je crée une filiation mystique, au début du livre, entre le peuple des Bakongos et les léopards. En écrivant le livre, je me suis aperçu que les enfants léopards sont tous ceux qui se battent dans la vie, avec les attributs du léopard, la férocité et la noblesse dans les gestes.
Où commence la fiction dans votre œuvre ? Votre roman est-il une autobiographie ?
W N.- Le seul élément biographique du livre, est le fait que, comme moi, le narrateur est né au Congo et émigre vers la France vers 5 ans. Le reste est pure fiction, même si un peu comme en physique, rien ne se perd, rien ne se crée !... C’est plutôt un roman d’amour. Ce livre se veut être une plongée dans l’intime des sentiments humains.

Dans votre roman, les jeunes tiennent une place importante. Que dites-vous généralement à cette jeunesse africaine ?

W N.- Mes quelques voyages sur le continent m’ont confirmé dans l’idée que les diversités y sont grandes. Du peu que j’ai pu voir à Abidjan, je dirai simplement que les jeunes ont besoin d’emplois et d’un meilleur système d’éducation. D’ailleurs, il s’agit là d’un problème mondial. Dans d’autres pays, les jeunes ont besoin que leur pays s’ouvre davantage sur le monde. S’il est peut-être un point commun à tous, c’est le complexe récurant par rapport à l’Europe, il faut arrêter de toujours se définir en fonction des Européens, ne plus constamment attendre leur approbation et exister au-delà de leurs préjugés.

Quelles sont vos influences littéraires ?

W N.- Mes influences littéraires sont multiples. Je suis entré en littérature en lisant les romantiques du XIXe siècle, je suis d’ailleurs resté un inconditionnel de Nerval. J’ai beaucoup lu la philosophie de Nietzsche, j’aime son idée de renversement des valeurs. L’un de mes ouvrages favoris, c’est « Les méduses », de Tchikaya U’Tamsi. J’aime aussi certains auteurs français contemporains, comme Véronique Olmi, Laurent Mauvignier, Virginie Langlois ou encore Carole Martinez.

Parlez-nous de votre vision de l’Afrique, au regard des évènements qui l’a secouée. Je pense par exemple à la Côte d’Ivoire, au Kenya, à l’Afrique du Sud, etc.

W N.- Ces évènements ne sont pas propres à l’Afrique, ils sont, je crois, le fruit d’une pratique mondiale, qui consiste à mettre l’économie avant l’humain, le profit personnel avant le partage, la jouissance de quelques uns avant l’intérêt du plus grand nombre. C’est aussi la conséquence d’une manière d’aborder l’autre, celui qui est différent. Au lieu de se nourrir des différences pour s’enrichir, celles-ci font peur, créent des hiérarchies absurdes entre les êtres humains et amènent violences et chaos. Encore une fois, ces problèmes de fond et leurs manifestations ne sont pas le triste privilège de l’Afrique, mais elles y trouvent leur expression la plus horrible. Je crois que c’est sur le continent africain que les changements essentiels d’une certaine conception de l’humanité vont apparaître.

La plupart des jeunes africains sont prêts à braver toutes sortes de dangers pour se retrouver en Europe. Que pourriez-vous leur donner comme conseil ?

W N.- Dans le cas de guerres ou de pénuries aigus, je ne peux pas me permettre de condamner un tel choix. Maintenant, je pense qu’il existe une vraie propagande mondiale, qui crée l’illusion que l’Europe est un paradis, et l’Afrique un enfer. Nombreuses nations occidentales, notamment la France, se sont bâties sur ce mensonge. De ce fait, c’est très difficile pour eux de tenir un autre discours... Ceci étant, j’aimerais dire aux jeunes que le bonheur est à trouver en soi, l’environnement est une chose qui se transforme par l’action individuelle. Pour près de 90 % des immigrés hors Union Européenne qui arrivent en Europe aujourd’hui, sans papiers, sans argent, sans qualification, la vie est un vrai enfer, qui ne mérite pas que l’on prenne autant de risques. Il faut, je pense, qu’il y ait une prise de conscience de la part des dirigeants politiques, des enseignants, des artistes, de tous le monde, pour que les discours sur l’Afrique changent, mais que surtout, les pratiques des Africains changent aussi, à tous les niveaux. Nous devons être maîtres de notre destin et de celui des plus jeunes d’entre nous.

Pensez-vous que les écrivains africains peuvent contribuer aux changements de mentalités ?

W N.- J’espère que tout le monde devrait contribuer aux changements de mentalités dans le monde.

Vous êtes francophone, vous remportez un prix de la francophonie. Comment se vit ce fait là dans une ville germanique comme Berlin ?

W N.- Ce qui est important à Berlin, c’est le fait que j’ai gagné un prix littéraire, cela donne de la crédibilité. Le reste n’intéresse pas vraiment... Le monde dans son ensemble est devenu un espace de partage de valeurs humaines, malheureusement pas toujours les meilleures.

Interview réalisée par Serge Grah

Paru dans le Le Filament N°15

lundi 7 novembre 2011

Lettre de Birmingham à Laurent Gbagbo


Mon cher compatriote,
Plus de temps pour s’apitoyer
Mais le temps pour réfléchir.
Avertissements pourtant donnés
Que de démons, que de vampires à tes côtés
Donnaient dans le mensonge et dans la tricherie à peine masquée
Une absurdité aiguë dénoncée, mais pas prise au sérieux.
Des mangeurs et des nageurs, tous dans les couloirs du palais
Aux mains de l’ennemi dénoncé depuis des années.
Abandonné, seul !
Quelle folle envie de lire dans ton âme, dans ton actuelle pensée
Depuis la savane, humilié par des sans-culottes de sang assoiffés
Mon imagination me dit : des livres tu dévores et les nouvelles tu suis.
Que de confiance, trop de confiance donnée aux félons sortis du trou
Avec comme promesses, répliques, résistances et protection au peuple
Pris aux pièges de ‘l’Amérifrançafrique’ qui vit en toi un danger.
Ah! Quelle trahison. Ah! Quelle vie double menée par tes alliés d’hier
Que de sang versé sur la terre de tes ancêtres tant de fois voulus fiers
De toi, de la nation que tu voulus bâtir et de toute l’Afrique
Ah! Quelle ignorance des porteurs de flèches, de fusils, de sagaies
Tuant des Ivoiriens, vieux et jeunes tous ensemble, sans sourciller
Ah! Que la terre est méchante.
Ah ! Que la loi change de couleur, selon les intérêts en jeux
Ah! Que les hommes aussi du trou sortis
Par toi, changent selon le vent et l’humeur de la mer qui pleure les Ivoiriens
Tout en accueillant leurs corps jetés aux poissons pour s’en gaver la panse
Ah! Que de caméléons autour de toi.
Les dés depuis des temps pipés étaient.
Cependant, fier, serein et tranquille tu devras demeurer
Car, des Gbagbo, pleins dans les bourgs et les faubourgs d’Abidjan, de Katiola, de Man, de Soubré,
De Bouna, de Gagnoa, d’Aboisso…
De toute l’Europe et de toute l’Afrique, tu as semés.
Et la récolte, une bonne récolte, ne saurait tarder pour laver l’affront par le nègre essuyé
La tyrannie, de notre sang imbibé, succombera sous le poids de la colère des âmes liquidées
Expédiées reposer en pleine journée et en pleine lune de gaieté inachevée
Dans le monde des aïeux qui eux-mêmes, à une autre période, furent forcés de dormir sans fin.
Notre terre souillée dans tous ses coins et recoins, de façon fracassante et inadmissible
Fera payer l’imposteur et ses affidés venus tuer et faire main basse sur nos propriétés et nos fortunes.
Sans sommation,
Ils tuent, l’imposteur et ses affidés, avec une férocité insondable et incomparable.
Sans ménagement,
Ils tuent, l’imposteur et ses affidés, avec une joie bestiale, à un rythme cavalier et démoniaque d’un autre temps.
Mais, ils seront, ma foi,
Les sanguinaires venus de partout pour détruire le beau rêve éburnéen
Par les puissances par eux incontrôlables
Foudroyés.
A toi digne fils,
Reçois ce mot pour dire : à très bientôt.
Courage à toi. Avec toi le peuple demeure.

Sylvain de Bogou
Birmingham, le 30 septembre 2011

Paru dans Le Filament N°15
 

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