samedi 26 février 2011

A propos des ambassadeurs nommes par M. Alassane Ouattara.

Vendredi 28 janvier 2011. Palais de l`Elysée, Paris (France). Le nouvel ambassadeur de Côte d`Ivoire, nommé par le Président Alassane Dramane Ouattara, a présenté au Président Nicolas SAarkozy, les lettres de créance l`accréditant auprès de la République Française


La crise qui secoue la Côte d’Ivoire, depuis le second tour des élections présidentielles du 28 novembre 2010, fait couler de l’encre à flots. Les médias s’adonnent à cœur joie dans les différents soubresauts des populations ivoiriennes. L’un des faits les plus marquants des diverses péripéties de cette crise, et qui, à plus d’un titre, retient ici notre attention, est la désignation d’ambassadeurs par Monsieur Alassane Ouattara.

Nous référant à ces « ambassadeurs » nommés par Monsieur Dramane Ouattara, un petit tour dans le passé nous éclaire que, en Afrique, l’on a toujours eu recours aux échanges diplomatiques, soit pour régler des conflits, soit pour établir des relations commerciales, soit pour créer ou sauvegarder une fraternité entre deux villages, deux empires, deux royaumes ou tout simplement entre des familles. Derrière cette pratique se profilait le souci de la bonne cohabitation ou du bon voisinage. Ainsi, par exemple, pour annoncer un décès, un homme appartenant au même village maternel que le défunt, est envoyé en mission... De cette manière, l’envoyé jouait le rôle d’ambassadeur et concourait, par la réussite de sa mission à consolider la paix et l’entente... Lorsque nous allons sur les autres continents, on remarque que, dans les cités grecques, l’on échangeait des orateurs et, à Rome, des légats. Dans la majorité des cas, les missions de ces envoyés étaient limitées dans le temps, généralement selon qu’elle est urgente ou pas.

La mission diplomatique dans sa forme occidentalisée a été originellement pratiquée par l’Empire byzantin. C’est plus tard, au 15ème siècle, que les Etats italiens, qui se trouvaient très faibles et divisés, ont établi, de façon permanente, des représentations auprès des états puissants comme la France et l’Angleterre, puis dans le but d’éviter des confrontations fratricides ou des conflits avec l’extérieur. Cet exemple a été suivi par François 1er, en 1522, en Suisse, puis à Londres, à Vénice.

Partant de là, les échanges diplomatiques ont connu une grande ampleur, notamment à partir du Congrès de Vienne, en Autriche, en 1815. Une Charte des relations diplomatiques a alors été adoptée ; elle a été appliquée après sa mise à jour qui a précédé la Convention de Vienne de 1961. Depuis lors, les Etats dans le monde, fussent-ils petits ou grands, nouveaux ou anciens, tissent des liens diplomatiques entre eux et échangent des ambassadeurs.

Quel est le rôle de l’ambassadeur?

L’ambassadeur « est un chef d’un autre Etat » dans l’Etat qui l’accueille. C’est pour dire qu’il a, dans ses mains, la plénitude des pouvoirs de son Etat respectif au poste où il a été affecté. Il est celui qui défend les intérêts de son pays d’origine dans le pays qui l’accueille. Son chef hiérarchique est le Ministre des Affaires Etrangères qui, en général, agit de façon autonome dans le gouvernement, tout au moins en ce qui concerne les nominations des ambassadeurs. Voici donc le rôle classique de l’ambassadeur. Sur cette base, on distingue deux types d’ambassadeurs :

a) Le premier type comprend les diplomates de formation et de carrière. Pour comprendre ce qui précède, prenons le cas des pays francophones. Les diplomates, sont des administrateurs qui sont passés par l’Ecole Normale d’Administration (ENA) où ils ont fait des études conséquentes. Ils sont des hauts fonctionnaires et ne sont pas directement impliqués par les activités et les considérations politiques de leurs pays d’origine, c'est-à-dire par exemple agissant en tant que militants d’un parti politique. Censés être « neutres » ou « indépendants », leur mission est la défense des intérêts de leur pays. On constate malheureusement que ce rôle, a priori noble, est corrompu par certains politiques.

Le second type d’ambassadeurs comporte des « politiques », car ils sont choisis sur une base politique, généralement en rapport de leurs relations avec le pouvoir. Autrement dit, c’est le président qui, usant de ses prérogatives et pouvoirs discrétionnaires, les nomme dans des ambassades où leur poste ou mission est prioritairement politique, parfois sans rapport avec leur bacground. Dans ce sens, on retrouve dans cette deuxième catégorie n’importe qui, souvent sans aucun rapport avec la diplomatie.

A propos de ces “ambassadeurs” nommés par Monsieur Dramane Ouattara

Alors, dans le cas ivoirien, peut-on dire que les “ambassadeurs” désignés par Monsieur Alassane Ouattara respectent les critères sus soulignés? Tout de suite, nous disons : non ! Et, suivez-nous pour comprendre pourquoi. D’abord, celui qui désigne quelqu’un d’autre pour être son représentant dans une autre nation pour la défense des intérêts nationaux, doit être en possession du pouvoir étatique. En clair, il doit être le président ayant les pleins pouvoirs dans le pays d’où les ambassadeurs partent pour leurs postes à pourvoir à l’étranger. Or, ici, Monsieur Alassane Ouattara, en raison du contentieux électoral et de la crise postélectorale, ne contrôle jusque-là rien ; d’où, ses nominations d’ambassadeurs sont nulles et sans effet, même si, les pays occidentaux les « acceptent ».

De plus, dans la mesure où les ambassadeurs nommés par Monsieur Alassane Ouattara, notamment M. Ali Coulibaly en France et Mme Mama Touré, en Angleterre…, ne sont pas des diplomates de formation ou de carrière, ils ne savent pas ce qu’il faut faire dans un bureau d’une ambassade. A ce que nous savons, ces personnes n’ont jamais posé le pied là où il faut pour avoir le niveau requis pour occuper de telles fonctions.

Par ailleurs, on constate curieusement que les personnes nommées sont toutes issues de la même région que Monsieur Alassane Ouattara. Et là, personne ne crie au scandale... Bien au contraire… Et, comme le ridicule ne tue pas, et comme ils ne connaissent pas la honte, nos nouveaux « ambassadeurs » signent des documents qui ne sont reconnus nulle part, même pas en Côte d’Ivoire où les visas qu’ils délivrent n’ont aucune validité. Et, comme personne ne peut être privé de rêver, nos nouveaux « ambassadeurs » continuent de caresser leurs rêves factices et vides de sens, qui ne sont que pure folie et qui deviendront bientôt des cauchemars.

Sacrifiés sur l’autel de certains intérêts et, agissant en inconscients, ces nouveaux « ambassadeurs » sont utilisés pour fouler au pied les règles régissant les rapports d’Etat à Etat… Le monde entier regarde tout cela, fort amusé... par nos pitreries, et autres nègreries…

Sylvain de Bogou

Directeur de Rédaction

L’Européen et l’Africain ont une conception différente du temps

L'Européen et l'Africain ont une conception du temps différente. Ils le perçoivent autrement, ont un rapport particulier avec lui.

Pour les Européens, le temps vit en dehors de l'homme, existe objectivement, comme s'il était extérieur à lui, a des propriétés mesurables et linéaires. C'est d’ailleurs ce qu'a affirmé Newton, pour qui le temps est absolu: « Le temps mathématique, absolu, véritable s'écoule de par lui même, par sa propre nature, uniformément, et non en fonction d'un objet extérieur ». L'Européen se sent au service du temps, il dépend de lui, il en est le sujet. Pour exister et fonctionner, il doit observer ses lois immuables et inaltérables, ses principes et ses règles rigides. Il doit observer des délais, des dates, des jours et des heures. L'Européen se déplace dans les lois du temps, en dehors desquelles il ne peut exister. Ces lois lui imposent ses rigueurs, ses exigences et ses normes. Entre l'homme européen et le temps exist un conflit insoluble qui se termine toujours par la défaite de l'homme: le temps détruit l'homme.

Les Africains eux perçoivent le temps autrement. Pour eux, le temps est une catégorie beaucoup plus lâche, ouverte, élastique, subjective. C’est l'homme qui influe sur la formation du temps, sur son cours et son rythme. le temps est même une chose que l'homme peut crée, car l'existence du temps s'exprime entre autres à travers un évènement. or c'est l'homme qui décide si l'évènement aura lieu ou non. Si deux armées ne s'affrontent pas; la bataille n'aura pas lieu et donc le temps ne manifestera pas sa présence, n'existera pas.

Le temps est le résulta de notre action, et il disparaît quand nous n'entreprenons pas ou abandonnons une action. C’est une manière qui, sous notre influence, peut toujours s'animer, mais qui entre en hibernation et sombre même dans le néant si nous ne lui transmettons pas notre énergie. Le temps est un être passif, et surtout dépendant de l'homme. C'est tout à fait l'inverse de la pensée occidentale.

Pour le traduire en termes pratiques, cela veut dire que si nous allons à la place du marché de Siou où doit se tenir une réunion, et qu'il n'y a personne sur les lieux de cette réunion, la question "Quand aura lieu la réunion?" est complètement insensée. Car, la réponse est connue d'avance: « La réunion n'aura lieu que quand les gens seront réunis."

C'est pourquoi Mr. Kpatcha Télou qui prend place dans l'autocar pour se rendre à Tchitchao ne pose aucune question sur l'heure du départ : il sait que l'autocar ne partira que quand toutes les places seront occupées. L'européen qui essaie de se faire gentil dira: « Ces gens ont une capacité d'attendre absolument fantastique! ». Capcité, endurance, ou bien s'agit-il d'autre chose? peut-être la prudence, le refus de se faire détruire par le temps dans un conflit où il sort inévitablement défaillant! Il refuse tout cout de se faire esclave du temps, il essaie d'en être le maître!

Narcisse Dourma,

Assistant en Education

Source : blog de Narcisse Dourma

La titrologie est un poison

La lecture qui se limite, simplement et uniquement, aux pages de garde des quotidiens est une pratique courante et prisée qui ne laisse personne indifférent, tant à Abidjan que dans les autres villes ivoiriennes. Les personnes qui pratiquent cette forme de lecture se retrouvent dans toutes les couches socioprofessionnelles ivoiriennes et sont connues, en Côte d’Ivoire, sous le nom de « titrologues » et l’on parle du phénomène de la « titrologie ».




En effet, la titrologie est, vous le savez sans doute, un néologisme issu du français populaire d’Abidjan et fréquemment utilisé en Côte d’Ivoire, pour désigner le comportement des individus qui se contentent de lire les titres et non les contenus des journaux. En d’autres termes, on parle de « titrologues » à propos des personnes qui, chaque matin, s’attroupent devant les kiosques à journaux et « s’informent » en parcourant les différentes unes, c'est-à-dire les titres, rien que les titres, sans lire les articles des journaux.

On explique a priori qu’il s’agit de personnes désargentées. Mais, l’expérience montre que les titrologues sont, plus généralement, des gens plus ou moins instruits qui savent que les titres n’ont souvent pas de rapport réel avec le contenu des articles, sinon qui sont convaincus de ne pas trouver des informations fiables dans les publications locales et qui, par conséquent, préfèrent ne pas jeter leur argent par la fenêtre, ni perdre leur temps et leur énergie à lire le contenu des journaux.

Cette attitude se justifie par le fait que les publications locales ont habitué les Ivoiriens, très malheureusement d’ailleurs, aux titres ronflants et mais au contenu zéro, faisant fi de toute déontologie et non sans faillir à leur mission première qui est d’informer et d’éduquer la population.

Le mal dans cette situation est que nos journalistes ne s’imaginent pas qu’ils ne rendent nullement service ni aux dirigeants, ni aux populations, ni à eux-mêmes. C’est à se demander si nos journalistes ont conscience que, ce faisant, ils violent les principes de vérité et de justice qui sont les piliers d’une société pacifique. C’est aussi à se demander si nos journalistes se rendent compte que, du fait de leur légèreté et de leur démission, les « titrologues » alimentent régulièrement un vaste réseau national et international de rumeurs par des informations souvent erronées qu’ils tirent des seules unes et qu’ils propagent comme des faits établis, comme des vérités, en les agrémentant par des commentaires et des interprétations de toutes sortes.

Les résultats de nos enquêtes ont montré que, du fait de la titrologie, plus de 37% des Ivoiriens ne font plus d’effort intellectuel pour une compréhension maximale, mais s’arrêtent au premier niveau de lecture des quotidiens : les Ivoiriens se contentent désormais de la compréhension minimale. Autrement dit, on se fatigue moins, on ne cherche plus, on ne réfléchit plus, on s’arrête à ce qui attire le plus l’œil : les titres, les illustrations (particulièrement les photos), le sommaire, la signature (d’un journaliste que l’on aime lire ou qui est de son bord ethnique ou politique)….

Tout cela, bien évidemment, développe l’analphabétisme ou l’illettrisme qui se traduisent par la paresse de lire et d’écrire et par le goût prononcé pour le divertissement (au sens pascalien de ce terme), ainsi que pour la Télévision, les CD et les DVD, qui nous gavent d’images négatives et qui ne nous cultivent pas. En effet, selon les statistiques, on évalue à environ 65,7 % le nombre d’analphabètes en Côte d’Ivoire. Et donc, il y a un danger réel. Et donc, nous nous devons, tous et toutes, de réagir au plus vite, à commencer par les journalistes.

Certes, les journalistes ont un rôle très important à jouer. Ils doivent écrire dans les journaux en sorte que les populations se sentent, d’abord et avant tout, concernées par leurs écrits et leurs propos, pour pouvoir combattre l’ignorance et la violence, pour éradiquer la titrologie. Dans cette perspective, les journalistes doivent donner à leurs journaux une grande mission d’information, de formation et d’éducation des masses. Les journalistes doivent faire du journal un bon repas quotidien, qui nourrit l’esprit, qui apporte à l’opinion publique des « vitamines intellectuelles » et des « calories culturelles ».

Cela exige, sans nul doute, que les contenus des articles soient en rapport avec les titres et puissent être compris par ceux à qui ils sont destinés. Cela exige aussi que les journalistes soient inspirés par des idées nobles et saines, seules capables d’émouvoir le lecteur et d’aider celui-ci à s’élever, à connaître son environnement, à comprendre les autres et à les aimer.

Dans cet ordre d’idées, le rôle du journaliste ne doit pas consister à ressasser des vieux clichés dépassés, ni à servir des « scoops » dénués de tout fondement, dictés par des commanditaires ou fabriqués de toutes pièces pour plaire à un certain public constitué en général de lecteurs captifs ou de militants inconditionnels qui ne sont pas toujours portés vers l’effort intellectuel et qui absorbent, sans peine et à leurs dépens, des idées qui les induisent dans l’erreur et dans l’horreur.

Le rôle le journaliste ne doit pas consister à dénigrer d’honnêtes citoyens et citoyennes, à étaler, à cœur joie et en toute méprise des règles de bienséance et d’éthique, des scandales familiaux ou politiques, des indiscrétions, des affabulations, sous prétexte que : « c’est ça qui marche » ou bien « c’est ce que nos lecteurs désirent ». Or, ceux-ci, les lecteurs, comme nous l’avons déjà dit, ne sont pas, pour la plupart, naturellement portés vers l’effort intellectuel ou le discernement : ils préfèrent absorber une presse qu’ils n’ont aucune peine à assimiler, même si cette presse ne les instruit pas...

Franchement, nous n’avons pas besoin de cette presse de poubelle, qui abrutit, qui favorise ou alimente un des plus grands poisons de notre société, à savoir la titrologie.

C’est ce que je pense,


Léandre Sahiri,

Directeur de Publication

mercredi 26 janvier 2011

Au tableau d'honneur : Malick Ndiaye

Un des rares intellectuels africains qui a le courage et la force de ses idées

En ce début de l’année 2011, nous avons choisi de mettre à notre Tableau d’Honneur le sociologue et professeur Malick NDIAYE. Il enseigne à l’Université Cheik Anta Diop de Dakar et dirige le cercle des intellectuels du Sénégal (Cis). Par ailleurs, il est Coordonnateur du Comité d'Initiatives des Intellectuels et Secrétaire Exécutif de la Coordination des Intellectuels d’Afrique et des Diasporas africaines. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et articles, ainsi que co-auteur du livre : «La Côte d'Ivoire face à son destin. Et si l'Afrique était Gbagbo» publie aux Editions L’Harmattan, il est le directeur de publication d’une revue continentale, qui a sorti un numéro spécial sur le discours de Sarkozy à Dakar.

Nous avons tenu à l’honorer parce qu’il est, M. Malick Ndiaye, est un des rares intellectuels africain qui a le courage et la force de ses idées, et qui se montre toujours disposé à participer à tout débat, à délivrer son éclairage sur tous les sujets, y compris les sujets tabous comme par exemple l’homosexualité, la franc-maçonnerie.

Il a affirmé, avec force conviction, que la manifestation contre les Ape à Bruxelles comme à Dakar, ont ouvert une nouvelle ère. Une nouvelle période qui, non seulement est caractérisée par la faillite des bureaucraties européennes et africaines, mais aussi marque l'avènement de nouveaux boulevards de libertés. Là-dessus, il en appelle au président Wade pour ne pas fermer ces boulevards de libertés. Mieux, il l’invite à laisser les Sénégalais manifester dans les rues du pays pour revendiquer l'amélioration de leurs conditions de vie et de travail.

En outre, M. Malick Ndiaye est en première ligne des intellectuels qui ont dénoncé « une diabolisation excessive de Laurent Gbagbo » et qui ont lancé un appel pour éviter «l’enlisement» de la Côte d’Ivoire dans une guerre fratricide. Il a été l’artisan principal de la mise en place du Mouvement panafricain des amis de Gbagbo. Face à la crise ivoirienne, spécifiquement la crise diplomatique entre le Sénégal et la Côte d'Ivoire, en ce qui concerne l’immixtion ou l’ingérence de Wade dans le second tour de la présidentielle ivoirienne, M. Malick Ndiaye n’a pas hésité à déclarer : «Ce que Wade a fait, c'est une faute, et non une erreur diplomatique ».

A ce propos, M. Malick Ndiaye explique : « En ce moment, Wade est porteur de valise des Français. Wade n'agit pas parce qu'il a ses nerfs. Il agit selon une stratégie... Wade est dans une situation de 'confiage' catastrophique. Ça n'a pas marché avec Gbagbo, parce que celui-ci est contre le 'confiage' du prince héritier. Gbagbo ne se conçoit pas dans la logique de reproduction biologique... En Côte d'Ivoire, il faut savoir que le fils aîné de Gbagbo, tout le monde le connaît. Et il n'est pas connu pour être mêlé aux affaires de l'État. Et sa mère est Française. On le connaît comme, non pas le fils de Gbagbo, mais comme un opérateur qui gagne sa vie... Tout ça pour dire que Wade n'est pas pour la démocratie, il est pour le despotisme comme il l'a dit au Figaro».


Observateur averti de la situation politique africaine et ardent défenseur des droits de l’homme et de la société civile, « celle qui incarne les véritables contours de la citoyenneté », M. Malick Ndiaye estime que le peuple africain a pris conscience de sa force et que les rapports des pays africains avec la Métropole doivent être repensés sur tous les plans.

Pour lui, « la tâche des intellectuels est de lire ce qui, aujourd’hui, a fait brèche dans la société, (…) de travailler sur les questions basiques du changement de la société, de prévoir l’émergence d’une révolution citoyenne ».


Si vous avez lu les livres de M. Malick Ndiaye, n’hésitez pas à nous faire partager vos impressions et vos avis. Envoyez-nous vos commentaires, analyses et compte-rendu, etc. Nous les publierons dans nos prochaines parutions.

Léandre Sahiri

Paru dans Le Filament N°12

Hommage


Ivoiriens, Ivoiriennes

Durant le vote et après le vote

Nous nous sommes comportés

En êtres pensants, intelligents et dignes.


Ivoiriens, Ivoiriennes

De nos clivages et de nos attaches

Libérés,

Nous avons

Aux manœuvres frauduleuses, opposé la loyauté

A la ruée des excès et des barbaries, nous avons objecté les vertus de la non-violence

A la servitude volontaire, nous avons préféré la liberté

Aux promesses mirobolantes, nous avons préféré le sursaut national

A la victoire par les armes, nous avons préféré la victoire par les urnes.


Ivoiriens, Ivoiriennes

Nous avons, sans ambages, rejeté les « solutions » et les violations

Nous avons, avec courage, résisté aux assauts des violences et des mensonges

Ainsi, nous avons, sur l’honneur, certifié être plutôt portés à l’action

Ainsi, nous avons, confirmé notre rejet du plat réchauffé du code noir

Ainsi, nous avons, repoussé la recolonisation de notre pays et de l’Afrique

Ainsi, nous avons, refusé d’offrir la corde pour nous pendre

Ainsi, nous avons, réaffirmé notre espoir et notre foi

En la démocratie et aux principes éternels dont elle se nourrit

Ainsi, nous avons, aux yeux du monde entier, proclamé

Notre grandeur et notre souveraineté.

Ivoiriens, Ivoiriennes

Hommage à nous tous et à nous toutes !

Notre choix a été déterminant

La vérité a triomphé.


Ivoiriens, Ivoiriennes

La victoire remportée

Un jour nouveau se lève

Sur notre pays et sur nos vies.

Qu’il soit

Ce jour nouveau qui se lève

D’amour et de partage

D’humilité et de bon sens

De pourpre et de vermeil

Pour illuminer

Notre terre

Et toute la terre.


Ivoiriens, Ivoiriennes

La victoire remportée

Nous voilà maintenant

Sur la route de Demain

Demain à bâtir

Contre vents et marées

Demain à bâtir

Plus admirable

Plus viable

Plus vivable

Que hier et aujourd’hui

Et pour nous-mêmes

Et pour nos enfants

Et pour nos petits-enfants

Et pour les générations à venir.

Merci à tous et à toutes pour tout

Et bon vent !

Vive la Côte d’Ivoire ! Vive l’Afrique !

Léandre Sahiri

Paru dans Le Filament N°12

Le pagne noir

Il était une fois une jeune fille qui avait perdu sa mère. Elle l’avait perdue, le jour même oü elle venait au monde. Depuis une semaine, l’accouchement durait. Plusieurs matrones avaient accouru. L’accouchement durait. Le premier cri de la fille coïncida avec le dernier soupir de la mère.

Le mari, à sa femme, fit des funérailles grandioses. Puis, le temps passa et l’homme se remaria. De ce jour, commença le calvaire de la petite Aïwa. Pas de privations et d’affronts qu’elle ne subisse; pas de travaux pénibles qu’elle ne fasse! Elle souriait tout le temps. Et son sourire irritait la marâtre qui l’accablait de quolibets. Elle était belle, la petite Aïwa, plus belle que toutes les jeunes filles du village. Et cela encore irritait la marâtre qui enviait cette beauté resplendissante, captivante.

Plus elle multipliait les affronts, les humiliations, les corvées, les privations, plus Aïwa souriait, embellissait, chantait -et elle chantait à ravir- cette orpheline. Et elle était battue à cause de sa bonne humeur, à cause de sa gentillesse. Elle était battue parce que courageuse, la première à se lever, la dernière à se coucher. Elle se levait avant les coqs, et se couchait lorsque les chiens eux-mêmes s’étaient endormis.

La marâtre ne savait vraiment plus que faire pour vaincre cette jeune fille. Elle cherchait ce qu’il fallait faire, le matin, lorsqu’elle se levait, à midi, Iorsqu’elle mangeait, le soir, lorsqu’elle somnolait. Et ces pensées par ses yeux, jetaient des lueurs fauves. Elle cherchait le moyen de ne plus faire sourire Ia jeune fille, de ne plus l’entendre chanter, de freiner la splendeur de cette beauté.

Elle chercha ce moyen avec tant de patience, tant d’ardeur, qu’un matin, sortant de sa case, elle dit à l’orpheline: « Tiens! Va me laver ce pagne noir où tu voudras. Me le laver de telle sorte qu’il devienne aussi blanc que le kaolin ».

Aïwa prit le pagne noir qui était à ses pieds et sourit. Le sourire pour elle, remplaçait les murmures, les plaintes, les larmes, les sanglots. Et ce sourire magnifique qui charmait tout, à l’entour, au cœur de la marâtre mit du feu. Le sourire, sur la marâtre, sema des braises. A bras raccourcis, elle tomba sur l’orpheline qui souriait toujours.

Enfin, Aïwa prit le linge noir et partit. Après avoir marché pendant une lune, elle arriva au bord d’un ruisseau. Elle y plongea le pagne. Le pagne ne fut point mouillé. Or, l’eau coulait bien, avec dans son lit, des petits poissons, des nénuphars. Sur ses berges, les crapauds enflaient leurs voix comme pour effrayer l’orpheline qui souriait. Aïwa replongea le linge noir dans l’eau et l’eau refusa de le mouiller. Alors, elle reprit sa route en chantant :


Ma mère, si tu me voyais sur la route,

Aïwa-ô ! Aïwa!

Sur la route qui mène au fleuve

Aïwa-ô! Aïwa !

Le pagne noir doit devenir blanc

Et le ruisseau refuse de le mouiller

Aïwa-ô ! Aïwa!

L ‘eau glisse comme le jour

L’eau glisse comme le bonheur

O ma mère, si tu me voyais sur Ia route,

Aïwa-ô! Aïwa!...


Aïwa repartit. Elle marcha pendant six autres lunes. Devant elle, un gros fromager couché en travers de la route et dans un creux du tronc, de l’eau, de l’eau toute jaune et bien limpide, de l’eau qui dormait sous la brise, et tout autour de cette eau, de gigantesques fourmis aux pinces énormes montaient la garde. Et ces fourmis se parlaient. Elles allaient, elles venaient, se croisaient, se passaient Ia consigne. Sur Ia maîtresse branche qui pointait un doigt vers le ciel, un doigt blanchi, mort, était posé un vautour phénoménal dont les ailes sur des lieues et des lieues, voilaient le soleil. Ses yeux jetaient des flammes, des éclairs, et les serres, pareilles à de puissantes racines aériennes, traînaient à terre. Et il avait un de ces becs!

Dans cette eau jaune et limpide, l’orpheline plongea son linge noir. L’eau refusa de le mouiller.


Ma mère, Si tu me voyais sur la route,

Aïwa-ô! Aïwa!

La route de la source qui mouillera le pagne noir

Aïwa-ô! Aïwa!

Le pagne noir que l’eau du fromager refuse de mouiller

Aïwa-ô! Aïwa!...


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Et toujours souriante, elle poursuivit son chemin. Elle marcha pendant des lunes et des lunes, tant de lunes qu’on ne s’en souvient plus. Elle allait le jour et la nuit, sans jamais se reposer, se nourrissant de fruits cueillis au bord du chemin, buvant la rosée déposée sur les feuilles.

Elle atteignit un village de chimpanzés, auxquels elle conta son aventure. Les chimpanzés, après s’être tous et longtemps frappé la poitrine des deux mains en signe d’indignation, l’autorisèrent à laver le pagne noir dans la source qui passait dans le village. Mais, l’eau de la source, elle aussi, refusa de mouiller le pagne noir.

Et, l’orpheline reprit sa route. Elle était maintenant dans un lieu vraiment étrange. La voie devant elle s’ouvrait pour se refermer derrière elle. Les arbres, les oiseaux, les insectes, la terre, les feuilles mortes, les feuilles sèches, les lianes, les fruits, tout parlait. Et, dans ce lieu, nulle trace de créature humaine. Elle était bousculée, hélée, la petite Aïwa! qui marchait, marchait et voyait qu’elle n’avait pas bougé depuis qu’elle marchait. Et puis, tout d’un coup, comme poussée par une force prodigieuse, elle franchissait des étapes et des étapes qui la faisaient s’enfoncer davantage dans la forêt où régnait un silence angoissant.


Devant elle, une clairière et au pied d’un bananier, une eau qui sourd ; elle s’agenouille, sourit. L’eau frissonne. Et elle était si claire, cette eau, que là-dedans, se miraient le ciel, les nuages, les arbres.

Aïwa prit de cette eau, la jeta sur le pagne noir. Le pagne noir se mouilla. Agenouillée sur le bord de la source, elle mit deux lunes à laver le pagne noir qui restait noir. Elle regardait ses mains pleines d’ampoules et se remettait à l’ouvrage.


Ma mère, viens me voir!

Aïwa-ô! Aïwa!

Me voir au bord de la source,

Aïwa-ô! Aïwa!

Le pagne noir sera blanc comme kaolin

Aïwa-ô! Aïwa!

Viens voir ma main, viens voir ta fille!

Aïwa-ô! Aïwa!...


A peine avait-elle fini de chanter que voilà sa mère qui lui tend un pagne blanc, plus blanc que le kaolin. Elle lui prend le linge noir et sans rien dire, fond dans l’air.

Lorsque la marâtre vit le pagne blanc, elle ouvrit des yeux stupéfaits. Elle trembla, non de colère cette fois, mais de peur ; car, elle venait de reconnaître l’un des pagnes blancs qui avaient servi à enterrer la première femme de son mari.

Mais Aïwa, elle, souriait. Elle souriait toujours. Elle sourit encore du sourire qu’on retrouve sur les lèvres des jeunes filles.

Bernard B. Dadié, Le Pagne noir, Ed. Présence Africaine, Paris, 1955.

Paru dans Le Filament N°12

Le mot du mois : Certification

La certification dans le processus électoral

En quoi consiste donc la certification et quand doit-elle avoir lieu dans le processus électoral ? Comment doit-elle s’effectuer ?

Certifier, c’est rendre sûr, assurer que c’est conforme à… Dans le cas particulier d’une élection, ce qu’on attend d’un certificateur, c’est de dire que l’élection a satisfait au bon déroulement, c’est-à-dire qu’elle s’est faite sans entrave : l’urne a été transparente ; l’isoloir a permis à chaque votant d’accomplir son devoir citoyen face à sa conscience, selon son libre choix. En clair, la certification doit dire si la démocratie a été respectée. Le nombre de votants, celui des votes exprimés, des abstentions et des votes nuls doit être égal à celui des inscrits. Le rapport du certificateur doit rendre compte de tout cela.

Quand doit-elle avoir lieu ?

Est-ce au début, pendant ou après le vote ? Est-ce le certificateur qui doit transporter les urnes et les documents subséquents, à savoir les procès-verbaux et les listings ?

Le certificateur doit être au début, pendant et après l’opération de vote. Plus qu’un observateur, il est impliqué dans le processus, sans le piloter. Il n’a pas vocation à transporter les documents de vote, c’est le travail de la Commission Electorale.

Comment doit-il effectuer la certification ?

Dans son rapport, le certificateur doit noter que l’égalité entre les candidats a été respectée par la présence de tous les représentants des candidats. Cela se vérifie, matériellement, par la signature de chaque représentant de candidat sur les procès verbaux. Les scrutateurs, s’ils sont différents des représentants des compétiteurs, doivent également apposer leurs signatures sur les procès-verbaux. En ce qui concerne le décompte des voix, le certificateur doit vérifier le nombre de suffrages et en cas de désaccord entre les membres de la Commission Electorale, il doit recompter les voix pour accorder ses violons avec ceux de la Commission Electorale. Son rôle ne consiste pas à proclamer un résultat et, a fortiori, se substituer à la juridiction suprême du scrutin. Il n’est responsable que devant celui qu’il représente, pas devant le peuple qui a voté.

Julius G. Blawa

Paru dans Le Filament N°12
 

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