vendredi 23 juillet 2010

Crétins et fiers de l’être

Il était une fois un royaume… Ainsi commence le conte que je vais vous rapporter. Un conte pas comme celui du lièvre et de l’hyène. Un conte d’affliction et de pitié... Mais, une légende tragique... C’est mon arrière-grand-mère, Bobohi Dahirigbê qui me l’avait conté, cette histoire. Elle a vécu à cheval sur les 19e et 20e Siècles. Elle avait de la mémoire. Et pourtant, elle ne se rappelait plus comment les choses dans ce royaume avaient pu passer de l’endroit à l’envers. Peu importe ! Voici l’histoire.

Il était une fois un royaume où le roi et ses sujets, trouvant n’avoir plus que faire de la Raison, avaient rebaptisé leur pays « Blakorodougou » et les habitants les « Blakoros ». Sans doute par humour et parce que c’était désormais le règne et la gloire des cancres… Un changement extraordinaire qui modifia même les saisons. Eh oui ! Il tombait des cordes pendant la saison sèche et la canicule faisait rage quand arrivait la saison pluvieuse. Et, les Blakoros, plus ils étaient nus comme des vers de terre, mieux pensaient-ils être habillés. L’autorité parentale était détenue par les enfants. Les élèves battaient leurs maîtres, sans que ça n’émeuve personne. Et, bien pire encore, l’insouciance et l’indiscipline étaient la boussole qui orientait désormais l’attitude du peuple Blakoro.
Dans ce royaume-là, tout était mesuré à l'aune de l'argent : « Combien ça me rapporte ? », entendait-on souvent dire. Par ailleurs, à Blakorodougou, on ne pouvait plus se permettre d'être encore drôle. L’humour n’avait plus sa place dans cet effroyable quotidien. Le peuple Blakoro n’avait plus le droit de rire même quand tout paraissait dangereusement ridicule. Chaque jour, des évènements venaient les soustraire de leur bonne humeur. Des drames venaient leur rappeler qu’ils portaient tous le blanc du deuil de l’espérance pour leur cher royaume. Chaque jour, toutes les misères leur sautaient aux yeux et les prenaient à la gorge. Bien sûr qu’ils étaient pauvres. Une pauvreté économique qui poussait quelquefois à un optimisme (niais)... Parce qu’il leur suffisait simplement d’être un peu organisé, discipliné et rigoureux pour que tous, ils puissent jouir du partage équitable de leur richesse nationale. En seraient-ils capables un jour ? D’un autre côté, on reste fondamentalement pessimiste. Car, persuadé que leur misère est d’abord morale, intellectuelle et culturelle. N’avaient-ils pas réussi l’exploit de vider leur Culture de toutes ses valeurs, de toute sa beauté ?

En effet, les Blakoros en étaient arrivés à assimiler la Culture à toutes sortes de sous-valeurs et autres crétineries insensées. Comme ces perroqueries coupantes et décalantes » considérés à tort comme de l’Art, donc comme de la Culture. Des musiques frénétiquement débiles où s’exprimait une sous culture qui marquait leur royaume comme d’une lèpre de l’esprit.
Dans toute la contrée, on se souvenait encore de la grande loufoquerie qu’avait jouée M. Zimdaly, notable chargé de la culture. C’était lors des obsèques du jeune Gadou qu’on présentait comme le leader du groupe de bouffons qui peuplaient les bas-fonds de Blakorodougou. Les assourdissants coassements dans lesquels les bouffons s’étaient spécialisés, on ne sait pas encore pourquoi, étaient supportables à certains notables, et aussi à une frange de la jeunesse qu’on avait réussi à noyer dans la bêtise ambiante érigée en modèle de vie. Ce jour-là, M. Zimdaly avait dressé un arc de triomphe au pauvre « nullarond » qui venait de quitter les rivages de souffrances dans lesquels il s’était emmuré. Le notable s’était débattu, tel un beau diable dans un bénitier, pour pouvoir élever Gadou à la hauteur d’un mythe artistique en gestation. Il avait même osé hisser les logorrhées du mariolle au même niveau – Oh sacrilège ! – que la poésie de Blè Gblokoury et de Madou Dibèrô… On apprit, par la suite, qu’il y avait même un « junior » qui tentait le tout pour être la réplique dudit « nullarond ». Existe-t-il pire misère intérieure ? Ainsi voguait le royaume de Blakorodougou. Au rythme des brouillards paranoïaques de ses nouveaux Seigneurs.
M. Zimdaly, notable en charge de la culture, était, qui l’eût cru, un inculte. Ce qualificatif que le peuple Blakoro crut hyperbolique, s’étala sous leurs yeux médusés dans toute son étendue et dans toute sa profondeur. Tant M. Zimdaly s’évertuait, vaille que vaille, à démontrer l'ampleur du vide qui l’entourait. Comment ce peuple en était-il arrivé à être pris aux pièges de gens qui faisaient de l’ignorance une vertu ? Comment M. Zimdaly et les autres embrumés du cerveau avaient-ils pu en arriver là où ils étaient ? Parce qu’il fut un temps où ce royaume, par la qualité de sa Cour qui rejaillissait sur l’ensemble du peuple, attiraient les populations des royaumes voisins. En ce temps-là, leur richesse s’appuyait sur des savoirs. Le niveau culturel importait beaucoup… Mais, depuis la survenue de la crise, l’intelligence et la culture étaient devenues des handicaps honteux, qui se sont propagés à la façon des chiendents des potagers. Au point que le peuple Blakoro était devenu méfiant vis-à-vis de l’intelligence. A Blakorodougou, être cultivé n’était plus une qualité indispensable pour être notable…
Quelques années plus tard, on était allé chercher M. Blonyi dans son village à Danta pour l’affubler du titre de notable. Il n’en revenait pas, le pauvre berger. En tout cas, M. Blonyi dut abandonner ses vaches pour se retrouver à la Cour. Quant à M. Zimdaly, on le retrouva, aussitôt après, à la tête d’une obscure communauté religieuse où il s’autoproclama « 13e apôtre » de Jésus-Christ.

Le peuple Blakoro, qui en avait vu des vertes et des pas mûres, n’attendait pas grand-chose du nouveau notable chargé de la culture dont la principale qualité était de ne rien connaître à son nouveau travail. Les Blakoros (ceux qui résistaient encore au règne du crétinisme) ne furent donc nullement émus par un Blonyi qui avait du mal à utiliser des mots de plus d’une syllabe, qui alignait des phrases hallucinogènes où se bousculaient toutes sortes d’atrocités faites à la langue. Pour tout vous dire, l’inculture du nouveau notable lui allait comme un agaçant bonnet d'âne… Ignorant et, par-dessus tout, fier de l’être. Il était des nouveaux Seigneurs corrompus par une fausse culture et qui ne sentaient même pas le poids du drame qui les accablait, et qui se complaisaient dans l’étalage, sans vergogne et sans pudeur, de leur inculture, et qui la poussaient, l’ignominie, jusque dans les plus petits incidents de leur vie. Une ignominie dont ils se sont servis aussi, en cette période de crise profonde, comme arme politique. Ainsi, sous des prétextes aussi imbéciles les uns que les autres, des Blakoros furent privés de leur droit de s’instruire pour les empêcher de s’ouvrir aux autres et à eux-mêmes. Ils les maintinrent dans l’ignorance pour qu’ils soient plus vulnérables aux chants des sirènes. Afin de facilement les embarquer dans des aventures tragi-comiques qui ont marqué au fer rouge (et continuent encore de marquer) la vie au royaume de Blakorodougou.
Ah, l’ignominie ! Ce drame dont on ne sort pas facilement. Cette misère-là, on la traîne sur des générations. C’est elle qui fut la source de toutes ces conneries et de toutes ces horreurs. C’est elle qui ruina l’âme de certains d’entre eux… Des tricheurs impénitents. Ils trichaient pour être rois et notables. Ils trichaient pour réussir leurs examens. Ils trichaient même dans des plaisirs aussi personnels que le sexe... Oui, aussi incroyable que vrai, les Blakoro trichaient même dans des actes les plus insignifiants de la vie quotidienne.
On raconte que, un jour, M. Blonyi, le notable en charge à Blakorodougou, dans ses nouveaux habits de notable de la Cour, reçut des acteurs culturels du royaume. Ceux qui se battaient pour ramener le règne de l’Intelligence et du Savoir. Il y avait donc des danseurs, des chanteurs, des comédiens, des peintres, des écrivains… et bien sûr, des faiseurs de livre. Au moment de recevoir les faiseurs de livre, M. Blonyi tout à ses balbutiements leur lança sans sourire : « Moi, je ne peux pas lire un document de plus de trois pages. Ça ne m’intéresse pas. Je ne suis pas un littéraire… » Han ! Stupéfaction générale de dégoût ! Il apparaissait aux yeux ébahis et aux oreilles naïves des faiseurs de livre, que le royaume de Blakorodougou venait enfin de se doter d’un vrai notable de l’acculture. Car, entre traire des vaches et lire un livre, il y a visiblement une grande distance. Mais, en quoi est-il difficile de lire ou d’apprendre à lire ? Ou plutôt qu’est-ce qui rendait cette tâche si difficile à bien d’autres et à M. Blonyi qui, qui plus est, est un notable.
Quand son souffle revint, le porte-parole des faiseurs de livres prit sur lui d’expliquer au pauvre Blonyi les avantages qu’il y avait à lire. Car, lui dit-il, « il y a des avantages à lire. On y gagne à lire. La lecture permet d’acquérir des connaissances, de comprendre et de se comprendre soi-même… La lecture permet de se restructurer et de se construire ou de se reconstruire. Ouvrir un livre, n’est pas simplement « consommer » un bien culturel anodin. C’est s’ouvrir à la durée et à la profondeur. Parce que le livre reste la porte d’entrée dans le monde des privilégiés. »
Je voudrais, pour ménager votre tension artérielle, vous épargner la fin de cette histoire triste et malheureuse. Une histoire où on proclame, sans sourciller, sa fierté d’être un crétin… Et c’est mille fois dommage pour le royaume de Blakorodougou et pour son peuple.

Serge Grah

Paru dans la rubrique le conte du mois du Filament N°6


L’homme d’argent est différent de l’homme riche.

La politique ne doit pas être réservée exclusivement à ceux-là qui seraient assis sur des coffres-forts; d’autant que l’homme d’argent est différent de l’homme riche. Si la vraie richesse matérielle est portée par l’idéal de solidarité et de fraternité, l’économie de marché ne peut être que souhaitable, d’autant plus qu’elle donne l’occasion, à l’homme, de présenter les meilleurs fruits de son esprit que le marché rend visible. Et c’est avec l’économie de marché que le partage devient effectif. Dans ces conditions, le coût des échanges doit seulement être regardé comme anecdotique, si l’intention des uns n’est pas d’asservir les autres, afin d’abuser d’eux.
L’homme d’argent ramasse rapidement, l’homme riche amasse lentement

La vraie richesse est appelée à durer dans le temps et à résister à l’épreuve du temps. Le contraire est à définir seulement comme une course à l’argent, comme un gain, comme du racket. Et, c’est justement pour cette raison que je dis toujours ceci: «l’homme d’argent qui amasse rapidement est différent de l’homme riche qui amasse lentement». L’homme d’argent tient un butin, l’homme riche détient un trésor. Celui qui court pour amasser rapidement ne permet rien à personne d’autre. Celui qui marche pour amasser lentement, laisse le temps aux autres de profiter, eux aussi, du temps et de l’espace économique. Voici ce que j’appellerais la vérité différentielle, celle qui fonde la bonne économie sociale et politique. Elle est fondamentale. Si le butin appartient à son pirate, le trésor appartient à l’humanité. C’est ce que les historiens de l’art ont compris avec raison et qui justifie le concept de « patrimoine de l’humanité » au sujet des œuvres architecturales et autres.
Entendu que ’il tient déjà un butin qui devrait en principe lui suffire, il ne faut jamais porter un homme d’argent au pouvoir. Vous n’arriverez pas à faire l’inventaire de son avoir parce que, en cas de contrôle, s’appuyant sur sa mauvaise foi, il risque de se moquer de vous, en arguant qu’il n’avait pas attendu le pouvoir pour vivre dans l’opulence. Or, si vous votez pour un homme qui vous ressemble et qui vit la même condition que vous, à la fin de son mandat, vous pouvez facilement évaluer les biens qu’il aura acquis avec votre concours. Et puis, il est plus logique de laisser un des vôtres défendre vos intérêts au lieu de fournir les armes de votre propre destruction à votre adversaire.
Le pauvre existe individuellement, certes, mais le riche n’existe pas.
L’homme d’argent est incontestablement votre adversaire parce qu’il vous pille. Et, on n’est pas forcément bon gouvernant parce que l’on dispose d’immenses coffres forts. Détrompez-vous ! Par ailleurs, l’opinion internationale n’est pas favorable à un pays parce qu’il est gouverné par un homme d’argent, mais plutôt pour ce que le pays vaut en lui-même, grâce au travail de tous ses habitants. La coopération internationale ne travaille pas avec des individus, mais avec des Etats, avec l’ensemble des citoyens qui produisent les richesses. Et, la richesse est effectivement un patrimoine commun à l’humanité. C’est bien pour cela que le pauvre existe individuellement, certes, mais que le riche n’existe pas. Si le riche n’existe pas, alors le pauvre ne devrait pas exister non plus, parce qu’on ne reconnaît que l’un par rapport à l’autre, pourrait-on se dire…
En réalité, le bâtisseur de trésor n’atteint son objectif qu’avec l’effort de toute la société. Prenons l’exemple d’un édifice en construction. Chaque matin, nous voyons à l’œuvre le maçon, le plombier, le menuisier, le balayeur, l’électricien ou le peintre. Et, le travail ne sera jamais achevé sans le concours des uns et des autres. Eh bien! De cette même manière, le trésor ne s’amasse qu’avec le concours de tous. Et dans le fonctionnement de l’entreprise, il faut que l’ouvrier accepte de se lever avant le petit jour pour aller à son poste, que la standardiste accepte de recueillir messages et commandes, que le comptable soit bien regardant sur les chiffres et que le veilleur de nuit accepte de garder les usines... De même, le pompier devra toujours se tenir prêt à intervenir dans les locaux de l’activité en question, les services fiscaux apportent continuellement leur concours en rappelant au ‘premier initiateur’ ses devoirs dont l’accomplissement lui permet d’avancer tout doucement, etc.
Les mérites de la société laborieuse
Ne devient riche que celui qui travaille et c’est la société qui devient riche, dans le cadre bien précis de l’enrichissement par le travail; avec à sa tête, un animateur de la vie économique que l’on appelle ‘patron’. Ici, ‘patron’ ne veut rien dire d’autre que premier initiateur de projets économiques. Mais, l’entreprise qu’il aura bâtie grâce à l’effort de la société appartient à la société.
Que rien n’appartienne particulièrement à l’homme
En réalité, rien n’appartient en propre à l’homme; pas même sa vie dont il ne saura jamais pourquoi elle se retrouve en lui. Autrement dit, il pourrait décider d’y mettre fin à tout instant, ce qui n’est souvent pas le cas. On me dira que l’homme a le choix du suicide. Non ! Car, le suicide n’est justement pas un choix, mais un acte de désespoir. C’est un acte qui s’impose à l’homme en deuxième lieu, après le choix de la vie, après l’appel à la vie. L’homme vit seulement la vie, mais il sait que celle-ci ne lui appartient pas. Si sa vie dont il pouvait légitimement se prévaloir ne lui appartient pas, je ne vois pas ce qui peut lui rester en propre. Le chef d’entreprise sait très bien qu’il n’est pas l’inventeur de la monnaie qui fait sa force, qu’il n’est pas le créateur des hommes qui produisent sa richesse, qui du jour et de la nuit rythment sa production; de l’espace physique sur lequel est implantée son unité de production et le fait de dépenser un sous pour l’acquérir ne change rien à cette vérité. Cela lui donne seulement un droit d’occupation ou de jouissance, mais il n’est en rien le propriétaire de tout ce qu’il découvre dans la nature à la naissance ou de tout ce qu’il ne peut emporter avec lui dans sa tombe. Voilà qui devrait donc adoucir les appétits de l’homme. S’agissant toujours de l’entrepreneur, s’il est juste de reconnaître son esprit d’entreprise, sa grande capacité à prendre des risques et sa volonté d’assurer la survie et l’avenir économique de son pays; s’il est utile de lui accorder la considération et l’honneur qui lui reviennent, il faut également insister en disant que rien ne lui appartient en propre: en réalité, tout revient à la société laborieuse.

Pour l’avènement d’une vraie justice distributive
Je veux donc dire que, dans ces conditions, tout gain doit être redistribué équitablement, dans la mesure du possible. Je suis pour cette politique de redistribution des biens sociaux. Et en Afrique, fils de paysans comme nous sommes tous pour l’instant, le peu que nous avons, doit être redistribué à tous, dans la dignité et la loyauté. Plus qu’une empoignade Gauche-Droite qui pourrait paraître nécessaire à certains parce qu’elle permet, peut-être, aux acteurs de la vie politique de mieux se positionner, il est davantage question de partage et de justice distributive : c’est ce qu’on appelle la justice sociale.

Tébi Joachim Ablé, philosophe, théoricien de la Palabre africaine.

NDLR : M. Tébi Joachim Ablé ne nous dit hélas ! pas si l’on peut être à la fois homme d’argent et homme riche. Comment et à quelles conditions ?


Paru dans la rubrique libre propos du Filament N°6

jeudi 22 juillet 2010

Eugénie Diécky

Diva de la radio africaine
Directrice des programmes d'Africa N°1


Aujourd'hui Directrice d'antenne d'Africa N°1 à Paris, animatrice-productrice de l’émission quotidienne «Les matins d’Eugénie », Eugénie Diécky mérite de figurer à notre Tableau d’Honneur, parce qu’elle est d’abord et avant une grande femme de culture et une grande diva de la radio qui, sait rendre aux médias leur aspect humain, qui anticipe l’Afrique, qui est à l’avant-garde d’une Afrique en devenir, qui parle sans langue de bois, ni tabou aux auditeurs de tous âges. Elle a, comme on dit, une vision pour l’Afrique Elle fondamentalement convaincue que et sait que « Chaque fois qu’il y a une injustice à l’égard d’un être humain, il faut la dénoncer et la combattre »... Elle est passionnée de livres. Non seulement pas une seule occasion de les présenter à toutes ses émissions, mais elle dévore deux ouvrages chaque semaine. A ce propos, elle affirme : « Le livre m’a construite, m’a grandie, m’a émerveillée ! D’ailleurs, lorsque je mourrai, je veux être enterrée avec des livres !... J’ai toujours été fascinée par le livre. Jeune, j’étais une boulimique de livres. Enfant du divorce, c’est le livre qui m’a permis de me construire en tant que personne et femme. Le livre m’ayant toujours accompagnée je voulais vendre des livres ou ouvrir une bibliothèque, ce qui m’a amenée à faire des études de documentaliste ».

En effet, c’est le livre qui est à l’origine et au centre de sa carrière, comme elle nous l’explique elle-même : « Le livre m’a beaucoup influencée. Il a marqué les débuts de ma carrière professionnelle, puisque c’est un concours littéraire qui m’a menée à la radio. Voici. J’étais étudiante en fin de 3è année quand un concours de poésie et de nouvelles a été lancé dans le quotidien L’Union (NDLR : quotidien gouvernemental gabonais). Je me suis jetée à l’eau et j’ai écrit « La borne fontaine » qui n’était pas une histoire d’amour, mais l’histoire d’une fontaine publique installée dans un village. Les habitants de ce village ont célébré cette pompe qui devait redonner vie à leur communauté. Mais, ils ne l’ont ni utilisée ni entretenue correctement. Certains sont tombés malades, d’autres sont morts en buvant de l’eau de cette fontaine. Partant, on a accusé les sorciers. Voilà, en quelque sorte, la trame de l’histoire. Mais, il y a aussi, bien entendu, l’histoire personnelle du héros, les histoires d’amour, le cas du chef du village qu’on a accusé de sorcellerie, etc. Et donc, j’ai participé à ce concours et j’ai gagné le prix de la meilleure nouvelle. Dès lors, un journaliste et un cinéaste m’ont contactée pour me proposer d’adapter mon roman à l’écran. Je lui ai donné le manuscrit dont il a apprécié l’histoire. Le film ne s’est finalement pas fait, mais cela m’a permis d’entrer, par la grande porte, à Africa N°1, d’autant plus que « La borne fontaine » a permis d’apprécier mon talent pour l’écriture et pour bien dire les choses ».

Par ailleurs, Eugénie Diécky entre à Africa N°1, parce qu’elle était toute avide d’aller vers les gens, de les rencontrer pour apprendre à les comprendre, parce qu’elle sentait que les Africains avaient le besoin et le droit de s’exprimer, et que, grâce à cette radio, Africa N°1, on pouvait faire beaucoup de choses intéressantes, aider les talents, les gens qui souffrent et soutenir des causes, comme celle des sans-papiers, etc. C’est convaincue de ces faits, qu’elle a très vite appris les ficelles et les rouages du métier de journaliste, et réussi à s’intégrer à la radio, ce qui n’était pas évident au départ. Elle raconte avoir eu beaucoup de chance dans sa vie, surtout à ses débuts.
Aujourd’hui, elle est Directrice des programmes. A ce poste, son rôle consiste à constituer une grille attractive, a proposer des émissions qui intéressent en priorité les Africains. Pas seulement la musique, mais aussi et surtout des émissions sur la littérature, la culture, l’histoire, des émissions de jeux, etc. « Il faut pouvoir faire en sorte qu’une belle idée couchée sur le papier puisse être rendue vivante avec la meilleure personne qui soit ».

En ce qui concerne Africa N°1, une grosse structure qui emploie plus de 200 personnes au Gabon et à travers l’Afrique, elle n’hésite pas à dire que c’est « un outil qui a accompagné des générations d’Africains du continent et de la diaspora, et qui constitue un lien très fort avec l’Afrique. Si n’y avait pas eu cette voix, ce tam-tam du continent, je me demande comment nos démocraties auraient véritablement pris racine. Elle a informé, diverti et fait rêver des millions d’Africains. L’Afrique s’est fait entendre par la voix d’un outil qui est né en plein cœur de l’Afrique. Et, il faut que cela continue ».
Au-delà de la radio, Eugénie Diécky a d’autres activités professionnelles : elle « coache », comme elle le dit, des leaders ou futurs leaders de la communauté africaine. Elle les aide à prendre leur place dans la communauté française ou africaine.
Notons pour terminer qu’en 2008, elle a été récompensée à la juste mesure de son talent et de son dynamisme par 3 prix dont elle est très fière : le prix de la Réussite au Féminin, le prix du Meilleur Défenseur des Droits de l’Homme et celui de Citoyenne d’Honneur de l’Hay les Roses pour son soutien à cette commune et à son maire, Patrick Sève qui a été le premier à soutenir Barack Obama.
Avec un tel profil, un parcours si honorable, de telles distinctions, il n’est aucun doute que Eugénie Diécky mérite, bel et bien, de figurer au tableau d’honneur, afin de contribuer à enlever, de la tête, de notre jeunesse, le doute et toutes sortes de complexes. Elle nous enseigne qu’on peut être noire, femme et réussir dans la vie, au même titre que les autres êtres humains. A ce propos, elle dit : « souvent, j’oublie que je suis une femme, même si j’ai un physique féminin. Pour moi, tout est dans la manière d’être et la manière de réagir … Je ne me vois pas comme une femme, mais comme quelqu’un aimant son boulot, et le faisant du mieux possible ».

Léandre Sahiri

Un article paru dans la rubrique Tableau d'Honneur du Filament N°6



A qui profite la rébellion africaine ?

Il y a quelques semaines, une des lectrices du Filament, Mme Emilie K., pour ne pas la nommer, m’a adressé une lettre, personnellement, pour me demander de donner un résumé et un commentaire du livre « Pourquoi je suis devenu un rebelle », écrit et publié, en 2004, par M. Guillaume Soro, Premier ministre ivoirien. Mme Emilie K. m’a aussi demandé de répondre aux questions suivantes : Qu’est-ce qu’un rebelle ? Pourquoi et comment la rébellion est née en Afrique ? A qui profite la rébellion africaine? Qu’est-ce que la rébellion apporte à l’Afrique ?...
Au-delà de ma modeste personne, c’est, à ce que je pense, à nous tous et toutes, que Mme Emilie K. demande de réfléchir, très sérieusement, sur la rébellion et de tirer des leçons des rebellions africaines, comme hier on en a tiré des guérillas sud-américaines. En attendant que des personnes bien outillées puissent apporter des réponses plus édifiantes aux questions que pose Mme Emilie K, je me vais m’atteler à dire, ici, ce que je pense, étant donné, n’est-ce pas, que Mme Emilie K. m’a interpellé personnellement.
Du livre de Soro Guillaume
D’abord, en ce qui concerne le livre « Pourquoi je suis devenu un rebelle », je dois d’emblée avouer que, connaissant plus ou moins les raisons de la rébellion ivoirienne, à travers les diverses déclarations des rebelles eux-mêmes, les reportages, et les dossiers de presse, je ne me suis sincèrement pas intéressé à le lire. Certes à tort, je le reconnais. A preuve, je ne puis actuellement pas en proposer un commentaire.
Mais, j’ai changé d’avis. Depuis quelques jours, j’ai passé la commande du livre et crois pouvoir le lire et être à même d’en parler dans l’une de nos prochaines parutions. Ceci dit, venons-en à l’autre volet de la lettre de Mme Emilie K., notamment les questions.

Qu’est-ce qu’un rebelle ?
Une rébellion est un mouvement de contestation ou de remise en cause des autorités en place, ainsi que de refus, voire de négation de l’ordre institutionnel établi. Tel est le principe de base de toute rébellion. Généralement, la rébellion a une base locale et une sphère de rayonnement régionale. En effet, elle naît toujours dans une région ou part communément d’une région donnée du territoire national et s’y cantonne. Pour justifier leur action ou leur mouvement, les rebelles mettent en avant la mauvaise répartition des richesses nationales, les disparités ou inégalités socio-économique de l’espace national, tout cela brandi comme une injustice flagrante plus jamais insupportable, et comme des motifs de frustrations longtemps contenues, et dont il faut immédiatement se départir.
Voilà ce qui, en principe et au-delà des motivations individuelles des leaders, sert de motifs fondateurs, d’alibi ou de justification sociale, politique, morale, psychologique ou intellectuelle à toute rébellion. Sur cette base, on s’attendrait a ce que les rebelles s’engagent dans des activités, des ouvrages ou des actions pratiques pour développer la région concernée. Mais non ! En lieu et place de tout cela, c'est-à-dire d’un mouvement « pacifique » de revendication régionale pour réparer les inégalités et les frustrations décriées, les rebelles défient les autorités et s’arment, sans doute pour conférer plus d’efficacité à leur action. Leur mouvement devient, alors, politique et surtout militaire, autrement dit, de violence. On en arrive alors, à une lutte armée. Ainsi, la stratégie, les méthodes et les buts changent, du tout au tout, et cela devient une autre histoire. En effet, ce qui, au départ, n’était qu’une soi-disant expression de révolte locale et régionale, dégénère et devient un conflit national violent, comme on en a vu au Liberia, en Sierre Leone, en Côte d’Ivoire, etc.

Les rébellions ont la même logique
Les rébellions connaissent, toutes ou presque toutes, la même logique : mouvement régional uni, et enthousiaste au départ, une rébellion le demeure rarement jusqu’à sa fin ultime. Tout le monde sait qu’une rébellion prend fin, soit par la satisfaction entière et totale de ses revendications, soit par une victoire militaire nette, soit par la prise du pouvoir d’Etat, soit par une défaite militaire, soit par sa récupération par le pouvoir et l’ordre en place, soit par la dispersion de ses leaders et dirigeants dont la plupart sont contraints à l’exil ou réduits à la clandestinité intérieure…
On peut alors se demander : d’où vient-il que la rébellion, qui, au départ, était un mouvement uni, en vient-elle à se trouver divisée et fatalement affaiblie? La réponse est toute simple. C’est que, chemin faisant, des divergences et des divisions internes apparaissent entre les responsables du mouvement rebelle. Ces divergences qui, généralement, opposent les leaders et principaux dirigeants de la rébellion entre eux et les uns aux autres, sont basées sur des querelles de personnes ou sur des conflits d’intérêts égoïstes essentiellement matériels, financiers et sociaux, et ont un rapport direct avec le niveau d’instruction et de conscience des rebelles dont 95% sont des analphabètes ou demi-lettrés. Ces divergences apparaissent dès lors que les objectifs premiers du mouvement (de contestation du départ) se trouvent altérés et rejetés en arrière-plan, chacun agissant désormais, au sein de la rébellion, pour son propre compte et celui de son clan. La vision angélique et l’action unitaire du départ ayant fait place aux soupçons, à la suspicion et aux règlements de compte, eu égard aux spasmes ou fibres ethniques, aux positions sociales privilégiées acquises rapidement par certains chefs rebelles, positions qui les placent, de fait, aux postes d’honneur, souvent avec tapis rouge déplié sous leurs pieds, avec des voyages nombreux, officiels et officieux à l’étranger en première classe, des séjours dans les hôtels huppés avec suites, etc. Ces prérogatives ou privilèges finissent par convaincre les chefs rebelles que, si au sein du mouvement contestataire, on est toujours ensemble, en tout cas on n’est plus désormais les mêmes. Ainsi, même si les rebelles se parlent et se saluent encore, ce n’est désormais plus avec enthousiasme ou ferveur, etc. De ces faits, c’est à se demander à qui profite, en réalité, la rébellion ? Nous y reviendrons plus loin. Pour l’heure, intéressons-nous aux cas singuliers de Jonas Savimbi et de Soro Guillaume.

Du cas exemplaire de Jonas Savimbi
Comme tout le monde le sait, c’est le 22 février 2002 que, à quelques six mois de son 68ème anniversaire, que M. Jonas Malheiro Savimbi, l’un des plus vieux rebelles d’Afrique, le chef de l’Union Nationale pour l’Indépendance Totale de l’Angola (UNITA, fondée le 13 mars 1966) est tombé au front, les armes à la main. En effet, c’est sur les bords de la rivière Luvuei, dans la province de Moxico, au sud-est de l’Angola, non loin de la frontière zambienne, que le vieux chef rebelle a livré sa dernière bataille. Surpris par l’armée gouvernementale, il a été abattu, non sans s’être défendu.
Quinze balles logées dans son corps. Montré le lendemain à la télévision angolaise, son corps gisait sans vie, baignait dans son propre sang, son sang à lui Jonas Savimbi. Toutefois, il avait le visage serein et intact, les yeux mi-clos. II a fini comme finissent tous les rebelles de son espèce, Samuel Doe, Fodé Sankoh, Ousmane Mané, Joseph Kabila..., qui, eux aussi, avaient défiguré leurs pays respectifs, par des guerres, par des violences, par des tueries sans nom...
L’Histoire retient que le leader de l’UNITA, M. Jonas Savimbi, avait résisté très longtemps, depuis 1962, au temps du FNLA (Front National de Libération de l’Angola, présidé par Holden Roberto). Pour lui, céder au MPLA aurait signifié l’humiliation suprême. Certes, Savimbi était à la fois un chef charismatique, un stratège, un nationaliste intransigeant. Avec un parcours exceptionnel, où le revers l’a, finalement, emporté sur le succès. Obstiné par une volonté farouche d’aller, tête baissée, jusqu’au bout de ses convictions, il reste, en définitive, un rebelle jusqu’au bout, du moins jusqu’à la mort. Tel est le sort de tout rebelle, c'est-à-dire de tout individu qui prétend rétablir ses concitoyens dans leurs droits, et qui ôte à ceux-ci le premier des droits humains, à savoir, le droit à la vie. Telle est la leçon que devront retenir ceux qui, commandités ou commis pour tuer M. Laurent Gbagbo et prendre le pouvoir sans passer par la voie des urnes, ont hélas ! défiguré la Côte d’Ivoire et nous ont mis dans la ténébreuse et ignominieuse situation où nous nous trouvons depuis plus de 8 ans.


Ma « Lettre ouverte à Monsieur Guillaume Soro ».
En 2002, je me trouvais à Abidjan, en tant que professeur de Lettres à l’université de Cocody et intervenant à l’ENA, quand la guerre a éclaté en Côte d’Ivoire. En 2004, quand, j’ai appris que M. Soro Guillaume, chef des rebelles, fut de nos élèves au lycée de Korhogo, j’ai décidé, sans doute par déformation professionnelle, de lui adresser une Lettre ouverte pour lui dire ce que je pense et pour l’amener à bien situer sa responsabilité dans cette rébellion dont il se gargarisait, par des déclarations ronflantes et tonitruantes. Pour votre respect, je me permets de reproduire ici, ma « Lettre ouverte à Monsieur Guillaume Soro », qui semble être passée inaperçue, à l’époque, et dont Mme Emilie K. me donne l’opportunité de reparler. La voici, cette lettre ouverte :

« Monsieur Guillaume Soro,
Je vous envoie cette lettre en espérant qu’elle vous parviendra, que vous la lirez jusqu’au bout et que vous m’en donnerez réponse et avis.
Tout d’abord, je voudrais vous poser cette question : M. Soro Guillaume, d'où tirez-vous votre légitimité pour prétendre nous imposer votre volonté et vos caprices de cow-boys des films westerns d'antan, lesquels cow-boys, hors-la-loi et sans civisme ni éducation, défient le Sheriff du district et imposent leur loi, par la force de leurs pistolets ? Sachez, M. Soro Guillaume, que cette époque est révolue. Les temps modernes nous commandent d'utiliser, de nos jours, même dans le Far West, la voie des urnes pour accéder au pouvoir, pour pouvoir marcher sur des tapis rouges et pour pouvoir prétendre diriger les hommes en vue, (tenez-vous bien !), de contribuer à favoriser leur bien-être et le progrès de l'humanité.
A votre avis, depuis que vous êtes rebelle, M. Soro Guillaume, qu'est-ce que la Côte d'Ivoire a gagné ? Qu’est-ce que les gens du Nord ont gagné ? Qu'est-ce que vous avez ajouté à l'humanité ? Quelle image représentez-vous pour le présent et le futur dans l'histoire ? Quelle leçon la jeunesse peut-elle tirer de vos actes?...
Alors que les autres peuples sont dans des laboratoires et dans les usines pour fabriquer des ordinateurs, des médicaments, des avions, des machines, des appareils…, pour notre aisance et notre santé, vous et vos amis en armes (rebelles et ex-rebelles), ainsi que vos alliés (connus et inconnus ou méconnus), n'avez aucune honte, aucun regret, ni remords, de tuer nos parents et nos amis.

Vous n’éprouvez aucune gêne, ni aucun dégoût à voir notre pays dans cet état lamentable, à vous faire payer sans travailler, à piller et à faire piller les ressources de notre pays ; vous êtes fiers de narguer nos autorités et nos élus, fiers de fouler aux pieds nos lois, nos institutions et notre Constitution, comme des gens sans éducation ni morale. Vous vous en enorgueillissez de nous imposer les chefs que vous, vous voulez sans même notre avis, sans notre accord, et sans élection, etc. Mais, on est où là ? Vous n'avez pas honte de publier des livres et de faire des déclarations et des tapages sur vos tueries et vos desseins diaboliques qui relèvent de la pure délinquance. Avez-vous jamais compris que vous vous êtes ainsi déclaré à la face du
monde, par vous-même, délinquant de première catégorie et assassin en liberté ? Les preuves sont là, palpables, par vous-même fournies, dans votre livre qui se résume en ceci : Je suis un rebelle et voici ce que j’ai fait et commis comme actes. Ce que les Ivoiriens ont subi, ce n’est ni un conte de fée, ni une rumeur… Oui ! M. Soro Guillaume, vous avez osé écrire cela ! C’est à se demander si l’on ne manque pas parfois de bon sens et d'« esprit des lois » (Montesquieu)?
M. Soro Guillaume, vous qui, à ce que je crois savoir, avez fait des études universitaires, devriez avoir honte d'agir comme vous faites. Arrêtez de vous comporter comme un cow-boy ou un dozo (chasseur analphabète initié dans le maniement de fusil traditionnel). Arrêtez ça, ici et maintenant. Aucun rebelle n’a, il faut le savoir, longue vie. Et donc, vous êtes en train d'écourter, de miner votre espérance de vie, comme les Savimbi, John Garrang, Fodé Sankoh et autres rebelles qui croyaient que la nuit était si longue qu'il ne ferait pas jour. Et puis, vous savez, on connaît le sort des cow-boys dans les westerns : le film finit quand finit la vie du cow-boy, parce que toute chose a une fin.
M. Soro Guillaume, ceux qui vous financent, ceux qui vous poussent et vous encouragent à cet orgueil insensé, à ces fanfaronnades, à ces débilités, ne vous aiment pas du tout et sont vos ennemis premiers. Ceux qui vous suivent savent ce qu'ils y gagnent et se foutent éperdument de ce que vous y perdez. Ils ne vous ont pas conseillé la bonne voie, parce que vous êtes dans l'impasse. Et, je suis à me demander comment vous allez pouvoir vous en tirer, je veux dire, de ce sale drap. Zut ! Il vous faut revenir à la raison! Mais, cela exige, d'abord et avant tout, de mettre bas votre orgueil déraisonné et sans fondement ; cela vous impose d'arrêter de prendre des vessies pour des lanternes. Si, bien entendu, vous tenez encore à la vie qui vous tend les bras et qui vous a tant donné afin que vous soyez utile à l'humanité, et non pour détruire des vies humaines, non pour servir, sans vergogne ni envergure, des intérêts égoïstes, partisans, ethnocentriques, mesquins, utopiques, sataniques...
Il n'est jamais trop tard, dit-on, et seul le repentir est votre unique voie de salut, quelque soit ce qu'il vous en coûtera. C’est ce que je pense. Du moins, tel est mon sentiment. Avec mes salutations distinguées et sans rancune ».

Je précise que je n’ai pas eu de réponse à cette lettre. Peu importe ! L’essentiel est que, aujourd’hui, M. Soro Guillaume est premier ministre, dans la république. Je pense qu’il m’a entendu. C’est un motif de satisfaction qui m’amène à répondre, pour terminer, à la question : à qui profite la rébellion ?

A qui profite la rébellion ?
On constate, en se référant à la rébellion ivoirienne, que trop de sang a coulé à Korhogo et Bouaké, à Abidjan, à Man, à Gagnoa…, partout, dans toute la Côte d’Ivoire, plus que jamais auparavant. Du sang des Ivoiriens comme des étrangers. Du sang des forces de l’ordre et des populations civiles comme des rebelles. « Nous avons eu plus de morts entre rebelles qu’entre nous et les Forces loyalistes », avait déclaré sur Rfi, M. Séhi Claude, chargé de communication d’IB à Paris. Ces pertes importantes de vies humaines ont endeuillé la Côte d’Ivoire et suscité partout animosité, rancœur, indignation, colère et désirs de vengeance... Telles les réalités et les résultats de la rébellion ivoirienne.

On constate également que la rébellion ivoirienne n’a pas atteint son objectif qui était de prendre le pouvoir d’Etat. Loin de là. Aujourd’hui, M. Soro Guillaume est siège dans le gouvernement de Laurent Gbagbo. M. Soro Guillaume est premier ministre. M. Soro Guillaume mange à la même table que M. Laurent Gbagbo que, poussé ses mandataires et mû par des forces sataniques, il prétendait assassiner, ou tout au moins chasser du pouvoir pour accéder (lui ou un de ses commanditaires) à la magistrature suprême de notre pays. M. Soro Guillaume a abandonné le sentier battu de la violence sauvage, ignoble et inutile. En a-t-il tiré des leçons, de sa rébellion ? S’est-il assagi ? A-t-il compris que les rebellions africaines rabaissent les Africains au rang d’animaux sauvages et de barbares des temps anciens ? Sait-il désormais que les rebellions africaines réduisent l’Afrique à l’état de jungle ou de champ de bataille permanent, comme du temps des Gaulois ou des vikings ? A-t-il compris que les rebellions africaines ont pour victimes les populations africaines, c'est-à-dire des femmes, des hommes, des enfants qui ne demandaient qu’à vivre et que, prétendant les rétablir dans la justice ou dans leurs droits, on éventre, on viole, on pille, on déshérite, on égorge, on assassine, on mutile, on chasse de leurs terroirs, on prive de leurs biens acquis durement et âprement ? A-t-il compris que ceux qui fabriquent les armes, nous les vendent ou nous arment ne sont pas responsables de l’utilisation que nous en faisons ? A-t-il compris que, par les rebellions, les Africains se révèlent les pires ennemis de l’Afrique ?... Par exemple, on sait que les conflits en RDC sont, en grande partie, liés à l'exploitation et au commerce du coltan. Le commerce du coltan aurait procuré aux rebelles et chefs militaires et à des civils rwandais et ougandais des ressources financières énormes et encourage la poursuite du conflit. Les alliés zimbabwéens, angolais et namibiens du gouvernement de Kinshasa sont aussi accusés d'avoir systématiquement pillé les ressources du Congo avec la collaboration de lobbies internationaux et de grandes compagnies aériennes qui arment les rebellions. Dans les circuits économiques, le commerce du coltan a été qualifié de «nerf de la rebellion», dans l'est du Congo. Des intrigues compliquées, qui stimulent l'action d’alerte des ONG. Il en va du coltan comme du diamant et de la RDC comme de la Côte d'Ivoire, ainsi que de tous les pays qui ont connu la rébellion. Tout cela, M. Soro Guillaume, M. Sidiki Konate et les autres membres des Forces Nouvelles (ex-rebelles), je pense, l’ont compris. Et, c’est ça l’essentiel. Ils savent, et nous savons, à qui profite les rebellions africaines. Certes pas aux Africains. C’est ce que je pense.

Léandre Sahiri, Directeur de Publication

Un article paru dans la rubrique ce que je pense du Filament N°6

lundi 19 juillet 2010

Édito du 15 juillet 2010

De nombreux témoignages nous parviennent pour nous féliciter, parce que Le Filament porte bien son nom, en tant que fil conducteur de lumière, et parce que la liberté et l’indépendance que nous revendiquons, la courtoisie que nous préconisons, sont effectives. C’est un luxe, étant donné que, dans le paysage médiatique, la plupart des journaux sont, soit les clochers ou les porte-voix des partis et leaders politiques, soit à la solde des pouvoirs d’argent.

Autre luxe : la gratuité. Là-dessus, nous nous sommes largement et suffisamment expliqués, dans notre éditorial de la précédente parution (Le Filament No 5).

Le troisième luxe concerne la périodicité. Nous avons opté pour une parution mensuelle. Considérant que les événements s’enchaînent, se succèdent, inéluctablement, à un rythme effréné, et vu que ce qui est vrai aujourd’hui peut être faux le lendemain, cette marge temporelle d’un mois paraît, à certains, inadéquate, trop longue. En effet ! Mais, en ce qui nous concerne, c’est un délai tout à fait raisonnable et bien réfléchi, dans la mesure où cela laisse le temps, d’une part à vous, pour lire et pour écrire vos textes et contributions ; et d’autre part à nous, pour effectuer nos recherches, nos investigations, nos analyses, la documentation, la rédaction et la mise en forme des textes. Et, puis, n’est-ce pas que cette marge nous évite de survoler l’actualité et nous autorise à cibler les sujets qui vous intéressent effectivement, à les aborder, en profondeur, souvent sous forme de dossiers, comme ceux de l’éducation, du cinquantenaire, de l’économie, etc.

Encore une fois, merci, pour votre accueil cordial et vos compliments. Nous serons encore plus comblés de voir que de plus en plus de jeunes de tous âges connaissent et lisent régulièrement Le Filament.

En vous souhaitant bonne lecture, nous vous renouvelons notre gratitude, à vous tous et toutes, pour votre aide, votre soutien et vos contributions, sous quelque forme que ce soit, vous qui nous aidez volontiers à diffuser largement Le Filament. Nous vous en sommes très reconnaissants. Nous adressons un remerciement particulier à M. Michel Zahibo qui imprime Le Filament, a plus de 50 exemplaires, à ses propres frais, pour le distribuer gratuitement aux personnes qui n’ont pas accès à l’Internet. Notre plus grand souhait est que cela fasse tache d’huile ou boule de neige. En tout cas, continuons, encore et encore, à offrir gratuitement Le Filament, à nos amis, à nos parents, à nos connaissances, par tous les moyens, notamment par email, par fax, par photocopie, par courrier postal, etc. A très bientôt.

Léandre Sahiri, Directeur de Publication.

samedi 17 juillet 2010

Côte d'ivoire : FPI, tragédie d'un parti qui incarnait l'espoir

On a parfois besoin de vivre les faits pour y croire. Ou encore, la vie quotidienne, comme qui dirait, se révèle souvent la meilleure des écoles, voire le meilleur apprentissage. Sans cette expérience, on croit bien souvent que ce que certains disent ou racontent autour de nous n’est que du pur idéalisme ou simple utopie ou encore des fantasmes. Descendons sur terre et disons les choses plus simplement pour nous faire mieux comprendre ; n’est-ce pas là l’une de nos nombreuses missions à travers « Le Filament » ?

Ce qui se passe aujourd’hui en Côte d’Ivoire et tout précisément au sein du parti du Président Laurent Gbagbo, nous oblige à parler, sans tabou, du futur du FPI et de la Côte d’Ivoire après l’ère Gbagbo et surtout à revenir quelques années en arrière pour réviser les leçons de philosophie pure, de philosophie politique, de science politique et même de droit que nous buvions, avec volupté, et sans penser que, un jour, nous serions des témoins et acteurs de ce que nos différents maîtres ( que, au passage, nous saluons de nous avoir ouvert les yeux et les oreilles) tentaient, contre vents et marrées, de nous faire comprendre.

Il est très important de rappeler que le Front Populaire Ivoirien (FPI) est né d’une révolte contre les pratiques politiciennes du temps du parti unique ; des pratiques socialement et économiquement dégradantes et inhumaines de l’ancien régime, le PDCI (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire) dirigé alors par le « bélier » de Yamoussoukro, M Félix Houphouët-Boigny. Le FPI est né aussi de la volonté et dans le but de « gouverner autrement la Côte d’Ivoire » (Lire à ce sujet « Propositions pour gouverner la Côte d’Ivoire» de Laurent Gbagbo). Et donc « gouverner autrement la Côte d’Ivoire », tel est le slogan qui, comme le « Yes we can » de Barack Obama, a conduit le peuple ivoirien à prendre le risque de porter M. Laurent Gbagbo au pouvoir, en acceptant ou en faisant les sacrifices exigés, allant de la perte du gagne-pain jusqu'à la perte de la vie (Kpéa Domain, par exemple). Tout le monde le sait, des foyers ont été disloqués ; des légions remplies d’espérance ont été brisées, des ressortissants de certaines régions du pays ont été frappés d’ostracisme, purement et durement, de la part des dirigeants du PDCI ; et ce, parce qu’ils avaient épousé les idéaux véhiculés ouvertement par le discours nouveau ou inédit de Laurent Gbagbo et ses camarades.

En effet, Monsieur Laurent Gbagbo promettait de changer, radicalement et positivement, la condition de vie des Ivoiriens et des Africains. A ce propos, il disait : « J’ai les hommes et les femmes pour gouverner la Côte d’Ivoire autrement » ou encore « Je mets les pieds là où je connais », autrement dit, je viens en homme d’expérience, j’ai un programme pour gouverner, contrairement à mes prédécesseurs, etc. Nous ne croyons pas qu’il ait une seule fois dit qu’il venait au pouvoir pour empirer la situation des Ivoiriens. C’est pourquoi au vu de la situation exécrable, déliquescente et nauséabonde qui prévaut aujourd’hui au sein du FPI, et partant en Côte d’Ivoire, nous ne pensons pas que M. Laurent Gbagbo devrait être, n’en déplaisent à certains, épargné de nos critiques. Il est le chef du village, il est donc entièrement responsable, comme l’étaient hier M. Houphouët-Boigny et M. Konan Bédié, de l’ivresse et de la folie devenues quotidiennetés de la part de ces hommes et de ces femmes en qui il a placé sa confiance. N’est-ce pas lui qui répétait que, pour guérir une plaie, il faut percer l’abcès ? Alors pourquoi s’émouvoir lorsque son nom apparaît dans une quelconque analyse ou une critique ? Simplement, arrêtons de donner raison à Senghor qui avait du mal à supporter la couleur de sa peau et qui, sans conscience, disait : « La raison est hellène et l’émotion est nègre ». Dépassons le culte de la personne, battons-nous pour la dignité du Noir, et de l’Africain en particulier. Que les « Gbagboïstes » voient plus loin que le bout de leur nez et qu’ils placent la Côte d’Ivoire au centre ou au-devant de leur vision politique.

Aujourd’hui, lorsque nous jetons un regard froid sur la situation qui prévaut au sein du FPI et sur celle de toute la nation ivoirienne, nous sommes obligés de conclure, sans ambages, que le train des rêves sur lequel des millions d’Ivoiriens ont embarqué, s’est transformé en un minuscule wagon de cauchemars, voire en un coma politique et socio-économique. Au FPI, de l’idéalisme socialiste prometteur, l’on est tombé dans un « matérialisme » vagabondant, nauséabond , du moins dans une aristocratie éhontée qui écrase l’Ivoirien, qui conforte la pauvreté et la misère, au point de contraindre les autres Ivoiriens à vivoter ou à se prostituer dans les écoles, sur les lieux de travail, voire dans les toilettes des immeubles aux murs verdâtres et lézardés d’Abidjan et d’ailleurs.
C’est vrai que la France fasciste continue de livrer une guerre farouche d’intérêts à la Côte d’Ivoire, depuis que Laurent Gbagbo a décidé de « gouverner autrement ». Mais, nous disons : assez ! « La guerre de la France contre la Côte d’Ivoire », pour parler comme le Président de l’Assemblée nationale, le professeur Mamadou Koulibaly, ne doit pas cacher la gangrène dans laquelle la nation ivoirienne est plongée, purement et simplement par les agissements des hommes et des femmes du FPI. Leur attitude renvoie à l’idée, du moins porte à convaincre qu’ils sont venus au pouvoir pour voler, pour piller, pour détourner les deniers publics, pour se bâtir des châteaux, pour faire de leurs enfants les seuls méritants du pays et les seuls aptes à faire de bonnes études, et ce, dans les écoles et institutions les plus prestigieuses et non moins coûteuses dans les pays occidentaux.

Pour conclure cette première partie, nous disons que la Côte d’Ivoire est très riche et que sa modeste superficie ne constitue pas un obstacle pour son développement, ni pour le bien-être des Ivoiriens. Le seul problème ou l’un des obstacles est la course effrénée et illégale vers l’enrichissement rapide qui fait fi de toute loi morale et de toute logique, qui nous éloigne des promesses d’hier, qui nous pousse au désespoir, plutôt qu’à l’espoir. (A suivre)

Sylvain de Bogou, Directeur de la Rédaction, Le Filament. sylvaindebogou@yahoo.com

Un article paru dans la rubrique Actualité oblige du Filament N°6

mardi 29 juin 2010

Le code noir de Louis XIV

Genre : théâtre
Auteur : Léandre Sahiri

Editions Menaibuc, Paris, 2008
ISBN : 978-2-35349-038-7

« Le Code noir de Louis XIV » est une pièce de théâtre qui, une fois de plus, démontre la « versatilité » littéraire de l’auteur de « Monica ou de l’injustice de la justice ». Les œuvres de cet écrivain englobent tous les genres, à l’exception du cinéma qu’il promet de couvrir instamment, dans un avenir proche.
Revenant à l’œuvre du jour, il faut dire que Léandre Sahiri a transformé, avec un génie dont il a seul le secret, un document juridique historique en une pièce de théâtre incontournable. Ce document juridique historique, c’est Le Code Noir qui, en 1685, décida du sort des Noirs, depuis Louis XIV jusqu'à nos jours. L’intérêt de cette pièce de théâtre, c’est que, après lecture, elle ne laisse pas indifférent. L’auteur amène le lecteur à voir le monde autrement. En d’autres termes, l’œuvre transforme le lecteur totalement, agit sur sa conscience, lui ouvre les yeux et l’esprit. Au point de croire que c’est un coup de fouet que Léandre Sahiri donne pour éveiller les consciences. C’est pourquoi nous estimons que cette pièce de théâtre doit être enseignée dans toutes les écoles, les universités et institutions. Tout Noir voulant se libérer doit absolument connaître, posséder et lire « Le Code noir de Louis XIV » de Léandre Sahiri. Tel est notre avis.

Concernant l’auteur, il faut dire que Léandre Sahiri, fondateur et Directeur de publication du journal « Le Filament », est titulaire d’un Doctorat ès lettres de l’Université de la Sorbonne (Paris). Professeur de littérature, il a enseigné dans plusieurs établissements en France, en Côte d’Ivoire et au Canada où il a été enseignant-chercheur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Critique littéraire et écrivain, il est intéressé spécifiquement par la promotion des valeurs humaines, les relations et Interactions multiculturelles. Il a collaboré à de nombreux journaux, magazines et revues et publié plusieurs livres dont La victoire par la voie des urnes (essai) ; Contes d'actualité (recueil de contes) ; Les obsèques de Bahi Oromé (théâtre) ; Le Code noir de Louis XIV, (théâtre) ; Jonathan Livingston le goéland (roman traduit de l'anglais) ; Monica ou De l'injustice de la justice (roman) ; Accusations (poèmes), etc.
Sylvain de Bogou


Quelques avis sur « Le Code noir»

Viviane Gnakalé Agnero :
Lorsque j’ai découvert le Code noir, j’ai été profondément choquée et révoltée. Beaucoup des nôtres ignorent tout de ce qui est le « code noir » et ont besoin d’en être instruits. Si bien que le projet d’écriture et de publication sur ce sujet est une initiative louable et très prometteuse.
En ce qui me concerne, j’ai découvert l’existence du « code noir » pendant des recherches que j’effectuais, il y a quelques temps déjà. Comme bien d’autres, j’en ai été profondément choquée et révoltée. Ce que je sais sur le sujet et que les lecteurs et lectrices vont découvrir à leur tour, je peux le résumer ainsi. Son origine : Louis XIV ; son auteur : Colbert ; son objectif : le besoin pour ses concepteurs d’accroître leur hégémonie culturelle et surtout leur puissance politique et commerciale. Pour ma part, ce document est un témoignage indéniable pour l’histoire, il doit surtout servir de garde-fou pour des nostalgiques de cette triste période ou pour confondre les tenants du néocolonialisme (qui n’est rien d’autre que la forme évoluée de l’esclavagisme), dans leur sombre dessein de répéter l’histoire.
Mais, permettez-moi de partager avec les lecteurs et lectrices, ce que je pense, d’une façon générale, de la question de l’esclavage. Dans cet ordre d’idées, voici un fragment d’un texte que j’ai rédigé dans la perspective d’un ouvrage à venir sur l’esclavage, un sujet sur lequel il y a encore beaucoup à dire.

« Au fond, qu’est ce que l’esclavage ? ».
Ce qui motive l’esclavage est la même tare qui justifie aux yeux de certains de nos frères les théories et conflits tribaux, a savoir, une certaine « déficience » morale, ou l’inachèvement de la de la maturation spirituelle, aggravé par un excès de vanité et d’ignorance.
Ce que nous devons comprendre c’est que dans l’absolu, la tare discriminatoire n’est, au fond, ni raciale ni ethnique, mais gravement et profondément humaine. Ce qui pousse l’homme à réduire son prochain à la servitude, n’est finalement rien d’autre que cette insurmontable soif de la domination. L’incommensurable besoin de se sentir supérieur à l’autre. « Le code noir » introduit par Louis XIV (16ème siècle) et plus tard repris par de nombreuses nations esclavagistes (à l’image des Jim Crow Laws aux Etats-Unis, 19ème siècle) participa de cette logique d’une quête de suprématie culturelle et commerciale. Si donc le noir a été, depuis des siècles, victimes de l’asservissement de la quasi-totalité des races humaines, y compris de la sienne, ce n’est pas à cause de sa faiblesse physique et encore moins de sa prétendue « infériorité mentale » qui, aux yeux du blanc suffit à justifier l’esclavage… mais, c’est bel et bien à cause de sa vulnérabilité économique et politique...
Je pense, sincèrement que, pour l’heure, il est dérisoire, pour nous, de nous accrocher à une vaine et hypothétique reconnaissance par les Blancs de leurs crimes esclavagistes. S’ils le font un jour, ce ne sera pas parce que, enfin, ils auront compris et reconnu leurs horreurs et erreurs, et toute l’étendue de leur responsabilité, mais pour le politiquement correct du moment. Et, ce politiquement correct, il ne s’imposera à eux que lorsque nous nous serons donnés les moyens intellectuels, économiques et politiques de les forcer s’incliner. En attendant, le verdict qui nous blanchira du crime d’être noirs, donc inférieurs et par conséquent domesticables, ne viendra de nulle part, sinon de nous-mêmes.
La connaissance, l’élévation spirituelle, le pouvoir économique, l’autonomie politique, c’est là que résident les clefs du salut qui nous absoudra du « délit de la négritude » !
Quand enfin, nous nous seront affranchis, libérés de ce que nous croyons et reconnaissons implicitement être « la malédiction de Cham », alors c’est tout naturellement que nous forcerons le regard des Blancs sur nous, à changer. En d’autres termes, c’est essentiellement lorsque nous serons libérés du complexe d’infériorité qui nourrit leur prétention à la domination, que nous gagnerons et notre respect mutuel et celui des Blancs ».


(Viviane Gnakalé Agnero est auteur de « Crise ivoirienne : se projeter au-delà des présidentielles » et de « Laurent Gbagbo, Pour l'avenir de la Côte d'Ivoire », aux Editions L’Harmattan).


Brehima Samaké :
Je suis un jeune Africain de l'Ouest, précisément du Mali. « Le Code noir », je ne veux pas trop en parler pour laisser les gens découvrir par eux-mêmes, comme moi, et en juger sans influence. Je voudrais toutefois préciser que, inséré en 1886 dans la constitution française, « Le Code noir » constitue un thème brûlant qui doit intéresser tout Africain qui a de la dignité, de la personnalité


Elie Liazéré :
« Un livre qui a l’avantage d’être écrit dans un langage de très bon niveau et d’expliquer plus clairement ce qui, dans le Code Noir, paraît implicite et inaccessible à tous... ». (Extrait de la préface).

Louis Sala Molins :
« Il me semble qu'exhumer le Code Noir, […] c'est extrêmement urgent... pédagogiquement urgent... ». ( Interview, Nantes le 14/04/1993).

André Castaldo :
« Le Code Noir permet d’apprendre beaucoup sur l’esclavage. ». (Extrait de « De l’esclavage à l’abolition, éd. Dalloz, 2006).

Révérend Pasteur Ti :
« Le Code noir de Louis XIV » de Léandre Sahiri nous apprend d’où et comment sont nés le mépris, le rejet et la soumission dont les Noirs ont été et sont victimes jusqu'à ce jour. Ce livre nous démontre comment et pourquoi les propos et les arguments qui soutiennent l’esclavage sont, à maints égards, faux, mensongers, et arbitraires… Il rétablit, en quelque sorte, la vérité. Car, c’est la connaissance de la vérité qui, seule, nous affranchira et affranchira les générations à venir, afin de traiter d’égal a égal avec leurs partenaires du monde entier. Il nous revient à nous tous et toutes de faire une large diffusion du contenu de ce livre, pour que nos enfants, nos petits-enfants le lisent et se débarrassent du complexe d’infériorité et de pauvreté qui nous ont été inculqué. Nous avons nos expériences. Nous avons nos jugements. Nous avons nos mots à dire. Ne restons pas amorphes. Ne soyons pas complices, ni consentants, en nous plaignant sans réagir. Agissons pour que la soumission et l’esclavage s’arrêtent. Le temps est arrivé. Dieu a ouvert les portes fermées. Ensemble, nous pouvons renverser la muraille. Oui, nous le pouvons. « Yes we can ! ». ( Extrait de « A propos des mensonges monstrueux sur le prétendu esclavage permanent des Noirs », Editions Menaibuc).
Un article paru dans la rubrique livre à lire du Filament N°5
 

Le Filament Magazine Copyright © 2011 -- Template created by O Pregador -- Powered by Blogger