samedi 20 novembre 2010

L’Afrique : vivier du football européen


L’Afrique dont la Coupe des Nations avait éteint ses lampions le 31 janvier dernier, sur la victoire de l’Égypte face au Ghana (1-0), demeure un grand fournisseur mondial de joueurs.

En effet, les joueurs africains sont une composante indissociable de l’identité footballistique européenne. Le constat a sauté aux yeux début janvier. Pas moins de 112 joueurs du continent noir ont quitté leurs clubs des cinq grandes ligues (40 en Ligue 1, 31 en Premier League anglaise, 22 en Bundesliga allemande, 12 en Liga espagnole et 7 en Serie A italienne) pour disputer la Coupe d’Afrique des nations.


Pour la première fois, une vaste étude lancée sur trente-six des cinquante-deux ligues européennes vient de quantifier le phénomène. La masse de chiffres récoltés est sans appel : l’Afrique représente bien un important vivier dans lequel le football européen puise sans réserve. Un vivier commode pour les recruteurs. « 23% des étrangers évoluant dans ces 36 ligues viennent de cette région du monde. Mais, si l’on regarde ce pourcentage pour les cinq ligues les plus puissantes, il tombe à 10 %. Les joueurs africains se trouvent donc plus dans des ligues de moindre niveau. Ils représentent ce que l’on pourrait appeler une “sous main-d’œuvre” pour le foot européen », analyse Loïc Ravenel, co-directeur de l’Observatoire des joueurs de foot professionnels.

Une sous main-d’œuvre d’autant plus facile à capter que les pays réservoirs de talents ne possèdent pas ou peu de championnats d’élite capables de former, de valoriser puis de transférer au prix fort leurs perles rares. Les joueurs africains sont donc ceux qui partent le plus tôt de chez eux : un peu plus de 19 ans en moyenne. Soit trois ans de moins que les Sud-Américains. Ce jeune âge lors de la première transaction a bien sûr un impact économique négatif.

L’Afrique ne tire pas autant partie de ses transferts que le championnat brésilien, par exemple, premier exportateur du monde, qui a bâti son modèle économique sur la vente de ses joueurs formés et aguerris. L’an dernier, 502 d’entre eux ont traversé l’Atlantique. Un bon millier parcourt le monde. Mais, grâce à l’interdiction sur les transferts de mineurs imposée par la FIFA (Fédération Internationale de Football Association), l’âge moyen de départ des Africains s’est stabilisé. Dans ce contexte, l’Europe du ballon rond fait surtout son marché en Afrique de l’Ouest. Au Nigeria d’abord, premier pays exportateur du continent et septième, toutes zones confondues, avec 113 éléments. Suivent le Cameroun (84 joueurs), la Côte d’Ivoire (61), le Sénégal (57) puis le Ghana... L’Afrique du Nord est, elle, absente. Le championnat égyptien est assez puissant pour conserver ses meilleurs éléments. Quant aux joueurs maghrébins évoluant en Europe, ils sont pour la plupart nés dans les pays d’Europe et n’apparaissent, de ce fait, pas dans les statistiques migratoires.


Serge Grah

(Journaliste, Ambassadeur Universel pour la Paix).

Un article paru dans la rubrique sous l'art à palabres du Filament N°10



Edito du 15 novembre 2010

Et de dix !

Nous sommes heureux de vous proposer la dixième parution de votre journal Le Filament.

Et comme vous savez, 10 est le premier des nombres composés, combinant les connaissances dans leur ensemble. C’est d’ailleurs ainsi qu’il apparaît dans le Décalogue pour symboliser l’ensemble des lois de Dieu édictées en « Dix commandements ». Et puis, 10 représentent la somme des quatre premiers nombres (1+2+3+4), marquant les quatre points cardinaux, les quatre saisons, les quatre étapes de la création. Chez les Bambaras, 10 symbolise Faro, le Dieu d’eau, c’est-à-dire la fécondité. Pour les Pythagoriciens, 10 c’est le plus sacré des nombres, c’est le symbole de la création universelle. A leur sens, il signifie le retour à l’unité, à la totalité et signifie l’achèvement de l’initiation et donc la maturité...
Dans ce sens, il ne fait pas de doute que, avec ce dixième numéro, nous avons atteint notre vitesse de croisière. On peut s’en rendre compte par le nombre de nos lecteurs et lectrices qui s’agrandit chaque jour davantage, et qui, chaque mois, attendent impatiemment Le Filament. On peut également s’en rendre compte par le volume et la qualité appréciable des articles et des contributions que nous publions, ainsi que par les critiques, les suggestions, les propositions, les félicitations et autres témoignages de sympathie, la visite régulière de notre site Internet : www.lefilament.info, etc. Tout cela nous conforte dans l’idée que nous avons été fort bien inspirés de lancer ce journal et, surtout, d’avoir, d’emblée, choisi la ligne que nous suivons, celle de l’indépendance et de la liberté, et non de la neutralité.
Nous voudrions vous renouveler notre gratitude, à vous tous et toutes, qui nous soutenez, sous quelque forme que ce soit, vous qui nous aidez volontiers à diffuser largement « Le Filament». Continuons, tous et toutes, à offrir Le Filament gratuitement, à nos amis, à nos parents, à nos connaissances, surtout aux personnes qui n’ont pas encore eu l’opportunité de lire ce journal qui se veut un vrai carrefour, du moins une plateforme véritable d’échanges et de débats d’idées.
Excellente lecture.
Portez-vous bien et à très bientôt.

Léandre Sahiri, Directeur de Publication.

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samedi 30 octobre 2010

Du meeting de M. Kouadio Konan Bertin à Tiassalé


Il y a quelques jours, j’ai lu un article de presse du journaliste Jules Claver Aka, Envoyé spécial du journalLe Nouveau Réveil. L’article est un compte-rendu du meeting de M. Kouadio Konan Bertin, alias KKB, président national de la Jeunesse du PDCI. Ce meeting a eu lieu le dimanche 3 octobre dernier à Tiassalé, dans le sud de la Côte d’Ivoire, et ce, dans le cadre de « larentrée politique de la délégation départementale du PDCI». Comme d’habitude, je vais ici saisir l’occasion pour dire ce que je pense de ce que M. Jules Claver Aka a qualifié de « message dense aux militants du PDCI ».

Êtres humains ou bêtes à visages humains ?

En cette période pré-électorale, M. KKB a recommandé aux militants du PDCI en général, et aux jeunes en particulier, la mobilisation permanente. Au titre des consignes de vote, il leur a donné les mots d’ordre suivants : « On va commencer à voter le 31 octobre à partir de 8 heures, jeunes de Tiassalé, dès 8 heures,vous prenez tous les bureaux de vote. Assurez-vous que les femmes et les vieux ont tous voté. A partir de midi, vous avez fini le travail …si Gbagbo s`amuse à appeler ses patriotes dans la rue, vous les cognez proprement ».Autrement dit, le PDCI n’attendra pas la clôture des bureaux de vote, encore moins le dépouillement… J’avoue que, là, j’ai été bien choqué par la violence du langage de M. Kouadio Konan Bertin. Il me semble avoirretrouvé le même discours d’une autre époque qui, hier, invitait et incitait les jeunes du RHDP à bruler les bus et les édifices publics de la république. Et alors, je me suis demandé pourquoi les responsables politiques ivoiriens répugnent tant à bannir de leur langage les appels à la violence ? Je me suis également demandé comment des gens, parce qu’ils se disent « militants » peuvent-ils toujours exécuter ce genre de mots d’ordre, sans réfléchir et sans se rendre compte qu’ils se font du mal à eux-mêmes et au pays ? C’est à se demander siles militants africains se prennent pour des êtres humains ou si l’on doit les considérer comme des bêtes à visages humains ?

Un nouveau Pétain ?

En tout cas, les propos de M. KKB m’ont vachement rappelé ceux de M. Philippe Pétain, chef de bataillon,professeur à l’Écolede guerre, chargé du commandement des troupes engagées à Verdun. Devenu aux yeux de tous « le vainqueur de Verdun » et jouissant d’une popularité considérable, Philippe Pétainreçut son bâton de maréchal de France en novembre 1918. Il privilégiait les charges de cavaleries et les attaques à la baïonnette, préconisait l'utilisation des canons pour les préparations et les barrages d'artillerie, afin de permettre la progression de l'infanterie, laquelle doit pouvoir tirer précisément sur des cibles individuelles. Le maréchal Pétain déclarait aux élèves officiers : « Accomplissez votre mission coûte que coûte. Faites-vous tuer s'il le faut… ». C’est sans doute à cause de ce langage de violence qu’il fut condamné à l’indignité nationale, et fut exclu de l’Académie française…

Du délire paranoïaque

Dans le même message, M. KKB a précisé : « Je suisvotre attaquant. Et vous êtes des défenseurs. Tiassalé est ma surface de réparation. Et vous êtes mes défenseurs. Ma surface est entre vos mains. C`est lamission que je vous confie ». On note ici que le langagede M. KKB est caractérisé par une réelle surestimation de lui-même, une auto-proclamation, un orgueil anormalement développé et associé à l’agressivité et au mensonge. C’est ce que les psychologues appellent « le délire paranoïaque ». Malheureusement, la paranoïa, est la maladie dont souffrent la plupart de nos politiciens, à tous les niveaux, à droite comme à gauche ; c’est cela qui fonde leur mauvaise foi et quijustifie que, chez nous, il y a plus de dérapages que de propositions d’idées constructives. Il faut savoir que la paranoïa est, au sens premier, un dérèglement appartenant au groupe des psychoses. Elle est caractérisée par un délire systématisé, sans affaiblissement des capacités intellectuelles. C’est une maladie qui débute à l'âge moyen de la vie (35-45 ans) sur un fond de méfiance, d’orgueil, d’hypertrophie du Moi, de susceptibilité, de jugement faux, de rigidité du psychisme, de désir de vengeance…), qui naît, bien souvent, d'un conflit psychoaffectif d'importance variable ; ce qui suppose que, pour comprendre les propos et les agissements de l’individu concerné, il fautfaire une investigation dans son enfance et dans sa jeunesse, c'est-à-dire interroger son milieu familial, ses relations avec ses parents, son niveau d’instruction, etc.

Dans ce cas du « délire paranoïaque », le sujet tient des propos très bien argumentés, apparemment cohérents et convaincants, si bien que l’on arrive parfois à engager des personnes fragiles ou ignorantes ou manquantd’esprit critique ou incapables de « s’élever au-dessus des contingences immédiates pour se comporter en êtres pensants ». Mais, la base du raisonnement est fausse, ou la conclusion est erronée. En effet, M. KKB a, au cours de ce meeting du dimanche 3 octobre dernier à Tiassalé, affirmé que « le coup d`Etat de 1999 s’est passé sans effusion de sang par la volonté du président Henri Konan Bédié, parce que celui-ci ne voulait pas que le sang de ses compatriotes coulepour son pouvoir ». Ceci est totalement faux, puisque le président Henri Konan Bédié avait appelé à la« résistance » au coup d’Etat l’emportant. C’est plutôtles Ivoiriens qui ont refusé radicalement de verser inutilement leur sang pour un homme qui s’était montré, comme l’avait écrit Béchir Ben Yamed, « inapte à assumer l’héritage d’Houphouët-Boigny : le vêtement était visiblement trop ample pour lui » (J. A, janv. 2000).Et puis, nul n’ignore que « l’appel à la résistance » de M. Henri Konan Bédié avait donné le jour à une liesse populaire pour saluer son départ et pour cause. La « Lettre Ouverte » signée des mains de M. Tiburce Koffiet publiée dans le journal Le Jour n° 1270 du 30 avril1999 précise : « …Monsieur le Président, vous et vos amis et partenaires du pouvoir politique, seuls élus au banquet de l’abondance et de la jouissance, n’avez pasle sens du sacrifice. Vos préoccupations essentielles semblent être les suivantes : continuer dans la culturedu gaspillage et du clinquant, sacrifier le peuple, bloquerles salaires, hausse sans cesse et fantaisiste des prix,absence d’une politique sociale réelle du logement… Ici, en Côte d’Ivoire, on ne pense plus, on mange et on cherche à manger, car le savoir ne donne plus accès ni au respect ni au travail… ». Sans commentaire. De plus,M. KKB affirme que « Laurent Gbagbo sait qu`il ne peut jamais gagner les élections en Côte d`Ivoire, même dansses rêves les plus fous ». Et pourtant…

J’accuse

Dans son « message », M. KKB a dit : « …Quand on demande à des gens, qui allez-vous votez, ils répondent Laurent Gbagbo. Et quand on leur demande pourquoi,ils répondent, parce que Laurent Gbagbo est garçon. Depuis quand on est garçon en politique ? Laurent Gbagbo est quel genre de garçon ?... Laurent Gbagbo joue au brave alors que ses collaborateurs autour de lui meurent… Boga Doudou est tombé, Daly Oblé est tombé, Dagrou Loula est tombé. Bouaké est tombée,Korhogo est tombée, Man est tombée… et la Côte d`Ivoire est aujourd`hui divisée en deux. Alors, Gbagbo est quel genre de garçon ? Il a dit, tant que je seraiprésident, Soro Guillaume ne sera jamais ministre.Gbagbo est président et Soro Guillaume est devenu Premier ministre. Quel genre de garçon est-il ? »...Je me dois d’abord d’avouer que j’ai été choqué par la désinvolture et la vulgarité du « leader » qu’est M. KKB. Il n’est en rien un modèle, ni au plan intellectuel, ni au plan politique, ni au plan de l’éthique… Il ne sait mêmepas respecter la mémoire des hauts cadres et des officiers supérieurs de notre armée nationale, en l’occurrence feux Boga Doudou, Daly Oblé, Dagrou Loula, entre autres, qui au-delà de leurs appartenances ethniques et politiques, sont, d’abord et avant tout des dignes fils de la Côte d’Ivoire et ont été de loyaux serviteurs de la Côte d’Ivoire. Il n’éprouve aucune peine devant le désastre qu’a dû subir notre pays, et singulièrement les régions de Bouaké, Korhogo, Man… dont les populations ont été les plus durement touchées par la rebelion. On a même l’impression qu’il éprouve une certaine gaîté à voir « la Côte d`Ivoire aujourd`hui divisée en deux » et qu’il ne comprend pas que c’est là, bel et bien, la preuve de notre sauvagerie et de notre barbarie qui nous rendent ridicules aux yeux des autres peuples du monde.

Le président burkinabè Blaise Compaoré, médiateur dans la crise ivoirienne, a lancé "un appel solennel" pour "une campagne électorale sans violence". Le représentant spécial de l'ONU en Côte d'Ivoire, M. Youn-jin Choi, a exhorté les candidats à la "maturité" et le président de la Commission électorale indépendante (CEI), M. Youssouf Bakayoko, a prôné "la plus grande sagesse durant cette période sensible". Aussi, force est d’accuser M. Henri Konan Bédié, candidat à laprésidence de la République démocratique de Côte d’Ivoire, de laisser le leadership de la jeunesse de son parti à un tel « garçon » semant à tout vent les germes de la violence ? A moins que M. KKB soit « la voix de son maître »... Sinon, le président Bédié devrait rappeler M. KKB à l’ordre ou tout au moins calmer ses ardeurs... Du moins, de mon point de vue... Et, fort heureusement et à mots couverts, le vice-président du PDCI, M. Ouassénan Koné l’a fait, fort bien sagement, en invitant les Ivoiriens à la raison et al tempérance: « Je voudraisvous inviter à être prudents le 31 octobre », a-t-ilconseillé aux populations de Tiassalé. Chapeau bas, mon Général ! Par-dessus tout, j’accuse les autorités de Tiassalé de n’avoir pas réagi aux propos d’incitation à la violence de M. KKB, aux fins de les condamner vigoureusement, de prévenir tous actes de violence susceptibles de porter atteinte à la crédibilité du scrutin du 31 octobre que nous avons appelé de tous nos vœux, de sorte que nous restions tous unis derrière celui qui sera élu, commecela se passe dans les pays civilisés du monde entier.

M. KKB a conclu son message en invitant l`ensemble de la population de Tiassalé à « faire le bon choix le 31octobre… Et, faire le bon choix, a-t-il dit, c’est voterBédié, parce que Bédié est prêt à reprendre le combat du développement là où les armes l`ont contraint à lelaisser ». Sur ce point, il y a débat. La vérité sortira, au soir du 31 octobre, des urnes.C’est ce que je pense.

Léandre Sahiri,Directeur de Publication



Edito du 15 octobre 2010

Comme nous le disions précédemment, la création de notre site lefilament.info, marque une étape très importante de la vie de votre journal Le Filament . Si ce n’est déjà fait, visitez notre site et invitez d’autres personnes à le découvrir. D’autres innovations sont attendues pour que Le Filament demeure adapté à l’air du temps et pour qu’il réponde, encore et toujours à votre attente et à votre goût. Le comité de rédaction y travaille chaque jour, aveccourage, enthousiasme, détermination et abnégation, bien entendu, en tenant compte de vos avis, conseils et suggestions. C’est aujourd’hui une réalité que Le Filament est attendu chaque mois avec impatience et grand intérêt. Ceci nousencourage à poursuivre et à garder la ligne d’indépendance et de liberté que nous avons délibérément choisie de suivre etqui nous distingue. Nous continuerons à privilégier la courtoisie, la recherche, l’investigation, l’analyse, la documentation. Nous continuerons à ne publier que ce qui a de l’intérêt et du sens, au-delà de toute complaisance, de tout parti pris et des querelles inutiles. Nous veillerons à ce que Le Filament demeure un vrai carrefour ou uneplateforme véritable d’échange et de débat d’idées…

Le nombre de nos lecteurs et lectrices s’agrandit chaque jour davantage. Parce que, effectivement, vous nous aidez volontiers à diffuser largement Le Filament . Parce que vos contributions sont de plus en plus nombreuses et dequalité appréciable.

Nous vous en sommes très reconnaissants. Le Filament est entièrement gratuit parce que nous sommes convaincus qu’on peut s’instruire sans frais et qu’on peutfaire des réalisations grandioses sans grands moyens. Dans ce sens, continuez à offrir Le Filament GRATUITEMENT, à vos amis, à vos parents, à vos connaissances, notamment par email, par fax, par photocopie, par courrier postal, etc.Excellente lecture. Portez-vous bien et à très bientôt.

Léandre Sahiri
Directeur de Publication

lundi 4 octobre 2010

Dambisa Moyo

Professeur, Economiste, auteur de du livre « L’aide fatale »



Au tableau d'honneur de ce mois, je vous présente Mme Dambisa Moyo. Originaire de la Zambie, elle a fait ses études (Harvard) aux Etats-Unis avant de travailler à la banque mondiale en qualité de consultante de 1993 à 1995, puis à la banque d'affaires Goldman Sachs de 2001 à 2008 où elle a été directrice de la recherche économique et de la stratégie pour l'Afrique subsaharienne. Elle est économiste et professeur au Centre for International Business and Management (CIBAM) de l'université de Cambridge (UK) et du Royal Institute of International Affairs (Chatham House).

En mai 2009, la revue Time Magazine a classé Mme Dambisa Moyo parmi les 100 personnes les plus influentes du monde. Auteur de nombreux essais économiques, traduits dans plusieurs langues, entre autres de «Dead Aid: Why Aid is Not Working and How There is a Better Way For Africa », (en français : « L’aide fatale ») publié au printemps 2009 aux États-Unis.

L'essai propose de nouvelles solutions à la dépendance systématique des pays pauvres à l'aide publique. L'analyse de l'économiste offre, de plus, de nouvelles perspectives sur le rapport entre les objectifs attendus et les résultats obtenus de l'aide au développement, en relevant les impasses économiques vers lesquels celui-ci a conduit l'Afrique.

« L’Afrique a des ressources énergétiques et une main-d’œuvre jeune qui ne demande qu’à travailler ».

Pour Mme Dambisa Moyo, l'aide est un problème pour l'Afrique. Et de ce point de vue, le constat est, pour elle, tout simple : « après trente années d’aide au développement à l’Afrique au nom de la pauvreté, le continent africain n'a pas encore effacé ses déséquilibres économiques. En 1970, 10 % de la population du continent vivait avec moins d'un dollar par jour. Aujourd’hui, encore le 70 % des Africains est dans cette situation. Dans le même temps, le niveau de vie a progressé dans le reste du monde. En Chine, par exemple, 300 millions de personnes sont sorties de la pauvreté. Je ne remets pas en cause l’aide humanitaire d’urgence apportée à la suite des inondations, des sécheresses ou des famines. Je critique l’aide au développement pour les dizaines et dizaines de milliards de dollars en provenance des pays riches ou des institutions internationales qui n'ont pas produit d'effet ».

« L’Afrique doit se tenir sur ses jambes ».

En outre, Mme Dambisa Moyo dénonce, dans son livre, l'aide au développement comme un des facteurs essentiels de corruption dans certains Pays : « L’aide au développement pose de nombreux problèmes, dont celui de la corruption. Cet aide dirige les pouvoirs publics africains à se débarrasser des questions nationales très importantes comme l’éducation, la santé, le respect de l’environnement... qui sont là des domaines très stratégiques pour l'avenir d'un pays. Or, ils sont confiés au financement de l’aide étrangère. Beaucoup de gouvernements africains ont été amenés à considérer l'aide comme une source de revenus permanente et sûre. Ces financements dispensent enfin les États africains de lever des impôts. Or, s’il ne revendique pas d’argent à ses administrés, un gouvernement peut s’abstenir de leur rendre des comptes. Dans les années 60, l’aide étranger allait aux infrastructures, dans les années 70 vers la pauvreté, dans les années 80 vers l’ajustement structurel et dans les années 90 vers la démocratie et la gouvernance. Mais, le point fondamental est que cet argent a été toujours utilisé dans de mauvaises directions. Ce système a produit, jusqu'à aujourd'hui, de l'inflation, une dette plus lourde et une nouvelle pauvreté. Nous n'avons pas eu, dans ces dernières décennies, de véritables changements. Il est virtuellement impossible en s'appuyant sur l'expérience de l'Afrique, pour soutenir que l'aide a eu des résultats positifs.

L’Aide Fatale, Editions JC Lattès, 256 pages.

Sur la base de ce constat, Dambisa Moyo propose de remplacer l’aide au développement par des capitaux privés. Pour elle, l’Afrique a en effet enregistré depuis des années le début d’un décollage économique très perceptible. Des nations africaines, comme le Gabon, le Ghana, l’Afrique du Sud et le Botswana, entre autres, ont déjà fait recours aux investisseurs privés et ont pu émettre des emprunts sur les marchés obligataires... »…

Vous avez sans doute compris pourquoi Mme Dambisa Moyo qui s’est engagée pour bousculer le politiquement correct, en dénonçant l’aide à l’Afrique, .mérite, bel et bien, de figurer dans cette rubrique.

Si vous avez lu les livres de Mme Dambisa Moyo, n’hésitez pas à nous faire partager vos impressions et vos avis. Envoyez-nous vos commentaires, analyses et compte-rendu, etc. Nous les publierons dans nos prochaines parutions.

Léandre Sahiri

Paru au tableau d'honneur du Filament N°8



Noir Canada

Un livre d’ALaIn DENEAULT
Genre : Essai
Editions Écosociété, Montréal, 2008
Présentation par Sylvain de Bogou


Alain Deneault anime le collectif Ressources d'Afrique. Il est titulaire d’un doctorat de philosophie de l’Université de Paris-VIII et mène aujourd'hui des recherches en sociologie à l'UQAM. Ses recherches et publications portent sur la fonction sociale, conceptuelle, psychique et esthétique de l’argent, les notions relatives au développement en Afrique, ainsi que sur les concepts fondamentaux de la philosophie politique jaugés au regard des réalités financières offshore. Alain Deneault a fait paraître des articles dans de nombreuses revues scientifiques (Global Crime, Mouvements, Le Coq héron…) de même que dans des publications politiques, telles que Billets d’Afrique, À bâbord !, ou encore dans Le Devoir. Il est l’auteur de Paul Martin et compagnies, Soixante thèses sur l’alégalité des paradis fiscaux (VLB, 2004).

Paru en 2008, son livre « Noir Canada », sous-titré « Pillage, corruption et criminalité en Afrique » est déjà à son troisième tirage. Ce fait démontre combien de fois ce bouquin de 346 pages est devenu incontournable dans les milieux des amoureux de la lecture simple et dans les sphères des politiques et des intellectuels tout court. C’est un livre pour tous et surtout pour les patriotes africains ; sans oublier les « amis » de l’Afrique.


Nombreux sont les thèmes abordés. L’auteur et ses collaborateurs parlent des crimes commis par les sociétés canadiennes qui contrôlent les richesses du sous-sol de toute l’Afrique. Ils soulignent également la place prépondérante que joue le Canada dans la protection des corporations étrangères et canadiennes qui commettent des crimes (homicides et scandales financiers) en Afrique. La corruption, les menaces contre toute personne qui ose lever le doigt et le pillage à grande échelle sont des pratiques quotidiennes chez les compagnies canadiennes, selon l’auteur. Pour Alain Deneault donc, le Canada qui présente toujours un visage de bon Samaritain en Afrique, est au cœur de ce qu’il appelle « la Mafiafrique ».

Ce livre est à lire. Car, il conduit le lecteur dans les méandres et les combines utilisés par les Occidentaux à travers leurs corporations (parfois à visage philanthropique) pour faire perdurer les souffrances des populations africaines et perpétuer la misère en Afrique.

Il s’entend que toutes les lignes de cet ouvrage restent, au sens juridique, des allégations. Les informations qu’il donne proviennent de sources crédibles et réputées, de Goma à Kinshasa, en passant par Berlin, Bruxelles, Londres, Paris, New York, Washington, Toronto, Ottawa ou Montréal. Il s’agit de données relevées dans des rapports d’organisations reconnues, dans des articles d’organes de presse réputés, dans des mémoires consignés par des autorités dans le cadre d’auditions d’experts, dans des documentaires fouillés et témoignages circonstanciés. Le plus souvent, ces données se sont recoupées. Leur nombre est effarant.

Au total, « Noir Canada » est un livre de grande valeur, un livre-enquête à lire nécessairement.

Sylvain De Bogou

Paru dans la rubrique Livre à lire du Filament N°8



Trop cher, le livre ?

A un ami, je me suis permis de demander ce qu'il pense des pages littéraires dans nos quotidiens nationaux. Voici ce qu’il m’a répondu : « Ne crois tout de même pas que je lis ce genre de trucs ! ». Est-ce parce que ces pages littéraires sont d'une indigence à faire rougir ? Pas du tout. Mon ami poursuivit : « Mon cher ami ! La plupart du temps, vous parlez de livres qui coûtent… trop cher. Des gens comme moi ne peuvent pas dépenser autant d'argent pour un livre ». Et voici la rengaine !

Les livres coûtent-ils vraiment trop cher ?
Cette idée selon laquelle le coût du livre est hors de portée de l'individu moyen est très répandue dans notre pays, et partout ailleurs en Afrique. C'est l'une des questions auxquelles les éditeurs doivent souvent répondre. Mais, pose-t-on la même question à propos d'automobiles, de téléviseurs, de réfrigérateurs ou de tous les autres gadgets que nous achetons à prix d'or ? Et pourtant, un simple exemple pour nous édifier. En valeur, un fumeur moyen (10 cigarettes/ jour. 35 F la cigarette) brûle en cigarettes (350x 30 jours = 10500 F CFA) trois bons livres par mois. Autant dire que, avec cette comptabilité, un fumeur modeste vaut un gros lecteur. On pourrait continuer la comparaison avec la consommation nationale d'alcool, évidemment supérieure, en termes de budget, à celle des livres. Or, quel que soit le prix d'un livre, il ne vaut pas la valeur de ce qu'il nous apporte. Si notre rapport au livre reste distant et fait que notre consommation en livres reste faible, c'est juste parce que nous pensons que la lecture est un passe-temps moins passionnant, moins utile que le cinéma, la télévision, les sorties, etc. Et non parce que le livre coûte trop cher. Notre rapport au livre relève ainsi d'un simple fait de représentation.

Tout dépend de notre rapport au livre.
Quelle est notre représentation du livre ? Quel est notre rapport au livre ? Quelle place occupe-t-il dans notre vie ? Une fois qu'on aura réglé ces questions, on ne pourra plus concevoir notre vie sans y inclure le livre et la lecture.

C'est-à-dire la représentation que nous avons du livre est de le considérer comme un bien inutile dans notre vie. Par le livre, on acquiert les armes essentielles permettant de comprendre le monde et la société dans laquelle nous vivons. Parce que le livre aura fait disparaître notre ignorance et notre incapacité à comprendre les choses les plus banales du fonctionnement des sociétés humaines.

Serge Grah

Paru dans la rubrique sous l'art à palabre du Filament N°8
 

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