jeudi 8 mars 2012

La dévaluation du franc CFA est le gilet de sauvetage d’une France en péril

Les conséquences liées à la perpétuation de la politique de dépendance des pays africains sont notoires. Manque de compétitivité, dépendance vis-à-vis de l’économie française, dépendance vis-à-vis de l’armée française sans oublier la politique d’ouverture en faveur des entreprises privées françaises. Il existe toutefois des différences plus subtiles.
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Les entreprises françaises en Afrique francophone, grâce à leur position protégée de monopole ou d’oligarchie, contribuent, de manière substantielle, au PNB de ces pays. Mieux encore, elles sont souvent les seuls gros contribuables. Dans nombre de ces pays, les entreprises françaises contribuent pour plus de 50% aux recettes fiscales nationales. Ce qui leur donne un statut particulier. Il n’est donc pas rare d’entendre les Français clamer que, sans leurs entreprises, les économies africaines tomberaient en ruines. Lorsqu’on considère qu’en outre, ces pays n’ont nullement accès à leurs réserves en devises, cette affirmation est sans aucun doute fondée. Cela ne signifie pour autant pas que des entreprises d’autres pays, tels que les Etats-Unis et la Chine, seraient incapables de contribuer autant, mais simplement que les Français deviennent frileux lorsqu’il s’agit d’ouvrir ce marché à la concurrence.

Cinquante ans après les indépendances, le France garde la mainmise sur la plupart des infrastructures et compte dans ses réserves en devises les fonds des 14 pays de la zone franc. Les sociétés de transport aérien, de télécommunications, d’eau et d’électricité, de même que les grandes banques sont françaises. Les accords de coopération signés après l’indépendance par le président Félix Houphouët-Boigny et le premier ministre français de l’époque, Michel Debré, restent aujourd’hui techniquement applicables. La France maintient son étau sur le commerce et la monnaie de la Côte-d’Ivoire, ce qui continue de réduire à néant des initiatives nationales pour l’indépendance. 

Cette position privilégiée de la France a été confirmée par un rapport des Nations Unies. « Les témoignages rassemblés nous ont également permis de constater qu’il existe un lien entre la loi de 1998 sur la pauvreté en milieu rural et la position dominante de la France et les intérêts français en Côte-d’Ivoire » [Traduction].
Les mêmes sources indiquent que les Français sont propriétaires de 45% de la terre en Côte-d’Ivoire. Pire encore, les bâtiments de la Présidence de la République et de l’Assemblée nationale de Côte-d’Ivoire font l’objet de contrats de bail avec la France […]

Pourquoi dévaluer le franc CFA?

La France est en faillite. Elle croule sous le poids d’une dette publique et bancaire énorme. C’est le pays de la zone euro le plus exposé  à la dette grecque et italienne, entre autres. Et la France s’est engagée dans un nouveau plan d’austérité. Sa cote de solvabilité  est sur le point de perdre son statut de triple A et les banques privées devront subir une importante décote de leur dette au sein de l’Europe. Les énormes dépenses engagées dans la guerre en Libye ont englouti la majeure partie de son budget annuel. Et si elle a tenu le coup jusqu’ici, c’est grâce au coussin que lui offre les dépôts de réserves effectués au Trésor français depuis 1960 par des pays africains. Beaucoup de ces réserves existent aussi bien sous forme d’actions au nom du Trésor français que d’obligations ayant compensé et garanti un nombre important d’emprunts d’Etat français.  

Les pays francophones d’Afrique se rendent de plus en plus compte qu’ils risquent de ne plus jamais rentrer en possession de leurs avoirs accumulés dans le Trésor français qui les a lourdement hypothéqués sous forme de contributions de la France à plusieurs plans de sauvetage de l’économie européenne. Wade du Sénégal a une fois encore demandé  des comptes. Et personne n’est prêt à lui en donner. Alassane Ouattara de Côte-d’Ivoire et Denis Sassou-Ngesso du Congo Brazzaville ont été persuadés de la nécessité de dévaluer le franc CFA et chargés d’en informer leurs pairs africains. De l’avis des économistes, une telle dévaluation permettrait de soulager la France d’environ 40% du poids de sa dette et de donner une nouvelle marge de manœuvre au Trésor français.  

Par contre, une telle mesure aura des effets dévastateurs sur l’Afrique. Les pays de l’Afrique francophone avaient souffert énormément lors de la dernière dévaluation, exception faite des présidents et de leur entourage. La dévaluation est avantageuse si l’on a des produits à exporter, car elle rend les exportations relativement moins coûteuses. Or, la plupart des pays francophones d’Afrique n’ont que les matières premières et le pétrole à exporter. Les produits manufacturés, les services et biens immatériels proviennent presque tous de la France ou transitent par elle.
Les denrées alimentaires sont importées hors de l’Afrique et leurs prix autant que les coûts de transport augmentent de jour en jour. Des signes d’inflation étaient déjà perceptibles en début d’année. Le taux d’inflation en Afrique de l’ouest a grimpé à  4,1% en janvier, alors qu’il était de 3,9% le mois précédent. Cette progression de l’inflation dans les huit pays de la zone UEMOA, qui utilisent le franc CFA rattaché à l’euro, était essentiellement due à l’augmentation des coûts des denrées alimentaires, des transports, du logement et des communications. Le taux d’inflation moyen est passé de 0,4% en 2009 à 1,4% en 2010 ; une augmentation justifiée par la hausse des prix du carburant et des denrées alimentaires […]
Malgré  cela et en dépit de la pauvreté qu’entraînera la dévaluation annoncée, peu de présidents africains sont prêts à renoncer au Pacte colonial et arrêter les énormes dégâts causés par le néo-colonialisme français dans la région. Si la France a dilapidé ses fonds et a trop embrassé dans la dette européenne et dans la destruction de la Libye, il n’appartient certainement pas aux Africains de payer la note de telles aberrations.
 
Dr Gary K. Busch

Traduit de l’anglais par Constantin D. Lebogo

mercredi 7 mars 2012

« Les faux complots d’Houphouët-Boigny », de Samba Diarra

Une satire politico-sociale qui dépeint les intrigues politiques du Président Houphouët-Boigny

Professeur de gynécologie-obstétrique et membre de l`Académie des Sciences des Cultures africaines et de la Diaspora (Ascad), Samba Diarra, né  le 31 avril 1931 à Adjamé, est décédé le 26 juillet 2010, des suites d’une longue maladie, à Abidjan. Figure emblématique de l’élite ivoirienne, ses prises de position rompaient avec l’unanimisme au PDCI, alors parti unique.

On se souvient, à ce propos, de son livre « Les faux complots de Houphouët-Boigny », préfacé par Bernard Dadié et publié en 1997, aux éditions Karthala. C’est une satire politico-sociale qui dépeint sans fard, ni gang, les intrigues politiques du règne du Président Houphouët-Boigny, comme si Samba Diarra était décidé à en découdre avec ses opposants, réels ou imaginaires. Samba Diarra démontre que, pour sécuriser son pouvoir politique qui a fait de lui, l‘interlocuteur incontournable sur la scène politique africaine en général et dans la sous-région ouest africaine en particulier, le Président Houphouët-Boigny a imaginé une série de complots partout dont la répression n’a souffert d’aucune faiblesse. Dans le même ordre d’idées, Amondji écrit dans son livre : « … »

Samba Diarra a levé, à travers ce livre, le voile opaque qui a couvert pendant longtemps les complots imaginaires de l‘ancien Président du PDCI ; un président qui avait décidé de régner sans partage sur la Côte d’Ivoire. Ce qui du reste, a montré le contraste effrayant entre cet Houphouët-Boigny là qui préférait l’injustice au désordre, qui régnait en maître absolu et l’autre Houphouët-Boigny, plus connu surtout à l’extérieur comme le « sage » qui voue un culte sacro-saint à l’humanisme, au dialogue, à la paix et la foi religieuse. 

A travers ce livre, que Samba Diarra  lui même qualifie de « voyage dans un enfer tropical », le lecteur constate qu’il y a une volonté  d’écrire pour éclairer la nuit qui couvre la Côte d’Ivoire d’hier et dire le dur calvaire vécu par l’auteur et ses compagnons dans les années 63. L’auteur en bon enseignant, tente de tirer sur la sonnette d’alarme pour que les faits dénoncés ne se reproduisent plus jamais : c’est cela la valeur pédagogique de l’œuvre. C’est un livre satirique qui peut déranger, ébranler des cercles, des clans, des tribus, voire même troubler certains hommes qui ne sauraient comprendre que la belle image du Président Houphouët – Boigny présente des dessous aussi sales et lugubres.

Ce livre reconstitue ces trois complots évoqués et rappeler par la même occasion les répressions dont le Sanwi (Aboisso) et le Guébié  ( Gagnoa) ont été le théâtre. Le livre est le témoignage de l’ancien pensionnaire de la prison d’Etat d’Assabou à Yamoussoukro que fut l’auteur sur les évènements de 1963. L’auteur a été  arrêté le 14 janvier 1963, condamné aux travaux forcés  à perpétuité le 9 avril 1963 et libéré le 4 Août 1966 par grâce présidentielle.
Au total, ce livre lève le voile opaque qui a couvert jusque là  les faux complots imaginaires d’un Président décidé à  régner sans partage sur la Côte d’Ivoire et montre un contraste effrayant entre cet Houphouët-Boigny là et l’autre Houphouët-Boigny, plus connu surtout à l’extérieur, vouant un culte sacro-saint à l’humanisme, la paix et la foi. Les faux complots d’Houphouët-Boigny, un livre à livre absolument!

Serge Grah 

mardi 6 mars 2012

QUEL RÔLE DE L'ECRIVAIN IVOIRIEN FACE AU POUVOIR ?

L’écrivain, c’est notre avis, doit pouvoir prendre position face à tous les problèmes d’intérêt national. Il a le devoir de s’exprimer clairement, en plus de ses créations littéraires, par des contributions, des conférences, des interviewes, pour donner son appréciation sur les grands sujets en vue d’éclairer l’opinion. En d’autres termes, il doit porter un regard critique sur la marche de la cité. Sans prendre forcément la carte d’un parti, il doit se donner le droit à la parole en prenant part à tous les débats politiques qui engagent le destin collectif. Dans la société française d’hier, et encore aujourd’hui, on attend des écrivains qu’ils prennent position chaque fois que se pose une question cruciale mettant en jeu la vie de la nation. On se souvient du rôle capital qu’a joué Emile Zola dans l’affaire Dreyfus.
Or, une telle option, surtout en Afrique, ne peut être sans risque. A un moment donné, l’écrivain se retrouve forcément  face au pouvoir. En position de conflit, en confrontation avec le régime au pouvoir. Si ce dernier ne le musèle pas en le jetant en prison, il lui oppose une censure. Wolé Soyinka a eu maille à partir avec presque tous les pouvoirs au Nigéria. En Guinée, Thierno Monenembo et Alioun Fantouré ont dû s’exiler pour échapper à la dictature de Sékou Touré. Bernard Dadié bien que membre du Pdci Rda de l’époque n’a jamais été tendre avec Houphouët-Boigny.
Lorsque l’on sait qu’en Afrique, les tenants du pouvoir se battent toujours pour leur maintien, l’écrivain, en raison de son pouvoir de mobilisation et de son prestige, passe pour être un adversaire redoutable voire un ennemi.
Certains princes, qui ont conscience du risque qu’ils courent en martyrisant leurs artistes, optent pour la ruse. Ils s’entourent d’écrivains et de penseurs et s’affichent comme des hommes de culture. Le plus souvent nos littérateurs se laissent, avec une certaine complaisance, entrainer. Il y eut des époques où chaque roi avait dans sa cour un poète, un philosophe. En Afrique, pour ne pas attirer leurs regards fouineurs, on les coopte simplement pour faire d’eux ministres ou  les intégrer dans les cabinets, ou bien les nommer à des postes juteux dans l’administration.
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Mais, faut-il pour ces raisons que l’écrivain se détourne de sa fonction sociale et regarde le pouvoir politique écraser le peuple ? Au nom de l’instinct de survie, le créateur  ivoirien doit-il se muer en zélateur et en adulateur pour jouir des largesses corruptrices du régime au pouvoir ?  La réponse est non. « La politique nous concerne tous, et nous serons des lâches si nous cédons à cette facilité : celle du détachement » écrivait François Mauriac pendant l’Occupation.
L’écrivain n’a pas le choix que de se mettre du côté du peuple opprimé. En Afrique, l’art pour l’art n’a pas de sens. Sans sacrifier la forme, qui est la substance vitale de l’œuvre d’art, l’écrivain africain a le devoir de se dresser contre l’oppression. Il doit éclairer le peuple en jetant la lumière sur les zones d’ombres de la gestion politique. Le pouvoir, même s’il est détenu par son parti ou par ses amis et parents, doit être considéré comme « un adversaire ». Je veux dire qu’il doit être un opposant dans l’âme. Il doit surveiller ce pouvoir, jouer un rôle de sentinelle en dénonçant les dérives. C’est sa mission, c’est sa vocation. Toute autre justification n’est que fuite, esquive et démission.
En Côte d’Ivoire, c’est ce rôle qu’ont joué Tiburce Koffi et Venance Konan, avec une outrance irrévérencieuse au moment où Laurent Gbagbo était président de la république. Au-delà des excès dont ils ont fait preuve, ils sont restés dans leur fonction qui est de dénoncer, qui est de servir de contre-pouvoir au régime qui tient les rênes du pouvoir. Aujourd’hui, le pouvoir qu’ils ont combattu a chuté. Un autre régime a pris place au palais. Faut-il pour autant se taire ? Tiburce Koffi est DG de l’ISAAC, Venance Konan est devenu DG de Fraternité-Matin. Vont-ils continuer à faire couler l’encre pour « ébranler » le pouvoir de leur bienfaiteur ? L’exercice semble périlleux…
Nommés à  des postes importants, la tentation d’être aphones ou flagorneurs du nouveau prince est grande chez nos écrivains. Tous les actes que pose le chef d’Etat arrachent aux plumes des écrivains proches du pouvoir des ovations nourries.  Voilà comment l’écrivain perd sa crédibilité. L’on répondra que les choses ont toujours été ainsi. Et ils ont raison. Mais justement c’est ce que nous sommes entrain de dénoncer. Quelque soit le pouvoir, l’écrivain doit garder son indépendance et tomber en transe chaque fois que la lumière de la vie est privée ou confisquée.
Est-ce la posture de nos démiurges aujourd’hui ? Pour le moment, leur silence devant le massacre des valeurs démocratiques et républicaines est simplement assourdissant.

Macaire Etty

Paru dans Le Filament N°19

Le 11 février 1990, Nelson Mandela a été libéré

C’est ce jour-là, le 11 février 1990, que Nelson Mandela a été libéré, et est sorti de prison.

En effet,  ce jour-là, le 11 février 1990, le plus célèbre prisonnier politique du XXème siècle, le futur président de l’ANC (Congrès national africain) et du pays, dont toute image avait été volontairement cachée par le régime de l’apartheid pendant 27 ans, a franchi les portes de la prison Victor Verster, près du Cap.
Ce jour-là, le 11 février 1990, est une journée historique dont le souvenir est ancré  dans la mémoire non seulement des Sud-Africains, mais de tous les Africains et de tous les êtres humains.
Le 11 février 1990, demeure et demeurera  une journée inscrite à jamais dans la mémoire collective de la nation arc-en-ciel et du monde enter.
Zenariah Barendse rappelle que, pendant les quelques semaines qui ont précédé ce jour de libération, «L’atmosphère bruissait de rumeurs, on ne parlait que de ça dans les réunions politiques comme dans les fêtes ». 
Chargé de couvrir l’événement pour l’agence Reuters, le photographe Graeme Williams se souvient, certes avec émotion, du matin du 11 février et raconte : «Nous sommes arrivés au lever du soleil. La foule était déjà compacte devant l’entrée du pénitencier. Il y avait des dizaines de photographes, mais aussi beaucoup d’ouvriers agricoles des environs, en habit de travail. Des policiers blancs formaient un cordon de sécurité, et trois hélicoptères tournaient en permanence au-dessus de nos têtes. Nous avions passé des heures à attendre sous le soleil. La tension était quasi insoutenable. Je devais à tout prix réussir cette photo. Une voiture est soudain apparue de l’autre côté de la grille, et Mandela en est sorti sous les éclairs des flashes. Enfin apparaissait cet homme qui, jusqu’alors, n’existait que dans nos têtes. Il a fait environ huit pas avant d’être poussé dans la voiture pour échapper à la foule ».
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Huit pas seulement pour Mandela, mais un bond aussi important pour l’Afrique du Sud que celui de Neil Amstrong sur la Lune quelques 20 ans plus tôt. Un moment historique, saisi dans une photo désormais mythique représentant cet homme de 71 ans, digne et droit, franchissant l’enceinte de la prison, sa main gauche dans celle de sa femme Winnie et son poing droit levé  en signe de victoire.

Le convoi prend ensuite la direction du Cap. Williams Graeme se trouvait dans le cortège raconte : «Le long des routes, sur les ponts, une foule immense réunissant des Blancs et des Noirs était venue le saluer ».
Quelques heures plus tard, Nelson Mandela prononçait son premier discours au balcon de l’Hôtel de Ville du Cap devant plus de 50.000 personnes dont Zenariah. Voici son témoignage : «Dès que la libération a été annoncée à la télévision, j’ai accouru vers l’Hôtel de Ville avec mon bébé de 4 mois dans les bras ».
Peter Prince, lui, a conduit 24 heures depuis la ville namibienne de Walvis Bay pour écouter la première allocution de Mandela : «L’ambiance était extraordinaire. J’avais l’impression de fêter le même jour mon anniversaire et mon mariage ! Même si Mandela n’était qu’une petite silhouette sur le podium, je pouvais sentir sa présence ».
Le photographe de l’agence Reuters se rendra ensuite sur la place de l’Hôtel de Ville, où  des troubles ont éclaté à quelques centaines de mètres du podium entre des militants de l’ANC et la police : « Cette violence était très choquante, après l’euphorie du matin, mais elle était le reflet des années tourmentées qui allaient suivre avant les premières élections démocratiques de 1994. Au début, nous pensions que dès que Mandela serait sorti de prison, tout irait bien. Mais, les choses se sont avérées bien plus compliquées ».
Vingt ans plus tard, Mandela a été élevé au rang d’icône nationale, et il a toujours été l’objet de nombreuses marques et célébrations…

Clémence Petit-Perrot 

lundi 5 mars 2012

Inspiration Blessée

De ma chambre me parle la nature
Dehors se lamente un vent grognon
Le soleil triste a fermé l’œil
Des nuages en tenues grises tels des veuves
S’entassent là-haut
Pleuvra-t-il ?

Le robinet du ciel est muet
Les herbes les têtes levées attendent
attendent...
que tombent les larmes célestes.

Ô Tristesse ! Ô stérilité
Ma plume a perdu sa verve
Une page blanche attend de moi
Le geste qui déflore !

Dans ma tête aucune lueur
Ma main frustrée tremble de peur
Où sont-ils passés tous ces mots frivoles
Qui me blessaient la tête
Qui me couraient après

Vide est ma mémoire
Je comprends les pleurs
De tous ces ventres inféconds. 

Macaire Etty


Paru dans le Filament N°19

Alassane Ouattara : Un ethnocentrisme qui n’a rien à envier au nazisme

Répondant aux griefs ethnocentriques reprochés à son régime, le président Alassane Ouattara a fait la déclaration suivante : « Il s’agit d’un simple rattrapage. Sous Gbagbo, les communautés du Nord, soit 40% de la population était exclue des postes de responsabilité… ». 

Sans entrer dans la véracité de ses propos, on ne peut pas s’empêcher d’avoir honte d’être le sujet d’un dirigeant aux propos aussi controversants. Ce Monsieur avait dit, dans les mêmes circonstances, que c’est parce qu’il est nordiste qu’on ne voulait pas qu’il soit candidat. Cela nous a coûté plus de 20 ans d’instabilité. Parce que les gens du nord se sont effectivement mis dans la tête qu’ils étaient exclus. Nous avions pensé à la boutade d’un homme aveuglé  par une ambition démesurée. Nous étions loin de croire que cela était l’expression d’un calcul minutieux pour l’application d’une politique ethniciste qui n’aura rien à envier au nazisme. 

L’idéologie nazie n’était rien d’autre que la promotion d’une race sur les autres. Ce que cette idéologie, tirée des tréfonds des théories sur la supériorité  de la race aryenne, a produit en Europe est encore vivace dans la mémoire collective de notre humanité. C’est pour tourner le dos définitivement aux affres de la barbarie hitlérienne qu’il est recommandé  de défendre, en priorité, les valeurs universelles d’humanité  avant celles très basses de la race et de l’ethnie. C’est au nom de ces valeurs qui révèlent la profondeur des grands hommes qu’on a combattu le colonialisme, le nazisme, l’apartheid et toutes les formes d’impérialisme. Et, c’est pour ne plus regarder dans le rétroviseur de notre bestialité que partout dans le monde, les organes de régulations de la presse traquent tous les propos à  caractère raciste et ethnocentrique.
Sans entrer dans la véracité de ce que Dramane Ouattara dit, et qu’aucun responsable politique n’a jamais dit en Cote d’Ivoire, je voudrais savoir de quel droit les gens du nord devraient représentés à plus de 40% dans l’administration d’un Etat qui compte 60 ethnies ? Où  serait aujourd’hui la Côte d’ivoire ou bien où allons-nous si chaque leader politique devrait faire du rééquilibrage ou du rattrapage en fonction de son ethnie ? Et puis, quand le premier responsable d’un Etat ouvre ainsi clairement le débat sur les clivages ethniques, peut-on encore reprocher à sa population de s’y engouffrer ?...
 
Joseph Marat
Source: topblogjosephmarat

La tête ne sert pas seulement à porter les cheveux, mais aussi et surtout à réfléchir…

Tout le monde le sait, le meeting du Front Populaire Ivoirien (FPI) qui a eu lieu, le samedi 21 janvier 2012, à la place Ficgayo, à Yopougon a été  perturbé et n’a pu aller à son terme. L’interruption brusque est le fait de violentes attaques perpétrées contre les militants du FPI qui entendaient marquer, en fanfare, leur retour dans la vie politique ivoirienne, en tant que leader de l'opposition.
En effet, la fête avait à peine commencé que des jets de pierres mêlés  à des gaz lacrymogènes sont venus perturber le meeting. Selon toute vraisemblance, il s’agissait précisément de gros cailloux lancés par de jeunes militants du RDR, le parti du président Alassane Ouattara, venus intimider ceux qui soutiennent Laurent Gbagbo. Ces agresseurs, des individus se réclamant d’Alassane Ouattara et du Rassemblement des républicains (RDR), sont parvenus à faire fuir la foule, affolée par ces pierres qui s'écrasaient jusque sur le podium.
Cette attaque qui a fait des morts et des blessés soulève une multitude de questions que beaucoup de personnes se posent. C’est pourquoi, comme à mon habitude, je vais me permettre de poser ces questions et dire ce que je pense.
La première interrogation porte sur l’opportunité et le bien-fondé de cette manifestation : sachant que le pays vit dans l’insécurité totale, vu que beaucoup de jeunes ont déjà été tués précédemment dans de telles manifestations, y compris dans le bouclier humain, était-il vraiment nécessaire et utile d’organiser ce meeting ?
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La deuxième interrogation porte sur les conditions d’organisation : étant donné que M. Ahmadou Soumahoro, secrétaire général du RDR, au lendemain du premier meeting du FPI à Koumassi le 4 septembre 2011, avait déclaré publiquement son désir d`empêcher par tous les moyens les meetings de l`opposition qu`il a qualifiés d`insurrectionnels et d`arrogants, étant donné que le RDR reproche au FPI d’avoir refusé de "saisir la main tendue par le pouvoir", étant donné que le ministre de l'Intérieur, M. Hamed Bakayoko n’avait donné son accord pour la tenue de ce meeting que, après plusieurs négociations et tergiversations, avait-on pris toutes les mesures et toutes les dispositions utiles pour parer à toutes éventualités, du moins pour ne pas tomber dans le piège du pouvoir ?
La troisième question concerne le cadre choisi pour ce meeting : Comment, pour une rencontre d’une telle envergure et d’un tel enjeu, s’est-on limité à un espace ouvert à tous les dangers, au lieu d’un stade ou autre terrain clôturé ? La place Ficgayo est un espace grandement ouvert où l’on célèbre généralement des funérailles et des bals populaires ; c’est un espace qui, au contraire d’un stade ou d’une salle de cinéma, n’offre aucune garantie de sécurité. A-t-on eu idée et conscience de livrer les militants et sympathisants du FPI, en bétail, pieds et poings liés, à la hargne et à la folie meurtrière des forcenés du RDR ? S’est-on imaginé un seul instant que le pire aurait pu survenir, comme par exemple l’élimination physique des dirigeants du FPI ? Et là, nous n’aurions eu que nos yeux pour pleurer.   Là -dessus, il faut saluer l’attitude responsable du PDCI qui, cette fois-ci, ne s’est pas allié au RDR dans cette manœuvre diabolique mettant en mal les principes démocratiques et confirmant, une fois de plus, la nature tyrannique du régime d’Alassane Ouattara. Cette attitude de retrait du PDCI montre-t-elle que les dirigeants de ce parti ont compris qu’il est irraisonné et dangereux d’accompagner le diable qui prend le parti de détruire nos propres parents et de brader nos ressources et la terre de nos ancêtres ?  Les dirigeants du PDCI ont-il enfin jeté le voile qui couvrait leurs yeux, en ce qui concerne les motifs et les mobiles  qui sous-tendent leur accointance avec le RDR, dans le cadre du RHDP mis en place par M. Alassane Ouattara pour parvenir à ses fins...
De tout ce qui précède, il ressort que, désormais, nous devons savoir raison garder, dépassionner le débat. Nous devons éviter les positions de courte vue. Nous devons nous comporter en êtres intelligents et pensants.  Nous devons éviter de traiter les militants en « bêtes à visage humain » et les mener à l'abattoir inutilement, je veux dire : pour rien. A quoi a servi et devait servir le meeting de Yopougon, très franchement? A-t-on imaginé ce qu’aurait pu arriver si les militants du FPI étaient déterminés et suffisamment armés  pour la riposte à cette agression?
Dieu nous a  donné  notre tête, pas seulement pour porter les cheveux, mais aussi pour réfléchir. Or, nous utilisons très peu notre tête pour cette deuxième fonction, hélas! C'est le malheur de l'Afrique. Comment organiser un meeting sur un terrain à ciel ouvert alors tout le monde sait qu'il y a l'insécurité? Comment les dirigeants du FPI peuvent-ils nous convaincre qu’on ne pouvait pas se passer de ce meeting? Et qu’avons-nous obtenu de ce meeting, si ce n’est des morts et des familles endeuillées, des handicapés à vie et que sais-je encore. C’est tout simplement malheureux !
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Avant d'accuser le RDR, accusons-nous nous-mêmes d'abord, ayons le courage de faire notre auto-critique et notre mea culpa, reconnaissons nos égarements et dérèglements de cette espèce, lesquels nous ont menés là où nous sommes aujourd'hui, y compris avec des milliers de morts, des leaders en exil et en prison, un régime anti-démocratique, etc.  C'est là  que je suis d'accord avec Mme Danièle Claverie : changeons de manière d'être et de faire la politique.
Quoiqu'il m’en coûte, c’est ce que je pense...

Léandre Sahiri

Paru dans Le Filament N°19
 

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